PRINCIPES TOXIQUES DES URINES
tège contre son pouvoir toxique. La réponse à cette objection se trouve dans la néphrectomie suivie d'injection d'urée, expérience déjà faite par Bernard. Dans l'une de mes expériences d'injection intra-veineuse d'urée chez le lapin, l'animal est mort après l'introduction de ô^^Sl d'urée par kilogramme, il n'avait pas uriné pendant l'expérience et à l'autopsie la vessie était vide. D'ailleurs, quelle que soit l'activité de la circulation rénale, la rapidité avec laquelle la quantité d'urée que nous injectons se trouve introduite dans la circulation par notre méthode d'injection intra-veineuse, est telle que l'élimination n'a pas le temps de se faire et que les propriétés physiologiques de l'urée s'exercent immédiatement.
Nous avons rencontré ensuite dans l'urine une substance véritablement toxique. Celle-là est narcotique. Elle est fixe, de nature organique, ne se fixe pas sur le charbon, est soluble dans l'alcool et se trouve dans l'extrait alcoolique avec l'urée et d'autres substances. Ce n'est pas Turée à coup sûr, puisque, dans les expériences faites avec l'urée, on ne voit pas celle-ci produire la narcose. Cette substance narcotique que contient l'urine, je ne puis vous la nommer. L'analyse chimique n'en a pas été faite. Nous ne pouvons encore la désigner que par rénumération de quelques-uns des caractères physiques, chimiques et physiologiques que nous lui avons trouvés.
Une troisième substance est sialogène ; elle détermine la salivation. Sa présence dans l'urine ne saurait être soupçonnée d'après les injections d'urine en nature; la quantité d'urine totale suffisante pour tuer ne contient pas cette substance sialogène à dose suffisante pour qu'elle produise son effet physiologique. On ne voit la salivation apparaître qu'après les injections d'une urine dépouillée d'une partie de ses substances toxiques, de celles qui amènent la mort trop rapidement sans laisser à la substance sialogène le temps de manifester sa propriété. Cette substance est fixe, organique, non fixée parle charbon, soluble dans l'alcool comme les précédentes, mais elle est distincte de l'urée aussi bien que de la substance narcotique. Elle vient certainement du corps, comme l'urée; car on la trouve dans le
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sang, le foie, les muscles en plus grande quantité que dans les urines; mais Fiirée ne se trouve qu'en proportion minime dans les extraits du sang et des muscles. Nous ignorons encore son nom et sa nature chimique. Mais nous ne sommes qu'au seuil des découvertes qui restent à faire dans l'analyse chimique des urines. Nous avons seulement réussi jusqu'ici à diviser l'urine en plusieurs départements, dans chacun desquels un jour on isolera ces corps dont nous ne pouvons que soupçonner la présence.
On trouve dans l'urine deux substances douées de propriétés convulsivantes. L'une est fixe, organique, puisqu'elle est détruite par la carbonisation; d'ailleurs elle est retenue par le charbon; elle n'est donc pas minérale. Elle est insoluble dans l'alcool. Elle pourrait appartenir au groupe des matières colorantes à la façon desquelles elle se comporte. Ce n'est vraisemblablement pas un alcaloïde, puisqu'elle est insoluble dans l'alcool, aussi bien à l'état de sel qu'à celui de base. Cette matière organique qui détermine la convulsion se trouve en moindre quantité dans l'urine de la veille que la matière narcotique, ou elle est d'une moindre activité physiologique; et, si les injections d'urine normale ne produisent pas souvent la convulsion, c'est probablement parce que la substance narcotique tue l'animal avant que la substance convulsivante ait pu manifester sa propriété. Il faut, pour produire la convulsion, enlever d'abord à l'urine le poison qui tue rapidement. Cette substance convulsivante, nous ignorons aussi son nom.
Puis vient une substance qui contracte la pupille ; fixe, organique, s'attachant au charbon, non minérale par conséquent, elle est comparable en certains points à la matière convulsivante. On pourrait supposer qu'elle se confond avec elle, c'està-dire qu'une même substance serait douée de deux propriétés. On pourrait encore se demander si ce n'est pas une matière colorante ou un alcaloïde. Matière colorante? il est possible ; alcaloïdej? probablement non, pour la même raison que nous avons donnée à propos de la matière convulsivante. Il n'est pas probable qu'elle se confonde avec la précédente; car toutes les
Bouchard. Auto-intoxications. 5
66 SUBSTANCES QUI PRODUISENT LE MYOSIS, L'HYPOTHERMIE
urines normales contractent la pupille, mais il en est fort peu qui déterminent des convulsions. Il faudrait admettre que la matière qui convulsé le sphincter irien est plus énergique que celle qui amène les convulsions générales.
