GES
Fig. 1.
CkENOTHRIX KUHNIANA. — n. Groupe de jeunes filaments, fixés à leur base (grossissement 450 fois). — a, b igrossissement 540 fois). Filaments plus âgés; en D, articles séparés sortant par l'ouverture supérieure. — c. Filament plus large, avec cellules quadrangulaires à la base, dont le protoplasma s'est divisé en petites cellules rondes formant des spores. Les spores sortent à la partie supérieure. — d, e Spores germant et donnant de jeunes filaments (grossissement 600 fois). — D'après M. Zopf.
marais, sont susceptibles de se développer et de reproduire des filaments identiques à ceux qui leur ont
SAPROPHYTES DES EAUX : GRENOTHRIX 113 donnénaissance (d,e). Elles peuvent, d'autre part, tout en conservant leur forme de coques, se multiplier en sécrélant une assez grande quantité de mucilage externe et former des Zooglées qui sont d’une petitesse extrême ou bien, au contraire, qui atteignent jusqu'à près d’un centimètre de diamètre. Elles passent rarement, d'après M. Zopf, à l’élat de mobilité, pour revenir ensuite à celui de repos. Les Zooglées sont d'abord incolores ; mais la production des composés de fer leur donne bientôt la même coloration qu'aux filaments isolés. Enfin, cet état de Zooglées peul cesser à son lour, pour laisser les cellules en forme de coques qui le composent donner naissance aux filaments qui ont été décrits tout d'abord.
Le Crenothrir Kühniana eslrépandu dans les eaux de toute provenance, et même dans les eaux d’infiltration, jusqu'à une profondeur de vingt mètres.
Dans les conduits d’eau, dans les canaux de drainage, elc., il produit des accidents fort redoutés ; les filaments en pelotons el les Zooglées peuvent se mulliplier en si grande abondance, qu'ils arrivent à former, dans les canaux, une masse épaisse de mucilage compact qui arrèle le cours de l’eau. Dans les réservoirs, on les voil s'étendre en couches qui peuvent atteindre plusieurs pieds d'épaisseur. L'eau est ainsi rendue impropre à l'usage domestique; ii n'es! guère possible de la boire, bien que le Crenothrir ne semble
pas avoir d'effet directement nuisible à la santé de
l'homme ; on ignore aussi les actions chimiques qu'il oO
peut produire dans le milieu où il se trouve. 2. Cladothrir dichotoma. Cohn.
On rencontre souvent, non seulement dans les eaux d’égout, les détrilus d'usines, elc., mais aussi dans lesruisseaux, un organisme plus fréquentencore que le Crenothrix :c'estle Cladothrir dichotoma. Cohn (fig. 8). Il forme, sur les bords de l'eau, d'assez longues trainées floconneuses, d’un gris blanchälre. Les filaments très ténus, d'unaspecl analogue à ceux du Crenothrir, s'en dislinguent par ce fait remarquable qu'ils sont ramifiés quand ils sont arrivés à leur complet état de développement. La ramiticalion se produit en partant d'une cellule du filament principal, qui se recourbe el se rejette légèrement de côlé, avant de croître bientôt dans toutes les direclions el de se partager transversalement.
Le rameau fait avec l’axe un angle aigu; en considérant son point de départ, ıl se dirige verticalement, demanière à former, nous l'avons dit, un angle aigu avec le filament principal. I pousse rarement dans un sens opposé.
On retrouve très souvent cette forme de ramificalion chez beaucoup de Nostocacées, telles que les Scytonema, les Calothrir; on lui donne quelquefois
le nom de « fausse ramification, » parce que la parl
CLADOTHRIX 145 qu'y prend la cellule basilaire est différente, au point de vue morphologique, de celle qu’y prend cette même cellule chez la plupart des autres plantes inférieures à une seule file de cellules.
Cette fausseramificationest, d’ailleurs, assez improprement nommée dans ce cas: car c’est tout simplement une forme de ramification réelle qui se fait d’une facon particulière, sans mériter le nom de fausse ramificalion, sous laquelle on a voulu la dislinguer.
