III
cable le jour par de fortes chaleurs, importuné la nuit par les mouches et par les cousins, fut de nouveau très-fréquemment atteint de Fophtlialmie, de sorte qu’en Messidor on ne comptait pas moins de huit cents hommes attaqués de cette maladie dans les hôpitaux. Les Anglais en eurent bien davantage, et, comme on le verra ci-après, cette maladie eut chez eux des suites bien plus fâcheuses que chez les Français. Un air chaud, humide et chargé de miasmes, est donc l’occasion, en Egypte, de l’ophthalmie, comme des autres maladies graves ; il en est de meme en Europe, à la différence près qu’elle y est moins virulente et sans le caractère contagieux qu’a vraisemblablement celle des bords du JNil.
§. 546. En effet, nous voyons que l’ophthalmie peut naître, comme le typhus, dans les lieux renfermés où se forme l’infection; qu’elle est commune dans toutes les parties maritimes et marécageuses du royaume de Naples, surtout à Gaète, dont la garnison en est très-fréquemment infectée , dans les marais Pontins et sur les bords du Tibre, dans les Mar'emmes de la Toscane et à Livourne, sur les bords de VOglio et du M incio y dans les lagunes de Venise; sur les bords du lac de Berre, en France, et partout où les fièvres rémittentes et intermittentes sont à craindre. Je la vois fréquente sur la rive gauche du Rhin, où les douaniers qu’on y cantonne en sont bientôt affectés; et on l’attribue , non sans raison, aux émanations des routoirs, qui sont très-mul-
tipliés sur cette rive. Et s’il est vrai de dire que les miasmes transportes par rntmosplière sont l’origine de fièvres étrangères à un terrain ordinairement salubre, pourquoi ne le seraient-ils pas aussi de i’oplitliaimie épidémique et de plusieurs autres maladies? Toutefois ces oplitbalmies d’Europe ne se communiquent pas, ou ne le font que très-rarement- l’on voit meme des sujets attaqués d’oplitlialmie guérir de leur maladie en se transportant de la plaine sur une colline, sans la communiquer à personne, et la reprendre en retournant dans la plaine : observation qui vient encore à l’appui de l’origine humide et miasmatique de cette maladie- Nous n’excluons certainement pas d’autres causes, telles qu’une chaleur sèche ou qu’un froid sec, des nuages de sables ou de poussière, une trop vive lumière, l’abus des liqueurs alcooliques, les fréquentes indigestions, les vices vénérien, scorbutique , scrophuieux, psorique , rhumatismal , etc. ; mais ces causes apj)artiennent à d’autres espèces, qui sont plus rarement épidémiques.
§. 547. La question de la contagion de l’ophthalmie mérite bien qu’on s’en occupe, et plusieurs médecins l’ont soupçonnée d’après la rapidité avec laquelle ce mal se propage quelquefois. M. Laverine rapporte, à l’occasion de l’épidémie de Vicence, mentionnée ci-dessus, qu’un soldat, depuis quelque temps à l’hôpital pour une autre maladie, ayant reçu par hasard sur le bord d’une de ses paupières un peu de la ma-
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tière piiriforme qui coulait des yeux d’un autre înalade,son voisin, fut attaqué de roplithalmie le quatrième jour de ce contact, et en éprouva la désorganisation entière des deux yeux; ce qui engagea Tauteur à donner à roplithalmie qii il a traitée l’épithète de contagieuse. Certes, cette inoculation, qui complète la preuve de la propriété contagieuse de toute maladie, serait une démonstration, si l’auteur avait pris la précaution de s’assurer que le premier malade n’avait rien de syphilitique ; l’ophthalmie de cette dernière nature étant très-certainement contagieuse, comme l’a déjà fait remarquer dans
un Mémoire publié à ce sujet (Journal général de médecine, tom. 72, cahier d’Août 1820).
. Dans son Précis sur les maladies des yeux, p. 11 etsuiv., M. Demours a rapporté beaucoup de faits de contagion de l’ophthalmie, sans avoir l’air d’y ajouter foi; mais en voici un qui me paraît très-concluant, du moins pour l’ophthalmie parmi les Africains : il est extrait du quinzième rapport des directeurs de l’Institution africaine, publié à Londres, année 1821.
