NATURE INFECTIEUSE DE L'ICTÉRE GRAVE
foie, qui, en viciant l'élaboration de la matière, engendrerait tous les autres accidents.
D'autres hypothèses ont été proposées. Nous n'avons plus à discuter l'ictère par suppression de la fonction hépatique, pas plus que l'ictère par polycholie, par suractivité de la fonction hépatique, l'ictère étant, dans ces cas, peu intense, peu durable ou absent. On a émis à propos de l'ictère grave au moins autant d'hypothèses qu'à propos de l'urémie.
La théorie de Buhl veut que l'iclère grave résulte de l'œdème cérébral; l'élimination d'eau par la bile se trouvant supprimée engendrerait l'hydrémie, puis l'œdème cérébral. Peut-on admettre que les 800 ou 1200 grammes d'eau de la bile quotidienne puissent causer de tels accidents, quand on sait que, normalement, l'intestin résorbe la moitié ou les deux tiers de cette eau?
L'urémie seule a été mise en cause, suivant une autre opinion. Je l'ai prise en considération, vous le savez, mais elle ne rend compte que des accidents terminaux.
Il ne reste debout que l'acholie, la suppression du rôle que joue le foie dans ladésassimilation; c'est la théorie deFrerichs, que je crois bonne.
Mais qui peut produire l'atrophie du foie? Tout porte à croire qu'elle est la conséquence d'une maladie générale, infectieuse, non seulement parce qu'on a trouvé dans les humeurs et les tissus des agents infectieux, mais parce qu'il existe en môme temps de la fièvre^ du purpura, un érythème polymorphe, des éruptions scarlaliniformes, circinées, orbiculaires sur la peau, le pharynx, le voile du palais, parce qu'il existe une néphrite précoce et des déterminations parallèles sur des viscères variés.
L'ictère n'intervient pas nécessairement dans l'atrophie jaune aiguë du foie, mais il peut être un anneau intermédiaire entre la destruction des cellules hépatiques et l'apparition d'une néphrite qui vient apporter au cortège symptomatique son contingent d'accidents ressortissant à l'urémie. L'étude de l'ictère grave nous sert ainsi de passage à l'étude de l'intoxication par des produits anomaux.
YINGT-SIXIEME LEÇON
(20 juin 1SS5) TOXICITÉ DES URIXES PATHOLOGIQIES
Causes de la mort dans les maladies infectieuses. — Recherches des poisons dans les tissus des animaux morts d'infection. — Toxicité des urines dans le tétanos. — Caractères particuliers de la toxicité des urines dans les fièvres : propriétés convulsivantes. — Rôle de l'intoxication dans les accidents ataxo-adynamiqnes des fièvres et dans l'agonie.
Nous savons que dans le cours des maladies infectieuses existe une perversion des processus nutritifs, notamment du fonctionnement des cellules du foie. On voit sous l'influence de la maladie apparaître dans les urines des matières anolîjales, des produits de désassirailation imparfaits, substances colloïdes, albumines modifiées. On voit des médicaments subir des transformations inusitées, la naphtaline, par exemple, s'éliminer sans être sulfo-conjuguée. Certains de ces produits anomaux peuvent être toxiques, mais c'est là une vue de l'esprit, qu'il faudrait pouvoir démontrer. Cette tâche n'est pas facile, elle aboutit souvent à la négation ou au doute.
Je cherche depuis bien longtemps la matière qui dans les maladies infectieuses peut amener la mort. Si, dans certains cas, celle-ci peut être expliquée par la soustraction de l'oxygène au sang, comme dans le charbon, à des obstructions capillaires dans des organes importants , à des foyers septiques déterminés par l'issue des agents infectieux hors des vaisseaux, l'explication dans le plus grand nombre des cas réside dans l'intoxication. Les substances toxiques qu'on peut incriminer.