ACTION TOXIQUE PAR DÉCOMPOSITION
Il est d’autres substances qui n’agissent pas telles qu’elles sont introduites dans l’économie, mais après une décomposition ou une combinaison qui leur donne des propriétés toxiques.
Ainsi, l’arsenic métallique est insoluble et deviendrait toxique par suite de sa transformation en acide arsénieux ou en un sel arsenical. Les cyanures de mercure, de potassium, n’agiraient pas, s’ils n’étaient décomposés; et cependant vous savez qu’ils tuent presque instantanément. Leur effet toxique tient à ce que leur décomposition donne lieu à de l’acide cyanhydrique libre dont l’action s’est manifestée. Ce qui le prouve, c’est l’innocuité des cyanures qui ne se décomposent pas : cyanure de fer et le cyano-ferrure de potassium.
Or, la réaction acide de l’estomac favorise la décomposition des cyanures. Si ces substances étaient introduites directement dans le sang, et non plus dans l’estomac acide, il faudrait, pour que leur action toxique se manifestât, qu’elles fussent décomposées avant d’arriver dans le système artériel. Or, j’ai démontré, il y a déjà longtemps, qu’il est un organe qui, comme l’estomac ou comme les acides, produit ces décompositions : c’est le poumon. Les cyanures, en traversantle • système veineux général, ne sont pas ordinairement décomposés ; mais ils le sont durant leur passage dans l’appareil pulmonaire; là aussi ils pourraient peut-être être éliminés, si la quantité de cyanure injectée était minime.
La rapidité de l’effet toxique du cyanure de mercure, par exemple, fait rejeter la supposition que le
DES SUBSTANCES INGÉBÉES. 67
mercure pourrait y être pour quelque chose; on sait que le mercure a une action lente.
Ces considérations embrasseraient une question d’une grande importance, qui n’est pas susceptible de recevoir actuellement une solution générale; ce serait celle de savoir quelles sont les modifications chimiques que les substances médicamenteuses subissent dans l’estomac ou dans les voies circulatoires. Ces connaissances sont indispensables pour préciser l’état chimique sous lequel ces matières agissent.
Nous bornerons ici ces vues préliminaires sur l’action des médicaments. Mais il nous reste encore, avant d’aborder les faits particuliers, à examiner un point de généralités qui touche à la question des théories des actions toxiques ou médicamenteuses.
Les substances médicamenteuses ou toxiques arrivées dans le système artériel traduisent par des manifestations diverses la variété de leur action. On a dû chercher à expliquer les formes de ces différentes actions, et, ainsi que je vous l’ai dit dans la précédente leçon, on a fait pour ces phénomènes ce qu’on avait fait pour les phénomènes vitaux, on les a expliqués par trois ordres de théories : théories mécaniques ou physiques, théories chimiques, théories vitales.
Dans les théories chimiques, on explique tout par l’intervention active d’un agent matériel qu’on saisit ou qu’on voudrait saisir, et, dans ce dernier cas, on raisonne comme s’il existait. Toujours le chimiste y parle d’une matière minérale ou d’un ferment organique.
Les physiciens considèrent autrement ces actions. Ils