CAUSES DE LA MORT DANS L'INTOXICATION PAR LA BILE
la mort à la dose de 4 à 6 centimètres cubes de bile pure par kilogramme d'animal. J'ai reconnu de plus que la bile décolorée par le charbon perd les deux tiers de sa toxicité.
On a proposé diverses explications de la toxicité de la bile.
Les sels biliaires ont été déclarés toxiques à doses presque infinitésimales; on les trouve en quantité si faible dans le sang des personnes qui ont succombé à l'ictère grave, à l'intoxication par le phosphore. Des injections de taurocholate et de glycocholate de soude faites par von Dusch, Huppert, Kuhne ont produit un effet peu sensible. Cependant les résultats obtenus par Leyden sur le chien et sur la grenouille sont peu concordants. J'ai constaté avec le concours de M. Tapret que les sels biliaires en solution aqueuse à 2 pour 100 tuent 1 kilogramme de lapin : le cholate de soude à la dose de 54 centigrammes, et le choléate de soude à la dose de 46 centigrammes.
On pourrait incriminer la cholestérine. Mais on n'a pu provoquer la cholestérémie expérimentale que par des procédés trop défectueux pour qu'il soit permis d'en tirer aucune conclusion. Les quantités dérisoires de cholestérine qui ont été introduites dans le sang n'ont pu l'être qu'à la faveur de l'eau de savon ou de la potasse, qui pouvaient tuer par elles-mêmes.
En tout cas, chez les vieillards, les abcès athéromateux qu'on trouve largement ouverts dans l'aorte contiennent quelquefois plusieurs grammes de cholestérine, sans qu'il y ait empoisonnement.
Les matières colorantes doivent nous être suspectes, comme agents de toxicité, puisque la bile, une fois décolorée, est beaucoup moins toxique. J'ai constaté également avec M. Tapret que la bilirubine tue à la dose de 5 centigrammes par kilogramme.
Quant aux sels biliaires, ils ne tuent pas seulement par intoxication directe. Nous pouvons voir au microscope le mal qu'ils font; ils dissolvent, ils désagrègent les globules et aussi d'autres cellules, les fibres musculaires striées, les cellules du foie. Ils font donc des lésions anatomiques, et l'intoxication résulte de la mise en liberté des substances toxiques qui entrent
86 TOXICITÉ DES URINES ICTÉRIQUES
dans la composition des éléments cellulaires. Mais cette intoxication n'arrive que tardivement.
Les gens intoxiqués par la bile sont alors dans les conditions des animaux auxquels nous injectons des extraits aqueux ou alcooliques de tissus. Chez ces malades, tant que le rein fonctionne, tout va bien; sinon, ils meurent intoxiqués par la potasse et par d'autres produits de la destruction cellulaire. Mais ce n'est pas une intoxication primitive, c'est l'intoxication secondaire par les produits minéraux ou organiques de la désintégration des éléments anatomiques.
Chez les ictériques, on observe en effet une rapide diminution de poids. Dans l'atrophie jaune aiguë du foie, il semble que les muscles fondent.
D'ailleurs, si le rein fonctionne bien chez les ictériques, leur urine est très toxique, mais non de la même manière que l'urine normale. Celle-ci ne détermine pas la convulsion; l'urine ictérique estconvulsivante, et non narcotique. A petite dose, même décolorée absolument, elle reste toxique ; mais elle ne doit pas cette propriété à la matière convulsivante de l'urine normale, puisque celle-ci restait fixée au charbon. La propriété convulsivante lui vient probablement de la potasse; car la bile ne produit rien de semblable.
Ainsi les urines ictériques doivent surtout leur toxicité aux déchets de la désintégration cellulaire, et surtout aux produits minéraux.
Nous commençons à entrevoir ce que peut être l'intoxication dans l'économie.