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n’a pas moins du paraître mystérieux et inexplicable à nos anciens, de voir des plantes nouvelles croître dans des lieux agrestes où personne ne les avait semées, ou celles qui n’ont qu’un sexe, telles que le palmier", le chanvre, etc., fructifier nonobstant l’absence de l’autre sexe : ce merveilleux n’existe plus pour nous qui connaissons la puissance qu’ont les vents de transporter les semences et la poussière fécondante à des distances très-considérables !
L’influence sur nos organes des qualités physiques de l’air a été rendue manifeste dans la section précédente, et nous avons épuisé la série des maladies qui peuvent être produites par ces qualités simples : cependant celles dont nous allons traiter vont se montrer en grande partie les mêmes que les catarrhales (§§. 299 etsuiv.), mais avec des phénomènes extraordinaires. 11 faut donc que quelque chose de plus se trouve ajouté aux qualités physiques de l’air j et nous parvenons à la connaissance de ce quelque chose y par la comparaison dont nous avons parlé plus haut, et qui nous démontre une étendue de marécages et de foyers d’infection infiniment plus considérable dans les temps anciens que dans les temps présens j 2.^ par la ressemblance de plusieurs phénomènes entre les maladies miasmatiques décrites dans notre second ordre, et celles dont il va être question dans celui-ci 3 par la nature spécifique des
lésions, présentant le triplé caractère de catàl’rhal et gastrique, de spasmodique ou nerveux, et d’inflammatoire , mais d’une inflammation sui generis i mobile, érysipélateuse, passant facilement à la gangrène (§. 1 14) ? 4 °5 enfin , par la nature des traitemens qui ont le mieux convenu jusqu’ici, déduits et de l’estimation des causes prochaines et de celle dés causes occasionelles^ ce qui n’est pas un des moindres avantages de la méthode proposée dans cet ouvrage pour remonter à la véritable source des épidémies. Cherchant a grouper les singularités spécifiques qui caractérisent certaines maladies qui peuvent régner populairement, j’en ai trouvé un assez grand nombre dans les suivantes, de manière à ne pouvoir les placer dans aucune autre catégorie ; telles sont , dans l’ordre ou j’ai cru convenable de les décrire, V ophthalmie ^ la coqueluche, le croup, \ angine gangréneuse, les fausses pleurésies et péripneumonies , la siiette et Y exanthème miliaire ^ les fièvres puerpérales épidémiques , les fièvres érysipélateuses,
§. 541. Sous le nom diophthalmie l’on entend une affection, soit seulement des paupières ht de la conjonctive, soit du globe de l’œil, avec augmentation de sensibilité de cet organe, dou-^ leur, difficulté a supporter la lumière, le plus souvent avec larmoiement, rougeur et tumeur, si le mal est externe j absence de ces derniers signes, s’il est interne; quelquefois avec fièvre (générale), quelquefois absolument sans fièvre, ou seulement avec une fièvre locale.
