VIE SANS OXYGÉNB LIBRE
comme la créatinine, qui est dans la viande à Tétat de créatine. Les effets de stimulation, puis de dépression musculaire lui sont attribuables.
Avec l'extrait aqueux de muscle, qui contient les substances minérales et organiques, on ne produit ni la salivation, ni la narcose, mais les convulsions, et le myosis exceptionnellement. Dans ces phénomènes d*intoxication, il n'y a pas place pour l'action des alcaloïdes. L'extrait alcoolique de muscle donne la salivation.
L'extrait alcoolique de foie donne une salivation excessive. L'extrait de 117 grammes de foie détermine la mort d'un lapin.
Quand on connaît la toxicité d*un extrait, si l'on supprime la potasse qu'il contient, on lui fait perdre son pouvoir convulsi* vant. Il suffit pour cela de précipiter celle-ci à l'état de tartrate de potasse.
Après cette opération, l'extrait de 216 grammes de muscle, qui déterminait les convulsions et la mort, ne produit plus aucun accident.
Outre la potasse, dans les extraits des tissus existent des corps tels que la tyrosine, la leucine, les acides butyrique, acétique. Ils ont leur part dans ces phénomènes d'intoxication par la vie comparables à ceux qui surviennent après l'absorption des poisons de la putréfaction.
C'est là une remarque de A. Gautier.
A côté de la vie aérobie, il y a une vie anaérobie, grâce à laquelle la cellule vit encore quelque temps sans oxygène. Les éléments anatomiques font encore des phénomènes d'oxydation, mais ils prennent alors l'oxygène dans la matière elle-même. Si l'on pèse l'oxygène respiré, ingéré par les boissons, en combinaison dans les aliments, et d'autre part l'oxygène fixé dans l'acide carbonique exhalé par les poumons, la peau, contenu dans les déjections, combiné dans les excréta, on trouve égalité absolue des deux côtés. Mais l'oxygène libre n'a pas suffi, l'oxygène respiré n'explique pas le surplus d'eau et d'acide carbonique; donc des oxydations ont été faites avec l'oxygène
des combinaisons. Un tiers de la vie est alimenté par Toxydation sans oxygène libre.
Ainsi la nutrition est, pour une part, comparable à la fermentation à l'abri de Tair.
Revenons au foie et à sa fonction particulière d'émonction. La bile joue sans doute un rôle dans la digestion, mais elle est partie constituante des excréta et elle subit en partie Tabsorption. La partie absorbée produit-elle de Tintoxication? Schiff a dit qu'on pouvait trouver de la bile dans le sang venu de l'intestin, mais non pas dans la circulation générale. Il a admis que la bile était ressaisie par le foie, puis sécrétée à nouveau et reprise sans cesse. Si ce cercle perpétuel est vrai, la foie agirait donc comme préservateur de la grande circulation vis-à-vis de la bile comme pour les poisons. Gela est possible, mais non démontré péremptoirement. En tout cas, le contraire est réel dans des conditions pathologiques ; la bile peut imprégner le sang et les tissus. Même à Tétat normal chez le chien, la bile passe dans toute la circulation ; chez cet animal Tictère est physiologique.
Pour revenir à Thomme, la bile peut-elle, chez lui, causer rintoxication? Il y a longtemps qu'on a soupçonné la toxicité de la bile; Deidier, au siècle dernier, fit Tinjection intra-veineuse de bile de pestiféré. Dans notre siècle, à diverses reprises on entreprit des expériences pour élucider la question. Bouisson conclut que la bile filtrée est inoffensive; que, non filtrée, elle tue. Elle peut déterminer, comme tous les liquides visqueux, comme la glycérine pure, des embolies pulmonaires. Von Dusch, Frerichs, Bamberger en ont injecté de fortes doses et n'ont déterminé que rarement la mort. Yulpian en a injecté jusqu'à 250 grammes à un chien en plusieurs jours, 96 grammes dans une seule journée. Il a omis d'indiquer le poids de ce chien. A le supposer de 10 kilogrammes, la toxicité de la bile serait de 9 centimètres cubes par kilogramme d'animal, c'est-àdire cinq ou six fois plus forte que celle de l'urine; c'est peu, quand on pense aux accidents mortels qui sont attribués à la bile. J'ai constaté que la bile de bœuf étendue de deux fois son volume d'eau et injectée dans les veines du lapin produit
Causes de la mort dans l'intoxication par la bile 85
la mort à la dose de A à 6 centimètres cubes de bile pure par kilogramme d'animal. J'ai reconnu de plus que la bile décolorée par le charbon perd les deux tiers de sa toxicité.
