COMBUSTION
rieur, l’asphyxie a lieu. Il y a là quelque chose de difficile à comprendre et qui montre que toutes les conditions de l'acœm plissement des fonctions respiratoires sont loin d’être bien déterminées.
Récemment j’ai cherché à désoxygéner le sang d'un petit chien. Pour cela, j’ai pris l’acide pyrc^llique, qui, au contact d^ liquides alcalins, absorbe l’oxygène avec une grande énei^ie. Je l’ai injecté dans le sang, à la dose de 1 gramme pour 1 5 centimètres cubes d’eau, pensant asphyxier l’animal en Ini prenant son oxygène. Ce chien est tombé, mais il s’est relevé, et, quoique son état fût évidemment très-grave, il a encore vécu trois ou quatre heures.
L’acide pyrogallique avait donné au sang, an moment où il passait dans le poumon, une couleur noire et une consistance boueuse, mais il n’avait pas pris d’oxygène aux globules; il les avait détruits, bien qu’une grande partie de cet agent toxique eût été éliminée par les urines. Tous les globules étaient dissous, et le sang, devenu liquide, n’en renfermait plus dans certains points.
A l'autopsie de l’animal, on trouva les poumons d’un gris noir sale, et le sang qui les pénétrait ne renfermait aucun globule. 11 y avait encore dans le cœur du sang coagulé qui contenait des globules ; mais ce sang les perdait à l’air, en prenant une teinte noire et une consistance boueuse.
Le foie, la rate, les reins, qui présentaient la coloration normale, la perdaient à l'air, pour devenir d’un gris noirâtre.
ET RESPIRATION. 223
Bien que l’animal ait ôté expérimenté pendant la di-' gestion, son foie n’Offrait plus de trace de sucre;
L’aspect des organes intérieurs ‘soustraits à l’air prouve suffîsainment que l’acide pyrogallique n’agit pas sur le sang dans» les vaisseaux à l’abri du contact de l’air, et'que ce ne' 'doit- être qu’au moment' où le sang traveraele poumon et se met en contact avec l’air que cetteactioD se produit. Nous avons prouvé qu’il en est ainsi en mettant au contact de l’acide pyrogallique ava; du sang artériel recueilli avec une seringue, à l’abri de l’air. Ce sang n’est devenu noir qu’au moment où l’on la fait entrer de l’air dans le tube. Ce résultat est intéressant en ce qu’il prouve que l’oxygène que contiennent les globules du sang n’est pas susceptible d’être pris par l’acide pyrogallique, et c’est probablement à l’air au moment où il traverse le poumon que ce corps emprunte l’oxygène qui l’oxyde.
Pour expliquer pourquoi un animal meurt quand la respiration s’arrête, on a autrefois émis l’idée qu’il y avait dans la respiration élimination d’un agent toxique. Faudrait-il revenir à celte idée ? Lorsque l’acide carbonique est en assez grande quantité dans l’atmosphère pour tuer immédiatement, doit-on nier qu’il y ait dans le sang production de quelque agent toxique ?
J’ai cru que cette supposition ne devait pas être repoussée sans examen nouveau. J’ai constaté, en effet, que, lorsqu’on prend le sérum du sang veineux d’un animal bien portant du reste, l’injection de ce sérum dans le système circulatoire détermine un affaissement général, des hémorrhagies nombreuses, surtout dans
CAUSB DR l’asphyxie.
les reins, la vessie, les intestins, puis la mort. Peut-être le sang renferoiail-il ijuelque agent toxique dont il se débarrasserait dans le poumon.
U était nécessaire, pour voir si l’on devait s’attacher à cette supposition, de comparer les résultats obtenus en injectant séparément le sérum du sang artériel et celui du sang veineux. Cette expérience, je l’ai faite avec les mêmes résultats. Les accidents déterminés par l’injection du sérum artériel sont à peu près les mêmes que ceux produits par l’injection du sérum veineux. Il n’y avait dès lors pas lieu de s’attacher à poursuivre dans le sérum un poison qu’il abandonnerait dans l’acte respiratoire.
Nous n’avons pas la prétention d!avoir ici épuisé le sujet. Nous avons seulement indiqué quelques vues nouvelles sur un point intéressant de la physiologie de la respiration, et présenté une théorie de l'asphyxie d’accord avec les faits observés.
Dans les prochaines séances nous aurons à vous présenter encore quelques considérations sur les phénomènes de l’intoxication gazeuse ; après quoi nous aborderons l’étude de quelques alcaloïde v^étaux dont l’action physiologique nous présentera un autre ordre d’intérêt.