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TOXICITÉ DES ÉLÉMENTS DE L'ORGANISME

portion de ses éléments constitutifs; il peut enfin faire apparaître des matières anormales, par le fait d'une perversion des métamorphoses nutritives. De l'augmentation absolue de matières normales, ou de la production de matières anormales, peut naître l'intoxication.

Les substances les plus essentielles à la constitution du corps peuvent devenir nuisibles, quand elles s'accumulent. Si la soustraction de l'eau est dangereuse, sa surabondance ne l'est pas moins : elle change les conditions de l'osmose, elle gonfle les cellules et leur enlève leur matière dialysable ; elle trouble ainsi leur constitution chimique et amoindrit ou pervertit leur fonctionnement.

Les matières minérales également peuvent, par leur surabondance, déterminer des accidents véritablement toxiques, les sels de potasse surtout.

Le produit excrémentitiel le plus important, l'acide carbonique, ne saurait être retenu pendant quelques minutes dans l'organisme sans que la mort en soit la conséquence. Les acides biliaires aussi, s'ils ne trouvent pas un libre écoulement vers l'extérieur, produisent un empoisonnement mortel. Tous les ferments solubles élaborés par certaines glandes peuvent avoir une action vénéneuse, soit locale, soit générale. On trouve même dans quelques sécrétions, dans la salive par exemple, des produits éminemment toxiques et qui no sont pas des ferments. Cette toxicité n'est due que pour une part aux alcaloïdes. Quelque opinion que l'on se fasse sur l'origine des alcaloïdes, il est certain qu'on en rencontre dans les tissus normaux, et il est possible qu'ils soient un des résultats de la désassimilation des cellules animales ; mais il n'est pas démontré que ces alcaloïdes des tissus normaux soient toxiques. Il n'en est pas de même des alcaloïdes de certains produits de sécrétion, des urines en particulier.

Sans qu'il soit besoin de multiplier ces exemples, vous comprenez que l'augmentation de substances normales, par formation exagérée ou par rétention, puisse provoquer toute une série d'accidents toxiques, dont quelques-uns sont déjà dénom-

mes : tels que l'asphyxie, l'urémie, l'uricémie, la cholémie, la glycémie.

La perversion de la mitrition fait naître des substances nouvelles qui peuvent être toxiques. Il se forme souvent dans l'organisme des peptones qui n'ont pas leur origine dans le tube digestif, mais qui sont nuisibles en ce sens que, étant dialysables, elles s'échappent par les urines et amènent ainsi une spoliation anormale de l'organisme. Il se produit aussi des albumines anormales qui, en s'échappant par les reins, semblent capables de vicier la nutrition des épithéliums rénaux, et de produire certaines néphrites.

La maladie fait aussi apparaître des matières colorantes anormales ou des substances transformables en matières colorantes, au nombre desquelles se trouvent celles qui, dans les urines, prennent une coloration rouge sous l'influence du perchlorure de fer. Je vous citerai encore la leucine, la tyrosine et tous les produits excrémentitiels imparfaits qui résultent d'une élaboration insuffisante du foie, et beaucoup d'autres substances toxiques dont je ne connais ni e nom ni la constitution, mais dont je vous démontrerai physiologiquement la présence dans des urines morbides. Toutes ces matières sont capables de produire des intoxications , parmi lesquelles nous citerons l'éclampsie, l'acholie, le coma diabétique et bien d'autres états graves, comme aussi de nombreuses indispositions.

Si l'intoxication est l'un des accidents possibles des troubles de la nutrition, voyons ce que peut faire l'infection. On a imaginé beaucoup d'hypothèses touchant le mode d'action des microbes. Mais, si l'anatomie de ces agents nocifs n'est guère avancée, leur physiologie l'est encore moins. On a supposé qu'ils pouvaient agir de cinq façons différentes.

On leur a prêté un rôle mécanique, supposant qu'ils devaient faire obstruction dans les vaisseaux, et plus particulièrement dans ceux du poumon et du rein. Le fait est parfaitement démontré pour le charbon et pour la septicémie de Gharrin ; mais les microbes qui habitent le sang sont rares, presque exceptionnels.