On a proposé diverses explications de la toxicité de la bile.
Les sels biliaires ont été déclarés toxiques à doses presque infinitésimales; on les trouve en quantité si faible dans le sang des personnes qui ont succombé à Tictère grave, à Tintoxication par le phosphore. Des injections de taurocholate et de glycocholate de soude faites par von Dusch, Huppert, Kuhne ont produit un effet peu sensible. Cependant les résultats obtenus par Leyden sur le chien et sur la grenouille sont peu concordants. J'ai constaté avec le concours de M. Tapret que les sels biliaires en solution aqueuse à 2 pour 100 tuent 1 kilogramme de lapin : le cholate de soude à la dose de 5k centigrammes, et le choléate de soude à la dose de A6 centigrammes.
On pourrait incriminer la cholestérine. Mais on n'a pu provoquer la cholestérémie expérimentale que par des procédés trop défectueux pour qu'il soit permis d'en tirer aucune conclusion. Les quantités dérisoires de cholestérine qui ont été introduites dans le sang n'ont pu l'être qu'à la faveur de l'eau de savon ou de la potasse, qui pouvaient tuer par elles-mêmes.
En tout cas, chez les vieillards, les abqès athéromateux qu'on trouve largement ouverts dans l'aorte contiennent quelquefois plusieurs grammes de cholestérine, sans quïl y ait empoisonnement.
Les matières colorantes doivent nous être suspectes, comme agents de toxicité, puisque la bile, une fois décolorée, est beaucoup moins toxique. J'ai constaté également avec M. Tapret que la bilirubine tue à la dose de 5 centigrammes par kilogramme.
Quant aux sels biliaires, ils ne tuent pas seulement par intoxication directe. Nous pouvons voir au microscope le mal qu'ils font ; ils dissolvent, ils désagrègent les globules et aussi d'autres cellules, les fibres musculaires striées, les cellules du foie. Ils font donc des lésions anatomiques, et Tintoxication résulte de la mise en liberté des substances toxiques qui entrent
86 TOXICITÉ DES URINES IGTÉRIQUES
dans la composition des éléments cellulaires. Mais cette intoxication n'arrive que tardivement.
Les gens intoxiqués par la bile sont alors dans les conditions des animaux auxquels nous injectons des extraits aqueux ou alcooliques de tissus. Chez ces malades, tant que le rein fonctionne, tout va bien; sinon, ils meurent intoxiqués par la potasse et par d'autres produits de la destruction cellulaire. Mais ce n'est pas une intoxication primitive, c'est rintoxication secondaire par les produits minéraux ou organiques de la désintégration des éléments anatomiques.
Chez les ictériques, on observe en effet une rapide diminution de poids. Dans l'atrophie jaune aiguë du foie, il semble que les muscles fondent.
D'ailleurs, si le rein fonctionne bien chez les ictériques, leur urine est très toxique, mais non de la même manière que l'urine normale. Celle-ci ne détermine pas la convulsion ; l'urine ictérique est convulsi vante, et non narcotique. A petite dose, même décolorée absolument, elle reste toxique ; mais elle ne doit pas cette propriété à la matière convulsivante de Turine normale, puisque celle-ci restait fixée au charbon. La propriété convulsivante lui vient probablement de la potasse ; car la bile ne produit rien de semblable.
Ainsi les urines ictériques doivent surtout leur toxicité aux déchets de la désintégration cellulaire, et surtout aux produits minéraux.
Nous commençons à entrevoir ce que peut être l'intoxication dans l'économie.
HUmÈME LEÇON
(28 ayril 1885)
origuve des substaiwces toxiques de l'uruve
toxicité des plasmas et du goivtenu de lintestin
(bile et produits de la putréfactioiv)
Toxicité des plasmas; elle est due à la désassimilation ou à la destruction des cellules.