Ce que nous savons, d'après les recherches de M. Zopf, sur la structure et le développement du Cladothrir se rapproche assez des
faits décrits chez le Crenothrir :
il y a peu de remarques généra-
les à en tirer, el nous ne pouvons Fig. 8 (1).
(4) Cravorurix bICHOTOMA. — 4. Partie de filament qui a d'abord poussé dans la direction r-p. Il y à eu ramification et bourgeonnement sur le côté, ce qui a donné la portion n,n. — A l’aisselle de ces derniers filaments, on voit se former d'autres cellules cylindriques que l'on ne peut mettre en évidence que par l'action des réactifs colorés. — b. Portion de filament où l'on voit nettement la division en cellules et l'existence d'une membrane. A la partie supérieure, cette dernière est rendue manifeste par la disparition du protoplasma, (Grossissement 600 fois). — La largeur à été un peu exagérée.
146 LEGONS SUR LES BACTERIES que renvoyer à la monographie de M. Zopf pour une étude plus détaillée des phénomènes.
II ne sera cependant pas superflu de dire que, chez le Cladothrir, la membrane cellulaire peut contenir des oxydes de fer qui lui donnent leur coloration caractéristique. Les masses mucilagineuses, colorées en rouge ocre, qui se trouvent souvent en grande quantité dans les ruisseaux et les sources d’eau ferrugineuse, sont formées de filaments appartenant au C/adothrir, suivant M. Zopf. Autrefois, on les décrivait sous le nom de Leptothrir ochracea, Külzing.
Les filaments peuvent se reproduire à laide de fragments détachés qui continuent à s'accroitre; ils produisent, on le comprend aisément, des « bâtonnets » d'autant plus courts qu'ils sont eux-mêmes plus petits.
La reproduction est aussi assurée, d’aulre part, par l'existence de spores ou «coques», c’est-à-dire de ceilules courtes et rondes qui sont mises en liberté et se développent en filaments.
Les filaments ou les rameaux qui en dérivent peuvent se couper en fragments, par des divisions {ransversales au lieu de prendre la forme spiralée, mais encore relativement rectiligne qu'ils conservent en subissant une lorsion plus ou moins prononcée; les formes spiralées subissent, elles aussi, des divisions
semblables.
BEGGIATOA 147
Les fragments isolés, longs ou courts, enbätonnets ou en spirale, de même que les spores ou « coques », peuvent, très fréquemment, acquérir la propriélé de se mouvoir. Ceux qui sont allongés sont animés d’un cerlain mouvement dereplation ; ceux quisont courts ont des mouvements très analogues à ceux qui ont été décrits dans la première Lecon (Voir page 6).
Enfin, toulesces formes diverses: filaments, bâtonnets, spirales, coques, se (rouvant ensemble ou isolémentdansun même milieu, peuvents’agglomereren Zooglées, par suite de la production d’un mucilage. Ces Zooglées prennent souvent l'apparence de buissons ramifiés. Chacune des formes qui ies composent peut revenir à son premier état de mobilité, et même reprendre à nouveau l'aspect d’un filament dont elles proviennent et qui nous a servi de type pour notre descriplion du Cladothrir.
Tous ces faits nous démontrent combien le C/adothrir esi polymorphe quand on le considère dans les différentes périodes de son évolution. Les noms de Leptothrix, de Bacille, de Bacterium, de Micrococeus, de Spirillum, ete., peuvent lui être successivement appliqués, à condition que ces termes n'aient pour nous d'autre signification que celle de designer les formes diverses que revêt la même espèce dans les divers stades de son évolution.
On ne sait pas plus que pour le Crenothrir si le Cladothrir a une action nuisible et quels sont les
phénomènes chimiques auxquels il donne naissance. 3. Deggiatoa.
Les travaux de M. Zopfont montré que les Begyiatoa (fig.9) serapprochent beaucoup des Cladothrix el des Crenothrir par une po- Iymorphie tres grande dans leur développement. Ils possèdent en effet, comme ces derniers, des filaments et des parties de filaments, des bà-
tonnels droits ou spirales,
des formes de spirillums qui portent des cils et que l’on a décrites sous le nom d’Ophrdomonas (d), des cellules peliles el rondes ou spores, enfin des agrégals ou Zooglées.
