QUATRIÈME, CINQUIÈME ET SIXIÈME ESPÈCES
De la pustule maligne y du charbon et anthrax y et de la pourriture d'hopitaL
§. 4^4- place ici, à coté l’iine de l’autre, ces trois maladies, parce qu’elles me paraissent également produites en grande partie par l’in-
fection médiate ou immédiate 3 parce qu’elles se ressemblent beaucoup par leur origine, leur marche, les suites graves qui en proviennent lorsqu’on les néglige, et par les moyens de traitement les plus propres à les guérir avec promptitude. A» dire vrai , ce ne sont pas des maladies qui puissent s’étendre sur un très-grand nombi^e de personnes hors de leur sphère d’activité, et quoique Bayle ^ dans sa Dissertation sur la pus-tule maligne , ait cru reconnaître un caractère épidémique dans cette maladie, nous ne pensons pas que cette opinion puisse être admise autrement qu’en ce qu’il sera arrivé quelquefois que plusieurs personnes aient été exposées simultanément aux causes de la pustule. Toutefois il y a souvent assez d’individus attaqués de l’une ou de l’autre de ces maladies, pour que cela doive fixer spécialement l’attention, indépendamment de l’intérêt propre de l’hygiène publique. Nous allons donc nous occuper d’abord de la pustule, d’après MM. Chaussier et ÈneauoCy qui l’ont très-bien décrite en 1785, et nous passerons ensuite à la pourriture d’hôpital.
§. 40^- Sous les noms de pustule maligne, de feu perskpie, de bouton malin, de puce maligne , l’on entend une inflammation gangréneuse de la peau, qui s’étend plus ou moins profondément dans le tissu cellulaire sous- cutané, qui arrive à l’improviste sans aucun dérangement préalable de la santé, et provient le plus ordinairement de causes externes.
D’abord démangeaison légère ou picotement j
puis apparition sur la partie frappée d’une petite vésicule remplie d’un fluide séreux , qui s’étend insensiblement ; déchirement de cette vésicule par suite de ce que le malade se gratte , excité par la démangeaison , et écoulement de quelques goutte^ d’une sérosité roussâtre : au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, formation sans douleur d’un petit tubercule dur, résistant, aplati, circonscrit, mobile, de la forme et du volume d’une lentille, de couleur un peu livide et jaunâtre , sans aucun changement dans la couleur de la peau d’alentour; alors démangeaison plus vive et plus fréquente; sensation d’une chaleur brûlante, d’érosion, de cuisson; engorgement du tissu de la peau, dont la surface est tendue et luisante; apparition dans les environs de la tumeur d’une aréole plus ou moins étendue et saillante, d’une couleur variée, parsemée de phlyctènes, d’abord isolées, mais qui se réunissent ensuite, pleines d’une sérosité roussâtre et acrimonieuse; bientôt le tubercule du centre devient brunâtre, dur, insensible, gangréneux enfin.
Extension de la gangrène et sa pénétration dans le tissu cellulaire ; agrandissement de l’aréole vésiculaire , qui forme autour de l’escarre un bourrelet saillant; dureté et enfoncement du centre de la tumeur ; emphysème du tissu cellulaire, avec une espèce de crépitation, élasticité et rénitence ; sentiment de stupeur , d’engourdissement et de pesanteur de la partie, souvent même d’étranglement , comme si elle
était fortement serrée avec une corde; menace d’une mortification prochaine, du centre à la circonférence; destruction par le sphacèle de toutes les , parties successives , de l’extérieur à l’intérieur ; et cette période, qui est la troisième, dure -ordinairement quatre à cinq jours. Si la terminaison doit être heureuse, la gangrène se home à cette époque ; la peau perd sa teinte érysipélateuse , pour en prendre une plus anh mée et d’un rouge plus vif; il se développe une douce chaleur; il se forme un cercle inflammatoire, et la suppuration s’établit. Dans le cas contraire, la maladie passe à la quatrième période, qui se compose en grande partie de symptômes généraux : maux de coeur, défaillances; pouls petit, dur, concentré; langue aride, brunâtre; peau sèche, soif inextinguible, anxiété continuelle, respiration courte, constipation ou diarrhée, sueurs colliquatives , délire et autres symptômes propres aux fièvres putrides et malignes , au milieu desquels le malade ne tarde pas à succomber , répandant l’odeur la plus fétide. Cette marche de la maladie est parfois extrêmement rapide et parcourt toutes ses périodes dans l’espace de vingt-quatre heures, tandis que d’autres fois elle est fort lente et met quinze jours à les parcourir; mais alors elle est ordinairement bénigne.
Le siège le plus ordinaire de la pustule maligne est sur les parties les plus exposées à l’air, telles que le visage, le cou, la poitrine, les avantbras et le dos de la main; toutefois, ainsi que
lU.
nous le verrons plus bas , elle peut egalement avoir lieu sur d’autres parties du corps.
§. 4^6. Les auteurs ont fait plusieurs variétés de la pustule 5 fondées non - seulement sur le nombre des pustules qui se forment d’abord, sur leur forme, leur grosseur; mais encore sur l’absence apparente de la vésicule primitive , et la formation très-prompte d’un tubercule, maladie qui porte plus proprement le nom de charbon ; de meme que sur la forme de furoncle ou de tumeur plilegmoneuse que prend rapidement la maladie, et l’état de gangrène auquel elle passe, auquel on a donné le nom (Xanthraæ. JN’en déplaise à l’auteur de l’article Pustule m Dictionnaire des sciences médicales, je ne saurais être de son avis sur la non-identité de ces maladies, parce que le traitement en est le même , excepté pour le charbon pestilentiel ; 2.^ parce que, dans ce dernier même, jamais il ne paraît, ainsi que nous le ferons voir en traitant de la peste, qu’à la suite d’élévation de pustules. Ce n’est vraisemblablement que parce qu’on n’assiste pas à la naissance de la maladie, qu’on suppose que le charbon et l’anthrax sont venus tels qu’on les observe quand on est appelé ; mais, en faisant attention à la marche de la nature dans l’origine et le développement de ces terribles maladies, l’on voit que c’est par une humeur âcre et très-virulente, renfermée dans des pustules, qu’elles ont commencé ; et, certes, nous avons vu dans les Alpes maritimes la pustule devenir charbon comme en un clin d’œil.
Le charbon est donc un tubercule qui a suc^ cédé promptement à la pustule, dont la base est large et qui se change bientôt en une tumeur circonscrite , profonde et dure, d’une couleui" foncée dans le milieu et claire dans la circonférence , sur le sommet de laquelle naît une escarre noire, qui fait en très-peu de jours les^ plus grands progrès, si sa marche n’est pas arrêtée, et qui entraîne le malade au milieu des symptômes généraux de la lièvre putride et maligne, comme il a été dit ci-dessus. Le charbon. ^ est quelquefois épidémique surtout parmi les petits enfans réunis dans les hôpitaux, principalement durant les grandes chaleurs ; et on le voit se développer dans toutes les parties du corps , excepté à la paume des mains , à la plante des pieds et au cuir chevelu. Mais, si l’on considère que les enfans en lactation sont sujets à des pustules dont l’ouverture et l’humeur épanchée donnent lieu à ce qu’on nomme croûtes de lait ^ et si l’on a égard à la mauvaise santé de plusieurs de ces petits êtres abandonnés et aux circonstances au milieu desquelles se forme leur maladie charbonneuse, il sera aisé d’en déduire l’étiologie , et le traitement curatif et préservatif, sur lesquels nous ne pouvons nous appesantir dans cet ouvrage.
