SES EFFETS SUR LES NERFS
gcons quand on l'introduit dans leur jabot. Jusqu’ici le curare semblerait encore, par ses effets et les particularités relatives à son absorption, pouvoir se rapprocher des venins. *
Une expérience vous fera saisir nettement les différences symptomatiques des effets du curare d’avec ceux de la strychnine, en même temps qu’elle vous rendra sensible cet anéantissement de l’innervation déterminée par le poison.
Sous la peau de cette première grenouille, nous introduisons un peu de curare solide. Au bout de trois minutes à peu près, elle succombe sans avoir offert le moindre mouvement convulsif.
Sous la peau d’une seconde grenouille, nous introduisons un peu d’extrait de noix vomique. Vous la voyez presque aussitôt s’étendre et se roidir avec assez de force pour soulever la cloche dont nous l’avons recouverte. Bientôt les mouvements convulsifs deviennent moins énergiques, et l’animal succombe au bout de cinq minutes environ. .
La différence des symptômes est bien prononcée; mais la comparaison peut être poussée plus loin encore.
Si nous voulons nous rendre compte des modifications apportées dans l’exercice de l’innervation, le moyen le plus simple est de comparer notre grenouille empoisonnée par le curare à une grenouille tuée par décapitation. Or, nous préparons chez toutes deux le train postérieur : la colonne vertébrale est coupée de manière que le fragment supérieuf a (fig. 19) serve à
CURARE
iiier un crochet, et que sa séparation d’avec le fragment inférieur laisse un espace libre, dans lequel apparaissent seulement les nerfs lombaires b, que j’ai respectés.
Cette pile en forme de pince (fig. 20) va nous servir à porter l’excitation galvanique en rapprochant ses deux pôles (fig. 21). Il y a environ six ou sept ans que nous avons fait faire cette pince à M. Pulvermacher, et aujourd’hui la plupart des physiologistes l’ont adoptée comme étant d'un usage très-commode. Cette pince est une pile en fil de cuivre C et de zinc Z.
On voit que les muscles de la grenouille tuée par le curare sont d’une couleur plus rouge, comme s’ils contenaient plus de sang que ceux de la grenouille morte par décapitation.
Lorsque je galvanise les nerfs lombaires de la grenouille tuée par décapitation , immédiatement les membres auxquels se rendent ces nerfs entrent en convulsion.
La même excitation portée sur les nerfs lombaires de la grenouille tuée par le curare ne détermine aucune contraction des membres postérieurs.
L’excitabilité nerveuse a donc été détruite.
Si maintenant, au lieu de galvaniser les nerfs, je galvanise directement les muscles auxquels ces nerfs se distribuent, je détermine dans les deux cas des contractions très-vives. Chez la grenouille empoisonnée par le curare, la contractilité musculaire existe quand l’irritabilité nerveuse a complètement disparu. Ces deux phénomènes sont donc bien distincts, puisqu’ils peuvent exister l’un sans l’autre.
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316 'CÜRARE.
Lorsqu’on tue une grenouille par décapitation, la contractilité musculaire peut être mise en évidence par les excitations galvaniques pendant assez longtemps, pendant plusieurs jours, quand la température est basse. Il en est de même de l’irritabilité nerveuse.
Quand on empoisonne une grenouille par le curare, nous avons vu que l’irritabilité nerveuse disparaît tout de suite. Il n’en est pas de même de la contractilité musculaire ; vous venez de le voir ; je dois ajouter que, dans ce cas, les muscles conservent pendant un temps plus long la propriété de se contracter.
Le curare, qui anéantit l’action nerveuse sur les muscles, conserve au contraire plus longtemps la contractilité musculaire. Preuve que ce sont là deux actes bien distincts.
Bien que cette expérience, répétée souvent, nous ait toujours donné les mêmes résultats, savoir, l’augmentation de l’irritabilité musculaire après l’empoisonnement par le curare, on pourrait objecter à nos conclusions que l’inégale excitabilité des grenouilles peut avoir été la cause de la conservation de la contractilité musculaire que nous attribuons à l'action du curare.
Pour nous mettre à l’abri de cette cause d’erreur, nous avons lié sur une grenouille les vaisseaux qui se rendaient à l’une des pattes postérieures; après quoi, nous l’avons empoisonnée avec le curare. L’expérience était la même; seulement, le membre lié représentait la grenouille morte par décapitation ; l’autre, l’animal empoisonné. Ce que nous avions observé sur