DISCUSSION DE LA THÉORIE DE FELTZ ET RITTER
Il faut parfois, pour tuer, une quantité de potasse double de celle que contient la quantité d'urine qui tue.
En outre, cette quantité de potasse tue d'une autre façon, avec des convulsions, tandis que les urines normales prises dans le milieu de la journée ne déterminent pas la convulsion. Dans la mort par la potasse, le cœur est arrêté; il continue à battre quand c'est l'urine qui a produit l'empoisonnement.
Une urine normale décolorée, qui contient encore presque toute sa potasse, ne tue pas, sinon quand on augmente la dose de moitié, et alors elle tue sans convulsions; malgré la dose plus forte, l'action de la potasse reste masquée.
Nous avons déjà parlé de ces associations toxiques qui existent dans les urines. La matière convulsivante insoluble dans l'alcool, additionnée de ce qui est soluble dans l'alcool, ne donne pas de convulsions.
C'est le résultat d'un antagonisme physiologique. Une substance qui détermine des convulsions est neutralisée par une autre matière organique qui produit la narcose, et dont l'association à la première empêche l'apparition de la convulsion. Antagonisme entre les matières narcotiques solubles dans l'alcool et les matières convulsivantes insolubles ; antagonisme possible entre les premières et la potasse. L'équilibre résultant de l'antagonisme entre ces diverses substances peut être rompu par l'augmentation soit de la potasse, soit de la matière organique convulsivante.
Il y a des urines pathologiques qui, même décolorées, conservent leur pouvoir convulsivant ; celui-ci est peut-être dû à la potasse. Les urines convulsivantes sont surtout les urines fébriles, alors qu'il y a suppression de l'alimentation et accélération de la destruction cellulaire.
La diminution de l'ahmentation n'introduit pas plus de potasse dans l'économie ; elle diminue l'ensemble des sels minéraux. Mais l'augmentation de la désassimilation augmente certaines substances azotées, et surtout la potasse, en détruisant la charpente minérale des cellules. Aussi, au lieu que la potasse représente seulement le quart de la masse totale des
matières minérales, on trouve la potasse en quantité au moins égale à la soude. Si les urines deviennent rares, si, au lieu de 1000 grammes, la sécrétion tombe à 500 grammes, en admettant leur densité égale ou supérieure même à la normale, la quantité de matière mirîérale qu'elles emportent peut être égale à la normale par litre, mais non par vingt-quatre heures, l'émonction tombe à la moitié ou aux deux tiers de ce qu'elle devrait être; il se produit dans l'organisme une accumulation des matières minérales et surtout de potasse. Celle-ci peut alors devenir une cause d'intoxication, car les substances qui lui font antagonisme à l'état normal ne suffisent plus à neutraliser son action convulsivante. On comprend que parmi les phénomènes urémiques il puisse y avoir, dans certaines conditions, prédominance de l'action de la potasse, qui peut représenter les deux tiers de la toxicité au lieu d'un tiers.
L'étude des accidents qui résultent de l'intoxication par la potasse conduit encore à lui dénier le rôle de cause unique de l'urémie : ils se résument en ce mot, convulsions, mort en opisthotonos; mais on n'observe ni rétrécissement de la pupille, ni diurèse, ni hypothermie par abaissement de la calorification, ni salivation. Tous les sels de potasse tuent avec arrêt du cœur, ce que ne fait pas l'urine.
Ainsi j'admets que la potasse est toxique, mais non que le& urines soient toxiques seulement par elle. Si nous cherchons dans les faits cliniques quelques raisons pour ou contre le rôle pathogénique exclusif de la potasse, nous trouvons dans l'urémie des raisons de repousser l'affirmative. Il faudrait d'abord démontrer que, chez les urémiques, il y a accumulation de potasse; mais les observateurs qui ont cru trouver celle-ci en excès ont fait leur dosage avec le sang en totalité : or ce qui est toxique dans le sang, ce ne peut être que ce qui est en solution dans le plasma; ce qui est maintenu partie constituante de la cellule vivante par la force de tension ne peut prendre part aux actions toxiques. Il n'y a dans le sérum que des traces de potasse; dans les recherches, insignifiantes d'ailleurs et contradictoires, qui ont été faites sur les variations de la potasse^