Uanthraæ débute par une tumeur phlegmoneuse circonscrite, qui a une très- grande tendance à la gangrène , et qui doit être traitée comme les tumeurs précédentes, nonobstant ce qu’en dit l’auteur de l’article du Dictionnaire
cité ci-dessus , en parlant de Fanthrax. Dans un Mémoire de M. le docteur Jacques Carron, d’Annecy, inséré dans le Journal général de médecine de Paris, tom. 6g, cahier de Décembre i8ig, cet habile médecin parle de plusieurs cas de ces anthrax ou furoncles malins, que les Italiens nomment vespasio ^ qui se sont présentés à sa pratique en 1817 et 1818, placés sur la région cervico-occipitale, ou le long de l’épine du dos, et qui prenaient en peu de jours un accroissement considérable, produisant une fièvre violente avec délire, langue sèche, léthargie et mort prompte, avec gangrène de la partie. Les praticiens du pays, et M. Carron lui-méme , n’opposèrent d’abord à cette insidieuse maladie, dont plusieurs personnes riches et très-propres furent aussi bien attaquées que les pauvres, que des cataplasmes maturatifs , le traitement antiphlogistique, puis les toniques; mais très-inutilement : il vint enfin heureusement en idée à Fauteur d’appliquer directement sur le furoncle , dès qu’il apparaissait , de la potasse caustique pour le détruire, et dès ce moment, ceux qui se soumirent à ce traitement furent promptement guéris sans autres remèdes ; « soit, comme le dit mon honorable compatriote, que le caustique eut détruit un miasme délétère, ou qu’il n’eût opéré que la cessation de l’étranglement des parties aponévrotiques ou membraneuses enflammées.
§. 467. La pustule maligne est fréquente dans les montagnes des Alpes maritimes , dans les
provinces méridionales de la France, dans le Lyonnais, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Lorraine , dans les montagnes des Ardennes, etc. Je crus d’abord qu’elle appartenait aux lieux enfoncés, humides et marécageux; mais je l’ai rencontrée ensuite bien plus souvent dans les régions âpres, sèches et montueuses. Une opinion très-juste est celle qui la fait dépendre tant de l’usage comme aliment de la chair d’animaux attaqués de l’épizootie (§. 29), que du contact seul de ces animaux, surtout affectés de maladie charbonneuse, et non-seulement de leur chair, mais de leur dépouille, laquelle conserve assez, long- temps la faculté de communiquer cette maladie; mais il ne faut pourtant pas croire, avec des auteurs récens, que la chaux et le tannage, ainsi qu’une longue exposition à l’air, soient incapables d’enlever aux cuirs cette fatale propriété. Aussi faut-il convenir que la pustule se voit le plus fréquemment dans les lieux, où l’on élève beaucoup de bétail, parmi les bergers, les pâtres, les mégissiers, les bouchers,, des maréchaux, les corroyeurs, les tanneurs, les vétérinaires, etc. On ne convient pas moins que cette maladie peut provenir du contact d’insectes qui ont reposé sur le corps de l’animal atteint du charbon, et cette cause peut, en effet, être admise, tant pour la pustule et le charbon, que pour bien d’autres maladies.
Cependant il faut avouer que, quoique ce soient là des causes occasionelles assez évidentes , leur connaissance ne suffit pas pour
rendre raison de tous les cas. D’abord la pustule est plus commune dans certains pays que dans d’autres qui se trouvent pourtant placés dans les memes circonstances : en second lieu, elle attaque souvent des sujets qui n’ont eu aucune communication ni avec les animaux , ni avec leurs peaux, et qui ne se sont pas aperçus qu’aucune mouche se soit reposée sur eux : en troisième lieu, la même difficulté reste quant aux animaux, celle de savoir comment ils ont contracté la maladie. L’on a dit qu’elle naissait communément après de longues pluies qui avaient altéré les fourrages, et qu’on la voyait d’ordinaire dans les lieux bas, humides, marécageux, donnant des foins de mauvaise qualité et des eaux peu salubres, ce qui produisait chez les animaux le charbon sporadique, qui passait ensuite à l’homme par contagion. On ne saurait nier que ce ne soit là une cause de maladies, et que ces lieux ne soient souvent des repaires d’insectes très-venimeux. Mais pourquoi voit-on la pustule maligne être une affection endémique des lieux secs, élevés, où il n’y a que du foin de montagne, et ne i’observe-t-on pas, ou que trèsrarement, dans les circonstances favorables à l’opinion énoncée? Pourquoi, par exemple, la troLive-t-on fréquemment, et chez l’homme et chez les animaux, sur les cols de Pal et de Fenestres (voyez mon Voyage aux Alpes maritimes, tom. 2 , pag. 2 58 et suiv.), dans le territoire sec, calcaire et venteux de Beaune,sur le sol qui produit les vins les plus délicats, et ne l’observe-t-
en que très-rarement dans les plaines souvent inondées de la Basse -Alsace ? Il est au surplus très-douteux que le charbon du bétail, ou la maladie ainsi nommée par les écrivains vétérinaires français, MM. Garac ^ Lorrin, Ckabert et Marillet y soit la même chose que la pustule maligne de l’homme , même que le venin des bêtes à cornes, décrit par P. Camper, Cet auteur célèbre est lui-même fort en peine d’assigner la véritable cause du venin, après avoir considéré qu’il y a dans toute la Hollande les mêmes eaux stagnantes, les mêmes pâturages, et que le venin ne dépasse jamais certains cantons; il s’étonne ensuite que Lerche ait trouvé que la même maladie se soit déclarée, en 1756 et en 1764, aux environs de Moscou, dans la Livonie et en Finlande, contrées si différentes de la Hollande. (OEuvres de P. Camper y tom. 5; leçons sur l’épizootie, pag. :202 et suiv.)
Lorsque je considère que chaque pays a ses productions des trois règnes à lui , ses insectes particuliers; lorsque je me rappelle ce que dit Pallas des insectes volans, ou plutôt portés par les vents, et connus sous le nom àe furies y lesquels causent , par leur piqûre , un sphacèle suivi d’une mort prompte et douloureuse tant à l’homme qu’aux bêtes à cornes, aui^ chèvres et aux chevaux, dans les parties septentrionales de la Suède, de la Russie et de la Sibérie (Voyage au JXord, tome page ii5); ces mouches terribles des bords du Nil, dont parle Bruce (Voyage aux sources du Nil), qui forcent le^
pasteurs arabes de quitter cette contrée pour se porter sur les montagnes de FAlbaraj quand je me rappelle ces insectes (d’une espèce encore inconnue) qui, dans les plaines du Mantouan , occasionnent des tumeurs bientôt gangréneuses (voyez mon Mémoire sur ce pays); quand je songe à plusieurs voyageurs qui , après s’étre endormis à l’ombre dans une campagne riante , se sont réveillés avec un phlegmon érysipélateux qui n’a pas tardé à passer en gangrène : quand, dis-je, je mets en parallèle toutes ces choses et d’autres encore avec l’incertitude des causes vulgaires, je ne saurais refuser à des insectes qui se sont placés sur les parties découvertes de l’homme et des animaux, ou à leur portée , la puissance de produire , de transmettre j)lusieurs maladies graves. Certes, je ne suis pas trop crédule admirateur du monde microscopique, et je sais à quoi m’en tenir sur les cirons de la gale et de la teigne ; mais je ne dois pas non plus nier tous les secours tirés des instrumens , à moins de nier aussi lés progrès qu’ils nous ont fait faire en astronomie ; et je trouve , comme je l’ai déjà insinué ailleurs (§, 55), une grande ressource dans cette manière de voir, pour m’expliquer ce que présentent de bizarre les contagions, et surtout la naissance rapide de plusieurs maladies pustuleuses.