Produits de la désassimilation versés dans l'intestin par le foie. — Pouvoir toxique de la bile, comparé & celui de Turine. — Dangers de la résorption ou de la rétention de la bile. — Comment Torganismese défend contre la toxicité de la bile. Précipitation dans l'intestin d'une partie des éléments de la bile, métamorphoses ayant pour but de rendre les autres insolubles. — Toxicité des urines ictériques; diminution du pouvoir toxique des urines ictériques par la décoloration.
Putréfactions causées dans l'intestin par les microbes qui s'y trouvent normalement. Rôle de Tacide chlorhydrique du suc gastrique qui neutralise l'activité de ces microbes.
Les matières putrides sont-elles toxiques? — Opinion de Haller, — Expériences de Gaspard, Panum, Bergmann, Billroth. — Argumentation de Koch.
Si les plasmas sont peu toxiques, quoiqu'ils contiennent plus (le poison que la quantité qu'ils cèdent aux émonctoires, les cellules renferment des matières vénéneuses qu'elles gardent parce que ces matières font partie de leur constitution, mais qui, mises en liberté par la mort des cellules, rendent les plasmas toxiques.
Ces matières toxiques sont des substances organisées et des substances minérales. La potasse est au premier rang d'entre celles-ci; à l'état normal elle est partie constituante des éléments analomiques, mais non des plasmas. Dans l'économie de l'animal vivant, une quantité déterminée de substances toxi-
ques existe à Tétat de combinaison dans les éléments cellulaires; et ce n'est que par une modification anormale de ces éléments qu'on peut voir arriver leurs poisons dans les plasmas. Les plasmas ne contiennent notamment que la quantité exacte de potasse qu'ils portent aux tissus ou aux émonctoires; la potasse n'est que de passage dans les plasmas.
Les poisons minéraux et organiques sont donc, en général, des poisons de désassimilalion ; mais, parmi les organes dont la désassimilation produit des poisons, il en est qui livrent une partie de leur matière constituante, aussitôt qu'elle est mise en liberté, à des canaux particuliers qui la conduisent à Textérieur : telles sont les glandes de la peau; tel, le foie.
La bile évite l'absorption directe par le sang, mais non tout contact avec lui, puisqu'à la surface de l'intestin elle est en contact avec les capillaires m ésaraïques; seulement le foie est encore là pour s'en emparer à nouveau et la rejeter dans l'intestin.
La bile serait-elle dangereuse pour le sang? Assurément; sa toxicité est moindre qu'on ne le croyait, mais encore considérable.
Dans une expérience de Vulpian, on voit que 10 grammes de bile par kilogramme d'animal sont une dose toxique. On peut tuer même avec A, 5, 6 grammes de bile 1 kilogramme d'animal. La bile est donc au moins cinq fois plus toxique, quelquefois dix fois plus toxique que Turine. Le petit volume de la vésicule biliaire et la faible quantité de bile que Ton trouve à l'autopsie sembleraient faire croire que cette sécrétion est peu importante. On change d'opinion, quand on connaît la quantité de bile sécrétée en vingt-quatre heures. Suivant Beaunis, on peut évaluer à 1 kilogramme environ la quantité de bile produite en vingt-quatre heures chez Thomme. D'après l'observation de cas de fistules biliaires, Ranke a trouvé une moyenne de lA grammes de bile par kilogramme de poids vif et pour vingt-quatre heures; von Wittich en a obtenu chez une femme en vingt-quatre heures 528 centimètres cubes, et, chez une femme également atteinte de fistule de la vésicule avec obli-
COMPARÉE A LA TOXICITÉ DE L'URINB 89
iératioD complète du canal cholédoque, j'ai vu la quantité quotidienne de la bile excrétée atteindre 800 grammes. Donc, si en des temps égaux Turine élimine la moitié de ce qu'il faut pour tuer un homme, la bile élimine le triple. La totalité de la bile est six fois plus toxique que la totalité de Turine (1).
On conçoit le danger qui résulte soit d'une entrave apportée à réiimination de la bile, soit de sa résorption. Heureusement plus de la moitié est éliminée en vingt-quatre heures par le tube digestif; Teau des matières fécales représente Teau de
(1) Comparaison entre la toxicité de la bile et celle de V urine.