L'urine produit la contraction pupillaire à faible dose, dès 10 centimètres cubes, et en général amène la mort sans convulsion à la dose de 30 à 50 centimètres cubes. On devrait avec les urines convulsivantes à 60 centimètres cubes voir arriver tout de suite la contraction de l'iris, tandis que ce phénomène ne se montre qu'assez lentement.
La dissociation de ces deux effets physiologiques montre qu'ils appartiennent à deux substances différentes. Nous ne pouvons pas dire, plus que pour les autres substances toxiques, le nom de celle qui contracte la pupille.
Nous avons rencontré dans l'urine une substance hypothermisante. Celle-ci abaisse la température en diminuant la calorification, et non pas seulement comme tout liquide froid, qui, introduit dans l'organisme, lui soustrait une certaine quantité de calories pour se mettre en équilibre de température avec lui. Car, lorsqu'on injecte un liquide froid dans la circulation, on ne produit qu^un abaissement bien moindre de la température du corps; en réalité, dans ce cas, on stimule la calorification exactement comme par l'apphcation externe du froid; l'organisme tend à refaire par une accélération des combustions intimes les calories qu'on lui a enlevées, et il en restitue réellement une partie. Après les injections d'urine, au contraire, l'animal se refroidit, non seulement comme après toute injection d'eau froide, parce que son organisme se met en équilibre de température avec le liquide injecté, mais parce que l'organisme perd une partie de son pouvoir calorificateur. Chaque unité de poids du corps fabrique en un temps donné moins de calories qu^à l'état normal.
La substance hypothermisante est une matière fixe, organique; l'ammoniaque possède aussi la propriété d'abaisser la température; mais celle dont nous parlons se fixe sur le charbon, elle n'est donc pas minérale.
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Elle est insoluble dans l'alcool comme les précédentes. Ce peut être une des matières colorantes, ce n'est certainement pas la même matière que celle qui produit les convulsions, car on n'observe pas de proportion entre l'effet hypothermique et l'effet convulsivant, pas plus qu'entre ceux-ci et la contraction pupillaire.Il s'agit donc d'une matièreayant une individualité propre.
On trouve enfin dans l'urine une autre matière convulsivante, fixe, inorganique. C'est, pour le dire de suite, la potasse, dont on connaît depuis longtemps les propriétés toxiques et convulsivantes. On ne peut cependant lui attribuer uniquement les convulsions que produisent les injections d'urine; car, pour arriver à injecter la potasse à dose toxique, il faudrait injecter des quantités d'urine beaucoup plus considérables. Si l'on se débarrasse par le charbon d'une substance convulsivante qui tue trop rapidement, on peut voir arriver les convulsions tenant à la potasse. Si, en agissant sur l'extrait qui contient à la fois la matière convulsivante organique et la potasse, on détruit par le feu la matière organique, les convulsions se produisent encore, mais il faut parfois une quantité d'urine double, l'alcool, il est vrai, a emporté une partie de la potasse; quelquefois cependant il suffit, pour tuer en convulsions, d'injecter les matières minérales d'une quantité d'urine moindre que la quantité d'urine en nature qui produisait la mort sans convulsions. Ce résultat paradoxal, que j'ai signalé déjà et tenté d'interpréter dans la dernière leçon, pourrait s'expliquer aussi par l'action antagoniste de certaines substances organiques qui corrigent l'action convulsivante de la potasse.
En résumé, il y a dans l'urine deux matières convulsivantes : l'une organique^ à effet rapide, qui tue avant que les convulsions causées par la potasse aient pu se produire; la seconde, la potasse, dont un sel, le chlorure de potassium, est convulsivant et toxique à 18 centigrammes par kilogramme d'animal.
Cette neutralisation d'une substance toxique par l'adjonction d'une autre se voit dans bien des circonstances : l'atropine peut neutraliser l'action physiologique de la pilocarpine. Dans les injections d'urine en nature, les propriétés convulsivantes des