Pour ce qui est de la propagation de la pustule maligne par contagion d’homme à homme , je ne connais aucun exemple de communica-
tion , excepté par contact immédiat. M. le doc* teur Thomassin , de Besançon, rapporte, dans sa Dissertation sur cette maladie , le cas d’une femme qui, en pansant son mari, ayant porté a la joue ses doigts imprégnés de la sérosité des vésicules, s’aperçut, deux heures après, de la présence < d’une tumeur qui fit de trèsgrands ravages.
§. 463- Cette maladie peut donc être regardée, en général, comme le résultat d’un venin ou virus inoculé , qui n’attaque d’abord que le corps muqueux de la peau , qui s’insinue ensuite plus profondément , désorganisant tout ce qu’il rencontre; qui, ensuite, étant absorbé et entré dans la circulation , produit les symptômes généraux ou phénomènes adynamiques détaillés plus haut. Je dis, en général; car il peut se présenter des cas où l’on sera incertain si la pustule ou le charbon ne provient pas d’une cause interne plutôt que d’une externe. Il m’est toujours resté présent à la mémoire d’avoir vu à Marseille , quand j’y exerçais la médecine , dans les promenades publiques , des jeunes personnes^ du sexe, très -fraîches la veille et qu’on me dit le lendemain avoir été saisies subitement d’un bouton charbonneux à la lèvre supérieure , lequel , par l’extension rapide de la gangrène sur tout le visage , occasiona la mort en très-peu de jours. Je ne les soignai pas; mais j’ai toujours regretté que leurs médecins, qui attribuaient cet état à une fièvre maligne très-aiguë, n’aient pas accédé
à mon invitation d’employer le feu pour essayer de borner la maladie. îl n’y a point de doute que l’antbrax, la pustule et le charbon ne puissent n’étre que le symptôme d’une maladie interne : la pestent l’éléphantiasis en fournissent des exemples journaliers. On peut donc croire à M. Viricel, chirurgien de Lyon, cité par l’auteur de l’article Pustule maligne du Dictionnaire des sciences médicales, lorsqu’il rapporte, dans un discours public prononcé à l’Hôtel-Dieu de cette ville, avoir trouvé une pustule maligne dans l’intestin colon d’un sujet qu’il avait traité de cette maladie par la cautérisation , et qui en était mort. Ce n’est pas la première fois que l’ouverture du cadavre a fait voir, à l’intérieur, des boutons varioleux, des pustules miliaires, des pétéchies, etc., qui avaient paru au dehors dans le vivant. Mais il me semble assez difficile de tomber dans l’erreur, quand on a égard aux antécédens et aux circonstances dans lesquelles se trouve le malade. S’il règne une épidémie, une maladie contagieuse; si le sujet est cacochyme, de famille lépreuse, etc.; si déjà il a précédé des mouvemens fébriles et autres symptômes de maladie , on pourra regarder la pustule comme consécutive d’une cause interne : mais si le malade jouissait de la plénitude de la santé, d’un bon appétit, de sa gaieté, et qu’à l’improviste il soit attaqué, dans des parties plus ou moins exposées à l’air, d’une affection pustuleuse ou charbonneuse, il me parait que ce serait perdre son temps que
d’en clierclier la raison ailleurs que dans une cause extérieure.
§. 469* Le pronostic de la pustule maligne est plus ou moines fâcheux , suivant les parties qu’elle occupe , suivant qu’on a administré plus ou moins tôt un traitement convenable, et suivant le degré de force et de santé du malade. Elle est beaucoup plus dangereuse à la tête que partout ailleurs, surtout dans les points où se rencontrent des organes importans à conserver, et où l’application même des remèdes pourrait devenir dangereuse. J’ai parlé dans mon Voyage aux Alpes maritimes de malades qui périrent d’bémorrbagies de l’artère sourcillière , laquelle avait été ouverte par le charbon : celles de la peau du scrotum, des grandes lèvres et du prépuce ne sont pas moins dangereuses, à cause de la facilité avec laquelle ces parties se mortifient. On a beaucoup à espérer d’un traitement approprié , administré à temps; mais il en est tout autrement si le mal a été méconnu et qu’il ait déjà fait de grands progrès, surtout si les symptômes généraux se sont déjà manifestés. Il y a 'plus de ressource avec les personnes fortes et d’un bon tempérament, qu’avec les sujets faibles, valétudinaires, les femmes enceintes, les enfans et les personnes très- avancées en âge. On a observé, en général , que les grands froids, comme les grandes chaleurs, ajoutent beaucoup au danger de cette maladie.
470* pustule, le charbon et l’anthrax
dépendent d’une action locale des causes exté* rieures , comme l’observation semble le prouver, à part le petit nombre de cas prévus précédemment ( §. 5g5 ) , l’usage des médicamens internes est recommandé à pure perte, et je ne sache pas que la maladie ait jamais guéri par les seuls efforts de la nature, aidés des toniques et des excitans, donnés à l’intérieur. Les cataplasmes émolliens, maturatifs, placés sur ie mal , sont pareillement plus nuisibles qu’utiles, et font perdre un temps précieux. L’emploi de la cautérisation par le feu ou par les caustiques est l’expédient auquel on doit avoir recours sans délai pour détruire complètement le virus et borner la gangrène , si elle a déjà commencé. Les caustiques, particulièrement la pierre à cautère, placée dans un emplâtre feiiêtré , peuvent s’employer sur les membres, sur les surfaces larges, et partout où il y a beaucoup de chairs. J’ai vu db tenir un égal succès du beurre d’antimoine et des acides minéraux. Dans les parties délicates et bornées, où il est nécessaire d’éviter une trop grande destruction qu’occasionnent souvent les caustiques en s’étendant , comme au visage , aux lèvres, aux paupières et aux organes sexuels , il convient de donner la préférence au cautère actuel. Les scarifications préalables sont parfaitement inutiles , et si on les fait pénétrer jusqu’au vif, elles sont nuisibles, parce qu’elles favorisent une plus grande absorption du venin. Quant aux remèdes généraux, durant l’emploi
des caustiques, leur administration doit être réglée suivant l’état des forces, dont une quantité proportionnée est nécessaire pour établir une bonne inflammation qui sépare le mort d’avec le vif. Ainsi, tel malade, naturellement fort et robuste, n’en exigera aucun, excepté le régime et une boisson convenable pour étancher la soif; tel autre, faible, valétudinaire et pusillanime, aura besoin d’étre fortifié par une boisson vineuse, et des infusions amères et aromatiques : des symptômes de gastricité, qui pourront se développer, exigeront des vomitifs et dés purgatifs; trop de force, trop d’excitation devront être modérées par les antiphlogistiques et même par la saignée. Je ne puis m’empêcher, à cette occasion', de témoigner mon étonnement de voir la saignée condamnée par les auteurs les plus modernes, toutes les fois qu’il y a gangrène : ces Messieurs n’ont sans doute aucune connaissance du beau travail de Qiiesnaj sur ce sujet. Enfin, il est plus que probable que, sans la cautérisation, ou si elle est employée quand les symptômes produits par l’absorption se sont déjà manifestés , tous les moyens pharmaceutiques les plus vantés seront inutiles.
