‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 76 sur 120 · STRYCHNINE · texte numérisé non relu

STRYCHNINE

poisonnement aura lieu encore, mais sans présenter aucune convulsion.

Au lieu de les couper toutes, si l’on en laisse intactes trois ou deux, ou même une seulement, les convulsions se produisent comme lorsque les racines sensibles sont toutes intactes, et le tétanos est général. Ce fait montre que la lésion d’une racine postérieure se transmet par la moelle à toutes les autres racines ; ainsi l’empoisonnement qui agit sur la partie périphérique du système sensitif, une fois arrivé à la moelle, se transmet à tous les nerfs moteurs.

Comment, de cette expérience avec la strychnine, pouvons-nous conclure à l’excitation exagérée des nerfs du sentiment et de ces nerfs primitivement?

Et d’abord, quand on pince la peau, on produit un mouvement réflexe, qui s’étend non-seulement à la racine antérieure qui correspond à la racine postérieure affectée, mais à toutes les racines antérieures.

Ainsi, voici une grenouille que nous décapitons pour abolir chez elle les mouvements volontaires. Si maintenant nous pinçons un point de sa peau, des mouvements généraux se produisent immédiatement; mouvements plus souvent marqués dans la partie touchée, mais qui ne lui sont pas exclusifs. La moelle a donc transformé, en une excitation motrice générale, l’excitation sensible circonscrite qui lui arrivait d’un point de la peau.

Voyons maintenant comment se fait cette transmission de l’impression sensitive, qu’elle soit physiologique ou qu’elle soit due à une action toxique.

SON ACTrON SUR LES NERFS. 359

Sous l’influence de la strychnine, l’action produite sur les racines postérieures se transmet aux antérieures, d’où naissent des convulsions. Lorsque la sensibilité éteinte ne peut plus transmettre l’impression toxique aux nerfs moteurs, les convulsions cessent.

Si alors on examine les nerfs au moyen du galvanisme, on voit que la galvanisation de la peau, du nerf de sentiment, de la moelle, ne donne lieu à aucun mouvement. Où donc s’arrête l’action du poison? — Elle paraît s’arrêter dans la moelle épinière, comme le fait la racine postérieure. Lorsqu’on galvanise la racine postérieure elle-même dans sa portion située entre le ganglion intervertébral et la moelle, on ne produit rien ; mais si ensuite on excite la racine antérieure, on voit qu’elle donne lieu, lorsqu’on la galvanise, à des convulsions. Les propriétés du système nerveux moteur seul persistent après la mort.

Dans r empoisonnement par la strychnine le nerf moteur est conservé plus longtemps que le nerf sensitif.

Ce qui précède vous montre deux faits qui dominent la physiologie du système nerveux, savoir :

La généralisation des réactions du sentiment ;

La séparation possible par certains agents des propriétés nerveuses sensitives et motrices.

La moelle est une sorte de réservoir commun dans lequel viennent se perdre et se confondre les nerfs du sentiment. Rien de pareil n'a lieu pour les nerfs de mouvement qui, physiologiquement, restent isolés et s’arrêtent au point qui leur donne origine.

360 STRYCHNINE, CÜRARE

Lorsque nous avons, après la ligature du train postérieur, empoisonné une grenouille par le curare, l’action toxique a, vous l’avez vu, porté sur les nerfs de mouvement du train antérieur. Les mouvements réflexes déterminés dans le train postérieur par le pincement de la peau du train antérieur y montraient l’intégrité des nerfs du sentiment. — Une expérience directe sur les muscles gastrocnémiens d’une grenouille avait préalablement établi que le muscle n’était pas atteint. La paralysie porte donc uniquement sur le nerf moteur.

Or, cette paralysie, qui a envahi le nerf moteur de la périphérie au centre, s’arrête-t-elle au point de jonction des racines antérieures et postérieures; ou bien s’étend-elle jusqu’à la moelle? Dans tous les cas, il n’y a pas la communication physiologique que les nerfs sensitifs offrent dans la moelle, car les nerfs moteurs du train postérieur n’auraient pas seuls conservé leur action. C’est donc le contraire, dans la paralysie de sensibilité où la lésion est transmise par la moelle. C’est pour cela que, dans l’empoisonnement par le curare, une ligature a pu protéger le train postérieur, tandis qu’elle n’a pas eu ce résultat dans l’empoisonnement par la strychnine.

Enfin, dans la paralysie musculaire due à l’action toxique du sulfocyanure de potassium, vous voyez que le cœur est immobile, que les muscles du train antérieur empoisonné sont insensibles à l’excitation galvanique, tandis que cette excitation détermine des convulsions dans le train postérieur préservé de l’em-

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