MALADIES PARASITAIRES CHEZ LES ANIMAUX INFERIEURS ET CHEZ LES PLANTES
On peut admettre à priori que les Bactéries doivent jouer un certain rôle dans les maladies des animaux inférieurs. C’est ce qui a lieu en effet. Mais jusqu'ici on n’a éludié, à ce point de vue, que les insectes (1).
La maladie des vers à soie, appelée Flacherie, a son origine, d’après M. Pasteur, dans l’action simullange d’un Bacille et d’un Micrococcus semblable au Micrococcus ureae, formant comme lui des chaînons ; le Micrococcus Bombycis de Cohn, qui est avalé par les vers avec leurs aliments, et qui, porté dans l'intestin, y cause des ravages ayant pour conséquence d’empêcher la digestion et d'amener bientôt la mort des animaux. Les vers deviennent paresseux, lourds,
(4) Pasteur. — Etudes sur la maladie du ver à soie. Paris, 1870. —
Judeich et Nitsche : Lehrb. d. Mitleleurop. Forstinsektenkunde. = Metschnikoff : Virchow’s Archiv. T. 96, p. 118.
perdent l’appelit, sont mous et meurent assez rapidement. Leurs cadavres, sans consistance, sont colorés en brun sombre ou en brun sale et tombent très vile en pourriture, en prenant l'aspect d'une masse puante et informe, sous l’action des Bactéries de la putréfaction qui les envahissent aussitôt.
Une épidémie qui sévit parfois sur les abeilles et qui, en peu de temps, détruit des essaims entiers dans toute une contrée, est due, semble-t-il, à un Bacille à endospores, le Bacillus melittophthorus Cohn. On sait d’ailleurs peu de chose sur ce Bacille.
Parmi les maladies qui déciment actuellement les vers à soie, nous avons signalé la Flacherie : ıl faut encore citer la Muscardine et la Pébrine.
La Muscardine, connue depuis le siècle dernier, a sévi surtout dans les premières années de ce siècle, dans les magnaneries de l'Europe d'où elle semble avoir à peu près disparu depuis 1850 environ, tandis qu'elle fait encore des victimes parmi les insectes de nos forêts. Elle est causée par un Champignon et ne rentre pas, par conséquent, dans le groupe des maladies bactériennes.
La Pébrine, nommée aussi Galline, Petechia, Maladie des corpuscules, ete., est connue depuis plusieurs siècles et elle s’est montrée très meurtrière en Europe, depuis 1850, pendant plus de dix années, Elle doit son nom aux taches sombres qui parsèment la peau de l’animal malade et qui se montrent dès
MALADIES PARASITAIRES DES VERS A SOIE 311 l'apparition de la maladie. Elle est, comme la muscardine, causée par la présence d’un parasite mieroscopique, le Panhistophyton ovatum Lebert ou Nosema Bombycis Nægeli. Cet organisme se présente sous la forme de corpuscules irrégulièrement ovales, mesurant environ 0,4 x. de longueur, incolores, fortement réfringents, qui, dans les préparations, son isolés ou bien réunis par paires ou par groupes plus nombreux. On les rencontre dans tous les organes de l'animal, non seulement chez le ver à soie, mais encore chez le papillon et même dans les œufs nouvellement pondus, d'où ils passent facilement dans le jeune ver à soie qui en provient. Ils y sont enquanlilés énormes et les tissus de l'animal en sont parfois bourrés. C’est encore à M. Pasteur que l’on doit d'avoir établi avec cerlitude que ces corpuscules appartiennent à un parasite qui pénètre dans l’animal, y vit à ses dépens, engendre ainsi la maladie el se développe en la propageant. Quand on mélange ces corpusculesa des aliments ingérés ensuite par des vers sains, On les retrouve plus tard dans la paroi de l'intestin, en petit nombre d’abord, puis en nombre plus considérable, jusqu'à ce qu'ils aient fini par envahir tous les organes.
Des corpuscules analogues ont été trouvés par différents observateurs dans le corps d’autres insectes et chez d’autres animaux articulés.
Comme nous l'avons vu par la courte description
qui précède, les corpuscules de Cornalia, — tel est le nom qu’on leur donne — ressemblent à une petite Bactérie, plus exactement à un Microcoque et c’est ainsi qu'on les considère en général.
M. Naegeli, dans un premier travail, les rapprocha du Micrococcus aceti. Ce rapprochement repose sur la ressemblance de forme des deux espèces, sur la réunion par paires que présentent souvent leurs cellules, au moment où leur division est en train de s’'accomplir. Cependant cette division n’a pu être observée directement el l’on comprend que le groupement dont il est question, puisse être dû à bien des causes diverses. On a pu démontrer expérimentalement le fait de la division des corpuscules sans avoir pu indiquer la manière dont elle se produit.
Contrairement à cette opinion qui rapprochait les corpuscules des Microcoques, MM. Cornalia, Leydig, Balbiani et M. Pasteur lui-même montrèreut qu'il s'agissait la d’un organisme complètement différent des Micrococcus eldes Bacterium. On donna à ces corpuscules le nom de Sporospermies, servant à désigner un état particulier de ces êtres inférieurs ou ceux de Sporozoaires, de Sarcosporidies, etc. M. Metschnikoff a vérifié dernièrement l'exactitude de cette assertion. Le parasite de la Pébrine est, dit-1l, formé de corps protoplasmiques amiboides — c'est-à-dire analogues aux globules blancs du sang dont nous avons parlé à la page 247 — mobiles, sou-
MALADIES DES PLANTES 313 vent multilobés, dans lesquels les corpuscules prennent naissance par formation endogène. Par analogie avec d’autres phénomènes semblables bien connus, les corpuscules doivent porter le nom de Spores : à la germination, ils reproduisent les corps protoplasmiques dans lesquels ils se forment de nouveau en {res grand nombre.