§. 4yi. Peu de maladies sont plus propres à donner une idée exacte des effets de l’infection et de la eontagion subséquente (§. 5o ) , que celle à laquelle les modernes ont donné le nom de pourriture cVhôpital, d^ulcère sordide d’hôpital, pour la distinguer de la gangrène humide, avec' laquelle quelques auteurs, avant l’illustre
Fouteau, Tavaient confondue, et dont la pour» riture diffère, entre autres caractères, i.^ par les vives douleurs qui l’accompagnent, au lieu que dans la gangrène tout sentiment est perdu 5 2.“ parce que son propre est de réduire tout en putrilage méconnaissable , peau, tissu cellulaire, muscles, tendons, ligamens, cartilages, au lieu que la gangrène conserve leur forme distinctive aux parties blanches. Il était indispensable qu’une pareille maladie se trouvât placée* dans cet ouvrage pour servir de nouvelle démonstration de la nécessité d’une bonne police médicale dans les hôpitaux. Nous avons été témoins mille fois de l’exaspération réciproque des maladies internes et externes, par le mélange des fiévreux et des blessés dans les mêmes salles, par la fausse économie qui entassait un nombre immense de malades dans le même local (danger que nous avons combattu de tous nos moyens, surtout en Italie): par le voisinage des eaux stagnantes et même courantes qui baignent les murs d’un hôpital ; enfin, par la mal-propreté et le défaut des divers moyens hygiéniques. La pourriture d’hôpital s’est montrée dans tous les temps , chaque fois qu’on s’est trouvé dans des circonstances propres à la faire naître. Elle a marché de compagnie avec le typhus, la fièvre putride, le scorbut, et nous ne craignons pas d’être démentis en disant quelle a fait périr plus de soldats que les blessures reçues sur le champ de bataille , lorsque celles-ci n’étaient pas mor-
telles de leur nature. Nous avons vu maintes fois des plaies simples devenir mortelles par ce fléau. Ambroise Paré en avait déjà très -bien connu la puissance, lorsque, décrivant ce qui arriva au siège de Rouen, en i562, il disait, en parlant des ravages de la pourriture chez les blessés (livres X et XI des Plaies d’arquebuse), « qu’elle s’attaquait aux princes, aux seigneurs, comme aux pauvres soldats ; que les chirurgiens ne pouvaient venir à bout de les guérir , à cause des pourritures , gangrènes et mortifications qui survenaient aux plaies, tant fussent- elles petites et de peu de conséquence, même ès parties non nobles et principales j de sorte que ceux qui étaient dedans la ville, voyant telle chose et que leurs blessures ne se pouvaient guérir, disaient que ceux de dehors avaient empoisonné leurs balles, et ceux de dehors en disaient autant de ceux de dedans. C’était bien là une véritable épidémie. L’hiver de 1597 ne fut pas moins remarquable par l’épidémie désastreuse de pourriture d’hôpital qui attaqua, dans l’Hôtel-Dieu de Paris, tous les blessés qui s’y trouvaient réunis, et ce fléau a régné presque constamment dans la salle des blessés de cet hôpital qu’on appelait le rang noir ^ dans le temps où les lits y étaient tellement rapprochés et entourés de rideaux, que l’air n’y pouvait pas circuler. Les mêmes défauts (à part les rideaux), observés dans la salle, des blessés de Lj^on, ont mis les habiles chirurgiens de ce grand établissement à même
de fournir , aussi bien que les cliirurgiens de Paris, de précieux documens sur cette terrible maladie, qu’on a Tue encore se renouveler épidémiquement, en Mars 1814? à l’Hôtel -Dieu et à rhôpital de Saint-Louis de Paris , nonobstant les améliorations faites dans ces hôpitaux et dans le service , mais par suite de la terreur et de la confusion qui régnaient à cette époque. Les guerres sanglantes portées en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Pologne, ont reproduit partout le même phénomène, lorsque les mêmes circonstances se sont rencontrées , ainsi que nous l’avons déjà dit.
Notre but dans ce chapitre est de bien faire .connaître cette maladie, ses causes et son traitement, tant d’après nos propres observations, que d’après ce qu’en a écrit M. Delpech ^ pro^ fesseur de chirurgie à Montpellier, dans un mémoire eæ professa , MM. Percj et Laurent dans le Dictionnaire des sciences médicales, et les auteurs de plusieurs dissertations inaugurales soutenues pardevant la Faculté dont je suis membre, lesquels, tous chirurgiens militaires, ont décrit la maladie d’après leur propre expérience. Je dois dire, qu’ayant comparé un grand nombre de faits, j’ai trouvé que c’est à tort que les auteurs de l’article du Dictionnaire , parmi d’autres singularités que je devrais relever pour l’avantage de la science , n’ont voulu admettre qu’une seule forme de pourriture d’hôpital, et qu’ainsi j’ai cru devoir donner la préférence aux divisions de M. DelpecL
§. 472- On entend par pourriture d'hôpital s lin accident des plaies (surtout d’armes à feu) et des ulcères, qui consiste en ce que leur surface se couvre en tout ou en partie d’un produit grisâtre ou brunâtre et glutineux , avec une telle modification subséquente des parties molles , que celles-ci tombent très-souvent en lambeaux putréfiés, ou disparaissent, sans laisser aucune trace, par une espèce d’absorption moléculaire. On en a observé trois espèces différentes par leur forme primitive.
Une première, dite ulcéreuse y avec la marche et les symptômes suivans : douleur d’abord légère , devenant bientôt plus intense, affectant un ou plusieurs points de la surface d’une plaie saine; en meme temps légère excavation, ordinairement circulaire, et circonscrite par des bords aigus et relevés, dont la couleur est plus foncée que celle du reste de la surface suppurante et dont les bords surtout ont une teinte manifestement vinacée ; au fond de cette excavation, iclior brunâtre et tenace, qui, après avoir été abstergé , laisse voir un véritable ulcère de nouvelle formation; extension, en largeur et en profondeur, de cet ulcère, plus ou moins rapide, de manière à gagner la totalité de la plaie et à détruire les parties sur lesquelles il s’est établi, ne laissant d’autre résidu que la matière iclioreiise qui le recouvre. Quelquefois il y a plusieurs ulcères, au lieu d’un seul, et alors, comme ils tendent à se réunir par leurs bords, la marche de la destruction eü
est d’autant, plus rapide. Quelquefois aussi l’étendue de l’iilcère primitif ^ égale l’étendue de la plaie; alors la douleur se fait ressentir dans la totalité de la plaie ou de l’ulcère : la suppuration est diminuée et change de nature ; elle devient ichoreuse , brune , tenace et sanguinolente , et exhale en même temps une odeur fétide particulière, que M. Percj a comparée à celle du vieux fromage pourri , mais qui en diffère et ne peut être décrite. La plaie s’étend prodigieusement et prend une teinte violacée , laquelle se prolonge jusqu’à une certaine distance de ses bords. Le fond de cette plaie paraît composé de gouttelettes sanguinolentes, qui ne disparaissent pas après qu’on a essuyé la surface de la plaie.
