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BILE ET PRODUITS DE LA PUTRÉFACTIO

Toxicité des plasmas; elle est due à la désassimilation ou à la destruction des cellules.

Produits de la désassimilation versés dans l'intestin par le foie. — Pouvoir toxique de la bile, comparé à celui de l'urine. — Dangers de la résorption ou de la rétention de la bile. — Gomment l'organisme se défend contre la toxicité de la bile. Précipitation dans l'intestin d'une partie des éléments de la bile, métamorphoses aj'ant pour but de rendre les autres insolubles. — Toxicité des urines ictériques; diminution du pouvoir toxique des urines ictériques par la décoloration.

Putréfactions causées dans l'intestin par les microbes qui s'y trouvent normalement. Rôle de l'acide chlorhydrique du suc gastrique qui neutralise l'activité de ces microbes.

Les matières putrides sont-elles toxiques? — Opinion de Haller. — Expériences de Gaspard, Panum, Bergmann, Billroth. — Argumentation de Koch.

Si les plasmas sont peu toxiques, quoiqu'ils contiennent plus de poison que la quantité qu'ils cèdent aux émonctoires, les cellules renferment des matières vénéneuses qu'elles gardent parce que ces matières font partie de leur constitution, mais qui, mises en liberté par la mort des cellules, rendent les plasmas toxiques.

Ces matières toxiques sont des substances organisées et des substances minérales. La potasse est au premier rang d'entre celles-ci; à l'état normal elle est partie constituante des éléments anatomiques, mais non des plasmas. Dans l'économie de l'animal vivant, une quantité déterminée de substances toxi-

qiies existe à l'état de combinaison dans les éléments cellulaires; et ce n'est que par une modification anormale de ces éléments qu'on peut voir arriver leurs poisons dans les plasmas. Les plasmas ne contiennent notamment que la quantité exacte de potasse qu'ils portent aux tissus ou aux émonctoires; la potasse n'est que de passage dans les plasmas.

Les poisons minéraux et organiques sont donc, en général, des poisons de désassimilation; mais, parmi les organes dont la désassimilation produit des poisons, il en est qui livrent une partie de leur matière constituante, aussitôt qu'elle est mise en liberté, à des canaux particuliers qui la conduisent à l'extérieur : telles sont les glandes de la peau; tel, le foie.

La bile évite l'absorption directe par le sang, mais non tout contact avec lui, puisqu'à la surface de l'intestin elle est en contact avec les capillaires mésaraïques; seulement le foie est encore là pour s'en emparer à nouveau et la rejeter dans l'intestin.

La bile serait-elle dangereuse pour le sang? Assurément; sa toxicité est moindre qu'on ne le croyait, mais encore considérable.

Dans une expérience de Vulpian, on voit que 10 grammes de bile par kilogramme d'animal sont une dose toxique. On peut tuer même avec /i, 5, 6 grammes de bile 1 kilogramme d'animal. La bile est donc au moins cinq fois plus toxique, quelquefois dix fois plus toxique que l'urine. Le petit volume de la vésicule biliaire et la faible quantité de bile que l'on trouve à l'autopsie sembleraient faire croire que cette sécrétion est peu importante. On change d'opinion, quand on connaît la quantité de bile sécrétée en vingt-quatre heures. Suivant Beaunis, on peut évaluer à 1 kilogramme environ la quantité de bile produite en vingt-quatre heures chez Thomme. D'après l'observation de cas de fistules biHaires, Ranke a trouvé une moyenne de ili grammes de bile par kilogramme de poids vif et pour vingt-quatre heures; von Wittich en a obtenu chez une femme en vingt-quatre heures 528 centimètres cubes, et, chez une femme également atteinte de fistule de la vésicule avec obli-

téralion complète du canal cholédoque, j'ai vu la quantité quotidienne de la Mie excrétée atteindre 800 grammes. Donc, si en des temps égaux l'urine élimine la moitié de ce qu'il faut pour tuer un homme, la bile élimine le triple. La totalité de la bile est six fois plus toxique que la totalité de l'urine (1).

On conçoit le danger qui résulte soit d'une entrave apportée à l'élimination de la bile, soit de sa résorption. Heureusement plus de la moitié est éliminée en vingt-quatre heures par le tube digestif; l'eau des matières fécales représente l'eau de

(1) Comparaison entre la toxicité de la bile et celle de Vurine.

