‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladiesChapitre 41 sur 227 · TOXICITÉ DES GLOBULES DU SANG · texte numérisé non relu

TOXICITÉ DES GLOBULES DU SANG

Pour produire la mort, il m'a fallu injecter l'extrait de plus de ZiOO grammes de sérum représentant 800 grammes de sang; encore s'agissait-il de l'extrait de sérum de cheval injecté au lapin. Dans cette expérience, 1000 de sang tueraient 1250 de matière vivante.

Le calcul nous avait fait admettre que un kilogramme de sang serait capable de tuer au minimum 201 grammes et au maximum 10 Zi23 grammes de matière vivante; l'expérimentation a rapproché ces limites extrêmes. Elle nous montre que un kilogramme de sang pourrait tuer au minimum 1250 grammes et au maximum 3000 grammes de matière vivante. Le chiffre vrai, encore indéterminé, est entre ces deux limites.

Outre le plasma, le sang contient des globules. Ces globules peuvent-ils augmenter la toxicité du sang? Expérimentalement non. Cependant les globules contiennent des matières toxiques, et même en quantité massive. Mais ce sont des matériaux de constitution des globules et ceux-ci sont vivants. Le sang n'est qu'un tissu de cellules mobiles qui ont, comme toute cellule, un squelette. Ce qui entre dans la composition de ce squelette est inoffensif pour la cellule tant qu'elle vit. Or toute cellule contient de la potasse, qu'elle garde combinée aux autres matières minérales ou organiques ; cette potasse ne peut nuire aux cellules vivantes que si elle est mise en liberté par la destruclion d'autres cellules. Dans ces conditions, la potasse passe dans les liquides, et sa toxicité peut se manifester.

Si Ton détruit les globules par l'ébullition ou par la carbonisation, et qu'on en injecte la solution aqueuse dans le sang d'un animal, on détermine les convulsions et la mort.

L'alcool enlève aux globules l'eau, les matières extractives, la graisse, la cholestérine et les sels de potasse. Avec les extraits alcooliques de sang on détermine la faiblesse musculaire, les convulsions et surtout rapidement la salivation, que je vous ai signalée à propos d'une substance toxique des urines. C'est au sang que le rein emprunte cette substance qui fait saliver.

Avec l'extrait alcoolique de sang, la narcose ne s'observe que dans des circonstances anormales. Je l'ai vue se produire dans

POISOiNS MIS EN LIBERTÉ PAR DESTRUCTION DES GLOBULES 81

un cas, avec le sang d'un malade urémique qui n'éliminait pas ses matières toxiques. Mais avec le sang normal on ne détermine pas la narcose. Dans les extraits alcooliques de sang . passent des corps azotés basiques et neutres : je ne saurais dire auxquels d'entre eux sont dus les phénomènes physiologiques dont je parle. Je constate que les globules vivants sont inoiîensifs, mais qu'ils fournissent des matières toxiques quand ils se détruisent. Je ne puis incriminer que la potasse mise en liberté par cette destruction. Je ne puis toujours pas accuser les alcaloïdes constatés dans le sang normal par A. Gautier et par moi; car ils s'y trouvent en quantité inférieure encore à celle que contiennent les urines, et nous avons vu qu'ils ne représentent qu'une part minime de la toxicité de celles-ci.

En résumé, le sang contient, nous le savons, une réserve de poison; il en élimine incessamment une petite quantité par les reins, il en reçoit des tissus une quantité égale : il en renferme donc à l'état normal une certaine quantité.

Si l'élimination est entravée et que l'apport continue, l'accumulation de matière toxique produit l'intoxication.

Nous savons quelle est la quantité de matière toxique introduite dans le sang et éliminée par le rein dans une révolution circulatoire; nous savons aussi quelle quantité de matière vivante peut être tuée par celte quantité de matière toxique. Nous pouvons donc fixer le temps nécessaire pour que 1 kilogramme de sang tue 1 kilogramme d'animal. Ce temps est deux jours et quatre heures. C'est là un chiffre théorique. En réalité, le temps nécessaire est plus considérable, parce qu'il se produit dans l'urémie des troubles fonctionnels du tube digestif qui empêchent celui-ci d'absorber les poisons qu'il contient, ne fût-ce que la potasse d'origine alimentaire. De plus, la formation des poisons de désassimilation est entravée par l'intoxication même, les vomissements, le refroidissement.

Les poisons n'agissent qu'en dissolution dans le plasma. Les globules ne sont pas toxiques, tant qu'ils demeurent vivants; les matériaux constitutifs de ces éléments anatomiques y sont retenus par la force de tension qui réside en toute cellule

Bouchard. Auto-intoxications. 6

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