‹ Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies: professées à la Faculté de médecine deChapitre 180 sur 239 · VINGT-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LEÇON

(25 juin 1885)

IXTdUCATId^î PAR POISO^iS PATHOLOeiQUES. — CHOLÉRA

Opinions anciennes sur les causes et la nature du choléra. — Influence des croyances pathogéniques régnantes sur le choix des moyens prophylactiques. — Mode de propagation du choléra. — Importance de la transmission par Teau. — Autres modes de contagion possible. — Recherches de Tagcnt contagieux. — La mission française en Egypte. — Travaux et opinions de Koch. Valeur du bacille-virgule. — Recherches sur la transmissibilité du choléra aux animaux.

Dans 1 étude des maladies par intoxication, je suis naturellement amené à parler du choléra et à faire le bilan des connaissances que nous possédons^sur sa nature.

Tout ce qui a été dit de Tétiologie des pestes dans l'antiquité et au moyen âge a été répété dans les temps modernes à propos du choléra.

On Ta d'abord attribué à la malignité des hommes et à la colère de Dieu; après Tétiologie religieuse s'est élevée Tidée d'une intoxication par des maléfices, ayant pour corollaires certaines pratiques réputées prophylactiques.

On a cru à l'empoisonnement des puits et des fontaines. On a accusé d'être les fauteurs d'une intoxication directe certains hommes et surtout les médecins; de telles absurdités ont été dites à Paris en 1832 et à Naples en 1884. Dans le passé, les Juifs et le^ médecins ont souvent été associés dans la malédiction publique a propos de l'étiologie des maladies pestilentielles. On les a suspectés d'empoisonner les viandes. Les voyageurs, d'une façon générale, étaient suspects aussi, non

â68 PRÉJUGÉS ANTIQUES SUR LES CAUSES DU CHOLÉRA

pas seulement les voyageurs malades, mais tous les étrangers; — rétranger, l'éternel ennemi.

Avant d'accuser les eaux, on s'en était pris à Tair et aux nuages; il fut un temps où certain nuage arrivant au-dessus d'une ville était réputé pestilentiel , à cause de tel reflet ou de telle teinte insolite. Ces idées avaient cours aux xiv* et xv*" siècles..., on a pu les voir renaître dans la seconde moitié du xix*" siècle !

Naturellement, les mesures prophylactiques préconisées ont toujours été en harmonie avec ces chimères étiologiques. Il fallait détourner la colère divine par des pratiques expiatoires, pénitences et macérations imposées aux hommes pécheurs; l'efficacité des pèlerinages et des processions a trouvé jusqua l'époque présente des croyants dans toutes les classes de la société.

On a fait mieux pour la peste noire; on a posé des sentinelles auprès des puits. J'ai vu de même à Paris en 1865 et en 1873 la police garder les tonneaux de porteurs d'eau sur le quai Saint-Bernard. L'autorité faisait-elle une concession aux préjugés populaires ou les partageait-elle?

On a placé aussi des sentinelles à l'entrée des villes, on a baissé la herse et levé le pont. De notre temps on a créé des cordons sanitaires autour des villes saines : dans les pays méridionaux, on a accueilli des voyageurs à coups de fusil.

Et cependant l'observation tranquille des faits a révélé que le choléra est une maladie endémique en certains pays ; depuis on ne sait combien de siècles, c'est une maladie familière au Delta du Gange. Puis elle en fait irruption; elle suit une caravane et en dessine le trajet du Gange à la Mecque; là elle frappe tous les musulmans, indous ou non, qui s'y trouvent assemblés: elle s'acharne au retour sur toutes les caravanes, les détruit quelquefois tout entières, ou arrive avec elles jusqu'au Hedjaz, jusqu'à la Perse; alors elle fait sa migration par la Russie jusqu'à l'Europe occidentale. On a'pu suivre aussi ses migrations du Iledjaz en Egypte, à Alexandrie, où elle* forme un foyer secondaire, menaçant ainsi l'Europe de deux côtés. On sait que

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