LA MALADIE ET LES ACCÈS PAROXYSTIQUES
tions nerveuses; et chez eux, pourtant, l'état diathésique provient réellement des perturbations nerveuses subies par leurs ascendants. Il est certaines familles historiques , dont on connaît même la généalogie pathologique, où la réalité de ces origines morbides peut être vérifiée.
Le trouble nutritif diathésique est plus qu'une imminence morbide, c'est la maladie en puissance. Mais comment cette maladie va-t-elle éclater? C'est, en général, à l'occasion d'une cause extérieure qui provoquera les réactions nerveuses : encore un exemple de l'association nécessaire de plusieurs processus pathogéniques. Voici un arthritique ; comment sera-t-il pris d'un accès de goutte? Très souvent après un refroidissement, une secousse morale, un traumatisme. La maladie ainsi provoquée au cours de la diathèse est un épisode, un accident paroxystique; mais cet accident, cet épisode peut apparaître spontanément comme conséquence de l'excès du vice nutritif qui, le plus souvent, reconnaît pour cause déterminante la réaction nerveuse. Certaines personnes s'obstinent à ne pas faire cette distinction, à ne voir dans la goutte que l'accès goutteux; si bien que la goutte ne serait pas une maladie, mais une succession de maladies indépendantes. Or ce qui explique et relie les accès, c'est précisément cet état diathésique que je considère comme résultant d'un ralentissement de la nutrition. L'accès dégoutte, au contraire, qui est l'accident paroxystique au cours de la diathèse, est caractérisé par une accélération de la nutrition, comme je Tai dit depuis longtemps, et comme on le répète aujourd'hui à titre de nouveauté : c'est l'effort curateur qui rétablit l'équilibre troublé.
Si la secousse nerveuse est capable de provoquer ainsi un accès de goutte chez un arthritique, jamais elle ne le fera naître chez un individu dont la nutrition n'est pas ralentie. Le trouble nutritif qui rend possible l'action pathogène des réactions nerveuses favorise aussi le parasitisme. N'est-ce pas chez les arthritiques que vous voyez se développer de préférence le pityriasis versicolor? N'est-ce pas chez les scrofuleux que vous voyez se répéter l'érysipèle avec une fréquence vraiment désespérante?
J'ai multiplié assez ces exemples pour pouvoir dire que, sans altération préalable de la nutrition, l'homme est à l'abri de l'infection. J'en excepte la syphilis, contre laquelle il paraît sans défense. Cest parce que plusieurs conditions pathogéniques sont nécessaires pour qu'une maladie puisse se produire, que nous résistons généralement aux influences nocives. Les causes de maladies sont innombrables; mais, pour nous atteindre et pour nous vaincre, il est nécessaire qu'elles s'associent. Sans cette nécessité elles auraient sans doute anéanti l'espèce humaine.
Ainsi, à ne tenir compte que des maladies infectieuses, j'avais raison, vous le voyez, en vous disant tout à l'heure que le médecin ne doit pas s'absorber uniquement dans la recherche du microbe. Il doit se préoccuper de l'agent infectieux ; mais il doit garder aussi une grande partie de sa sollicitude pour l'étude et la recherche des circonstances qui désarment l'organisme contre ^invasion de cet agent.
Quand le médecin sera en possession de cette double notion que beaucoup de maladies sont produites par des microbes, mais que ceux-ci ne peuvent agir qu'à la faveur d'une détérioration de la santé résultant de processus pathogéniques divers, il reconnaîtra que les découvertes nouvelles n'ont rien de subversif, que les enseignements de l'ancienne observation médicale ne sont pas compromis ; il comprendra que son rôle est encore aujourd'hui ce qu'il était il y a vingt ans, et que, tout en cherchant les moyens de lutter contre les microbes, il doit et il devra toujours soutenir les forces de l'organisme et mettre la place en bon état de défense, s'inspirant constamment de cette vérité : avant toute maladie, il y a un trouble de la vie, car la nutrition, c'est la vie.
Que peut amener ce trouble, première étape à franchir avant de devenir malade? Il peut amener une modification dans la production ou dans la distribution des forces que dégagent certaines élaborations de la matière par l'organisme vivant; il peut modifier cette matière elle-même, l'augmenter ou la diminuer en conservant la proportion normale, ou en amenant la dispro-