La petitesse et la ténuité des corps protoplasmiques expliquent suffisamment pourquoi ilssont restés si longtemps méconnus, surtout après qu'ils ont pénétré dans les tissus des animaux composés comme eux de protoplasma.
Le parasite de la Pébrine ne doit donc pas être compris, rigoureusement parlant, dans une étude sur les seules Bactéries. Aussi ne nous en serionsnous pas occupé plus longtemps, s'il ne nous fournissait un exemple heureux, non seulement de maladie infectieuse causée par des parasites mieroscopiques autres que les Bactéries, mais de l'existence possible d'organismes très semblables en apparence aux Bactéries, mais en différant profondément par leur manière d’être, par leur développement, par leurs conditions d'existence.
Si nous abordons après cela les maladies des plantes, nous verrons qu'il y a fort peu à en dire, en ce qui concerne les Bactéries. La plupart des parasites des plantes appartiennent à d’autres groupes orga-
311 LEÇONS SUR LES BACTÉRIES niques et en particulier à des Champignons, comme nous l'avons déjà fait remarqué plus haut.
Bornons-nous à citer, pour ce qui regarde les Bactéries,une maladie jaune étudiée par M. Wakker (1) chez la Hyacinthe. D’après M. Wakker, on lrouve dans la plante malade un Daeterium en bàlonnets longs de 25 y, larges d’un quart ou de la moitié de cette longueur. Ce Bacterium est réuni en masses jaunes gélatineuses qui remplissent, pendant la période de repos de la végétation, les vaisseaux et le parenchyme des faisceaux ligneux du bulbe. Au moment de la floraison on en trouve aussi dans les feuilles : le parasite ne se borne pas à envahir les faisceaux ligneux, il remonte dans les méats intercellulaires et dans le parenchyme foliaire dont il dé- Lruit peu à peu les cellules jusqu'à venir percer l’épiderme, pour se répandre au dehors.
On n'a fait d’ailleurs aucune expérience pour propager expérimentalement la maladie et suivre l’évolution du parasite.
M. J. Burrill, dans l'Etat de l'Illinois, aux Etals- Unis, donne le nom de Blight à une maladie des Poiriers et des Pommiers, dont il attribue la cause à l’action d’une Bactérie ou, pour parler plus claire-
(4) J.-H. Wakker. — Onderzoek der Ziekten Van Hyacinthen. Harlem 1883-84 et Bot. Centralblatt. T. 14, p. 315.
(2) T. J. Burrill. — Bacteria as a cause of disease in plants. The American naturalist. Jul. 1881.
MALADIES DES PLANTES 315 ment, d'un Mierococeus de Ip. de long. La maladie est caractérisée tout d'abord par le dépérissement lent d’une partie de l'écorce; la destruction s'étend peu à peu et finit par gagner les branches et tout le (tronc pour finir par la mort de la plante.
M. Burrill a trouvé, aux points infestés, le Microeoceus logé dans les cellules du végétal, aux dépens desquelles il se nourrit, en absorbant surtout l’amidon et en donnant, comme produits de décomposilion, « de l’acide carbonique, de l'hydrogène et de l'acide butyrique. » De nombreuses expériences, dans lesquelles on inlroduisit le Micrococcus dans un arbre sain dont on entaillait légèrement l'écorce, fournirent la preuve de la propagation de la maladie par l'intermédiaire de la Bactérie. Cette maladie n’a pas été observée, que je sache, en Europe el ne semble pas y être connue.
D’après le même observateur, des maladies causées par des Bactéries existeraient aussi chez le Pêcher, le Peuplier d'Italie, le Tremble d’Amerique, etc.
M. Prillieux (1) a décrit récemment une altération - qui se produit quelquefois dans le blé et qu'on reconnaît à la coloration rose ou rouge du grain. Elle est liée au développement d’un Microcoque qui dé-
(4) E. Prillieux. — Corrosion des grains de blé, etc., par des Bactéries Bull. Soc. Bot. France. T. 26 (1879), p. 31, 167.
Iruit les grains d’amidon, le gluten contenu dans les cellules de la périphérie et, en partie, la membrane mème des cellules. L'action destructive du Microcoque est ici hors de doute. Mais son action pathogène n’est pas prouvée par les quelques faits que nous venons de citer : il peut bien n’agir que comme Saprophyte, après qu'il s’est produit d'autres actions destruclives, indépendantes de lui.
Celle seconde opinion semble confirmée par quelques remarques de MM. Berthold et Reinke (1) sur une maladie de la pomme de terre. D’apres ces auleurs, cette maladie qui amène la gélification du lubereule, pour ainsi dire, est causée par une Baclérie qui semble être le Bacillus amylobacter, peulelre par plusieurs autres. Elle ne se produit ordinairement que lorsque la pomme de terre a déjà été allaquée par un Champignon parasile bien connu, le Phytophthora infestans.
Elle réside d’ailleurs dans les parties que le Champignon a encore épargnées, mais elle semble pouvoir ètre considérée comme un phénomène secondaire, rendu possible par l’action du premier parasite.
Il faut ajouter qu'on rencontre des pommes de terre alleintes de cette maladie, sans être infestées parle Phytophthora et l’on a réussi, en « inoculant » la Bactérie à contaminer des pommes de terre saines.
(4) Reinke et Berthold. — Dei Zersetzung der Kartoffel durch Pilze, Berlin 1879.