La seconde, dite pulpeuse, est caractérisée comme il suit : douleur plus ou moins vive et changement dans la couleur des bourgeons charnus, qui prennent pendant un ou deux jours une teinte légèrement violette; formation d’une membrane demi- transparente , qui les recouvre , qui les dérobe incomplètement à la vue et qui ne se laisse nullement enlever par des frottemens réitérés , adhérente aux bourgeons charnus et se déchirant quelquefois ; au-dessous , lorsque des lambeaux de la membrane sont enlevés, les bourgeons se trouvent comme ensanglantés : d’ailleurs, continuation de la douleur et absence de toute suppuration tant que cette fausse -membrane subsiste dans son entier ; épaississement successif de celte
memLrane, au point de faire cliangcr de forme à la plaie, et la faire disparaître à la Tue des Loiirgeons charnus, ce qui a lieu vers le dixième jour, plus tôt ou plus tard : alors, douleur augmentée, bords de l’espace occupé par la pourriture, bruns et légèrement pâteux; surface de la fausse- membrane , opaque, grise, pulpeuse, piitrilagineuse râ cette épocjue retour du suintement de la plaie, fourni par la masse pulpeuse qui la recouvre et qui est d’une couleur grisâtre. La désorganisation fait dès- lors des progrès rapides, tant en largeur qu’en profondeur; la tumeur prend une consistance mollasse et fondue, et l’appareil qui la recouvre est sans cesse baigné de rhumeur, d’une fétidité insupportable, quelle pxoduit : la masse reste cependant attachée aux parties voisines, et, en l’incisant, on ,Y distingue des stries sanguines qui paraissent cachées dans son épaisseur. En totalité , cette pulpe putrescente ne présente que l’aspect d’un amas de pus, mais que l’on ne peut détacher des parties où il est superposé.
La troisième espèce, dite sanguinolente^ et que les auteurs de l’article du Dictionnaire des sciences médicales semblent avoir eue seule en vue, se distingue des deux premières en ce que, avec tous les phénomènes ci -dessus détaillés de la fa lisse -membrane, les points affectés sont pénétrés de sang et comme ëccbymosés, et présentent l’apparence d’une hémorrhagie qui aurait été suspendue par une masse de caillots sanguins engagés dans le tissu cellulaire. Au
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milieu de ces points, lorsque toute la plaie n’en est pas encore occupée, on voit les bourgeons intacts, sains, d’un rouge plus foncé, saignant facilement, et le pus qu’ils fournissent est habituellement mêlé à une certaine proportion de sang. La douleur est ici très-vive dans toute la partie , et l’infection paraît faire des progrès plus rapides et plus profonds que dans toute autre circonstance. Des pieds, des mains, l’articulation coxo-fémorale , ont été vus, dans cette espèce, entièrement décharnés avec une activité elfrayante.
Dès l’instant que la pourriture a commencé à se montrer localement, l’économie générale commence aussi à éprouver quelque altération ; insomnie par augmentation de la douleur, céphalalgie, perte de l’appétit, langue pâle et recouverte d’un enduit muqueux, face décolorée , regard morne , trouble des digestions , région épigastrique douloureuse au toucher , amaigrissement général, rareté des selles et des urinesj enfin, pouls petit et faible, puis fébrile, et tous les caractères de la fièvre lente, ce qui n’a guère lieu que du sixième au dixième ou douzième jour, et quelquefois plus tard.
Cependant on lit dans quelques auteurs, qui probablement n’avaient pas vu la maladie ou l’avaient mal analysée , quelle est toujours précédée et accompagnée de fièvre, et qu’on pourrait la considérer comme un effet , un symptôme des fièvres typhodes ou même gastriques d’hôpitab Mais les chirurgiens attachés
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immédiatement auif hôpitaux et qui, mettant journellement la main à l’œuvre, ont été à même d’observer , conviennent que ce n’est ordinairement que du sixième au dixième jour de l’apparition de la pourriture qu’ont lieu les symptômes de la réaction générale; que même, chez quelques sujets, la fièvre ne s’est pas mani^ festée avant le trentième ou le trente-cinquième jour, et que, quant aux fièvres bilieuse, eatar-? rhale, typhode, etp., qui viennent trop souvent augmenter le danger de la maladie locale, on doit les considérer comme.des complications qui ajoutent à la première maladie un véritable état gangréoeux, spbacéleux, d’une destruction bien plus rapide encore. Cette dernière opinion doit être d’autant plus vraie, que M. Percj ^ qui regarde la pourriture comme le symptôme d’une maladie générale, convient pourtant que les caustiques destructeurs de la pourriture sont encore les moyens les plus efficaces, ce qui ne serait pas vrai , si la pourriture n’était qu’un symptôme.
Cette maladie attaque d’ailleurs le plus som vent les parties les plus éloignées du centre circulatoire; elle donne la préférence aux sui> faces suppurantes les plus larges, et une pre^ mière attaque ne garantit pas d’une seconde , d’une troisième , ni même d’une quatrième.
§. 475. Les causes occasionelles de la pourriture d’hôpital sont les mêmes que celles qui donnent lieu aux fièvres des prisons, des vaisseaux, des hôpitaux, au scorbut, à la dyssen-
ierie. Les saisons cliaiuîes et Immides , {roides et humides; le séjour dans des salles humides, basses, mal aérées et mal éclairées; la malpropreté de l’hahitude du corps ; le grand nombre de blessés rassemblés dans une meme salie , des pansemens trop rarement renouvelés; l’air infect des hôpitaux, les émanations des déjections des dyssentériques : en un mot, tout ce qui est susceptible d’altérer les qualités de l’air dans lequel vivent les blessés , est regardé, avec raison, comme propre à donner naissance à la maladie en question. M. Percj regarde l’air froid et humide comme une des conditions les plus favorables, en France et en Allemagne, à cette fatale dégénération. D’autres praticiens attribuent cette propriété aux vents chauds et aux temps orageux. M. Bojer alîirrne que le vent du midi, quand il règne long-temps , donne naissance à la maladie; et M. Ilicherand rapporte avoir observé, dans ses visites du matin à l’hôpital Saint-Louis, des plaies frappées de cette dégénérescence , lorsque la veille le temps avait été orageux. Un chirurgien militaire qui a fait un séjour de plus de deux ans en Andalousie, et qui a soutenu une dissertation sur cette matière , pardevant la Faculté de Strasbourg, en Mars i8i5, M. le docteur ^ i/giiste Dupuj-, dit que chaque fois que \e solano (§.9) soufflait dans cette province, ce qui est très-fréquent, on avait des pourritures d’hôpital , et que les médecins du jaays affirmaient que ce vent déterminait le meme acci-
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dent chez des individus traites dans leurs habitations et qui ne respiraient pas l’air des hôpitaux. Nous nous réunissons toutefois à M. Delpech pour estimer que l’état de l’air ne peut suffire à produire cette maladie , qu’il soit chaud ou froid 5 sec ou humide; mais qu’il est simplement un puissant adjuvant de l’action des miasmes infects de l’atmosphère des salles où se trouvent réunis une grande quantité de malades.
Il faut ajouter à cette cause productrice l’action de la prédisposition, qui consiste dans les affections tristes , l’ennui , la nostalgie , de grandes fatigues, la mauvaise nourriture, des privations en tout genre. Il est certain que c’est après la perte d’une bataille, après une déroute, durant les longs sièges qui ne réussissent pas; dans un état , enfin , de crainte , d’abattement et de désespoir, causé par le défaut de succès, que les plaies sont plus facilement frappées de pourriture d’hôpital,
§. 474- ha pourriture, une fois produite, devient-elle contagieuse? Dans leur article du Dictionnaire , MM, Percj et Laurent ont défendu l’opinion contraire, et se sont étayés, i,° d’expériences tentées pour inoculer la matière de la pourriture sur des sujets sains, et qui ont été sans résultat; a.'’ de ce qu’on a vu quelquefois chez des individus blessés aux jambes, l’un de ces membres attaqué de la pourriture et l’autre non; bien plus, la moitié d’une plaie affectée , avec l’autre moitié intacte ; 5."^
de ce que des blesses atteints de pourriture ont été transportés dans des salles où cette maladie ne régnait pas , et ne l’y ont pas communiquée.