MODES d'action DES MICROBES 13

On a admis encore qu'ils pouvaient provoquer des actions traumatiques, éroder, perforer les cellules : c'est l'hypothèse que j'ai invoquée quand j'ai constitué le groupe des néphrites infectieuses. On trouve en effet des microbes dans l'organisme, dans les urines, et l'on constate la lésion de l'épithélium rénal. Il est donc admissible qu'ils ont franchi cette barrière épithéliale et qu'ils ont pu concourir à sa détérioration. Mais ce n'est là qu'une vraisemblance. L'histoire du choléra des poules nous prouve qu'ils s'attaquent à la fibre musculaire ; dans certains catarrhes de la vessie et du vagin, ils pénètrent en grand nombre les cellules épithéliales; j'ai démontré que, dans la blennorrhagie, le micrococcus de Neisser habite essentiellement le protoplasma des cellules pavimenteuses de l'urèthre ou de la conjonctive, et que les leucocytes sont pour lui un habitat accessoire ou secondaire.

On a dit aussi que les microbes amènent la mort par les lésions anatomiques qu'ils déterminent. Assurément, il en est parmi eux qui produisent Tœdème, l'hémorrhagie, la suppuration, l'emphysème^ la gangrène. Mais dire qu'ils agissent parce qu'ils produisent ces effets, c'est résoudre le problème en admettant comme démontré ce qui est en discussion; l'important, ce serait de savoir par quel procédé ils déterminent de telles lésions locales.

On a émis cette quatrième hypothèse que le microbe,~pour sa nutrition, consommait quelque chose d'utile, dont la soustraction serait préjudiciable à l'organisme. On a cité à l'appui de cette manière de voir l'exemple du charbon, dont la bactéridie aérobie s'emparerait de l'oxygène au détriment des globules sanguins. Cette hypothèse ingénieuse n'a même pas reçu un commencement de démonstration.

Enfin, les agents infectieux produiraient quelque chose de nuisible, élaboreraient des substances toxiques. Là, au moins, et là seulement, nous trouvons un commencement de preuve. On connaît, en effet, bon nombre de corps produits par la vie des microbes. On a étudié, dans les fermentations qu'ils effectuent in vitro^ l'acide carbonique, le gaz des marais et même l'hydro-

gène, Tacide sulfhydrique, l'ammoniaque, les ammoniaques composées, les acides gras volatils, des alcaloïdes multiples dont la toxicité a été démontrée expérimentalement, Tindol, le phénol, le scatol, etc., tout ce qu'il faut pour empoisonner, car ces corps sont toxiques. Ils fabriquent de plus des ferments solubles qui, sans doute ^ jouent un rôle dans la production des lésions locales en digérant, en quelque sorte, les cellules vivantes. Il est donc certain que l'intoxication intervient pour une part dans l'action nocive des microbes; il est probable que tel est leur rôle prédominant.

Ce n'est pas seulement dans les maladies infectieuses que nous avons à compter avec l'intoxication produite par eux, c'est même à l'état normal. En effet, l'homme, dans les conditions de la vie physiologique, est habité, dans une étendue considérable de son tube digestif, par des végétaux inférieurs. Je vous ai fait voir autrefois la toxicité des matières intestinales ; elle est due, pour une part, aux produits vénéneux élaborés par ces microbes. Une partie de ces produits est absorbée; la maladie peut s'opposer à leur éUmination, et il en résulte un empoisonnement. La fermentation intestinale augmentant anormalement, la masse des matières toxiques peut devenir telle que son absorption produise l'intoxication, malgré l'intégrité de l'émonctoire rénal : c'est à cette cause que semblent devoir être rapportés bien des accidents dyspeptiques.

Ainsi, à l'état normal comme à l'état pathologique, l'organisme est un réceptacle et un laboratoire de poisons.

L'objet des leçons qui suivent sera de rechercher quelle part revient aux auto-intoxications dans la production des maladies et des accidents morbides.

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