FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE
isoler celte matière hépatique singulière qui lui préexiste, savoir comment elle se sécrète dans le foie, et comment ensuite elle subit les transformations successives qui la changent en sucre. Il y a probablement entre ces deux extrêmes, la matière insoluble telle qu’elle est sécrétée par l’action vitale du foie et le sucre qui en émane et sort de l’organe avec le sang des veines hépatiques, une série de formations intermédiaires que je n’ai pas vues, mais que les chimistes découvriront sans doute. »
Depuis que ce travail a été publié, je dois vous dire que la question a fait des progrès et que j’espère être sur la voie de pouvoir bientôt isoler cette matière glycogène spéciale.
Messieurs, nous avons, durant ce semestre, exposé quelques effets d’un certain nombre de substances dont les actions sont très-distinctes. Ces études expérimentales sont nécessairement fort incomplètes ; mais elles montrent cependant par des faits intéressants, par quelle variété de moyens l’organisme peut être affecté. J’ai voulu vous donner un spécimen des recherches sur lesquelles devra reposer une connaissance scientifique et rationnelle des poisons et des médicaments.
Vous avez pu vous convaincre combien ce champ d’études est vaste, combien il a été peu exploré, combien il faut l’aborder exempt d’idées préconçues, et avec quelle lenteur on doit arriver à l’interprétation exacte et complète des faits.
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Pendant que ce volume était sous presse, M. Kôlliker a publié ses expériences sur le curare qui l’ont conduit à des résultats exactement semblables aux nôtres. Je rapporte ici la note que M. Kôlliker a communiquée à l’Académie des sciences le 27 octobre i 836, ainsi que les remarques dont je l’ai fait suivre.
« Tout le monde connaît les expériences très-intéressanles de M. Cl. Bernard, qui démontrent que dans une grenouille empoisonnée par du curare les nerfs n’agissent plus sur les muscles, tandis que ceux-ci conservent toute leur irritabilité. Comme les déductions tirées par M. Bernard de ces expériences, savoir, que l’irritabilité musculaire ou la faculté des muscles à se contracter est indépendante des nerfs, ont été mises en doute par plusieurs auteurs, notamment par M. Eckhardt de Giessen, parce que l’expérience de M. Bernard ne prouve pas que le curare paralyse les nerfs dans l’intérieur des muscles, j’ai pensé qu’il ne serait pas superflu d’entreprendre de nouvelles recherches sur le curare, et de chercher à déterminer l’action de ce poison sur les différentes parties du système ner-
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veux. Ces expériences, qui ont été faites durant l’hiver 1855-56 et dont un résumé succinct se trouve dans les Comptes rendus des séances du 29 mars et du 12 avril 1856 de la Société physico- médicale de Wurzbourg, ont été publiées depuis dans les Archives de M. Virchow. C’est ce dernier Mémoire que j’ai i’honneur de présenter à l’Académie, en mentionnant en même temps brièvement les principaux faits nouveaux qui peuvent servir à faire connaître plus précisément l’action du curare sur les animaux.
» Les expériences qui ont le plus contribué à me faire connaître l’action toute particulière du curare sont les intoxications partielles, que nul n’avait tentées jusqu’à présent. Dans une partie de ces e.vpériences faites sur des grenouilles, je liais les deux arcs de l’aorte et j’empoisonnais l’animal à la tête, de manière que les jambes ne recevaient point de poison; dans les autres, je coupais une jambe après avoir lié préalablement l’artère et la veine crurale en laissant toutefois le nerf ischiatique intact, puis j’empoisonnais l’animal au dos. C’est surtout cette dernière expérience qui prouve que le curare n’altère point les fibres nerveuses des troncs nerveux, mais seulement les nerfs des muscles mêmes; car, dans l’expérience décrite, ces troncs (les nerfs lombaires de la jambe opérée) restent en fonction pendant deux, trois et quatre heures après la paralysie totale des autres extrémités. De plus, elle démontre que le curare n’agit point sur les nerfs de la sensation, ni sur la moelle épinière, car il est facile de déterminer des mouvements réflexes
COMMUNICATION DG M. KÔLLIKER. 463
dans la jambe non intoxiquée en agissant sur les parties qui ont subi l’action du curare.
» Je dirai donc :
» 1® Que le curare n’agit pas sur les nerfs de la sensation ;
» 2® Qu’il affecte peu la moelle épinière ;
» 3® Qu’il n’a presque aucune influence sur les troncs nerveux ;
» 4® Mais qu’il paralyse subitement les nerfs des muscles mêmes.
»Ce dernier point est le point capital, et je citerai encore une expérience à son appui. J’ai lié sur une grenouille très-forte tous les vaisseaux du muscle gastrocnémieu, puis j’ai empoisonné l’animal comme à l’ordinaire par du curare. Dans trois minutes, l’animal était parfaitement paralysé, à la seule exception du muscle mentionné, qui montrait des mouvements réflexes et que l’on pouvait aussi mettre en action en irritant les nerfs lombaires. Je ne crois plus avoir besoin de nouvelles preuves pour démontrer que le curare agit principalement sur les nerfs des muscles mêmes, et il me semble qu’il n’y a pas de meilleures preuves en faveur de l’irritabilité des muscles, que les expériences que je viens de mentionner. »
Analyse physiologique des propriétés des systèmes musculaire et nerveux au moyen du curare, par M. Claude Bernard.