Quant à la première objection, nous répondrons d’abord, qu’il s’agit, dans une épidémie de pourriture d’bôpital, de sujets blessés sur les plaies desquels la matière est inoculée , et non de sujets sains, et qu’il s’agit aussi du concours de toutes les circonstances favorables à la maladie. En second lieu, nous croyons avoir déjà réduit à leur juste valeur, dans un autre endroit (§. 6o), les raisons déduites par les anti-contagionistes de la nullité des effets de l’inoculation , pour prouver que la maladie inoculée n’est pas contagieuse; et nous en avons fourni un exemple, meme pour la gale : ce qui fait que nous ne reviendrons pas sur ces conséquences tirées de prémices aussi pauvres et (aussi futiles, détruites d’ailleurs par de grandes expériences cliniques. En effet, M. Dupuy , cité plus haut, nous apprend dans sa Dissertation que, devant Cadix, en 1811, une mauvaise administation ayant mis les hôpitaux de l’armée dans un tel état de pénurie qu’on était obligé de faire relaver les linges et la charpie pour les employer de nouveau, la pourriture devint telle que, pour en arrêter les progrès effrayans, on eut recours aux étoupes et au linge neuf (d’où l’on avait bien pu acquérir la certitude que la mal-propreté des linges à pansemens et de la charpie était très -favorable à la produc-
tion de la pourriture); que, l’employé cliargé du service de l’hôpital de Xérès ayant eu la fantaisie d’inoculer la pourriture à un blessé d’un coup de feu, chez lequel le corps vulnérant était resté depuis plusieurs mois dans la région fessière gauche, à l’effet de détruire les parties et de mettre ainsi ce corps à découvert , il y était si bien parvenu, qu’en effet, à la suite d’une énorme destruction occasionée par la pourriture dans l’espace de dix jours, le corps étranger avait été trouvé au milieu de la fosse iliaque externe , mais que la mort du blessé avait suivi de près ; qu’en 1807 , à l’hôpital Sainte-Catherine à Thorn, en Pologne, quatre blessés, bien portans d’ailleurs et dont les blessures étaient peu graves, placés dans une salie très-saine, ayant été pansés une seule fois par un chirurgien qui était chargé du soin de plusieurs autres affligés de pourriture d’hôpital, leurs plaies furent, trois ou quatre jours après, atteintes de la meme affection, que d’ailleurs ils ne communicjuèrent pas aox autres habitans de la salle, et qui fut détruite par le cautère actuel, etc. Plusieurs faits analogues, rapportés par Pouteaii et par MM. Bojer Delpech et Richerand ^ confirment abondamment la propriété qu’ont les linges, instrumens, etc., qui ont servi aux pansemens de blessés attaqués de la pourriture d’hôpital, de propager cette maladie. J’avais déjà appris, en 1795, de feu MM.. Heurteloup et Lorentz, qui avaient servi dans les hôpitaux de Corse, que des couvertures de ces hôpitaux, transportées dans ceux de Toulon, y
avaient propagé la gangrène d’hôpital, comme l’on appelait alors la maladie en question.
La seconde objection n’est que spécieuse, parce qu’elle ne s’appuie que sur des faits rares : elle prouve seulement l’existence d’une de ces anomalies dont a la rigueur on pourrait donner une explication telle quelle , mais qu’il vaut mieux ne pas expliquer.
Quant à la troisième objection, dont nous sommes loin de contester le fondement, puisque nous venons nous-mêmes de fournir un exemple à l’appui, elle sert seulement à démontrer que la pourriture d’hôpital n’est pas contagieuse par l’air, pas plus que la syphilis, pas plus que la rage, la gaie et autres maladies qui ne se communiquent que par le contact immédiat, ou même par inoculation ; mais elle n’infirme nullement la certitude du mode de contagion par contact immédiat, que je crois aussi avéré pour la pourriture que pour les maladies que je viens de nommer.
§. 475. Cet effet sensible des miasmes septiques sur les plaies me paraît bien propre à nous expliquer comment ils agissent au dedans de nous, quand, chez les sujets qui ne sont pas blessés et qui jouissaient d’une parfaite santé, ils donnent naissance à la fièvre putride et maligne. Nous avons déjà dit que la fièvre ne précède pas la pourriture, et qu’elles sont indépendantes l’une de l’autre, excepté sur la fin. M, Delpech fait fort bien remarquer que les embarras gastriques, les fièvres bilieuses, et quel-
qiiefois meme le typhus nosocomial , survenant à des blessés, ne produisaient dans leurs plaies que des changemens étrangers à la pourriture, tels qu’une suppression de la suppuration et le dessèchement de la surface ulcérée, qui se recouvre d’une légère escarre , changemens qui disparaissent lorsque la lièvre vient à diminuer et à cesser. Nous .avions fait maintes fois les memes observations , avant d’avoir lu le Mémoire du professeur de Montpellier. Donc, nous le redisons encore, la génération de la pourriture est entièrement locale, et en en détruisant les premiers germes on prévient le développement des symptômes généraux, comme nous l’avons vu de la pustule maligne. Il en arrive de meme par l’ablation du membre, ce qui n’aurait pas lieu si la maladie était générale.
Or, voici comment je conçois sa formation: les miasmes putrides , quels qu’ils soient, animés ou non, se précipitent sur les plaies avec les produits des^queiles ils ont de farfinité , et y développent les phénomènes que nous avons détaillés plus haut (§. 597): phénomènes où l’irritation et la douleur jouent un principal rôle, et qui démontrent d’une manière bien évidente que ces deux états morbides ( l’irritation et la douleur) sont loin d’accompagner toujours une véritable' inflammation (§. 118). En effet, au lieu de l’endurcissement, ils produisent ici une masse pulpeuse, diùiuente. Ne voit-on pas une analogie entre ce piitrilage et la gélatine grisâtre en laquelle est fondue la membrane mu-
queuse de l’estomac dans plusieurs fièvres de mauvais caractère, et que j’ai souvent et presque toujours trouvée après l’empoisonnement: une autre analogie avec cette dégénérescence des poumons, du foie et de la rate, dans quelques lièvres putrides (§. 44^)? fonte des tu-
bercules, accompagnée de sueurs, de fièvre liectique et de marasme ; avec ces terribles fongus , fruits d’une vie égarée (§. 87), et toujours funestes?
Mettez dans les memes circonstances d’infection, a la place de blessés, à la place de larges plaies qui attirent à elles les miasmes, des hommes qui n’aient pas sur eux une égratignure : les miasmes ne perdront pas leurs droits ; ils pénétreront par toutes les ouvertures, par tous les pores, et produiront à la place de la pourriture les terribles fièvres nosocomiales. Ces fièvres ne seront pas, moins produites quand, la fonte étant achevée, il y auia absorption de la matière putrescente. L’analogie entre ces maladies externes et internes se poursuit très-bien jusque dans la manière d’agir des forces vitales. En effet, chez les sujets robustes, sains, doués d’une bonne constitution, la maladie est infiniment plus rapide dans son cours et aussi moins dangereuse; il s’établit promptement autour de la plaie, et dans la plaie même, un orgasme inflammatoire, qui fait souvent détacher spontanément, dans l’espace de peu de jours, la couche grisâtre de la pourriture. Au contraire, chez les individus débiles et cacochymes la
marelle de la maladie est très-lente, peu douloureuse; on en voit chez lesquels il ne se manifeste aucun trouble général avant le trentième ou trente-cinquième jour, époque où ils sont sans ressources c’est que chez les premiers il y a Une réaction qui manque entièrement chez les seconds.
