‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 163 sur 227 · INTOXICATION DANS LE DIABÈTE · texte numérisé non relu

INTOXICATION DANS LE DIABÈTE

qu'on produit expérimentalement en désliydratant le corps par le sucre ou par le sel, n'est pas une cataracte; elle disparaît quand les tissus ont regagné leur teneur normale en eau. La cataracte diabétique, au contraire, est permanente, et il n'est pas rare de la voir se développer chez des malades atteints d'œdème, chez lesquels il n'y a pas à parler de déshydratation.

Comme résultats des troubles de la nutrition, apparaissent des produits anomaux de désassimilation, des albumines anomales, si fréquentes chez les diabétiques, l'augmentation des matières extractives ou de l'urée; ce n'est pas la règle, mais ce sont là des accidents qui pourraient être expliqués par l'hyperglycémie.

La déshydratation des tissus, quand elle n'existe qu'à un degré modéré, provoque certains troubles fonctionnels, qui, pour les éléments nerveux, sont une excitabilité exagérée, une fatigue rapide; du côté des éléments musculaires, des crampes, comme dans le choléra. A un degré plus marqué de déshydratation correspondent des accidents nerveux d'une haute gravité, au nombre desquels il convient peut-être de ranger le coma diabétique.

Quand nous parlions de la fièvre typhoïde et des états dyspeptiques, nous avons fait m.ention d'une altération humorale particulière, par suite de laquelle l'haleine exhale une odeur analogue à celle du chloroforme ou de la pomme reinette, ainsi que d'une réaction chimique spéciale des urines. On a dit que cette odeur de l'haleine et cette réaction des urines pourraient bien appartenir à l'acétone.

Dans certaines urines, quelques gouttes de perchlorure de fer font apparaître une teinte rouge vin de Bourgogne, ou plus foncée, allant jusqu'au violet franc. La teinte rouge brun est extrêmement fréquente dans divers états morbides; elle est due à des substances sur la nature desquelles on n'est pas fixé chimiquement; l'acétone donne le rouge vineux, mais elle n'est pas seule à le produire. Cette réaction se rencontre dans certains états dyspeptiques, dans la fièvre typhoïde, la scarlatine, la leucocythémie, l'anémie pernicieuse; elle est très fré-

ACETONEMIE "Zbo

*qiiente dans le diabète. Toutefois, chez beaucoup de diabétiques, on peut constater pendant des années l'odeur chloroformique de l'haleine, sans jamais la trouver dans les urines, et plus rarement avec elle existe la réaction du perchlorure de fer.

Si un sel dû à la combinaison d'éthyldiacétique avec la soude résultait de la transformation de l'acétone^ on pourrait avoir la coloration sans l'odeur. D'autre part, on peut trouver l'odeur chloroformique des urines sans la coloration.

Bref, dans presque tous les cas de coma diabétique, peutêtre dans tous, existent la réaction colorée de l'urine et l'odeur de riialeine.

Il est donc probable que, dans ces cas, il existe une intoxication comme dans les dyspepsies graves.

Je ne sais rien des conditions pathogéniques de ces intoxications dites acétonémiques; le fait clinique ayant été observé par Brieger à la clinique de Frerichs dans des états pathologiques divers; par Senator, par Jaksch dans le carcinome stomacal et dans des états dyspeptiques graves, par moi dans la fièvre typhoïde et dans un très grand nombre de cas de dilatation de l'estomac, il me paraît probable que la cause en est quelque matière peccante élaborée dans l'intestin. L'expérimentation peut reproduire trait pour trait ces accidents, ainsi qu'en font foi les expériences de M. de Gennes.

Quoi qu'il en soit, il se développe dans certaines maladies, même non infectieuses, un corps ou une série de corps qui, s'éliniinant par les urines, donnent la coloration rouge avec le perchlorure de fer. Ces corps résultent de l'élaboration vicieuse delà matière par l'organisme humain; ils sont des substances anomales, non engendrées par des microbes. Au nombre de ces substances figurent l'acétone, l'éther diacétique, l'acide oxybutyrique, qui sont toxiques; il y a donc dans ce groupe de véritables poisons morbides. Dans le diabète, cette réaction des urines et l'odeur de l'haleine peuvent être une source d'indications diagnostiques et pronostiques.

Il y a deux ans, l'odeur de l'haleine me fit établir le diagnostic dans un cas où, chez un enfant, des accidents comateux

Page 1