Ces bätonnels, cesspirillums, Fig. 9 (1). ces « coques » sont animés souvent de mouvements très vifs.
(1) BeGGraTOA ALBA. — a. Portion de filament en plein développement. — b. Portion de filament où la division en cellules est rendue manifeste par l'action d'une solution alcoolique d'iode. — €. Filament très étroit, dans Ja mème préparation. Le grossissement de 4-e est de 600 fois : le dessina un peu exagéré la grandeur. — d. Formes spiralées mobiles (Ophidomonas), grossies 540 fois. — e-k. Formation de spores par division successive d'un filament. Le centre de chaque spore est formé, en grande partie, par un granule de soufr e. — f. Division plus avancée qu'en e, — g. Le filament se sépare en groupes de spores. — h. Spores isotées. — i-k. Germination des spores i à différents états et mobiles. — e-%, Grossissement de 900 fois. — d-k. d'après M. Zopf.
BEGGIATOA 149
Il y a cependant une différence assez importante entre ces deux Lypes, dans ce fait que les Beggiatoa contiennent du soufre et que leurs filaments, comme ceux des Crenothrir, ne sont pas ramifiés.
Le Beggiatoa alba est l'espèce qui se rencontre le plus fréquemment. Ses filaments sont incolores, fixés ordinairement, sans intermédiaire, à des corps solides, mais pouvant s'en delacher facilement : ils deviennent libres, dans ce cas, et leur largeur varie entre 1 gel 5 y. Il sont composés de cellules plus ou moins cylindriques ou aplaties et discoïdes, cette dernière forme dominant dans les types les plus gros.
Les cellules ne possèdent pas de membrane dislinete entourant le filament tout entier. De plus, landis que, chez les Crenothrir et les Cladothrir, le corps proloplasmique est légèrement trouble, d’une manière uniforme, et finement granuleux, chez les Beggiatoa, ıl renferme par places des granulations relalivement volumineuses, rondes, fortement réfringentes el à contours sombres, formées par du soufre, comme l'a montré M. Cramer. Ces granules de soufre se rencontrent aussi dans les formes autres que les filaments. Leur nombre est d’ailleurs variable. Parfois, surtout dans les filaments très ténus, ils se montrent en petite quantité; ils peuvent même manquer complètement dans une certaine longueur : le plus souvent, ils existent en nombre assez considérable pour masquer la structure mème
du filament, qui apparaîl alors comme un bâtonnel dont le contenu, uniformément trouble, estbourréde granules à contours noirâtres. L'emploi de réactifs très avides d'eau rend seul possible la distinction
très nette des cellules (4).
Les filaments possèdent des mouvements souvent très étendus, analogues à ceux que l’on rencontre chez les Oscillaires vertes dont il a déjà été question à plusieurs reprises et quise rapprochent, incontestablement, des Beggiatoa et des Bactéries à arthrospores. Ils se déplacent, dans le sens de leur longueur, suivent une ou plusieurs directions opposées, en décrivant une spire qu'on pourrait placer à la surface d’un cône très aigu, d'un cône à double nappe. C'est le mouvement que nous avons indiqué (page 6) chez les Bactéries en bätonnels. Une observation un peu moins attentive ferait croire à un mouvement de reptation combiné avec un mouvement pendulaire qui semble affecter l'extrémité seule du filament. Enfin, il peut se produire des torsions qui disparaissent par instants pour reparailre ensuite, en même temps qu'une courbure assez marquée s’elend au filament tout entier.
On connait un certain nombre d'espèces de Beygtatoa. Citons le Deggiatoa roseo-persicina, remarquable par sa polymorphie et sa coloration qui va
du rose-rouge au violet, Ses Zooglées ont été rap-
BEGGIATOA 151 portées par M. Zopf au Ulathrocystis roseo-persicina, Cohn.
