CHOLERA
Il faut attendre des recherches nouvelles pour résoudre toutes ces contradictions. Nous ne voulons pas insister plus longlemps sur la portée diverse de tous ces résultats. Disons simplement que les recherches négatives que présentent les essais d'infection sur les animaux n’infirment en rien la méthode e! ne doivent pas faire conclure à une réponse négative puisque, dans la fièvre lyphoïde et le choléra, par exemple, il s'agit de maladies qui sévissent sur l’homme seul et non sur les animaux. On peut tirer seulement cette conclusion que les animaux ne sont peut-être pas sensibles à l'action du parasite qui vil chez l'homme.
Dans ces derniers cas, comme dans d’autres senıblables, on peut se demander si la maladie n’es! pas causée par l’action simultanée de deux Bactéries parasitaires ou de tels autres organismes parasilaires que l’on voudra, qui préparent ainsi à l’un d’entre eux un milieu favorable à son développemen:. Cette question a été soulevée par M. Nægeli à propos des recherches de M. Pettenkofer et elle s'applique en particulier au choléra. Mais l’on voit que tous ces divers problèmes demandent encore de longues recherches avant d’être résolus. Quoi qu’il en soit, nous voyons qu'il y a dans fout cela des contradictions dues à ce que l’on ne connait que quelques faits incertains, souvent sans importance.
S'il m'est permis d'ajouter encore quelque chose
DE BARY. co
306 LEGONS SUR LES BACTERIES
à loul ce qui précède, je dirai quelques mots d’une découverte qui a soulevé tout récemment la curiosité générale. Je veux parler des prétendues découvertes de M. Ferran (1) et de ses inoculations préventives contre le choléra, dont lous les journaux ont parlé. Nous abandonnons à ce sujet loute discussion sérieuse. Les communications de M. Ferran sur le parasite du choléra ne supportent pas l'analyse et il est absolument impossible de les admettre, pour peu que l’on ait un peu de bon sens et la moindre éducation scientifique. On devine ce que pourront êlre dans peu les conséquences pratiques de ses théories. Son opinion n’est basée sur rien ou bien, s’il a étudié les choses dont il parle, il montre une ignorance complèle des phénomènes biologiques et de leurs
(4) J. Ferran. — Morphologie du Bacille du Cholera et l’inoculation préventive du cho.éra. Traduction en allemand, par le Dr Max Breiting. Deutsch. Medic. Zeitung IV, 1885, p. 169 — Id. : Sur la Morphologie du Bacille-virgule (Voir Zeitschr. f. Klin. Med. IX, p. 375).
Je n’ai indiqué, dans le texte, que les faits qui sont rapportés dans le deuxième mémoire de M. Ferran, car je ne connais le premier que d'après un compte rendu publié dans un journal médical. Si le compte rendu donne bien le sens de l'original, les deux mémoires se valent de toutes manières. II semble que le Dr Ferran ait eu l'intention de faire un mémoire de Morphologie botanique. Dans ce cas, il n’est pas difficile de voir, dès les premières lignes, que l'auteur ignore les premiers principes de cette science. Quoi qu'il en soit, on peut dire sans exagération que son mémoire est incompréhensible pour les personnes instruites en botanique, comme pour celles qui ne s'en occupent pas; l'auteur, en effet, montre qu'il n'avait aucune idée précise et claire en composant son travail. On ne peut savoir ce qu'il veut dire ni ce qu'il pense en réalité. Les conséquences pratiques qui forment la conclusion de son travail ne sont pas plus claires. On ne s’étonnera donc pas qu'il n’y ait rien à tirer de ces deux « travaux » de M. Ferran. (Note de l’auleur.)
CHULERA 307 résultats pratiques sur lesquels sans doute il à à peine les notions très vagues que possède le premier venu (1).
(1) Pendant l'impression de ce livre, il a paru dans les Comptes rendus de la Société Royale de Londres (Vol. 38, n° 236, p. 154) une note « sur les Bactéries et leurs rapports avec l'étiologie du Cholera asiaque ». L'auteur de cette note est M. Klein, observateur très compétent et très habile, que le gouvernement anglais avait chargé d'une mission daus les Indes, dans le but d'y vérifier les conclusions du Dr Koch sur le choléra.
M. Klein a vérifié tout d'abord ce fait que le sang et les différents tissus des cholériques ne renfermaient pas le Bacille-virgule de M. Koch ni aucun autre organisme. Il affirma la présence presque constante du Bacille-virgule dans les déjections des malades et dans l'intestin grele aussitôt après la mort, bien que le nombre des Bacilles varie considérablement suivant les cas observés. C'est ainsi que le Bacille fut trouvé en quantité très faible et mêlé à d’autres Bactéries dans des cas de mort foudroyante. Sa présence dans la muqueuse intestinale aussitôt après la mort fut mise en doute : on l'y trouva, en effet, longtemps après la mort, en mème temps que d'autres Bactéries. Les cultures du Bacille en dehors de l'organisme réussissent facilement. Après culture dans Ja gélatine, il semble être identique au Bacille de Lewis, trouvé dans la salive. On l'a d'ailleurs trouvé dans d’autres maladies intestinales, ainsi que dans la bouche de personnes saines et même dans un grand nombre de substances alimentaires fort communes (M. Klein ne les spécifie pas davantage). L’auteur enfin refuse d’ajouter grande confiance aux expériences faites sur les animaux.
Dans l'épithélium intestinal des cholériques examinés aussitôt après la mort, M. Klein trouva, dans des cas de mort foudroyante, un très petit Bacille droit et immobile qui semble être mis en liberté au moment de la desquamation de l’epithelium intestinal. On peut le cultiver sur de l’Agar-agar et il y forme des spores en présence de l'air. D’ailleurs on ne put obtenir, avec ce Bacille, d'expériences précises sur les animaux auxquels on essaya de donner le choléra.
J'ai cru utile de résumer ces derniers travaux de M. Klein afin de montrer une fois de plus combien sont peu certains les résultats et les opinions précédemment acquis et, à propos du choléra en particulier, combien nous savons encore peu de chose sur les Bactéries qui produisent cette maladie.
(Note de l’auteur.)
Mentionnons pour lerminer un certain nombre de maladies infectieuses dans lesquelles on n’a pas réussi à montrer la présence d’une Bactérie pathogene ou de tout autre parasite microscopique; tels sont la dysenterie, le typhus, la fièvre jaune, la coqueluche, elc., et, parmi les maladies cutanées, la fièvre scarlatine, la rougeole, la variole chez l'homme et les animaux.
Dans la petite vérole, on connaît la vaccination préventive depuis longtemps en usage.
Citons encore la rage pour laquelle M. Pasteur a indiqué son procédé d'atténuation et de vaccination sans avoir réussi jusqu'ici à déceler la présence de l'organisme pathogène.
Enfin l’on a décrit récemment dans la syphilis (1), un Bacille très analogue au Bacille de la tuberculose sans avoir pu, me semble-t-il, légitimer cette découverte par des expériences décisives.
Malgré ces quelques exemples où les recherches semblent avoir donné des résultats négatifs, il est à peine besoin d'indiquer que les idées de Henle sur un «contage animé », dans les maladies infectieuses, gardent toute leur actualité.
(1) Des observations récentes dues à MM. Alvarez et Tavel ont montré que le Bacille de la syphilis que M. Lustgarten avait cru trouver, n’est en réalité qu’un Bacille que l’on rencontre dans le smegma préputial.