Un homme de 65 à 70 kilogrammes élimine en vingt-quatre heures 1350 centimètres cubes A'urine en moyenne, soit 20 grammes d'urine par kilogramme. Cette urine peut tuer un animal d'un kilogramme à la dose de 45 centimètres cubes.

L'homme, pour cliaque kilogramme de son corps, élimine donc en vingt-quatre heures par l'urine de quoi tuer ^ °\°5^^° = 444 grammes de matière vivante.

Un homme de 37 kilogrammes élimine en vingt-quatre heures 652 centimètres cubes de è^7e, soit 13'='=, 45 par kilogramme. Cette bile peut tuer un animal d'un kilogramme à la dose de 5 centimètres cubes. L'homme, pour chaque kilogramme de son corps, élimine donc en vingt-quatre heures par la bile de quoi tuer HtVs^ ^== 2690 grammes de matière vivante.

De ce qui précède, on peut conclure :

1° Que, 1 kilogramme de matière vivante étant tué par 5 centimètres cubes de bile et par 45 centimètres cubes d'urine, la bile est neuf fois plus toxique que l'urine.

2° Que, — la quantité de bile sécrétée en vingt-quatre heures par 1 kilogramme d'homme étant capable de tuer 2690 grammes de matière vivante, tandis que la quantité d'urine sécrétée par 1 kilogramme d'homme en vingt-quatre heures est capable de tuer seulement 444 grammes de matière vivante, — Taclivité toxique de la sécrétion hépatique est six fois plus grande que l'activité toxique de la. sécrétion rénale ^rrr- = 6 .

u à II

Si toute la bile que le foie sécrète passait directement dans le sang, l'homme s'empoisonnerait par sa bile en huit heures cinquante-cinq minutes.

Si toute l'urine que les reins sécrètent passait directement dans le sang, l'homme s'empoisonnerait par son urine en deux jours six heures trente-deux minutes.

90 TOXICITÉ DES URINES ICTÉRIQUES

/|00 grammes de bile. L'autre moitié de la bile n'est d'ailleurs pas absorbée; car, si elle s'éliminait par les urines, leur toxicité serait beaucoup plus considérable; il faudrait admettre que les urines de vingt-quatre heures fussent capables de tuer l'individu tout entier ou deux fois cet individu. Or l'expérience nous a montré que les urines n'ont pas une telle toxicité.

Que devient donc cette moitié de la bile qui n'est pas évacuée par le tube digestif? Le foie la détruit-il? Sont-ce les tissus qui la métamorphosent? Ces deux hypothèses sont possibles, mais non démontrées.

Ce qui est démontré, c'est que dans l'intestin une partie de la bile cesse d'être absorbable. Les matières colorantes, les sels biliaires, sont métamorphosés, précipités ou rendus insolubles. Cependant, dans certaines conditions pathologiques, la bile peut être absorbée dans le foie lui-même au niveau des cellules hépatiques. Dans ces cas, elle devient une menace d'intoxication, si les reins restent perméables; s'ils ont cessé de l'être, l'empoisonnement se réalise.

Si le rein est resté perméable et qu'il ne se produise pas d'accidents généraux, les urines deviennent toxiques, non pas pour l'individu lui-même, mais pour les animaux sur lesquels on l'expérimente. Certaines urines ictériques sont toxiques à 13 centimètres cubes par kilogramme; ces urines doivent sans doute une bonne part de leur toxicité à la présence des matières colorantes, puisque, une fois décolorées, elles peuvent être injectées à dose double et même triple (1); mais la destruction des

(1) I. — Injection intra-veineuse d'urine ictérique très colorée. Mort.

11 mars 188o. — A un lapin du poids de 1650 grammes, on injecte 22 centimètres cubes d'une urine ictérique très foncée provenant d'un malade de la salle Saint-Landry (hôpital Lariboisière) qui en émet 900 grammes en vingt-quatre heures.

Dès le 6e centimètre cube, agitation.

Au 9^, pupille en grande partie contractée.

Au 15% pupille punctiforme. Spasmes, respiration précipitée.

Au 20% cris, spasmes.

Au 22e, mort, le cœur battant encore.

L'animal a reçu 13 centimètres cubes par kilogramme.

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