Le Beggiatoa nurabilis Cohn, n’esleonnu que sous la forme de filaments : c'est une espèce gigantesque — par rapport aux aulres; elle atteint de 20 à 30 a d'épaisseur.
Citons encore le Beggiatoz arachnoides, Rolh.
A part les quelques légères différences que nous avons signalées, toutes ces formes se rapprochent du Beggiatoa alba par la présence de granules de soufre dans l'intérieur des cellules.
Le Beggiatoa alba est un des organismes qui se rencontrent le plus fréquemment dans l’eau. Il est répandu aussi bien dans les eaux stagnanies que dans les eaux d’egout et les sources (thermales : on l'y rencontre souvent en même temps que les C/adothrix; on peut même le lrouver sur le bord de la mer, dans des eaux peu profondes.
Les Beggiatou vivent sur des débris d'organismes, en particulier sur des plantes en décomposition : c’est pourquoi ils préfèrent le fond des eaux où les détritus abondent ; quand leur développement se fait sans encombre, on les voil recouvrir les objets sur lesquels ils sont fixés, d’une pellicule mucilagineuse, blanche ou rose, parfois d'un brun violet, dans le cas des Beggialoa rosco-persicina ; parfois aussi ils forment de longues trainées floconneuses.
Ces organismes ont la propriété de réduire les
sulfales contenus dans les eaux qu'ils habitent, en particulier le sulfate de soude, le gypse : ils meltent en liberté du soufre et de l'acide sulfhydrique. Celle réduclion a son siège dans le protoplasme mème des celluies : c’est ce que démontre la présence, dans ce proloplasma, de granules de soufre, comme nous l'avons dit. La formation de l’acide sulfhydrique a pour résullat de précipiter, à l’clat de sulfure de fer, le fer contenu dans les’cellules, lequel colore en noir la gaine mucilagineuse qui entoure les Deggtatoa. On explique aisément, de la sorte, l'existence dans les eaux, de l'acide sulfhydrique qui s'y trouve en dissolution ou qui se dégage en partie dans l’almosphere: ce gaz donne aux eaux l'odeur repoussante que l’on connait el sa présence peul nuire considérablement à la vie des animaux qui s'y trouvent habituellement. C’est ainsi que le fond du golfe de Kiel, couvert de Begqiatoa, s'appelle le fond « blanc », mais aussi le fond « mort », parce qu'on n'y trouve pas de poissons qui évilent avec soin ces parages. Cependant, le golfe ne semble pas interdit à tous les animaux sans exceplion (1).
Ces pelites plantes ont donc un rôle particulier assez important dans l'économie de la nature aussi bien que dans l’économie humaine : c'est une pro-
(1, E. Warming. Om nogle ved Danmarks Kyster levende Bacterier Vidensk, Meddelser fra den naturhist. Forening; Kjobenhavn 1875.
— A. Engler. — Die Pilzvegetation d. weissen od. todten Grundes d. Kieler Bucht Bericht d. Commiss. Erforschung d. deutschen Meere. IV.
BEGGIATOA 155 priélé qu'elles semblent avoir en commun avec d’aulres organismes à chlorophylle assez voisins des Oscillaires et des Ulothrir.
Les formes que nous venons de décrire sont les représentants les plus remarquables du groupe des Bactéries qui se trouvent dans les eaux : ce ne son pas les seules. Les eaux, qui contiennent des Deygiatoa et des Cladothrir, sont habitées par des types, plus ou moins nombreux, appartenantà des groupes dont nous avons déjà parlé, comme les Bacilles à endospores par exempie.Nous n'avons pas encore de données suffisantes pour pouvoir étudier avec plus de détails leur structure et les actions chimiques qu'ils produisent. Les quelques fails particuliers que l'on connaît à leur égard, n’ont pour nous aucun intérêL.
Quant aux germes de Bactéries qui se trouvent, même dans les eaux les plus pures, exposées à l'air et à la poussière, nous en avons assez parlé (V'Lecon)
pour ne pas avoir à y revenir ICI.