POISONS MIS EN LIBERTÉ PAR DESTRUCTION DES GLOBULES
un caSy avec le sang d'un malade urémique qui n'éliminait pas ses matières toxiques. Mais avec le sang normal on ne détermine pas la narcose. Dans les extraits alcooliques de sang passent des corps azotés basiques et neutres : je ne saurais dire auxquels d'entre eux sont dus les phénomènes physiologiques dont je parle. Je constate que les globules vivants sont inoffensifs, mais qu'ils fournissent des matières toxiques quand ils se détruisent. Je ne puis incriminer que la potasse mise en liberté par cette destruction. Je ne puis toujours pas accuser les alcaloïdes constatés dans le sang normal par A. Gautier et par moi; car ils s'y trouvent en quantité inférieure encore à celle que contiennent les urines, et nous avons vu qu'ils ne représentent qu'une part minime de la toxicité de celles-ci.
En résumé, le sang contient, nous le savons, une réserve de poison ; il en élimine incessamment une petite quantité par les reins, il en reçoit des tissus une quantité égale : il en renferme donc à rétat normal une certaine quantité.
Si l'élimination est entravée et que l'apport continue, l'accumulation de matière toxique produit l'intoxication.
Nous savons quelle est la quantité de matière toxique introduite dans le sang et éliminée par le rein dans une révolution circulatoire; nous savons aussi quelle quantité de matière vivante peut être tuée par cette quantité de matière toxique. Nous pouvons donc fixer le temps nécessaire pour que 1 kilogramme de sang tue 1 kilogramme d'animal. Ce temps est deux jours et quatre heures. C'est là un chiffre théorique. En réalité, le temps nécessaire est plus considérable, parce qu'il se produit dans l'urémie des troubles fonctionnels du tube digestif qui empêchent celui-ci d'absorber les poisons qu'il contient, ne fût-ce que la potasse d'origine alimentaire. De plus, la formation des poisons de désassimilation est entravée par l'intoxication même, les vomissements, le refroidissement.
Les poisons n'agissent qu'en dissolution dans le plasma. Les globules ne sont pas toxiques, tant qu'ils demeurent vivants; les matériaux constitutifs de ces éléments anatomiques y sont retenus par la force de tension qui réside en toute cellule
Bouchard. Aato-intoxio&tions. 6
8S TOXICITÉ DES EXTRAITS DBS TISSUS
vivante. Mais, en cas de mort ou de désintégration rapide de la cellule, la liberté est rendue à toutes les substances qui entraient dans sa constitution, potasse, créatine, leucine, et autres substances azotées. Les matières protéiques elles-mêmes devraient être incriminées, s^il est vrai qu'elles peuvent, en subissant certaines modifications, passer à l'état de ferments solubles. Les expériences d'Alexandre Schmidt tendraient à le faire supposer. En tout cas, malgré les travaux de Técole de Dorpat, je ne crois pas que Tintoxication par le sang puisse être attribuée'à Thémoglobine dissoute.
Le résultat de la destruction subite ou rapide des globules sanguins, c'est la production de phénomènes tels que la faiblesse musculaire, la salivation, les convulsions, la mort, mais jamais la narcose, sauf quand on opère avec du sang d'urémique ou de cholérique anurique. Parmi ces effets, les uns sont dus aux constituants minéraux; à la potasse notamment reviennent les phénomènes convulsifs. Parmi les matières organiques, il en est une qui existe dans l'extrait alcoolique du sang et des urines, du foie et des muscles, et à laquelle la salivation est imputable.
Après avoir étudié la toxicité du sang, il serait désirable de pouvoir connaître celle des tissus. Mais c'est une recherche plus déhcate encore. On ne peut les injecter en nature aux animaux.
Nous ne pouvons injecter que leurs extraits. Or ces extraits, ces produits de la désintégration des tissus sont toxiques.
La toxicité de l'extrait de viande est connue depuis longtemps ; celui-ci peut être de quelque utilité au point de vue alimentaire, mais à coup sûr il est toxique. S'il n'empoisonne pas, c'est qu'il n^est introduit dans l'organisme qu'en petite quantité et que l'élimination s'en fait incessamment. D'ailleurs, dans tout aliment il y a des substances toxiques, et tout aliment deviendrait un poison si l'élimination rénale n^était la sauvegarde du corps.
Ce qui est toxique, dit-on, dans l'extrait de viande, outre les sels minéraux, la potasse, ce sont des substances organiques