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CÂLOMEL DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE

merciil'ielle. Presque toujours elle s'est montrée au bout de cinq à sept jours. Tous ceux qui ont eu la salivation ont guéri. La durée moyenne de la maladie a été de vingt et un jours, chiffre modéré, vingt-cinq jours étant le chiffre habituel. La mortalité a été faible, 2 sur 32, soit 6 p. 100. Le nombre total des cas est certainement trop faible pour permettre des conclusions définitives. Je dois relever seulement que ceux qui sont morts sont ceux qui avaient pris le moins de mercure, et que, par conséquent, je n'ai pas pu les intoxiquer. Les guérisons en moins de vingt et un jours ont été deux fois plus fréquentes que par les autres méthodes.

Cependant je n'ai pas continué à appliquer cette méthode, bien que les malades eussent guéri plus vite et paru guérir mieux, car les inconvénients en sont une convalescence longue, une débilité et une anémie profondes. Certains accidents m'ont semblé plus fréquents, épistaxis, quelques hémorrhagies intestinales, selles dysentériques, sanguinolentes et glaireuses. Chez d'autres malades se sont montrés des accidents tardifs, une pneumonie douze jours après laguérison du processus typhoïde, une endocardite végétante.

D'ailleurs, tout en renonçant à cette méthode comme méthode exclusive, j'ai pensé qu'on en pourrait tirer profit en imprégnant moins profondément l'organisme; je l'ai maintenue pour le début seulement de la maladie, et je l'ai associée à d'autres moyens thérapeutiques sous la forme d'un traitement mixte, dont les détails seront exposés plus loin.

YINGT-DEUXIÈME LEÇON

(9 juin 1885)

thérapeutique pathofié^ïque de ea fièvre typhoïde

traïteme:\t de l'hyperthermie

Rôle du calomel à doses fractionnées comme agent d'antisepsie générale. Conséquences de Fhyperthermie dans les maladies infectieuses. — Effets de

l'hyperthermie obtenue expérimentalement. — Effets de l'hyperthermie sur

la dénutrition.

L'hyperthermie indique la gravité du mal, mais ne la produit pas. — Il est

cependant utile de combattre l'hyperthermie excessive. Moyens à opposer à

l'hyperthermie.

Sources de la chaleur normale. — Causes de l'hyperthermie dans les maladies

fébriles.

Effets des médicaments et des procédés antithermiques.

J'ai ramené les indications thérapeutiques dans la fièvre typhoïde aux quatre points suivants : l'antisepsie générale, l'antisepsie intestinale, la médication antipyrétique^ la diététique des aliments et des boissons.

J'ai longuement indiqué, à propos des intoxications chroniques d'origine intestinale, comment je pratique l'antisepsie intestinale : je vous ai dit dans la précédente leçon pourquoi je repousse l'antisepsie générale à outrance au moyen des sels mercuriels, tout en admettant l'action spécifique du mercure. Aussi ai-je retenu une partie de la méthode d'antisepsie générale pour la combiner à d'autres procédés.

J'emploie le calomel à doses fractionnées au début et jusqu'au commencement du deuxième septénaire. J'administre chaque jour liO centigrammes de calomel en 20 doses qui sont prises d'heure en heure, sans jamais chercher ni obtenir la salivation. Ce traitement est continué pendant quatre jours consé-

catifs. Il m'a paru que, généralement, la courbe thermique s'en trouvait modifiée, que parfois dès le deuxième jour il y avait déjà diminution de la fièvre, qui, au bout de quatre jours, oscille entre 39 et hO", à une époque où, d'après la marche ordinaire des choses, la température devrait encore monter ou rester stationnaire. Je ne cherche pas et je n'obtiens jamais la salivation.

J'aborde maintenant l'étude des médications antipyrétiques ou antithermiqnes, qui ont conquis une grande faveur dans l'époque contemporaine.

Il y a une école médicale qui dans les fièvres ne voit que la fièvre; le thermomètre est pour elle la source de toutes les indications thérapeutiques et pronostiques; elle ne voit d'amélioration que dans les abaissements thermiques. Il n'est pas un seul clinicien qui puisse accepter une telle doctrine, et l'audace des affirmations de l'école dont je parle a fait naître une réaction en sens contraire, aussi bien en Allemagne qu'en France. Nous assistons à une exaltation nouvelle de la nature médicatrice. On se dit que la fièvre peut être bonne à quelque chose, qu'il faut peut-être la respecter, — ce qu'on n'avait pas entendu depuis longtemps dans les écoles. — C'est un retour à la doctrine hippocratique et traditionnelle, en faveur de laquelle je me suis élevé à propos des maladies de nutrition. Alors j'ai insisté sur cette idée qu'il y a des fièvres respectables, qui viennent à certains moments rétablir l'équilibre dans la nutrition ralentie, en activant les métamorphoses interstitielles. Cela est évident dans la goutte.