Un homme de 65 à 70 kilogrammes élimine en vingt-quatre heures 1350 centimètres cubes d'urine en moyenne, soit 20 grammes d*urine par kilogramme. Cette urine peut tuer un animal d'un kilogramme à la dose de 45 centimètres cubes.
L'homme, pour chaque kilogramme de son corps, élimine donc en vingt-quatre heures par l'urine de quoi tuer *^^i^^^ - = 444 grammes de matière vivante.
Un homme de 37 kilogrammes élimine en vingt-quatre heures 652 centimètres cubes de 6i7e, soit 13<^<^,45 par kilogramme. Cette bile peut tuer un animal d*un kilogramme à la dose de 5 centimètres cubes. L'homme, pour chaque kilogramme de son corps, élimine donc en vingt-quatre heures par la bile de quoi tuer 4AO 5^j = 2690 grammes de matière vivante.
De ce qui précède, on peut conclure :
1^ Que, 1 kilogramme de matière vivante étant tué par 5 centimètres cubes de bile et par 45 centimètres cubes d'urine, la bile est neuf fois plus toxique que F urine,
2° Que, — la quantité de bile sécrétée en vingt-quatre heures par i kilogramme d'homme étant capable de tuer 2690 grammes de matière vivante, tandis que la quantité d'urine sécrétée par 1 kilogramme d'homme en vingt-quatre heures est capable de tuer seulement 444 grammes de matière vivante, — ractivité toxique de la sécrétion hépatique est six fois plus grande que [activité toxique de la sécrétion rénale ^^ = 6.
Si toute la bile que le foie aécrète passait directement dans le sang, l'homme s'empoisonnerait par sa bile en huit heures cinquante-cinq minutes.
Si toute l'urine que les reins sécrètent passait directement dans le sang, l'homme s'empoisonnerait par son urine en deux jours six heures trente-deux minutes.
90 TOXICITÉ DES URINES ICTÉRIQUES
AOO grammes de bile. L'autre moitié de la bile n'est d'ailleurs pas absorbée; car, si elle s'éliminait par les urines, leur toxicité serait beaucoup plus considérable; il faudrait admettre que les urines de vingt-quatre heures fussent capables de tuer l'individu tout entier ou deux fois cet individu. Or l'expérience nous a montré que les urines n'ont pas une telle toxicité.
Que devient donc cette moitié de la bile qui n'est pas évacuée par le tube digestif? Le foie la détruit-il? Sont-ce les tissus qui la métamorphosent? Ces deux hypothèses sont possibles, mais non démontrées.
Ce qui est démontré, c'est que dans Tintestin une partie de la bile cesse d'être absorbable. Les matières colorantes, les sels biliaires, sont métamorphosés, précipité^ ou rendus insolubles. Cependant, dans certaines conditions pathologiques, la bile peut être absorbée dans le foie lui-même au niveau des cellules hépatiques. Dans ces cas, elle devient une menace d'intoxication, si les reins restent perméables; s'ils ont cessé de l'être, Tempoisonnement se réalise.
Si le rein est resté perméable et qu'il ne se produise pas d'accidents généraux, les urines deviennent toxiques, non pas pour l'individu lui-même, mais pour les animaux sur lesquels on l'expérimente. Certaines urines ictériques sont toxiques à 13 centimètres cubes par kilogramme; ces urines doivent sans doute une bonne part de leur toxicité à la présence des matières colorantes, puisque, une fois décolorées, elles peuvent être injectées à dose double et même triple (1); mais la destruction des
(1) I. — Injection intra-veineuse d'urine ictérique très colorée. Mort.
11 mars 1885. — A un lapin du poids de 1650 grammes, on Injecte 22 centimètres cubes d*une urine ictérique très foncée pro* venant d'un malade de la salle Saint-Landry (hôpital Lariboîsière) qui en émet 900 grammes en vingt-quatre heures.
Dès le 6« centimètre cube, agitation.
Au 9", pupille en grande partie contractée.
Au 15^', pupille punctiforme. Spasmes, respiration précipitée.
Au 20% cris, spasmes.
Au 22«, mort, le cœur battant encore.
L'animal a reçu 13 centimètres cubes par kilogramme.