‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 97 sur 120 · COURS DE M£D. — T. I · texte numérisé non relu

COURS DE M£D. — T. I

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Après huit minutes, on observ£> desvomissements de mucosités blanchâtres.

Quand l’animal marchait, il était comme aveugle et te globe oculaire semblait renversé ; mais, en examinant de plus près, on voyait que c’était la troisième paupière qui était entièrement tendue et recouvrait les deux tiers internes et inférieurs de l’œil, de telle façon quel’animal n’y voyait pas.

Après dix-neuf minutes , l’animal était mieux; après 25 minutes, les pulsations étaient au nombre de 129 et tes respirations à 36 par minute.

Après une demi-heure, les symptômes produits par la nicotine avaient à peu près disparu, sauf la respiration et la circulation, qui étaient encore un peu plus actives qu’à l’état normal.

Sept jours après, cet animal étant bien portant, parfaitement remis de cette première opération, on . refit sur lui la même expérience, après avoir coupé les pneumogastriques, pour voir la modification qu’y apporterait la section de ces nerfs. A onze heures et demie l’animal avait fait un repas de viande.

A une heure et demie, on fit la section des deux nerfs vagues. Avant la section des nerfs, l’animal avait 120 pulsations avec les intermittences naturelles au chien et 26 respirations par minute. L’bémodynamomètre, placé sur la carotide, marquait de 75 à 85 millimètres pour la colonne de mercure soulevée par le sang.

On fit alors la section des deux nerfs qui étaient insensibles. (Au moment de la section , l’animal remue la queue , comme cela se voit habituellement chez les. chiens.)

- Après la section des nerfs, l’animal n’éprouva pas de suffocation ; mais on sentait au doigt que l’artère semblait perdre de sa tension.

Alors les pulsations étaient au nombre de 206 sans intermittence, les respirations au nombre de 9 très-profondes. L’hémodynamomèlre restait à peu près fixé vers i 00 ; c’est-à-dire que les pulsations étaient excessivement courtes et n’avaient pas plus de 3 à5 millimètres. Alors on administra à l’animal trois gouttes de nicotine dans le tissu cellulaire sous-cutané, par une plaie faite à la cuisse opposée à celle qui avait reçu la première inoculation. Après deux minutes, l’animal éprouva quelques troubles : il se tourmentait, s’agitait ; mais la respiration et la circulation n’avaient subi aucune atteinte de l’effet de la nicotine.

Après 10 minutes les pulsations étaient au nombre de 195 sans intermittences ; les respirations, toujours très-profondes, au nombre de 7. L’hémodynamomètre oscillait entre 80 et 85 millimètres. Le sang de la carotide, qui était rutilant après la section des nerfs vagues, paraissait cependant plus foncé au moment de l’administration de la nicotine. Après douze minutes, l’animal avait la paupière nyctitante placée au-devant de l’œil et elle obstruait la lumière et le faisait marcher comme un aveugle ; mais cet effet sur les yeux existait déjà moins prononcé avant la section des pneumogastriques, par suite de la section du sympathique qu’on fait en même temps. Ce fait confirme ce que nous disions, que la nicotine semble agir sur le grand sympathique. La pupille était contractée

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comme cela a lieu après la section des pneumogastriques.

De celte expérience on doit conclure qu’après la section des vagues, la nicotine n’exerce plus son action excitante ni sur le cœur ni sur le poumon : ce qui semble montrer que c’est par l’intermédiaire des nerfs pneumogastriques que cette substance agit sur les organes de la respiration et de la circulation.

11 est vrai que, chez le chien, on coupe nécessairement dans l’opération le grand sympathique. Il serait intéressant de répéter l’expérience sur le lapin, en coupant isolément les deux nerfs.

A petite dose, à dose médicamenteuse, l’action sur le système vasculaire et sur les muscles est peu prononcée ; l’action sur le poumon et sur le cœur peut être la seule qui se manifeste.

Voici un jeune chien de taille moyenne sur lequel celte influence va être rendue sensible. Nous lui découvrons une artère carotide que nous lions sur le cardiomètre. Vous pouvez voir l’instrument accuser, par l’élévation du mercure dans la grande branche et par les oscillations, la tension du système artériel et la force d’impulsiou du cœur.

Nous faisons maintenant tomber quelques gouttes de nicotine dans la gueule de l’animal. Vous pouvez, bientôt voir, en même temps que des mouvements convulsifs, tétaniques, se manifestent, augmenter dans une proportion considérable l’amplitude des oscillations, amplitude qui mesure la force d’impulsion du cœur. En même temps vous pouvez observer que la ten-

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sion a considérablement augmenté dans le système artériel, car le point le plus bas dans ces oscillations est bien évidemment supérieur au point le plus élevé des oscillations normales. Quant à la hauteur maximum, elle devient très-considérable à chaque secousse convulsive de l’animal.