§. 47^- Quant au pronostic^ la pourriture d’hôpital est toujours un accident fâcheux, qui retarde de beaucoup et souvent à jamais la guérison des plaies; qui expose les blessés à la perte de leurs membres, lorsque le mal est placé sur le trajet des gros vaisseaux, et qui en fait périr Un grand nombre. Elle est d’autant plus grave et plus difficile à guérir, que les ravages qu’elle a causés sont déjà considérables. Sa durée, comme nous l’avons dit, n’est quelquefois que de huit à dix jours, et d’autres fois elle se prolonge pendant un mois et plus. Mais il n’en est pas d’elle comme de plusieurs maladies qui donnent de l’espoir à mesure qu’elles se prolongent ; .elle est le plus souvent mortelle pour les sujets maladifs, pour les scorbutiques, pour ceux dont la constitution a été détériorée par un long séjour dans les hôpitaux, et ce sont précisément les malades chez lesquels la marche de la pourriture est la plus lente. Elle est surtout à redouter en raison de l’énergie de ses causes, et surtout de sa complication avec la gangrène, ou avec les fièvres putrides et malignes.
§, 477’ Quoique dans la meme catégorie que
la maligne , cependant la pourrîtiire
d’iiôpital nVst pas d’un traitement aussi simpl'e ni aussi facile €{ue cette première maladie : celle-ci, en effet, se gagne au grand air, et celle-là dans l’air impur d’un hôpital ; elle est d’ailleurs précédée et accompagnée d’accidens qui n’ont pas lieu dans la pustule maligne. Un traitement général esl par conséquent nécessaire ici, et doit marcher avec le traitement local; tandis qu’il est à peu près inutile dans l’autre maladie , du moins lorsqu’elle est attaquée à temps.
Les caustiques pourront bien faire disparaître les premières traces de la pourriture; mais il est douteux quelle ne se renouvelle pas tant que subsistent les causes qui l’ont produite : c’est pourquoi un des premiers soins consiste à sanifîer les salles, non en les lavant, car plusieurs praticiens ont observé que l’humidité qui en résulte augmente la tendance à la pourriture; mais en y diminuant le nombre des lits, en y établissant de grands courans d’air, en faisant disparaîti'e avec promptitude toutes les ordures, et en y établissant de vastes appareils fumigatoires pour le dégagement des gaz acides minéraux. Il est digne de remarque que, pour les maibeiireux qui ont déjà fait un long séjour dans les hôpitaux, qui sont frappés de la pourriture, et dont les lits sont dans les angles des salles ou dans des salles obscures, l’accès subit du grand air et d’une vive lumière est quelquefois fâcheux, ce qui fait une loi de ne les en faire jouir que petit à petit : circonstance que
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nous avons fait également remarquer dans le traitement du scorbut, avec lequel notre maladie actuelle a beaucoup de rapports.
La guérison des plaies étant aussi bien l’œuvre . de la nature que celle des maladies internes, à part les secours que Fart lui fournit lors de la présence des venins et des corps étrangers, et la réaction étant un des principaux moyens dont la nature se sert, nous devons être attentifs ici, comme ailleurs , à ce qu’elle ne soit ni trop forte ni trop faible : c’est pourquoi, lors du début de la pourriture d’bôpital, si les symptômes qui se manifestent annoncent une diathèse inflammatoire et que les sujets soient éminemment sanguins, la diète et les boissons délayantes acidulées sont nécessaires, et meme, d’après le sentiment de Pouteaii ^ la saignée pourra être pratiquée, mais seulement dans une grande urgence. Au contraire, chez les sujets faibles on usera d’un régime fortifiant, dont le bon vin, pris à petites doses, devra former une des parties essentielles. Des décoctions toniques et aromatiques sont très-indiquées dans ce dernier cas, II n’est pas moins essentiel de remédier aux épipliénomènes qui se présentent durant la marche de la maladie locale (aux symptômes de gastricité, par exemple) par l’administration de l’émétique et de quelques minoratifs, ou des iavemens, s’il y a constipation; à la douleur, lorsqu’elle est intense et quelle cause de l’insomnie, par l’usage de l’extrait d’opium. Pou-^ teciu et M. Delpech donnent de grands éloges
aux bols camphrés et nitrés : ils conviennent particulièrement dans les cas où la pourriture est accompagnée de fièvres nerveuses graves. Il en est de même du quinc[uina : il est assez inutile dans la marche régulière de la maladie et chez des sujets bien constitués; mais on ne peut s’en passer lorsqu’elle s’accompagne de fièvres subintrantes ou rémittentes.
Les topiques , qui forment ici la partie essentielle du traitement, ne peuvent cependant pas consister uniquement dans l’application immédiate d’un caustique, comme dans la pustule maligne , quoique l’étiologie des deux maladies soit la même ; mais ils exigent un choix, relativement à la constitution du sujet, aux divers temps , aux diverses formes de la pourriture et à la nature des parties quelle occupe. Ils consistent dans les émolliens, les anodins, les toniques, les caustiques, le cautère actuel, et nous leur associerons même l’ablation du membre malade, si elle est indispensable.
Au début de la maladie, les cataplasmes émoiliens et anodins sont un préliminaire nécessaire lorsqu’une inflammation vive se remarque autour de la surface ulcérée, et que des douleurs atroces ont lieu dans des plaies atteintes de pourriture. Ces premiers symptômes combattus et dissipés, ou même lorsqu’ils n’existent qu’à un faible degré, on applique immédiatement sur la partie des plumasseaux de charpie trempés dans l’oxycrat, le suc de citron, ou dans les acides muriatique, nitrique, sulfurique, tous étendus
d’eau. On a aussi employé utilement un cataplasme d’ortie grièclie, avec addition de muriate de soude ; une pâte faite avec la poudre de t quinquina et l’huile de térébenthine ; du ferment de seigle, des poudres astringentes, du charbon, etc. Mais tous ces moyens, ainsi que les fumigations de différensgaz, dirigées, à l’aide de tubes appropriés, sur les parties i^tteintes de pourriture, n’ont eu quelque succès que lorsque la maladie était légère, lorsque peut-être elle aurait pu guérir par les seules forces de la nature; et l’on ne doit pas s’y lier quand elle fait des progrès , après que ces topiques ont été employés avec persévérance pendant vingtquatre à quarante-huit heures : il faut alors recourir sans balancer à l’emploi des caustiques ou du cautère actuel.
Les caustiques, tels que les acides minéraux, le deuto - chlorure ou beurre d’antimoine, le nitrate d’argent fondu, celui de mercure, l’oxide rouge de mercure, la potasse caustique, l’alun calciné, sont d’excellens moyens, plus ou moins actifs, suivant les circonstances, pour faire disparaître les plaques grisâtres de la pourriture et en empêcher le développement ultérieur, surtout si le sujet n’a pas été trop long -temps exposé aux diverses causes qui la favorisent. Le cautère actuel est celui de tous ces moyens auquel Fouteau, M. Percy et tous nos grands chirurgiens ont reconnu le plus d’efficacité, lorsque la situation de la plaie et les parties qu’elle intéresse permettent de s’en servir; mais l’on ne III. 55
doit y avoir recours qu’autant que le malade n’est pas encore épuisé , qu’il n’est pas trop irritable, et qu’il conserve assez de forces pour résister à la réaction qui suit l’application du feu : autrement M. Percj lui -même convient que cette application ne fait que bâter la perte des malades.