Elie commence assez généralement par nrie démangeaison , une chaleur et une pesanteur inusitées aux paupières; par la sensation, comme d’un grain de sahle, entre ces voiles et le globe de l’œil : la chaleur, la rougeur, la sensibilité à la lumière , la douleur, vont en augmentant, surtout aux approches de chaque nuit; si l’on tente de regarder la lumière, soit naturelle, soit artificielle, l’œil se remplit de larmes, se ferme par un mouvement convulsif; il se fait en meme temps un bruit dans les oreilles, et l’on éprouve comme un sentiment de constriction dans toute la tête. Au matin, après que le sommeil a suspendu la douleur, une humeur épaisse, puriforme, est amassée au grand angle de l’œil, et les tarses et les cils se trouvent réunis par une matière analogue, qui se dessèche et forme de petites lames qui irritent ces parties et engagent à un frottement continuel; celui-ci augmente encore l’irritation, et produit enfin l’ulcération du bord des paupières. La douleur et les autres symptômes de l’inflammation ne tardent pas à reparaître, et la sécrétion des larmes (qu’on n’aperçoit pas dans l’état naturel) est tellement augmentée et viciée, que les points lacrymaux ne suffisent pas à les recevoir (ou que leur constriction les en empêche )j de sorte qu’elles coulent le long des joues, y produisant une ardeur et une rougeur érysipélateuse , et donnant lieu à ce que les anciens ont entendu sous le nom , d^épiphora; sécrétion pourtant entièrement supprimée, lorsque l’irritation etfinflammationsont
très-violentes, ce que les memes anciens ont entendu par ophthalmie sèche, onzérophthalmie. Il n'y a quelquefois d'enflammé que les bords des paupières, les tarses, les glandes méihomiennes et leurs conduits : l'érosion et l'ulcération se bornent là {psorophthalmie) 'j mais le plus souvent l’affection se propage à la conjonctive. La rougeur et la tumeur de cette membrane deviennent excessives, à tel point que l'albuginée, s'élevant considérablement autour de la cornée, produit l'accident qu'on a nommé chemosis , maladie très-grave, accompagnée d'un sentiment de pesanteur à l’orbite, de pulsation, de douleur intolérable des yeux et de la tête, le plus souvent avec fièvre , et suivie fréquemment de ravages dans la cornée, d’érosion et de suppuration. Toutefois ce passage de l’inflammation de l’albuginée à la cornée est beaucoup plus rare qu’on ne le croirait. Il résulte le plus souvent de V albuginite des taches produites par l’épanchement de la lymphe enti'e ses lames (qui , s’étendant plus ou moins sur la cornée, gênent la vision), ou bien même des vésicules, des phlycîènes, d’où naissent de petits abcès d’une guérison toujours incertaine. Cet état constitue l’ophthalmie chronique, habituelle, qui dure plusieurs années , dans laquelle , à dire vrai , il n’y a pas de douleur j mais la vue est plus ou moins altérée; les bords des paupières sont gonflés , purpurins , sécrétant sans cesse une matière puriforme qui les réunit ensemble, et dont la nature, assez souvent âcre, occasionne le re-
iioiiveîlement fréquent de Tophthalmie , en se portant sur le globe de l’oeil.
542. Quoique nous ayons principalement en vue les ophthalmies épidémiques, nous croyons pourtant devoir dire un mot de celle qui est purement inflammatoire, laquelle règne souvent endémiquement dans les pays chauds, secs et sablonneux, ou durant les longues sécheresses, et qui, dans les pays froids, secs, élevés et très-venteux, attaque souvent les chevaux, comme cela s’observe tous les ans dans l’arrondissement de Wissembourg, département du Bas-Rhin. De meme, si l’espèce ne rentrait pas dans les autres ophthalmies traitées dans ce chapitre, j’aurais pu occuper le lecteur de celle que l’on appelle séreuse^ pareillement endémique parmi les habitans de§ vallées basses, humides, nébuleuses, ou parmi ceux qui vivent le long de certaines rivières, comme la Meuse, etc.
La plus grave, la plus aiguë et la plus dan^ gereuse des ophthalmies, c’est l’inflammation du globe de l’œil, sans grands symptômes extérieurs, excepté un peu de rougeur à la conjonctive. La douleur est très -violente , et comprend non-seulement l’œil, mais les tempes et toute la tête : impossibilité de soutenir la présence du jour, un larmoiement continuel, insomnie complète, quelquefois délire, et le plus souvent avec une grande fièvre. Le globe devient quelquefois si volumineux que l’orbite a de la peine à le contenir, et que les paupières, en se fermant, ne peuvent le cacher. L’iris par»
ticipe assez souvent a cette inflammation et présente des vaisseaux rouges : la pupille en est resserrée et contractée ; d’autres fois, au contraire, plus ample et plus dilatée.
