SUR LE FOIE
purement mécanique, qui consisterait, diminuant la pression dans le système circulatoire, à faire afiluer en plus grande quantité dans ce système, par une sorte d’aspiration, les liquides organiques ou jus des organes qui s’y rendent normalement en quantité moindre.
Or, Messieurs, c’est précisément ce qui est arrivé dans les expériences qui ont été opposées aux nôtres.
La circulation se fait, dans le système sanguin, sous une pression équivalente environ à celle de 1 50 millimètres de mercure. Sous cette pression, le sang qui circule dans le système vasculaire traverse des tissus imbibés de liquides : il y a échange entre le sang et les liquides qui imbibent les tissus. Que l’ou vienne' â changer la pression, soit en l’augmentant, soit en la diminuant, les proportions de cet échange sont modifiées. On sait que, par exemple, lorsqu’on fait périr un animal par hémorrhagie, le sang qui s’écoule d’abord contient une composition différente de celle des dernières portions de la saignée. C’est ce qui arrive pour le foie : sous l’influence de la saignée, le système circulatoire se charge plus abondamment des liquides du foie d’où résulte dans le système circulatoire la présence d’une plus grande proportion du sucre. Aussi Lehmann a-t-il insisté sur la nécessité, lorsqu’on veut constater l’absence ou la présence du sucre dans le sang à l’état normal, d’opérer sur de gros animaux, et de ne pas les saigner au point de troubler chez eux les conditions physiques de la circulation. !
Voici environ 120 grammes de sang provenant d’une saignée faite à un petit chien en digestion. Cette sai-
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gnée a été fractionnée en quatre portions. Les trois premières ont été recueillies sans interrompre l’opération ; comme l’animal allait avoir une syncope, on l’a laissé en repos pendant un quart d’heure, au bout duquel a été recueillie la quatrième partie. Si maintenant nous essayons le premier sang recueilli, il ne nous donne aucune trace de réaction du sucre. La deuxième et surtout la troisième portion nous offrent des traces de sucre; la quatrième réduit plus abondamment le tartrate de cuivre et de potasse.
Nous n’avons cependant pas tué l’animal, et nous nous sommes borné à le saigner presque jusqu’à syncope. Il est évident que, si toute la saignée avait été recueillie dans un même vase, on y eût trouvé du sucre et l’on en eût pu conclure à son existence normale dans le sang, dans une proportion très-notable ; or, c’est précisément ce qui est arrivé dans les expériences auxquelles je fais actuellement allusion.
Ce que nous avons fait tou t à l’heure pour le sang de la veine jugulaire, Lehmann l'a fait avec les mêmes résultats pour le sang de la veine porte, et il a prouvé que les dernières portions d’une forte saignée faite à la veine porte contiennent du sucre, tandis que les premières n’en renferment pas.
On pourrait faire plus, et pratiquer la saignée sur un vaisseau lymphatique abdominal ; en la poussant suffisamment loin , elle donnerait du sucre, parce que tous les vaisseaux lymphatiques abdominaux peuvent communiquer avec ceux du foie, qui sont très-chargés de sucre.
Je dois encore vous signaler une autre cause d’er-
DU FOIE
reur qui pourrait fair^ trouver du sucre dans le sang de la veine porte. Elle est intéressante à signaler, parce qu’elle se rattache à l’existence d’un nouvel ordre de veines dans le foie que je n’ai vu signaler nulle part par les anatomistes. J’ai trouvé qu’il existe un système veineux particulier qui rapporterait le sang du foie dans le système de la veine porte. Ces veines que je ne fais que vous signaler ici, parce qu’il serait nécessaire de faire de leur étude l’objet d’un travail particulier, seraient exactement correspondantes aux veines bronchiques du poumon. Elles accompagnent les divisions de l’artère hépatique, et elles viennent se déverser dans la veine porte à son entrée dans le foie, en se jetant dans les veines du duodénum, et en suivant le canal cholédoque qu’elles entourent comme d’une sorte de réseau. J’ai fait représenter un cas particulier de ces veines chez le chien (fig. 31) qui est le sujet de nos expériences, mais ces mêmes veines existent sans doute chez l’homme et aussi chezd’autresanimaux. C’est là un sujet intéressant de recherches anatomiques à suivre. Vous voyez donc d’après cela qu’il y aurait dans le foie trois ordres de veines : 1® la veine porte qui se ramifie dans le foie ; 2® les veines sus-hépatiques, qui emportent dans la veine cave le sang apporté par la veine porte; 3® les veines qui rapporteraient le sang de l’artère hépatique, et que j’appellerai veines biliaires. Il est curieux de voir que ces veines ramènent leur sang du foie dans la veine porte, qui doit le faire rentrer dans cet organe par une autre voie. Le sang va donc dans ces veines dans un sens inverse à celui qu’il