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SOURCES DE LA CHALEUR FÉBRILE

gneThyperthermie ne peut pas produire l'épuisement du cœur; l'insuffisance fonctionnelle par excès de travail est un mythe, car le travail mécanique effectué par le cœur est moindre quand les contractions sont si rapides (200 à 300 pulsations). Le relâchement des capillaires, la diminution de la tension artérielle et veineuse soulagent alors le cœur, et, au point de vue de la fatigue, la diminution de la résistance n'est pas compensée par la multiplication des contractions cardiaques.

Ces considérations n'empêchent pas, d'ailleurs, que les moyens qui abaissent la température ne soient utiles dans certaines fièvres, et que, quand on a réussi à diminuer la température du malade, on ne constate un amendement des symptômes, un mieux d'ordre subjectif. Bien que les accidents éprouvés par un malade dont la température est à ùO" ou ai" ne semblent pas résulter de l'hyperthermie, cependant des médicaments ou des moyens qui abaissent cette température excessive font disparaître quelques-uns de ces accidents. Cela est démontré du moins pour la fièvre typhoïde, certains cas de scarlatine ou de rhumatisme cérébral; car, en dehors de ces trois maladies, il n'est pas prouvé que les médicaments antipyrétiques soient réellement utiles.

Comment peut-on s^attaquer à l'hyperthermie? En modérant les actes qui produisent la chaleur normale ou la chaleur anomale; mais il n'est pas indifférent de choisir entre ces deux moyens.

On peut diminuer les sources de la température normale par la saignée, les spoliations séreuses ou par des empoisonnements qui produisent le même effet (vératrine, tartre stibié). Ces moyens longtemps employés ont été à peu près abandonnés par tout le monde.

Quant à la chaleur anormale, quelles sont ses sources? On ne les connaît pas encore, on ne fait que les soupçonner. Elles doivent être très différentes suivant les maladies. S'agit-il de procédés normaux exagérés? ou sont-ce des procédés anomaux, qui font la température fébrile? On a invoqué la vie des microbes qui brûlent, eux aussi, à côté des organites normaux, et élèvent la température dans le corps comme m vitro. Ce

n'est là qu'une hypothèse, pouvant invoquer des analogies, mais non des expériences.

Une autre hypothèse est celle de la rétention du calorique. On a dit que la matière se détruit plus vite dans les fièvresl Cela est vrai dans certaines maladies, dans l'atrophie aiguë du foie; c'est faux dans la fièvre typhoïde. Chalvet, il y a vingt ans, a observé, après Traube, que chez le fébricitant la radiation calorique est moindre qu'à Tétat normal. Un décimètre carré de sa peau perd moins de calories qu'un décimètre carré de la peau d'un individu normal. Il est possible qu'il en résulte une diminution dans la soustraction du calorique.

La diminution rapide des globules du sang dans les maladies pyrétiques a été invoquée pour démontrer une destruction plus rapide de la matière. Bockmann répond qu'au moment où la température redevient normale, les globules reparaissent subitement. Ils resteraient cantonnés quelque part pendant la fièvre. Bockmann et Naunyn admettent qu'ils sont temporairement retenus hors de la circulation générale. Ainsi pourrait s'expliquer l'augmentation considérable du volume de la rate. Hùter, dans les maladies septiques et pyémiques, a signalé des stases globulaires dans certains départements des capillaires sanguins; la constatation objective qu'il en a faite peut venir à l'appui de l'opinion qui admet la soustraction momentanée d'une partie des globules.

AVinternitz a repris tout récemment l'opinion que la rétention du calorique est la cause de la fièvre. Marey faisait aussi déjà dépendre la fièvre d'une mauvaise distribution du calorique. Si donc certaines fièvres peuvent avoir pour cause la rétention du calorique, il pourrait être indiqué d'augmenter la radiation de celui-ci. Riess, expérimentant sur des animaux atteints de maladies infectieuses, abaisse artificiellement leur température à la normale. Mais la maladie continue et la mort vient quand même. Tout le danger n'est donc pas dans l'hyperthermie.

Et pourtant, je le répète, l'expérience clinique a démontré que la méthode antithermique est utile. Comment donc agitelle? Cherchons à savoir autant que possible ce que nous faisons

CAUSES DE l'élévation THERMIQUE S23

en employant les agents antithermiques; ceux qui ont été employés avec succès sont la quinine, l'acide salicylique, l'antipyrine, lakairine, la tlialline, surtout l'iiydrotliérapie.

Murri est arrivé à démontrer que tous ces moyens élèvent la température de la peau, apportent par conséquent le calorique à la surface du corps et favorisent l'abaissement de la température centrale. Ils n'agissent pas d'ailleurs chez le fébricitant comme chez l'homme sain. La quinine n'abaisse pas la température normale, et cependant elle peut, dans la fièvre typhoïde, faire tomber la température de 3 degrés en quelques heures. Chez l'homme sain, elle l'augmente à peine d'un ou deux dixièmes de degré, mais elle augmente l'afflux sanguin à la peau. Cela est plus vrai encore pour l'acide salicylique qui favorise la sudation, comme l'hydrothérapie froide qui soustrait d'abord physiquement quelques calories, mais ensuite favorise le relâchement des capillaires cutanés, la congestion de la peau et son échauffement, puis le refroidissement, à la surface du corps, d'une plus grande quantité de sang venu des parties centrales.

Théoriquement l'hydrothérapie augmente les combustions et doit augmenter la calorification; cela est vrai pour l'homme sain, qui fabrique alors plus de calories qu'à l'état normal. Chez le fébricitant, l'hydrothérapie ralentit la calorification. Dans la fièvre typhoïde, d'après Sassetzky, le malade n'exhale pas plus d'acide carbonique, n'excrète pas plus d'urée, quand il est soumis à la réfrigération.

En présence des incertitudes de la théorie, on a quelque raison dépenser que les causes de la fièvre sont diverses, qu'elle dépend tantôt d'une augmentation de la calorification normale, tantôt de la vie des agents infectieux, tantôt de la rétention du calorique normal. En tout cas, il convient de s'en tenir à l'observation qui nous a appris que la méthode antithermique n'est pas vaine dans la fièvre typhoïde, que dans cette maladie la quinine est utile, qu'elle répond à certaines indications et réalise certains effets; qu'il en est de même des bains froids; mais que dans d'autres maladies, la pneumonie, la pleurésie, cette médication antithermique n'offre plus les mômes avantages.

YINGT-TROISIÈME LEÇON ..

(11 juin 1885)

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