Une remarque essentielle que présentent toutes les inflammations vraies ou apparentes des yeux (et qui s’applique à tous les autres organes, sur lesquels je ne sache pas que les" yeux aient aucun privilège), c’est que la tunique albuginée peut effectivement, a la suite d’un stimulus quelconque, s’enflammer, rougir, avoir ses vaisseaux gorgés de sang, au point de paraître variqueux; et d’autres fois l’œil paraître ecchymose par l’épanchement sanguin dans le tissu cellulaire de cette membrane, sans qu’il y ait douleur ni véritable inflammation. C’est ce qui arrive fort sou^ vent dans les fièvres, et l’on rencontre d’ailleurs tous les jours des personnes dont les yeux sont continuellement rouges, et les vaisseaux de la conjonctive injectés, parfaitement dessinés, sans qu’elles s’en aperçoivent et que leur santé en soit plus mauvaise : c’est ce qui m’arrive fort souvent à moi-même, au point que quelques-uns de mes confrères ont cru entrevoir dans mes yeux les germes d’une cataracte, que je n’ai jamais pu soupçonner par aucun indice; mais j’ai toujours eu la vue très-faible, et elle s’affaiblit de jour en jour en totalité : or, cette faiblesse originaire doit être ce qui favorise le plus ces inflammations apparentes.
§. 345. L’ophthalmie suit quelquefois aussi un cours périodique : Sagar tlRosen de Rosenstein
en rapportent des exemples, et j^en ai rencontre plusieurs dans ma pratique. Après une rémission ou une intermission complète, dans laquelle le malade se croit guéri et où le médecin voit Foeil presque revenu à son état ordinaire, tout à coup s’élève un nouveau paroxisme de douleur, de rougeur, de larmoiement, d’impossibilité de supporter le contact de la lumière, avec pulsation des artères carotides et temporales, céphalalgie; pouls, chez quelques-uns fort, plein, | fréquent, chez d’autres naturel : ensuite tout s’apaise pendant un temps donné, jusqu’au renouvellement de l’accès, ce qui se répète plus ou moins de fois, suivant la nature des soins donnés à la maladie. J’ai vu cette scène durer
Eendant quinze jours, et le médecin être trompé uit fois par le bien apparent qu’opéraient les sangsues (voy. §. 221).
§. 344* Les ophthalmies épidémiques ne sont pas rares : on les observe le plus ordinairement ^ durant le règne des maladies catarrhales , pri- j mitives ou consécutivesau coryza; idiopathiques ou sympathiques aux affections de l’estomac , viscère avec lequel les yeux correspondent singulièrement.
Amatus Lusitanus a décrit une ophthalmie épidémique qui fut très - répandue dans la Péninsule (l’Espagne et le Portugal) pendant l’automne de i56o, et Laforest {Forestus) en 1 décrit une autre, répandue en France et dans une grande partie de l’Europe, dans les mois d’Octohre, Novembre et Décembre de l’année
i567, cliirant le souffle des vents du sud-ouest; oplithalmies que ces auteurs ont regardées comme contagieuses, meme par le regard. Huæham nous apprend qu'à Plymouth, au milieu de plusieurs autres maladies dont il nous a donné Thistoire, Toplithalmie se montra fréquemment pendant les mois de Mars, Mai et Novembre 1758, et durant ceux d’ Avril , Mai , Octobre et Décembre 175g. Frédéric Hoffmann , et plusieurs autres médecins, ont décrit des opbthalmies épidémiques dites bilieuses. {Y ojez Historia morbor, Kratislav.y pcig. 287 et seq.) Nous avons vu nous -mêmes une ophtbalmie très - répandue dans plusieurs points de la France, mais assez bénigne , dans le printemps de 1808, et qui était surtout fort commune à Toulouse, où, suivant M.. Lafont-Gouzi, savant médecin de cette ville, qui Fa décrite , cette maladie n’a épargné ni les prisons ni les hôpitaux, et a montré une prédilection particulière pour les hommes faits et les vieillards.
D’après un Journal de chirurgie et d’opbtbalmologie par Grœfe et TFalther (Revue médicale, tom. IX, pag. 97), il a régné en Pologne, en 1817, 1818 et 1819, une ophtbalmie épidémique. Cette maladie se montra pour la première fois en Mai 1817, dans le bataillon des grenadiers à pied de la garde polonaise. Une compagnie entière de ce bataillon était alors logée très-étroitement dans une des salles de la caserne de Varsovie; près de là était une cuisine qui remplissait sans cesse de fumée et d’ex-
lialaisons le lieu habite par îe$ soldats, qui furent bientôt tous atteints d’ophtbalmie. On fît sortir les soldats de cette salle; les plus malades furent conduits a Fliopital, les autres traités au régiment, et peu à peu la maladie diminua.
