‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 10 sur 120 · VARIÉTÉS DES ACTIONS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DES ACTIONS

en général sur les grands systèmes, système sanguin, système nerveux ou musculaire. Les substances qui tuent lentement agissent souvent sur les systèmes glandulaires. Les effets peuvent être bien distincts pour deux substances qui agissent sur le même système. Cette localisation des actions toxiques nous permettra d’en suivre le mécanisme jusque dans les organes ; elle met aux mains du physiologiste expérimentateur de véritables réactifs de la vie.

Une expérience vous rendra sensible la portée des remarques précédentes ;

Nous avons dans ces deux cloches des gaz toxiques qui tuent en agissant sur le sang, et qui, par conséquent, tuent rapidement. L’une des cloches renferme de l’hydrogène sulfuré, l’autre de l’oxyde de. carbone.

Dans chacune de ces cloches nous introduisons un moineau que nous voyons succomber aussitôt avec des mouvements convulsifs.

J’ouvre maintenant ces oiseaux, et vous pouvez voir que, chez l’oiseau qui a péri dans l’hydrogène sulfuré, le sang et les chairs sont noirs, tandis qu'ils sont d’une belle couleur rouge chez celui qui a été empoisonné par l’oxyde de carbone. Les deux poisons ont chacun produit une altération particulière du sang qui a tué immédiatement l’animal. Le système organique affecté paraît avoir été le même, et pourtant vous voyez combien les lésions paraissent différentes. Plus tard, nous aurons à étudier ces effets avec détail, aujourd’hui je ne me propose que d’appeler votre attention sur l’aspect général du phénomène. Vous verrez que, lorsqu’il s’a-

gira d’arriver h une application thérapeutique, on ne saurait étudier les faits avec trop d’attention et en examiner le mécanisme de trop près. De ces deux moineaux, l’un a succombé à une intoxication qui a rendu tout son sang noir ; l’autre, à une intoxication qui a rendu tout son sang d’un rouge vermeil. Ne serait-on pas tenté de voir chez le premier une mort par hématose insuffisante, et, chez le second, mort par excès d'hématose? Ayant ainsi jugé, on sera très-disposé à voir dans l’oxyde de carbone le contre-poison de l’hydrogène sulfuré, et réciproquement. Eh bien ! Messieurs, on commettrait une grave erreur. Si l’on eût mis un troisième oiseau dans un mélange des deux gaz, il eût succombé tout aussi rapidement ; son sang eût conservé une teinte intermédiaire à celles que vous avez sous les yeux, et voilà tout.

A un poison qui agit comme excitant le système nerveux, la strychnine, par exemple, on serait tenté d’opposer un poison qui éteint certaines propriétés nerveuses, comme le curare ; les convulsions peuvent être supprimées, mais la mort n’en sera ni moins certaine ni moins prompte. J’insiste sur ces considérations parce qu’il est des idées auxquelles on renonce difficilement. Quand on cherche un contre-poison, on ne peut se défendre de la tendance qui pousse à opposer à une action déterminée l’action contraire.

Les exemples que je vous citais tout à l’heure montrent donc qu’on doit en thérapeutique étudier l’action intime des substances, et éviter déjuger de leurs effets par les symptômes apparents.

Je me bornerai aujourd’hui à ces réflexions générales sur l’illusion dans laquelle on pourrait tomber^en voulant neutraliser les efifets des substances toxiques les unes par les autres. Ces réflexions sont, en quelque sorte, la préface de l’histoire des contre-poisons, que nous aborderons plus tard dans quelques-uns de ses points.

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