Quand la pourriture a fait des progrès qu’on ne peut espérer d’arrêter par aucun des moyens que nous venons d’indiquer ; quand il est à craindre que ces progrès ne portent leur action sur des principales artères, qui pourraient d’ailleurs être intéressées par les caustiques et le feu dirigés trop profondément, d’où résulteraient des hémorrhagies très-fâcheuses; lorsque d’ailleurs les parties malades le permettent, une dernière ressource pour sauver la vie des blessés est dans l’amputation; et de grands praticiens affirment avoir conservé par son moyen des sujets dont l’état paraissait désespéré.
§. 478. Il est impossible, dans les contrées où la pustule maligne est commune , de réussir à en garantir tout le monde, puisqu’elle dépend souvent d’une inoculation à laquelle on était loin de s’attendre (§. SgS); mais on pourrait en garantir, jusqu’à un certain point, les personnes dont la profession est de nature à les exposer à la contagion : i.'’ en instruisant les gens de la campagne des dangers qu’ils courent avec leurs bestiaux malades et avec leurs peaux, et en leur indiquant les soins de propreté à prendre pour se préserver, savoir, de se laver, après les
avoir toucliés, avec une eau savonneuse ou aiguisée de vinaigre , ou mieux encore avec une légère lessive de cendres, avant de porter leurs mains sur d’autres parties du corps; 2.^ en faisant ses efforts pour leur persuader de ne pas se nourrir de ces sortes de cliairs, et d’éviter de manier, d’employer aux usages domestiques la peau des animaux morts du venin ou du charbon, avant de ' l’avoir fait séjourner pendant au moins quarante jours dans une fosse de chaux vive. Dans tous les cas, la prudence exige de repousser de la consommation générale toutes les viandes entachées de ce poison, ou seulement soupçonnées de l’étre ; et les précautions prises à cet égard par les anciennes ordonnances ne sauraient être trop louées ni suivies trop scrupuleusement.
Les prophylactiques généraux de la pourriture d’hôpital , qu’il est malheureux de ne pouvoir pas toujours mettre en pratique, sont,
* le bon air, les bons alimens, le bon vin, les soinsde propreté, tant dans les literies que dans les pansemens. Pour remplir la première indication, qui est la principale, il faut éviter de placer les blessés dans des salles basses, humides et mal éclairées, d’en entasser un trop grand nombre dans une même salle, de les mélanger avec les fiévreux et de réunir ensemble tous les sujets atteints de la maladie; car c’est un moyen de la rendre plus grave , en augmentant dans l’air de la salle les sources d’infection , et il est infiniment plus sûr de disperser dans les différentes salles, pourvu quelles soient saines, les
l)lessës, à mesure qu’ils sont entacliés de pourriture, plutôt que d’en faire la réunion. A dire vrai, on manque souvent d’espace; mais il est rare qu’on n’ait pas les moyens d’évacuer sur un autre point, et je ne saurais assez me louer de la puissance médicatrice des évacuations d’un hôpital à l’autre dans le traitement des plus graves maladies. L’on reviendra sans doute de cette manie si funeste d’avoir de grands et beaux hôpitaux; et quand la sagesse présidera à la formation de ces établissemens , peut-être reviendra-t»on à fusage des infirmeries régimentaires, si propres a conserver plus de soldats dans les armées, et à procurer plus de travail et d’instruction aux chirurgiens des régimens. J’omets a dessein de parler de l’emploi des fumigations et de la température des salles : les premières, qui sont de mode, sont recommandées dans tous les livres, et quant à la température, il n’est personne qui ignore qu’elle doit être modérée, puisque la pourriture d’hôpital est également favorisée par les grands froids et par les grandes chaleurs.
Ç’aurait été le cas, dans cette maladie, ainsi que dans les précédentes, de recommander de jeter avec profusion dans les rues, dans les maisons, dans les hôpitaux, dans les prisons, sur les cimetières et les voiries, une solution de chlorure de soude,que M. Labaraque , apothicaire de Paris, regarde comme propre à désinfecter les ateliers de boyauderies; qui a déjà été employée à Strasbourg dans l’hiver de i8i5 à 1814,
dans une épidémie de typhus, et donnée en 1820 comme un spécifique sûr pour supprimer de suite Todeur de la putréfaction dans les cadavres exhumés. Loin de moi de vouloir priver de tout mérite les vastes conceptions des savans de la capitale; mais, considérant d’une part l’impossihilité d’avoir assez de chlorure de soude pour arroser toutes les immondices, et, de l’autre, qu’il faut attendre de plus amples informations, je me borne en ce moment à indiquer ce nouveau moyen à ceux qui voudront en faire l’essai, avec la précaution de ne négliger aucun des premiers, qui ont déjà pour eux l’appui d’une longue expérience.
§. 479- Les précautions suivantes sont d’une indispensable nécessité pour prévenir la propagation de la pourriture d’hôpital par la contagion; savoir: i.° de veiller à ce qu’on ne donne pas aux arrivans des draps et des couvertures qui ont servi à deshlessés atteints de pourriture, avant de les avoir passés par une forte lessive , à laquelle les chefs de service auront présidé ; 2." à ce que le linge , charpie et instrumens à pansemens, soient de la plus grande propreté. Les linges qui ont servi une fois, devraient à la rigueur être détruits; mais comme, lorsqu’il y a beaucoup de malades, l’on s’exposerait à manquer de linge, on doit les mettre à part, et au lieu de se contenter de les laver à l’eau simple, ce qu’on ne fait que trop souvent dans les hôpitaux mal tenus, on doit les faire passer par une forte lessive de potasse ou de soude et de
chaux caustique , ce qui détruit en entier îe virus et ôte tout sujet de crainte. 5."^ Veiller à ce que le pansement de ces blessés ne soit confié qu’à des chirurgiens uniquement occupés de ce service, et qui ne devront, sous aucun prétexte,, toucher aux autres blessés ni aux fiévreux.
Enfin, il arrive assez souvent qu’on manqué de charpie, et qu’on est tenté de faire servir de nouveau l’ancienne, après l’avoir lavée, ce qui est un des plus grands moyens de contagion. Fouteau y qui avait prévu ce cas, conseille de substituer à la charpie du papier brouillard. M. Percj 3 qui ne croit pas à la contagion , ne rejette pas entièrement ce moyen, mais dans un autre esprit, savoir, de préserver les plaies du contact de l’air infecté, et il voudrait qu’on recouvrît les plaies de papier ciré, soit immédiatement, soit même par-dessus la charpie : précaution assez contradictoire avec ce que ce savant chirurgien dit, quelques lignes auparavant, « que c’est surtout le traitement général qui promet et assure des succès. (Dict. des sc. médic^, tom. 45, pag. 20.) Quoi qu’il en soit, j’adopte volontiers la pratique de ces deux grands maîtres j du premier, pour suppléera la charpie dans l’insuffisance d’autres moyens, et du second, dans les excellentes vues qui lui ont fait proposer le papier ciré.