Mais cette épidémie reparut en 1818, parti» culièrement parmi les boiilans de la garde et l’infanterie de Volhynie. Ce$ deux régimens habitaient aussi des casernes : chez les premiers la maladie commença au mois de Juin, et chez les seconds en hiver; elle sévissait avec une telle intensité, que chacun de ces régimens avait plus de trois cenîs malades à l’hôpital, sans compter les moins affectés, qui furent soignés dans une espèce de lazaret régimentaire qu’on établit. M. le docteur Kiitchkowkj , chirurgien en chef de l’armée de la Lithuanie et auteur de la relation de cette épidémie, ne peut préciser au juste le nombre de malades qu’il y eut alors; mais il s’élevait toujours à quelques milliers. Pendant trois ans que cette épidémie dura , elle n’épargna ni âge, ni tempérament : les soldats les plus aguerris, comme les recrues; les jeunes, comme les vieux; les forts, comme les faibles, tous en furent atteints. Cependant on remarqua que ceux qui étaient entachés du vice scrophuleux ou scorbutique, contractaient la maladie plus facilement et guérissaientplus difficilement.
Cette ophthalmie se montra sous deux formes; tantôt ce n’était qu’un simple taraæis , tantôt elle s’élevait jusqu’au chemosisXo^ plus compliqué. Dans son début elle produisait dans l’œil malade
comme un sentiment de sable entre les paupières. Le malade portait alors les mains aux yeux et les frottait irrésistiblement jusqu’à produire une inflammation , à laquelle succédait bientôt la tuméfaction et le larmoiement^ les follicules de Meibomius excrétaient bientôt aussi un fluide visqueux^ qui collait les paupières l’une contre l’autre, au point d’exiger de grands efforts pour les séparer; la sclérotique devenait très-rouge, les vaisseaux de l’oeil très -distendus, la cornée trouble, la conjonctive et la caroncule lacrymale très-rouges aussi; enfin, l’oeil entier prenait un aspect luisant tout particulier, et ne pouvait supporter la lumière.
Dans le second degré , tous ces symptômes s’exaspéraient, la suppuration survenait, et une matière jaune-verdâtre s’écoulait des paupières; la sclérotique se couvrait de petits abcès superficiels, comparables aux apbtbes des enfans; la cornée perdait sa transparence, surtout vers son centre; la pupille était tantôt plus dilatée, tantôt plus contractée. Malgré tous ces symptô-mes graves, les malades n’avaient ni céphalalgie, ni forte fièvre, et il ne se déclarait non plus aucun symptôme gastrique : les suites de cette maladie ne laissaient aucune affection de l’intérieur de l’œil, telle que cataracte, amaurose , etc., tandis qu’on observait des désorganisations extérieures, telles que hjpopion , iitropion, staphjlome, taches, leucoma, etc.
