MESURES PROPHYLACTIQUES CONTRE LE CHOLÉRA
ses migrations s'opèrent par le commerce des hommes et les voies que suivent les grands courants humains, mers, fleuves, routes de terre et routes ferrées.
Ce qui frappe dans Thistoire du choléra, lorsqu'on signale son apparition presque simultanée sur plusieurs points, c'est que toujours une ville du littoral a été la première atteinte. Ce n^esl jamais un pays du centre qui a été frappé d'abord.
On objecte que, dans uni^cerlain nombre de cas, un port a été infecté sans qu'aucun malade y eût débarqué. Mais, quand ce n'est pas un homme malade qui apporte le choléra, c'est le navire lui-mémo qui a été contaminé ou qui transporte des linges souillés. Le cadavre du cholérique a été jeté à la mer, mais ses déjections et les linges qu'elles ont imprégnés sont restés à bord. Les linges, en pareil cas, n'ont jamais été désinfectés, on a menti sur ce point. Ce qui peut nous montrer quelle est la sincérité des affirmations officielles relatives à la désinfection des navires ou des cargaisons suspectes, c'est le simulacre de désinfection dont nous avons été témoins lors de la dernière épidémie. On a bien fait de ne pas s'obstiner à faire réellement la désinfection des hommes; je ne sais pas si l'on a eu raison de ne pas faire la désinfection vraie des vêtements, des linges et des couvertures, non pas une fois débarqués, il était trop tard, mais au lazaret. Comment l'eût-on fait? On n'exigeait pas même que les individus débarquant au lazaret prissent un bain !
On a vu depuis lors s^élever dans le monde et dans la presse un grand tumulte contre nous, et les pouvoirs publics ont été ébranlés dans la confiance qu'ils avaient eue dans les médecins. Ceux-ci l'a vaient-ils jamais méritée?
Souvent encore, quand on suit la dissémination du choléra en France, on peut suivre la trace des linges non désinfectés. Dans l'histoire d'un grand nombre d'épidémies locales, on apprend que les blanchisseuses ont été atteintes les premières. On a expliqué ainsi la dissémination par les eaux. Il est très vraisemblable que plusfeurs foyers ont été créés par cette voie. Il est à peu près certain que, dans les villes, les quartiers indem-
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nés ont été ceux qui ne pouvaient subir le contact des déjections par l'intermédiaire des eaux; au contraire, notre canal de rOureq avec sa batellerie a été Tun des plus puissants agents de transmission, au moins dans la dernière épidémie, et les quartiers les premiers atteints, une portion du faubourg Saint- Antoine, la rue Sainte-Marguerite, ont été ceux où la canalisalion amène dir ectement Teau de TOurcq.
Dans des établissements hospitaliers où Ton fait des économies sur Teau, où pour des usages culinaires ou pharmaceutiques a pu être employée une eau infecte et non filtrée, à h Charité et à Lariboisière, on a vu éclater des cas intérieurs avant qu'aucun cholérique de la ville eût été introduit dans l'hôpital. La même cause peut être incriminée pour la contamination si désastreuse de Tasile des vieillards de la me de Breteuil.
Pour les autres foyers, toute affirmation catégorique est impossible, à cause du mélange des eaux de la Dhuys et de la Vanne à celles de TOurcq, par suite d'anastomoses qui sont le vice de notre système de canalisation, et qui permettent des remous et des reflux des unes dans les autres.
A propos de la transmission par les eaux, il ne faudrait pas croire ce qui a été dit, que le choléra puisse se transmettre en remontant les fleuves, le long du Rhône, par exemple, de Marseille à Avignon ; aucun homme qui réfléchit ne peut admettre la marche ascendante des germes cholériques contre Je courant.
Ce qui manque pour qu'on puisse affirmer la contagion, c'est la contagion directe. Mais si la rougeole, la variole, la scarlatine profitent particulièrement de ce mode de transmission, on comprend que, pour la fièvre typhoïde comme pour le choléra, le mal soit transmis, non par le corps lui-même, mais par ce qui sort du corps. Il faut songer aux végétaux qui croissent à fleur de terre et qu'on mange non cuits, à divers modes de contamination des boissons.
On a été naturellement amené à considérer le choléra comoae une maladie contagieuse indirectement, à la manière de la fièvre typhoïde; il était donc naturel aussi de chercher Tagent con-
AGENT CONTAGE DU CHOLftRA 371
tage du choléra. Lia question palhogénique devait être abordée au point de vue parasitaire, et, de fait, les premières constatations d'agents dits infectieux datent de 18&8. Ces premières n'ont pas de valeur, mais elles attestent Tesprit qui a, dès cette époque, dominé les chercheurs.
Virchow en 1848, Hallier en 1867 ont vu un grand nombre de fois des organismes parasitaires, mais dans des liquides où il existe constamment des microbes. C'est seulement avec les missions européennes envoyées à Alexandrie en 1883 que commencent les recherches régulières, systématiques, instituées par la mission française dont faisaient partie MM. Straus, Roux, Nocard et Thuillier, et par la mission allemande de R. Koch.
La grande réserve dont la mission française a fait preuve était amplement justifiée; au début, il est vrai, le télégraphe a trop parlé; mais, quand les membres de la mission ont parlé eux-mêmes, ils ont émis leurs doutes quand le doute était de saison.
Ils avaient cru entrevoir dans le sang un organisme, mais ils ajoutaient que celui-ci dilTérait singulièrement des ferments connus, ne se colorant pas par les procédés ordinaires et ne se cnitivant pas.
D'autre part, Koch a découvert un organisme en forme de virgule, qui ne rentre dans aucun des cinq groupes de microbes parasites ordinaires de l'intestin. Ces virgules lui sont apparues à la surface ou dans l'intérieur de l'intestin des cholériques, en telle abondance parfois qu'elles forment presque l'unique matière des garde-robes. Koch les a vues dans la purée cholérique, sur les cellules en desquamation, et entre elles, pénétrant dans l'intérieur des glandes intestinales et dans les parties superficielles du chorion muqueux; mais jamais il ne les a vues ailleurs, les ayant vainement cherchées dans les ganglions, les reins, la rate, le sang, la lymphe, et cependant il a affirmé déjà que ces virgules étaient les agents pathogènes. Le bacille-virgole est un bâtonnet court, mince, mobile, qui fixe les couleurs comme les autres organismes pathogènes. Il n'exige aucune