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INTOXICATION EXPÉRIMENTALE PAR L'URINE CHOLÉRIQUE

persistante jusqu'à la mort, — des crampes que je n'ai jamais observées avec les injections d'autres urines et qui sont bien difTérentes de l'opisthotonos et des convulsions, crampes qui consistent en une extension longue et lente des membres qui se répète à courts intervalles pendant une demi- heure, — des évacuations diarrhéiques qui peuvent survenir avec certaines urines normales ou pathologiques comme avec l'eau distillée, mais alors seulement avec des doses énormes d'urine, tandis qu'une minime quantité d'urine cholérique détermine une diarrhée blanchâtre, jaunâtre, grisâtre ou rougeâtre, dont la couleur est due à la desquamation épithéhale de l'intestin grêle et à la rétention de la bile dans la vésicule biliaire.

L'albuminurie, rare et insignifiante avec les urines normales, est ici constante, toujours notable ou intense, persistante pendant toute la durée de cette maladie expérimentale. A cette albuminurie peut succéder à la fin une anurie complète. Enfin la mort arrive, non pas pendant l'injection, mais après un intervalle de douze heures à quatre jours, tandis que, chez les animaux qui succombent par injection d'autres urines normales ou pathologiques, la mort se produit toujours pendant l'injection. Avec les urines cholériques, presque tous les animaux meurent; chez ceux qui survivent, on peut suivre l'évolution de la maladie; le thermomètre indique le retour graduel delà calorification, l'appétit fait défaut quelque temps, l'albuminurie diminue, et la guérison n'est effectuée qu'après six jours environ.

Comment doit-on considérer ces accidents? Sommes-nous en présence d'une infection ou d'une intoxication expérimentale? J'ai répondu à quelques-unes des suppositions qui peuvent être faites.

Pour expliquer une infection, il faudrait que l'agent infectieux fût dans les urines de l'homme malade ; qu'il se fît par ses reins des décharges bactériennes. Or, on ne trouve pas de microbes dans les urines des cholériques, ni à l'examen direct ni après coloration. Il est vrai que, dans plusieurs maladies évidemment virulentes, on ne voit pas de microbes (comme dans la rage), ou qu'on n'arrive à les démontrer que par des procédés

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perfectionnés de coloration (comme dans le tubercule ou la lèpre). Ainsi il y a des microbes qui demeurent invisibles pour nous; l'agent du choléra est peut-être de ceux qui requièrent, pour être découverts, un procédé technique spécial.

On aurait pu essayer de faire des cultures avec les urines des cholériques; je ne l'ai pas tenté, car je n'avais en ma possession que des urines de femmes, et qu'on est toujours exposé à rencontrer dans leurs urines quelques-uns de ces agents infectieux qui pullulent facilement sur les parties génitales externes de la femme dans des conditions si favorables de température et d'humidité.

Mais nous n'avons pas besoin de ces moyens pour trancher la question. Si la maladie que nous avons communiquée aux animaux par injections intra-veineuses d'urines cholériques reconnaissait un processus infectieux, nous aurions dû constater une phase d'incubation qui a fait totalement défaut. Nous avons vu tous les accidents apparaître aussitôt après l'introduction d'urine et se dérouler sans interruption. C'est un argument décisif que cette absence totale d'incubation.

En outre, si la maladie que nous avons déterminée était d'ordre infectieux, peu importerait la quantité d'urine injectée; les agents infectieux, par leur multiplication, détermineraient toujours les mêmes accidents, quelle que fût la dose d'urine cholérique introduite dans l'organisme. Or, il n'en a pas été ainsi; nous avons toujours observé une proportionnalité exacte entre la quantité d'urine injectée et la gravité de la maladie.

Deux animaux ont survécu, n'ayant reçu que 12 centimètres cubes.

Ceux qui sont morts ont toujours reçu plus de 17 centimètres cubes, et jusqu'à 90 centimètres cubes.

Pour les deux raisons précédentes, je conclus à la nature toxique de la maladie expérimentale consécutive aux injections d'urine de cholériques.

J'ai fait évaporer à siccité des urines cholériques et obtenu, par les mêmes procédés que j'emploie pour les urines normales,

EXTRAITS d'urines CHOLÉRIQUES 287

deux extraits, run contenant les substances solubles dans l'alcool, l'autre les substances insolubles dans l'alcool.

J'ai intoxiqué des animaux avec ces deux extraits, mais les accidents observés n'ont pas été les mêmes dans les deux cas.

Après l'injection de l'extrait alcoolique d'urine normale, on constate la salivation, le coma et la mort, si la dose est suffisante; sinon, l'animal revient à la santé en moins d'une demiheure.

Avec l'extrait alcoolique d'urine de cholériques, on obtient rarement la salivation, quelquefois la somnolence, mais les animaux restent malades ; ils ont de l'albuminurie, de la diarrhée et meurent dans un délai de deux jours. Ces derniers accidents, albuminurie, diarrhée incolore, et mort en l'espace de deux jours, sont les mêmes qu'avec l'injection de l'urine cholérique en totahté. Mais je n'ai pas obtenu la cyanose et les crampes avec l'extrait alcoolique seul.

Avec l'extrait aqueux des urines cholériques contenant les matières insolubles dans l'alcool, j'ai vu, comme avec les urines normales, le myosis et, à dose suffisante, des convulsions, mais nullement semblables aux spasmes que déterminent les urines totales des cholériques. Enfin, la mort ne s'est montrée avec l'extrait aqueux d'urine cholérique qu'à des doses plus considérables qu'avec l'urine cholérique en totalité. Quand la mort s'est produite, elle a toujours été immédiate, jamais tardive. Jamais je n'ai constaté ni albuminurie, ni diarrhée, et tous les animaux qui ont survécu sont revenus à la santé après cette courte maladie toxique d'une demi-heure.

Il existe donc dans l'urine des cholériques quelque chose que l'alcool emporte, qui est différent des substances vulgaires de l'urine, quelque chose qui peut être séparé des autres parties; en un mot, un poison morbide spécial.

Parmi les accidents toxiques causés par l'extrait alcoolique d'urine cholérique, nous voyons manquer les crampes. Les attribuons-nous indûment au poison cholérique?

A côté des choses spéciales propres à l'empoisonnement

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