Mais l’épidémie la plus remarquable est celle qui a été si connue en Europe sous le nom
diophthalmie purulente, ô^ophthalmie d* Egypte, depuis la conquête de cette contrée par l’armée française d’Orient, et depuis les secours donnés par les Anglais à l’empire du Croissant pour la reprise de cette province. Cette épidémie a occasioné la perte de la vue à des milliers d’individus en France , en Italie , en Allemagne, en Angleterre , et surtout dans ce dernier royaume , depuis i8o2 jusqu’en i8ao. L’on a cru assez généralement que les soldats de ces diverses nations, et plus encore les Anglais que les Français, après avoir quitté l’Egypte, ont porté l’ophtlialmie dans les îles et les continens où ils vinrent débarquer, ou du moins que son invasion coïncida avec leur arrivée. Dès-lors, en effet, elle régna avec une malignité particulière, à file d’Elbe, en Sicile et dans la petite ville de Chiavari , près Gênes; parmi les troupes anglaises, dans les mois de Mars, Avril, Mai et Juin de l’année 1806; et à yicence, depuis la lin d’ Avril jusqu’à la fin d’Aoùt 1808, principalement parmi les soldats du régiment d’infanterie légère italien*, fort d’environ dix-sept cents hommes, en garnison dans cette ville. M. Laverine , chirurgien-major de ce corps, rapporte que mille hommes environ en furent successivement attaqués, et il attribue cette épidémie aux variations brusques de température et à la fréquence des pluies, sans toutefois faire attention qu’il avait dit plus haut qu’un bataillon de ce régiment, détaché tous les deux mois pour tenir garnison à Palma nova, étant parti de Vicence avant la ma-
nlfestation de ia maladie, en a été parfaitement exempt jusqu’à son retour à Vicence, où il n’a pas été plus épargné que les autrés. Il est vrai que les chasseurs à cheval du 6.^ régiment français, qui faisaient partie de la garnison, et qui étaient mieux logés et mieux vêtus que l’infanterie , furent beaucoup plus épargnés que les soldats italiens, et même que les hahitans de la ville, jusqu’à l’époque où ils furent obligés de faire le service de nuit. Mais il fut constaté que plusieurs de ces soldats italiens avaient eu des communications avec les soldats anglais dans d’autres points du continent et des îles de l’Italie, et que la maladie atait commencé par eux, d’où elle avait bien pu se propager aux Français. Son caractère était plus ou moins inflammatoire, et elle se prolongeait quelquefois au-delà de quinze jours (Journal général de médecine, tom. 42.% pag. 224 — 520).
Ce fut à l’arrivée des troupes anglaises dans leur patrie, en 1804, que l’ophthalmie purulente commença à se montrer à Londres et dans d’autres endroits de la Grande- Bretagne j elle se répandit successivement dans les Pays-Bas, où le docteur KlujskensV 3. traitée dans les hôpitaux de Gand, et à Mayence, où M. le docteur Louis Valentin Fa observée dans une visite qu’il a faite de l’hôpital militaire de cette dernière ville (Journal ci-dessus cité, tom. 70.^, numéro de Janvier 1820). Ce savant nous apprend qu’il a trouvé dans cet hôpital quatre cent trente-six soldats prussiens attaqués de Fophthalmie épidé-
inique, dont vingt-quatre borgnes ou aveugles ^ qui en provenaient, étaient dans un autre local peu éloigné. Le chirurgien-major du régiment de ces soldats était lui-même atteint de la maladie ; lés autres corps de la garnison, ainsi que les habitans dé la ville, étaient épargnés. L’oplithalmie avait commencé au mois de Juin 1818, et de préférence chez les jeunes soldats nés en Belgique et sur les bords du Rhin. M. Valentin a vu, chez les malades attaqués au second degré, les paupières resserrées, la conjonctive tellement gonflée, rouge et enflammée, que les uns avaient un chemosis y les autres un hjpopion^ les autres un staphjlome y par suite de la rupture de la cornée par la seule force de l’inflammation» Le mal de tête était souvent très-intense j cependant il n’y avait point de fièvre. Il a vu aussi des ophthalmies parvenues au troisième degré, devenues chroniques, et les soldats qui en étaient atteints, éprouver plusieurs récidives, et n’être pas entièrement guéris au bout de dix à onze mois de traitement. Mais nous reviendrons nécessairement sur plusieurs détails de ce Mémoire.