Le vaisseau, le Rôdeur , capitaine B. . . , de „ deux cents tonneaux, fît voile du Havre le 24 <( Janvier 1819, pour la côte d’Afrique, et arriva « à sa destination le 14 Mars suivant. Il jeta « l’ancre devant Bonny, dans la rivière Calabar. « L’équipage, composé de vingt- deux hommes, « jouit de la meilleure santé pendant la tra- « versée et le séjour à Bonny, où le vaisseau « resta jusqu’au 6 Avril. On n’observa aucun
K symptôme d’ophtlialmie parmi les naturels, et « ce ne fut que quinze jours après le départ, « quand le bâtiment fut presque sous la ligne, « que cette terrible maladie se déclara. On dé- « couvrit que les Nègres (cargaison du navire), « entassés à fond de cale et dans fentrepont, « étaient attaqués de rougeurs aux yeux, et que « le mal gagnait rapidement. On n’y fît pas d’abord beaucoup d’attention ; on attribua « ces symptômes au défaut d’air dans la cale et « au manque d’eau j car les Nègres étaient alors (( réduits à huit onces d’eau par jour, et un peu « plus tard, à un demi-verre. Le chirurgien du « vaisseau, M. Maignan^ conseilla d’amener les « Nègres sur le pont pour prendre l’air; mais <c on fut obligé d’y renoncer, parce que ces « malheureux , attaqués de nostalgie , se jetaient « à la mer pour se noyer, en se tenant em- (( brassés deux à deux. L’opbthalmie , qui avait « fait de rapides progrès parmi les Nègres, ne tarda pas à gagner l’équipage. La dyssenterie « vint compliquer le mal. Le premier homme « de l’équipage qui prit l’ophtbalmie , couçhait « auprès de la grille qui communiquait avec la cale. Au bout de trois jours, le capitaine « et la plupart des gens de l’équipage en furent « atteints. Le nombre des aveugles augmentait « chaque jour , au point qu’il n’y eut plus qu’un (c seul matelot, que la contagion avait respecté,
« en état de conduire le navire, et qu’on ne « put donner aucun secours au Léon^ vaisseau « espagnol, qui courait les mêmes parages, et
« dont l’équipage entier était pareillement viete time de cette maladie. Le Rôdeur arriva à la « Guadeloupe , lieu de sa destination , le 2 i Juin « 1819. L’équipage était dans le plus déplorable « état. Trois jours après son arrivée, le matelot te ci-dessus, le seul homme qui n’eùt pas pris la (c maladie, en fut attaqué à son tour. Sur le tt nombre total des Nègres, trente-neuf furent te aveugles, douze perdirent un oeil , et quatorze te conservèrent des taches dans les yeux. Parmi tt l’équipage, douze hommes devinrent aveugles, (( et le chirurgien fut du nombre; cinq, parmi « lesquels le capitaine, demeurèrent borgnes, t( et quatre conservèrent des taches. ( Bibliothèque univers., tom. 17 , littér. pag. 260 et suiv.)