Voici les oscillations qui commencent à diminuer, nous allons donner une nouvelle dose de nicotine à l’animal. Rien de saillant ne s’observe immédiatement, l’administration de la première dose a établi une sorte de tolérance pour la seconde. Voici cependant du trismus , une roideur tétanique très-prononcée ; en même temps la colonne mercurielle tombe considérablement. Le but a été dépassé, l’animal va succomber. Son système artériel s’est vidé, la tension accusée par le cardiomètre est presque nulle. Le cœur continue cependant à battre avec le rhythrae de l’état normal comme vous pouvez le voir en suivant les mouvements de la colonne de mercure, qui est trèsbasse. Le chien est mort, il présente encore du trismus et un frémissement musculaire général.

Il y a là un effet complexe qui semble porter particulièrement sur le système vasculaire par l’intermédiaire du grand sympathique. Il semble que la nicotine agisse sur le système nerveux organique de la même façon que la strychnine agit sur le système nerveux animal. Dans les deux cas, les convulsions sont le symptôme apparent le plus prononcé.

Ce que nous avons observé nous porterait à penser que l’action du grand sympathique fait sentir spé-

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cialement son influence sur le système vasculaire capillaire.

Les quelques considérations que nous vous avons présentées sur les effets de la nicotine avaient moins pour but de vous exposer l’histoire physiologique complète de cetfe substance que d’appeler votre attention sur un type différent. Nous avons vu jusqu’ici le système nerveux moteur, le système nerveux sensitif, le système musculaire et enfin le système vasculaire, par l’intermédiaire du système nerveux organique, atteint par les poisons que nous avons étudiés.

Je vous ai dit que la nicotine, poison des plus violents, produisait la mort très-rapidement par quelque voie qu’on l’introduisît dans l’économie.

Ces propriétés sont d’autant plus prononcées, dans cette substance, qu’elle a été plus récemment préparée. Au contact de l’air, à la lumière, elle se colore en brun et perd de, son énergie.

Lorsque la nicotine est employée pure et à dose suffisante, elle détermine deux effets que je vous ai signalés : l’un, de rétraction et de déplétion du système artériel, d’abord observé par M. Vella; l’autre, consistant en une roideur tétanique des muscles qui persiste après la mort, et les contracte au point qu’ils ne peuvent plus se réagir sous l’influence de l’excitation galvanique.

I Lorsque la nicotine dont on fait usage est étendue ou altérée, les effets que l’on détermine chez les animaux auxquels on l’administre sont un peu différents: ils peuvent se traduire par d’autres symptômes appa-

rents. Leur action se manifeste parlicblièrement sur l’appareil respiratoire et sur l’organe circulatoire central.

On remarque chez l’animal de l'essoufflement : la respiration devient large et très-fréquente, les contractions du cœur augmentent d’énergie; leur rhythmeest tantôt ralenti , tantôt accéléré, mais dans des limites trèsvoisines du type physiologique.

Nous vous avons dit que le cœur peut fonctionner sans l’influence des nerfs. Ce fait, déjà avancé par Haller, a reçu depuis une démonstration expérimentale, que le curare nous a permis de vous donner sous une forme claire. Vous savez que si, 'après avoir coupé le pneumogastrique à un animal, on galvanise le bout inférieur, le cœur s’arrête ; vous avez vo que, lorsque, sous 'l’influence de certains poisons, du curare par exemple, les nerfs sont morts, on ne peut plus arrêter ainsi le cœur. *'

La nicotine, elle aussi, agit sur le cœur, non pas directement comme le sulfocyanure de potassium, mais par l’intermédiaire des nerfs, pour y produire des contractions plus violentes et ' une augmentation de la pression du sang.

Si l’on vient à couper les deux pneumogastriques à un animal et qu’eusuite on lui donne de la nicotine, les phénomènes par lesquels se manifestait l’action du poison sur le cœur et sur l’appareil respiratoire sont supprimés. ' " '

Après la section des pneumogastriques chez ua chien, la respiration de l’animal tombe de 16 respira-

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lions par minute à 12 pour diminuer encore. Or, chez un animal dont les mouvements respiratoires sont ainsi rendus plus rares par la section des pneumogastriques, la nicotine n’agit plus pour activer les mouvements respiratoires; ce qui prouve qu’elle agit par l’intermédiaire du système nerveux central.

Je vous ai signalé l’augmentation de la pression du système artériel, qui survenait sous l’inûuence de la nicotine. Ce phénomène va être le point de départ d’une de ses indications médicamenteuses. Werber, dans un traité de matière médicale tout récent, voit comme résultat de cette augmentation de la pression un effet diurétique. Des expériences de Ludwig et de ses élèves, que j’ai déjà eu occasion de citer, ont pu vous faire saisir la liaison qui existe entre la pression dans le système vasculaire et la quantité d’urine rendue ; cette relation caractérise les excrétions et les différencie très-bien des sécrétions sur lesquelles la tension du système artériel est sans influence appréciable. Dans les expériences de celte nature, on a augmenté cette pression par des injections dans le système vasculaire, ou bien par la ligature des troncs artériels qui se rendent aux membres ; on la diminue par des saignées. La nicotine nous permettra de produire des effets analogues par un procédé différent.

