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AVANTAGES DE LA MÉTHODE INTRA-VEINEUSE

La méthode intra-veineiise est plus inofîensive, bien que cela puisse paraître paradoxal. 100 grammes d'un liquide injectés dans le sang ne déterminent aucun accident. La même quantité de ce liquide même purifié, même porté préalablement à 100 degrés, si on l'injecte sous la peau, fait mourir l'animal par accidents septiques; il est possible que des agents infectieux venus du tube digestif ou du dehors fassent naître dans le tissu cellulaire, modifié par la présence du liquide injecté, quelque chose qui est capable de tuer l'animal.

Au contraire, alors qu'on injecte dans les veines même des liquides en apparence septiques, un liquide rendu opalescent par la présence de bactéries, il peut n'en résulter aucun accident, de l'albuminurie tout au plus (1).

Le soir, l'animal meurt. A l'autopsie, dans la région où l'injection a été faite, on ne constate ni suppuration, ni gangrène, mais un liquide roussâtre rempli d'organismes mobiles, arrondis, très petits, que l'on retrouve dans le foie et qui paraissent aussi exister dans le sang.

(1) Injection intra-vemeuse d'urine rendue opalescente par la présence de bactéries.

8 novembre 1884. Urine d'un malade atteint d'artério-sclérose. Quantité émise en vingt-quatre heures, 850 grammes. Cette urine est albumineuse; elle contient des microbes mobiles, en bâtonnets assez nombreux. Neutralisée, alcalinisée légèrement, et filtrée, elle est injectée dans les veines à' wn lapin du poids de 1580 grammes. La quantité injectée est de 135 centimètres cubes en onze minutes, soit 86 par kilogramme, La température du lapin avant l'injection était de 40\ Elle tombe à 37°, 2 aussitôt après.

Le myosis est tardif; il n'apparaît que vers le 80" centimètre cube. Il y a émission de fort peu d'urine.

Après l'injection, l'animal reste couché sur le flanc; sa respiration est lente. Les réflexes sont à peine perceptibles. Au bout de 20 minutes, la température est à 37", 8; l'animal est sur ses pattes.

Il a perdu 0,8 X 2,8 X 1,380 calories = 3,539 calories. L'urine a absorbé 12,2 X 0,135 calories =r 1,647 — Donc le lapin a fabriqué en moins 1,892 calories.

10 novembre. L'animal a des traces d'albumine. 15 novembre. Il est bien portant.

TOXICITÉ DES EXCIPIENTS : EAU, ALCOOL 29

Peut-être les bactéries sont-elles alors neutralisées par l'oxygène du sang, surtout si ce sont des bactéries anaérobies, ou si ce sont des bactéries vulgaires n'ayant encore exercé leur talent que sur la matière morte. On peut injecter des milliards de certaines bactéries sans que l'organisme s'en trouve incommodé.

Le procédé d'injection intra-veineuse est applicable à tout ce qui est soluble, sauf à l'oxygène. On a pourtant proposé devant l'Académie des Sciences de faire des injections intra-veineuses d'eau oxygénée : le dédoublement, je l'ai reconnu, serait immédiat et aboutirait à l'embolie pulmonaire gazeuse.

Je n'ai en vue dans ce que je dis, bien entendu, que les injections expérimentales utilisées comme procédé d'étude, et non leurs applications à la thérapeutique. L'injection intra-veineuse des médicaments chez l'homme ne devra jusqu'à nouvel ordre être employée que dans des cas tout à fait exceptionnels, dans le choléra par exemple ou, comme je l'ai fait une fois, dans une maladie sûrement mortelle à bref délai, la rage confirmée.

Il nous reste, avant de procéder à l'injection des matières toxiques, à étudier comment se comportent physiologiquement les liquides qui nous serviront à dissoudre ces matières; les seuls excipients employés sont l'eau, l'alcool, la glycérine.

Chez le lapin, l'eau distillée, à une température très notablement inférieure à celle du sang, ne commence à se montrer toxique que si l'on en injecte plus de 90 centimètres cubes par kilogramme de l'animal; soit, pour 100 grammes de sang, 117 grammes d'eau. La mort arrive à partir de 122 centimètres cubes par kilogramme d'animal, soit 157 grammes d'eau pour 100 grammes de sang.

L'alcool absolu est toxique à partir de O'^^ô par kilogramme d'animal; le magma qu'il produit se redissout immédiatement dans le sang des autres veines et il n'en résulte pas d'embolies.

Plus l'alcool est dilué, plus on peut en injecter. Le degré de dilution le plus favorable est 20 pour 100, en volume; 20 centimètres cubes d'alcool absolu pour 80 centimètres cubes d'eau.

1",45 d'alcool absolu porté à ce degré de dilution produit la narcose, le coma; 3 centimètres cubes tuent. Pour 100 gram-

mes de sang, il faut donc près de 2 centimètres cubes d'alcool pour produire la narcose, et de S'^^O pour amener la mort.

La glycérine est moins toxique que l'alcool. On ne peut employer la glycérine pure, qui produit des embolies visqueuses. On doit préférer la dilution à 50 pour 100. On constate que 5 centimètres cubes de glycérine anhydre par kilogramme d'animal produisent des trémulations musculaires et que Ih centimètres cubes amènent la mort avec rigidité cadavérique immédiate.

Nous saurons donc désormais que la substance dont nous voudrons essayer le pouvoir toxique par injection intra-veineuse ne devra pas être dissoute dans plus de 90 centimètres cubes d'eau, — dans plus de l'='',/i5 d'alcool dilué à 20 pour 100, — ou de 5 centimètres cubes de glycérine diluée à 50 pour 100, par kilogramme d'animal.

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