Au rapport de M. V^alentin (Notice citée, §. 544 ) 5 était convaincu à Mayence de la nature contagieuse de l’ophthalmie qui régnait, et dont on faisait remonter l’origine a celle des soldats anglais revenus d’Egypte : l’on s’appuyait des faits suivans. i.^’ Treize hommes envoyés de Mayence à Coblence pour y faire le service et travailler aux fortifications ,, ayant eu la maladie à leur arrivée , la communiquèrent à vingt -sept autres de la garnison , avec lesquels ils vivaient plus immédiatement. 2.^ Dix prisonniers, envoyés de Mayence a Juliers, y ont transmis l’ophthalmie a d’autres prisonniers qui étaient sains. Deux chirurgiens et quatre infirmiers, qui soignaient les ophthalmiques , avaient gagné leur maladie et n’étaient pas encore guéris lors de' la visite de M. Vcilentin. 4*^
Le général commandant les troupes prussiennes, en meme temps qu’il confirma à Fauteur ce qui avait été avancé par les officiers de santé , ajouta que (c ce 54-^ régiment (le seul qui fut infecté) avait été formé dans l’origine par des soldats des troupes de Nassau, lesquels, s’étant trouvés en contact dans la Flandre avec des soldats anglais revenus d’Egypte, en auraient été infectés; que la garde royale de Prusse, qui était à la bataille de Waterloo , ayant eu les mêmes communications, avait été fort affectée de l’oplithalmie en 1816, et que plusieurs soldats en étaient devenus aveugles ; qu’en ce moment même (1819), le 2.*^ régiment de cette garde en était encore infecté à Berlin; qu’enfin, convaincu, comme il l’était, que cette maladie était contagieuse, il avait fait baraquer le Sof" régiment à une lieue de Mayence , ainsi que les pionniers et la compagnie d’artillerie , ce qui les avait préservés jusqu’ici , excepté quatre hommes de cette dernière compagnie. ”
M. le docteur Klujskens , à qui nous devons beaucoup pour Fbistoire de cette opbtbalmie, et qui en a traité, en 1817 et 1818, à i’bôpital militaire de Gand, dix -huit cent soixante -dix malades, écrivait à M. le àoctenr Traient in ^ en date du 5i Août 1819, époque où il avait encore de ces malades, qu’il avait eu toutes les occasions de se convaincre de la nature réellement contagieuse de cette affection, transportée, selon lui, de l’Egypte parmi les troupes prussiennes, bavaroises , saxonnes, etc., qui se sont
me] ées parmi les soldats anglais et français; qu’il a vu un bataillon où elle n’existait point auparavant en être attaqué, dès le moment qu’on y incorpora des soldats qui avaient eu depuis quelques mois l’ophtlialmie ; que rien n’est plus commun que de la voir se communiquer à tous les hommes d’une chambrée, s’il y en a un seul qui en soit un peu affecté, etc.
Les observations publiées dans les Annales cliniques de Montpellier par les docteurs TVare^ Montgiardiniy Omodei, etc., sur îa propagation de l’oplithalmie en Italie, à Malte, à Gibraltar, etc., dans le temps meme du débarquement des troupes anglaises revenues d’Égypte , me semblent démontrer que ces troupes fy ont effectivement apportée : mais on peut encore douter si la source dérivait exclusivement de l’Égypte, ou de l’infection née dans les vaisseaux de transport, comme nous l’avons vu pour les vaisseaux le Rôdeur et le Léon; car nous avons appris dans le temps, de relations authentiques, qu’une partie des troupes anglaises avaient été transportées de l’Inde en Égypte et que l’oplitlialmie était épidémique sur la flotte. Quoi qu’il en soit, cette nation en souffrit beaucoup, et ce serait se refuser à l’évidence que de vouloir nier, à cause de l’obscurité des pourquoi et des comment , qu’elle a du à cette expédition d’Égypte, qui a valu tant de gloire et de lumières à la nation française, le grand nombre de borgnes et d’aveugles des trois royaumes de la Grande-Bretagne, dès le commencement de ce siècle.
JNoiis apprenons en effet des relations de MM. 3Iacgrégor , Adams ^ TVith et autres médecins et chirurgiens des armées anglaises, i.^^que, dans plusieurs bataillons composés de sept cents hommes, plus de six cents en furent attaqués, sur lesquels près d’un sixième fut mis hors de service pour maux d’yeux j 2.° qu’en 1 804 , époque du retour des soldats anglais dans leur patrie , l’ophthalmie, qui n’existait pas auparavant, commença à se manifester à l’asile royal des enfans de militaires, établi près de Londres, où leurs pères venaient les visiter, et que de cette époque jusqu’à l’année 1810, près de douze cents de ces enfans en avaient été affectés, dont plusieurs avaient perdu un œil et meme les deux yeux; 5.^ que de là l’ophthalmie s’est propagée dans des écoles de paroisse ou de charité de Londres, dans la maison de travail de Saint-Pancrace, et qu’en 1816 il y avait dans l’école du Christ jusqu’à trois à quatre cents garçons qui en ont été affectés en meme temps; 4*^ que, d’après les informations les plus authentiques, il y avait, eu 1817, tant dans l’armée restée en Angleterre que dans celle d’occupation en France, quatre mille cinq cents individus aveugles, pour la pension desquels le trésor public payait annuellement quatre-vingt-douze mille six cents livres sterlings, et que cette dernière armée avait journellement, à l’hôpital seul de Cambray, de cent cinquante à deux cents malades d’ophthalmie purulente.’