» La communication que M. Kôlliker a faite à l’Académie, dans sa dernière séance, me fait rappeler mes
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expériences sur le curare, ainsi que les conclusions physiologiques auxquelles j’ai été conduit par l’étude de cette singulière substance.
» En 1844, M. Pelouze me donna du curare qu’il tenait de M. Goudot. Ce poison provenait de la Nouvelle-Grenade, et offrait les caractères et les propriétés du curare examiné par MM. Boussingault et Boulin.
» En faisant des expériences sur les animaux vivants, je fus frappé par un fait nouveau ; je trouvai que, chez les animaux empoisonnés par le curare, le système nerveux perd immédiatement après la mort la propriété de réagir sur le système musculaire pour produire des convulsions. Si par exemple on empoisonne une grenouille en lui plaçant sous la peau du dos un peu de curare sec ou en dissolution, on voit que les mouvements réflexes s’éteignent complètement à mesure que l’empoisonnement s’effectue, et si, aussitôt après, on prépare la grenouille à la manière de Galvani en dépouillant les membres postérieurs et en isolant les nerfs lombaires, on n’obtient aucune contraction dans les membres par l’excitation électrique portée directement sur les nerfs, tandis que la même excitation appliquée sur les muscles détermine des convulsions violentes. Non-seulement les troncs des nerfs ont perdu leur excitabilité, mais les ramuscules nerveux , aussi près des muscles qu’on puisseles prendre, sont dans le même cas.
)> Les conséquences physiologiques que j’ai tirées de cette expérience sont que la contractibilité musculaire est entièrement distincte et indépendante de lu pro-
ANALYSE PHYSIOLOG. DES PROPRIÉTÉS DU CURARE. 465 priélé nerveuse qui la met en jeu, puisqu’en effet le curare laisse subsister la première et anéantit complètement la seconde. J’en ai conclu que la question de l’indépendance de l’irritabilité musculaire, débattue depuis Haller, se trouvait définitivement jugée au moyen de cette analyse physiologique spéciale qu’opère le curare. Cette expérience fut indiquée dans un travail que 'nous communiquâmes à l’Académre, M. Pelouze et moi, én 1850, sur les propriétés chimi)ques et physiologiques du curare {Comptes rendus, tome XXXI, 14 octobre 1850). ‘
)> En 1852, pour donner une nouvelle preuve de cette séparation physiologique des propriétés des systèmes nerveux et musculaire, j’annonçai que chez les animaux empoisonnés par le curare l’irritabilité musculaire n’avait subi, non-seulement aucune dimi»»tion, mais qu’ellefparaissait au contraire être augmentée. J’avais remarqué, en effet, que les muscles des grenouilles mortes sous l'influence du curare, qui sont généralement plus rouges, restaient excitables à l’action directe de l'électricité plus longtemps que les muscles d’autres grenouilles non empoisonnées. Mais comme ces animaux peuvent présenter des différences individuelles dans leur irritabilité musculaire, il fallait, pour rendre l’expérience plus probante, faire l’épreuve comparative sur des muscles correspondants et appartenant au même animal. i .n '
» Voici comment je réalisai les conditions de cette nouvelle expérience : sur une grosse grenouille, je liai les vaisseaux d’un des membres postérieurs, en ayant
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soin de laisser le nerf sciatique intact, après quoi j’empoisonnai l’animal en introduisant un peu de curare par une incision faite à la peau du dos. De cette manière, tout le système musculaire de la grenouille recevait l’influence du curare par l’intermédiaire de la circulation', excepté les muscles du membre dont les vaisseaux avaient été liés, et qui dès lors pouvaient être considérés comme des muscles normaux par rapport aux autres. Or je constatai, dans cette expérience, que les muscles du membre qui n’avait pas reçu de poison perdaient toujours leur irritabilité beaucoup plus tôt que les muscles des membres qui avaient été empoisonnés.
» En poursuivant ces recherches, un autre fait nouveau s’offrit à mon observation : je vis que le membre qui n’avait pas reçu de curare restait parfaitement sensible, et que l’on y déterminait toujours des mouvements réflexes en le pinçant. Mais ce qui était plus remarquable encore, c’est que, en excitant la peau des autres parties du corps où avait pénétré le poison, on voyait de même des mouvements réflexes se produire uniquement dans le membre non empoisonné.
1) Il était évident que ces derniers mouvements réflexes dans le membre sain, par irritation des parties empoisonnées, devaient être transmis par les nerfs sensitifs restés intacts; ce qui me porta à penser que le curare n’avait anéanti que les propriétés des nerfs moteurs en laissant subsister celles des nerfs sensitifs, H que, si l’on n’obtient pas de mouvement réflexe en