LOCALISATION DES ACTIONS
plus, on ne peut et l’on ne doit conserver celte qualité qu’aux corps que leur pénétration dans le courant artériel amène dans le tissu capillaire, siège des modifications de composition et de décomposition organiques, ainsi que des actions des substances toxiques et médicamenteuses.
Cette manière de voir écarte ainsi tous les effets mécaniques ou topiques, les agents physiques tels que la chaleur, l’électricité, la pression, etc., et certains modificateurs mécaniques qui, cependant, sont souvent employés dans un but thérapeutique et peuvent même causer la mort. Elle ne tient pas compte non plus des corps qui, comme le verre pilé, peuvent être ingérés dans les voies digestives, mais dont les effets nuisibles se rattachent à l’ordre mécanique des actions traumatiques.
Dans les circonstances qui se rapportent à notre définition, le sang est le véhicule qui porte jusque dans la profondeur des organes les matières qui doivent agir sur les éléments des tissus de l’organisme. Chez les animaux inférieurs, dont toute la substance est molle et la masse petite, ce contact est si facile qu’il s’effectue par une imbibition directe sans l’intervention du système circulatoire.
Les causes diverses qui peuvent agir sur une sub- Itance, durant le trajet qu’elle a à parcourir pour pénétrer dans les organismes élevés de l’extérieur jusque dans le système artériel, nous expliquent souvent la variété des effets que peut produire une même substance. Jamais, dans les circonstances normales, celte intro-
TOXIQUES ET MÉDICAMENTEUSES. o7
duclion ne se fait directement dans le sang artériel. L’organe le plus rapproché du système artériel est le poumon ; aussi, on sait que les toxiques introduits par cette voie agissent presque instantanément. Mais quand une matière toxique ou médicamenteuse est introduite dans un organe éloigné du système artériel, dans le tube digestif , par exemple , certaines conditions peuvent en modifier ou en arrêter l’action.
Une substance introduite dans l’estomac pourra ne pas pénétrer dans la circulation artérielle parce qu’elle sera éliminée avant d’y arriver. Elle aura en effet à traverser le système de la veine porte, le foie, les veines hépatiques, le tissu pulmonaire; or, dans ce trajet, elle peut être éliminée dans le foie par la bile ; dans le poumon, par exhalation, si elle est volatile.
Une expérience va vous rendre témoins de l’élimination par le poumon d’un poison introduit dans les veines, poison qui, n’arrivant pas dans le système artériel, restera sans action.
Tout le monde sait combien est toxique l’hydrogène sulfuré que vous avez vu dans la dernière séance tuer instantanément un oiseau, et qui peut, dit-on, produire cet effet quand il est mêlé à l’air dans la proportion de 1 /800*. Eh bien, Messieurs, cette substance peut être introduite impunément dans le tube digestif ou dans les veines, pourvu qu’on ait soin de n’en pas introduire de trop grandes quantités à la fois. On sait qu’on peut boire des eaux sulfureuses ; on raconte même que Monge, qui aimait l’hydrogène sulfuré, buvait l’eau saturée de ce gaz et n’en éprouvait aucun