§. 545. Pour juger si, comme plusieurs médecins l’ont pensé, l’ophthalmie d’Europe a été réellement une continuation de celle d’Égypte, voyons les descriptions qu’ont données de cette dernière les médecins de l’armée française, témoins oculaires, MM. Bruant^ Savarési et L. Franck. Premier degré (ils en ont fait cinq) : prurit à l’angle interne de l’oeil ^ un oeil ou les
deux yeux (il est rare que le mal ne passe pas rie Tim à Tautre) devenus tout à coup très-légèrement rouges, et la conjonctive, vue de loin, de couleur rose, mais avec absence de douleur et de larmoiement, et possibilité de supporter la lumière sans aucune peine. Souvent cette rougeur disparaît après peu de jours et sans l’emploi d’aucun remède. Deuxième degré : sensation douloureuse , comme s’il y avait un grain de sable sous la paupière; ardeur, rougeur de tout le globe de l’œil, larmoiement, lumière insoutenable. Cet état peut encore guérir spontanément dans l’espace de huit à dix jours, en garantissant simplement l’œil du contact de la lumière. Troisième degré : un œil ou les deux yeux deviennent rapidement d’un rouge foncé; quelquefois il n’y a point de larmoiement; et ce qu’il y a de surprenant dans ce cas , c’est que les malades n’éprouvent aucune douleur et vaquent librement à leurs affaires ; mais le mal empire rapidement par un traitement non approprié. Quatrième degré : douleur vive dans toutes les parties de l’œil; qualité corrosive des larmes; tuméfaction des paupières, tantôt œdémateuse, tantôt érysipélateuse, avec écoulement d’une quantité de matière purulente assez semblable à celle de la gonorrhée ou du mucus cuit du coryza; rémission des douleurs pendant le jour, exaspération le soir, assez souvent à une heure »fîxe, qui dure toute la nuit ; enflure du globe de l’œil et sa ressemblance à un morceau de chair crue ; assez
souvent dérangement simultané des fonctions de la digestion , langue sale , inappétence , nausées , vomissemens bilieux , etc. ; point de fièvre , du moins inflammatoire ; le pouls n’éprouve aucune altération , seulement dans certains cas particuliers il est plus lent qu’à l’ordinaire. Cinquième degré : il n’est que l’état chronique de la maladie, dont les symptômes violens ont cessé ; il reste un fort engorgement des paupières et de la conjonctive, et un larmoiement abondant, qui gênent la vision pendant plusieurs mois.
Il faut ajouter que le plus ordinairement dans cette ophthalmie, lorsqu’elle est un peu grave , les malades éprouvent une sensation très-incommode j savoir : une oblitération presque totale dans la cavité nasale, semblable à celle qu’on éprouve dans un fort coryza; qu’il y a dans le commencement un écoulement aqueux par les narines, qui, par la suite, devient muqueux, ténace, et enfin puriforme, accompagné même quelquefois d’une légère hémorrhagie nasale, ce qui soulage beaucoup les nialades. Du reste, le quatrième degré est le plus souvent suivi de taies, d’exulcérations, de staphylomes, etc. , ce qui explique assez la quantité considérable d’aveugles qu’on rencontre à chaque pas dans cette ancienne terre classique. (Voyez les Histoires médicale et chirurgicale de l’armée d’Orient, des célèbres MM. Desgenettes et Larrej y et, dans la Collection d’opuscules de M. L, Franck, le Mémoire sur l’ophthalmie d’Égypte.)
Relativement à rëtiide des causes occasionelles dans ce même pays, nous y voyons Foplithalmie marcher avec les fièvres rémittentes de mauvais caractère , la dyssenterie et la peste , particulièrement aux embouchures du INil et le long de ce fleuve jusqu’au Caire. Le ciel blanchâtre d’Alexandrie, et ses nuits fraîches et humides, donnent bientôt cette maladie aux étrangers, moins prévoyans que les gens du pays, et ce fut là que les troupes anglaises la contractèrent spécialement. Les époques où elle est plus fréquente et plus dangereuse, coïncident avec celles des fièvres, de la dyssenterie et de la peste. A l’arrivée de l’armée française en Egypte, une grande quantité de soldats ne tardèrent pas à être attaqués d’ophthalmie , et leur nombre augmenta surtout après l’entrée au Caire. Les chaleurs étaient étouffantes dans cette ville aux mois de Germinal et Floréal de l’an 7 , et à cette époque l’ophthalmie se manifestait très-fréquemment a riîôpital , non-seulement chez les fiévreux et les dyssentériques, mais encore chez les blessés et les vénériens. Le soldat français, mieux aeclimaté et mieux administré sous le commandement du général en chef Menou ^ qui lui fit distribuer des capotes en laine avec un capuchon, devint moins sujet à l’ophthalmie jusqu’en Ventôse an 9 , où l’armée se porta çlii Caire à Alexandrie, et, par suite des événemens du 5o de ce mois, elle se retrancha devant cette place. Dès-lors, le soldat, harassé de fatigues par des travaux et par un service pénibles, ac-