DE LA VIPÈRE
Je viens de vous dire que, si l’on pique une vipère et qu’on introduise du curare dans la plaie, elle périt : elle meurt assez rapidement; une grosse vipère, que nous avons piquée avec un scalpel enduit de curare, perdit peu à peu sa vigueur et mourut au bout de deux heures.
Enfin M. Duméril, qui a résumé dans son ouvrage sur les reptiles tout ce qu’on sait touchant les propriétés des venins, ne signale pas un seul serpent dont la morsure ne jouisse de la propriété d’enflammer la plaie, qui devient d’abord le siège d’une tumeur livide avec mortification des tissus et suppuration plus ou moins longue lorsque l’animal guérit. C’est ce que nous avons pu voir sur une chienne qui avait reçu à la vulve plusieurs morsures de vipères. Nous voyons, d’après tous ces caractères, que les plaies faites par la vipère et les autres serpents diffèrent considérablement des plaies dans lesquelles on a inoculé le curare.
Pour compléter ce parallèle, nous vous donnerons, d’après M. Ch. Lucien Bonaparte, les caractères chimiques du venin de la vipère.
Le venin de la vipère paraît composé de :
Un principe particulier (échidnine) ;
Une matière colorante jaune ;
Une substance soluble dans l’alcool;
De l’albumine ou du mucus ;
Une matière grasse ;
Des sels (phosphates, chlorures).
L’échidnine semble constituer le principe actif du venin et est à peu près aussi forte. Le venin ne serait
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donc que de l’échidnine mêlée à quelques substances accessoires.
L’albumine ou le mucus ne s’y trouvent pas toujours ; mais les autres principes sont constants.
Uéchidnine, non encore analysée, paraît être isomère avec plusieurs substances organiques facilement putrescibles, comme la plyaline, la pepsine, etc.
Elle s’obtient en coagulant le venin par une grande quantité d’alcool, en filtrant et lavant le résidu avec de l’alcool, puis on fait évaporer la solution alcoolique sous le récipient de la machine pneumatique. Le venin perd ainsi sa matière colorante et la matière soluble dans l’alcool.
Le venin resté sur le filtre est desséché, lavé avec l’eau distillée; puis on fait évaporer la solution ou le résidu par l’éther qui dissout la matière grasse ; on a ainsi l’échidnine pure, sauf qu’elle contient quelques sels dont on peut la séparer par l’eau acidulée avec l’acide acétique et des lavages avec l’alcool.
Propriétés de Féchidnine : Vernis gommeux incolore, sous forme d’écailles blanches analogues à celles de l’acide tannique. Elle n’a ni odeur ni saveur, ne rougit pas le tournesol, ne verdit pas le sirop de violette et ne bleuit pas le papier rougi par les acides.
Chauffée avec un peu de potasse, elle dégage de l’ammoniaque.
Dissoute à l’eau avec de la potasse, elle teint en violet le bioxyde de cuivre hydraté (comme l’albumine, la gélatine, etc.).
Soluble dans l’eau froide et bouillante.
DE LA VIPÈBE.
Chauffée avec un peu d’acide azotique, elle se dissout ; quand elle s’est solidifiée par le refroidissement, elle ne donne pas d’acide mucique.
La solution aqueuse d’échidnine est précipitée par l’alcool ; le précipité est redissous par l’eau.
L’acétate de plomb ne la précipite pas.
L’échidnine n’est pas une gomme, puisqu’elle contient de l’azote.
Elle agit sur le sang comme le venin de la vipère.
En se putréfiant, elle donne des produits infects comme les substances protéiques. La seule substance avec laquelle elle ait beaucoup d’analogie est la ptyalirie ; aussi est-elle sécrétée par une glande analogue à la parotide et n’est qu’une salive particulière (De Blainville).
Nous n’avons pas essayé contre le venin de la vipère l’iode, le bromure et les substances qui ont été indiquées comme contre-poisons du curare.
Vous connaissez les remèdes vulgairement employés : l’ammoniaque appliquée immédiatement sur la plaie, l’huile, etc., on a même parlé d’enterrer le membre mordu. L’efficacité de ces moyens est toujours trèsdifficile à juger, parce que la mort n’est pas constamment le résultat de la morsure de la vipère.
On a parlé de remèdes spécifiques contre les effets du venin de serpent; ce sont généralement des teintures alcooliques de différentes substances végétales.
On affirme qu’après en avoir bu, les hommes ou les animaux peuvent être impunément mordus par des serpents venimeux; on pourrait se demander, eu ad-