Mais en est-il de même pour les maladies infectieuses? La fièvre peut-elle aider l'organisme à se débarrasser de l'agent infectieux? On sait que certains microbes ne peuvent pas vivre au delà de certaines températures qui ne tuent pas l'être humain. La bactéridie du charbon, qui ne vit pas au delà de /iO°, n'a pas de prise sur les oiseaux, dont la température normale est supérieure à ce chiffre. Pasteur a démontré qu'il faut refroidir la poule pour la rendre apte à contracter le charbon. On peut invoquer cet argument expérimental pour soutenir que

EFFETS DE L'HYPERTHERMIE 219

l'élévation de la température du corps dans la fièvre crée un milieu physique défavorable à Tagent infectieux.

Et cependant toute l'école dont j'ai parlé plus haut ne voit dans les maladies pyrétiques d'autre danger que celui qui résulte de l'élévation de la température. Liebermeister dit expressément que le danger dans les fièvres réside surtout dans l'hyperthermie. Il invoque comme argument la coagulation et la décomposition à kk° de la lécithine qui entre dans la composition des éléments nerveux, des globules sanguins. A 42°, à !iS° et même dès M", les cellules nerveuses présentent une excitabilité anormale chez l'animal en expérience. On voit se produire l'agitation musculaire, l'accélération des battements du cœur et des mouvements respiratoires. Les phénomènes de l'osmose sont modifiés par l'élévation thermique. L'eau est retenue dans les cellules. Les tissus chez les fébricitants sont plus riches en eau qu'à l'état normal. Tout cela est vrai et fâcheux. Mais il n'y a pas que ces phénomènes à considérer dans la. question des fièvres, et d'ailleurs l'hyperthermie dans les maladies ne va pas jusqu'à Mf ni même à kS% sinon exceptionnellement au moment de la mort ou peu après.

Naunyn et Rosenthal ont étudié les effets de l'hyperthermie artificielle. A li!i% le muscle cardiaque, comme les autres muscles striés, entre en contracture et la mort arrive; mais les mêmes expérimentateurs ont pu faire vivre des lapins pendant des semaines entre M° et AS", sans qu'il en soit résulté rien de sensiblement fâcheux.

Il en est de même pour la dégénérescence graisseuse des viscères, que j'ai pu étudier dès 1867 en faisant des expériences sur l'hyperthermie chez le chien. J'ai chargé l'animal d'élever lui-même sa température, en l'empêchant seulement de perdre la plus grande partie de sa chaleur. Il vivait dans une atmosphère saturée d'humidité et à un degré un peu inférieur à celui de sa température actuelle. La déperdition de calorique par contact et par évaporation se trouvait supprimée ; l'animal, continuant à fabriquer du calorique, l'accumulait. Les effets qu'on obtient ainsi par l'élévation graduelle de la tem-

220 l'hyperthermie et l'excrétion de l'urée

pérature sont l'accélération du cœur (300 battements) et de la respiration (80 à 90). L'animal meurt à lik°, au bout de quatre heures environ. Indépendamment des hémorrhagies sous-pleurales et sous-péricardiques, on observe déjà, quatre heures après le début de l'hyperthermie, la dégénérescence graisseuse du muscle cardiaque et des cellules hépatiques. J'avais été amené à penser que l'hyperthermie est la cause de la dégénérescence graisseuse, mais Naunyn et Rosenthal ont vu que rien de semblable ne se produit chez les animaux, aux températures simplement hyperthermiques qui existent chez l'homme dans les maladies.

D'autre part, l'hyperthermie ne semble pas augmenter les métamorphoses nutritives; les déchets azotés ne diffèrent pas sensiblement chez les animaux soumis à l'hyperthermie de ce qu'ils sont à l'état normal (Simanowsky). Cliniquement, chez l'homme malade, il n'y a pas, contrairement aux affirmations de Hirtz, de parallélisme entre l'excrétion de l'urée et l'élévation de la température. On ne peut pas dire qu'une température élevée augmente notablement la désassimilation. Charvot avait déjà été frappé, lorsqu'il étudiait l'élimination de l'urée dans la fièvre typhoïde, de la faible élimination qui se produisait dans la période hyperthermique, tandis que celle-ci augmentait au déclin, et surtout dans la convalescence. J'ai poursuivi cette question en étudiant les variations du poids du corps chez les typhiques. Ces malades peuvent suffire à toutes les combustions qu'on suppose nécessaires à la production de l'hyperthermie, en ne présentant que des diminutions insignifiantes de leur poids, tandis que, à l'établissement de la convalescence, la diminution de poids est rapide, et atteint son maximum après l'apyrexie, alors qu'on donne déjà des aliments aux malades.

L'hyperthermie n'est donc une cause de danger ni au point de vue des lésions anatomiques, ni au point de vue de la dénutrition. On peut dire que l'hyperthermie indique la gravité de la maladie, mais ne la produit pas. L'élévation de la température annonce, mais ne constitue pas le danger. Il est même établi que l'accélération des battements du cœur qui accompa-

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