THÉORIE DE FELTZ ET RITTER
Ritter, seraient la cause exclusive de la toxicité. Il y a un sophisme évident dans l'affirmation de ces auteurs, qui ont fait des travaux si remarquables. Ils refusent de tenir compte des intoxications partielles, fragmentaires; ils ne veulent admettre comme agent toxique qu'une substance unique. C'est le point vulnérable de leur œuvre.
Ces expérimentateurs, qui dénient toute action toxique aux matières organiques, en ont pourtant reconnu la toxicité; mais ils n'en tiennent pas compte, parce qu'avec elles seules ils n'ont pas pu produire la mort, n'ayant pas poussé l'injection assez loin, à des doses assez fortes.
L'animal mourant en trois jours après la néphrectomie, ontils dit, la cause de la mort ne peut être que la matière qui tue en quantité égale à la quantité qui est normalement excrétée en trois jours; or comme, avec l'extrait des matières organiques des urines de 3 jours, ils n'ont pas pu produire la mort, ils ont dénié aux matières organiques toute action toxique, sans vouloir admettre que leur toxicité partielle puisse entrer en ligne de compte pour expliquer la toxicité totale.
Recherchons pourtant, avec MM. Feltz et Ritter, ce que peuvent faire les matières minérales.
Celles-ci sont très nombreuses, mais bon nombre d'entre elles sont négligeables à cause de leur poids insignifiant.
Un homme de 75 kilogrammes émet en vingt-quatre heures 1350 grammes d'urine d'une densité de 1019. Ces urines contiennent 59 grammes de matières solides, qui se décomposent en Zi3 grammes de matières organiques et 16 grammes de matières minérales. Ces dernières comprennent 2 grammes de sels terreux (sels de chaux, de magnésie), k grammes de sels de potasse et 10 grammes de sels de soude, en comprenant dans ces poids les acides de ces bases.
Si l'on rapporte ces chiffres à la composition d'un litre d'urine, on a :
( Mat, organiques. 325'-.
Matériaux solides, 44s'' | / Sels terreux. Is-'jSO
( — minérales. 12 — j — de potasse. 3
( — de soude. 7 50
Bouchard. Auto-intoxications. 9
L'ensemble des sels terreux se prête mal à l'expérience, à cause de la difficulté qu'il y a à les maintenir dissous dans le plasma sanguin par injection intra-veineuse. Je ne puis donc rien dire de particulier à leur sujet. D'ailleurs, ils sont en faible proportion dans la masse minérale.
Au contraire, les sels alcalins sont très solubles; ils sont considérables par leur masse et méritent de nous occuper.
Les sels de soude semblent plus importants, d'après leur poids; en réalité ils n'ont qu'une très faible toxicité. Le chlorure de sodium tue un kilogramme d'animal à la dose de S""",!?, or le chlorure de sodium est le plus toxique des sels de soude des urines. La soude des urines de vingt-quatre heures tuerait tout au plus 2 kilogrammes, tandis que cette quantité d'urine en tue 30.
Il en est autrement des sels de potasse ; ils sont parfois en forte proportion : 3 milligrammes par centimètre cube d'urine. kO à 60 centimètres cubes d'urine étant toxiques (moyenne 45), la quantité d'urine qui tue un kilogramme d'animal pourrait renfermer jusqu'à 13 et ik centigrammes de sels de potasse. Ce serait presque une quantité suffisante si tous les sels de potasse étaient représentés par le chlorure de potassium; mais il y a du phosphate, du sulfate, du phénylsulfate de potasse qui peuvent ne pas avoir la même toxicité. Le chlorure de potassium est le plus toxique; il tue à 18 centigrammes par kilogramme d'animal. Mais le phosphate de potasse ne détermine d'accidents toxiques qu'à la dose de 26 centigrammes. Avec le phénylsulfate on a vu des accidents toxiques, mais non la mort. Ces dilTérences de toxicité nous expliquent que le mélange des sels de potasse donne une moindre toxicité que le chlorure de potassium.
Comnie Feltz et Ritter, j'ai détruit la matière organique des urines et dissous les matières minérales, et j'ai reconnu que souvent, contrairement à leurs affirmations, les sels de potasse contenus dans 50 centimètres cubes d'urine ne déterminent aucun accident, mais que les accidents surviennent si l'on prend les sels de potasse contenus dans une quantité double d'urine.