. I Je vous disais tout à l’heure qu’à côté des procédés mécaniques qui permettent d'augmenter l’excrétion urinaire, nous allions trouver dans la nicotine un agent capable de donner ce résultat par un procédé physiologique. I! est un autre moyen du même ordi-e auquel

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OD a eu recours : c’est l’excitation portée sur les nerfs du cœur.

L’influence de la section des pneumogastriques sur la pression n’est pas très-bien définie ; la section de ces nerfs l’augmente d’abord, mais plus tard elle la diminue.

Vous pouvez comprendre maintenant comment la nicotine, augmentant la pression, devient un diurétique et quelle idée l’on doit se faire de son action médicamenteuse.

On a parlé aussi de l’action que la nicotine exercerait sur le sang auquel elle communiquerait des propriétés particulières.

Anatomiquement, elle ne lui fait subir aucune altération, et ce liquide, chez les animaux empoisonnés, se présente sous le microscope avec tous les caractères de l’état sain. Notons toutefois que, chez les animaux que nous avons empoisonnés, le sang artériel est devenu noir. Peut-être les troubles respiratoires qui surviennent alors sont-ils pour quelque chose dans cette coloration. Ce sang noir n’a d’ailleurs pas perdu la propriété de devenir rutilant au contact de l’air.

La nicotine, administrée à forte dose, peut-elle communiquer au sang des propriétés toxiques ? Cette question, qui a été résolue à priori, affirmativement par les uns, négativement par d’autres, a été soumise à la vérification expérimentale. Je vous ai déjà rendu compte de ce qui arrive en pareil cas : la viande peut être mangée, et le sang transfusé impunément. Les

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intestins empoisonnent d’autres animaux lorsque l'agent toxique a été donné en excès.

Cependant des auteurs ont invoqué aussi l’expérimentation pour prétendre que le sang des animaux empoisonnés par la nicotine était toxique. L’expérience peut, en etfet, conduire à cette conclusion lorsqu’elle est faite dans des conditions particulières : lorsque l’animal que l’on nourrit de chairs empoisonnées est beaucoup plus petit que celui qui a été empoisonné d’abord. Dans les expériences que nous signalons actuellement, on dit avoir empoisonné un gros lapin, puis avoir donné son sang à des oiseaux qui en étaient morts. Cette condition d’animaux plus petits est nécessaire, et cependant je ne crois pas, qu’il y ait d’autre poison assez violent pour produire les mêmes effets que la nicotine, même en se plaçant dans ces conditions. Notons enfin que, dans ce cas, le sang renferme un excès de nicotine, mais qu’il n’est pas vénéneux par lui-même.

On a signalé à la suite de l’empoisonnement par la nicotine des effets persistants, des paralysies. Dans nos expériences sur les animaux, nous n’avons rien observé de semblable ; dès le lendemain, l’animal qui n’avait pas succombé dans un temps assez court était revenu à la santé. Nous nons sommes assez étendu, en parlant de l’oxyde de carbone, sur la difficulté d’observer chez les animaux ces symptômes consécutifs, pour n’avoir pas à y revenir ici. , ,

En résumé, l’action physiologique de la nicotine porte sur le système vasculaire, et son effet médica-

menteux serait une action diurétique. 11 né faudrait pas conclure de là que. ce poison agit sur les reins ; il n’agit môme pas sur les nerfs qui se rendent à ces organes. 11 est diurétique par son action sur le système nerveux du coeur, par les modilications que cette action exerce sur les conditions physiques qui ont la plus grande influence sur le phénomène général des' excrétions.

Nous vous avons parlé précédemment de la roideur tétanique qui pouvait s’observer chez les animaux empoisonnés avec de la nicotine pure. M. Cloëz nous a procuré de la nicotine à peu près inaltérée, préparée et conservée à l’ahri de la lumière dans un tube fermé à la lampe au laboratoire de l’École polytechnique, et nous nous en sommes servi pour empoisonner cette grenouille, en lui en introduisant quelques gouttes dans l’estomac. La roideur tétanique que je vous avais signalée s’est bientôt montrée : les membres antérieurs, immobiles, étaient ramenés en arrière et en haut, et les membres postérieurs étaient fixés dans une flexion exagérée. Elle se trouve maintenant dans la même situation que si on lui avait administré du sulfocyanure de potassium, et ses muscles sont devenus insensibles à l’excitation galvanique. Ainsi s’explique comment la nicotine a pu être signalée comme agissant exclusivement sur le système musculaire, et comment d’autres observateurs, se basant également sur l’expérience, ont pu méconnaître cette action et ne voir que celle qu’elle exerce sur le système circulatoire. Comme vous l’avez vu, le premier de ces deux effets est do-

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minant, lorsque la nicotine est pure et en quantité suffisante ; tandis que, lorsqu’elle s’est altérée, c’est le second qui est le plus apparent. Cet exemple est bien propre à vous montrer combien est grande l’influence que peuvent exercer sur les résultats les circonstances en apparence insignifiantes de l’expérimentation.

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