On ne peut supposer un vice de l’air ou une
infection permanente pendant une si longue suite d’annëes ; d’ailleurs, à Mayence , les autres rëgimens, les autres troupes et les habitans auraient aussi contracté l’ophtlialmie , si elle eût été purement épidémique : reste donc nécessairement la contagion. L’on objecte néanmoins contre celle-ci que les soldats français de l’armée d’Egypte qui avaient eu cette maladie, ne l’ont pas communiquée à leur retour en France; et les médecins et chirurgiens de cette armée ne croient pas qu’elle ait eu une propriété essentiellement contagieuse. Ces différences prouvent, selon nous, que cette opbtbalmie a fait, pour ainsi dire, un choix d’individus et de nations pour sa propagation, et que, comme on le croit de toutes les autres maladies, la prédisposition est pareillement ici une condition nécessaire.
§. 548. L’opbtbalmie d’Egypte, quoique régnant également toute l’année parmi les gens du pays, attaque néanmoins plus particulièrement les personnes faibles , les enfans , les femmes valétudinaires, les sujets déjà atteints de maladies aiguës et chroniques, les pauvres et surtout les juifs, vivant accumulés dans des réduits malpropres ; tandis que les hommes forts , bien nourris, et les Arabes bédouins (hommes du désert), y sont rarement sujets, même à celle occasionée par la grande clarté et les tourbillons de sable fin : ce qui démontre que la faiblesse, et principalement celle des yeux, est une condition prédisposante. Quant à l’armée
française, tous les observateurs ont remarqué qu’elle n’a été le plus fréquemment attaquée de l’oplitlialmie que lorsque les vents du sud dominaient, lorsque le soldat faisait des marches fatigantes , surtout dans le temps des grandes chaleurs, ou bien lorsque les nuits étaient humides, et qu’il était obligé de bivouaquer. En général, dans ce pays, où tout dispose à l’asthénie, l’usage immodéré des fruits et des mélongènes, des liqueurs spiritueuses et des plaisirs de l’amour, les marches forcées et la privation d’une bonne nourriture, disposaient singulièrement à contracter l’ophthalmie , comme ils favorisaient le développement de la dyssenterie et de la peste.
Dans l’ophtiialmie de Vicence, qui attaqua les soldats italiens de préférence aux chasseurs français, nous ne pensons pas qu’il faille entièrement attribuer cette différence de susceptibilité à la dilFérence des logémens, vétemens, nourriture, etc.j mais bien à cette énergie de la force vitale, bien plus grande chez les Français que chez les Italiens, dont nous avons donné tant d’exemples dans notre Mémoire sur les maladies duMantouan, et ailleurs. A Mayence, la garnison était composée de six mille hommes, savoir, trois mille Prussiens et le reste Autrichiens. Le contingent des Prussiens était composé du 5o.^ et du 54.^ régimens, chacun de trois bataillons. Le dernier régiment fut seul atteint de î’opbthalmie , et nous avons déjà dit comment il avait été recomposé, et que la maladie avait
commencé par de jeunes soldats nés en Belgique et sur les bords du Rhin. Or, la raison de cette préférence ne peut- elle pas se trouver dans la faiblesse de la constitution de ces individus, dans le chagrin qu’ils éprouvaient de servir peutêtre malgré eux; dans la nostalgie , enfin ? Mais le plus merveilleux se trouve dans la différence des effets qu’a produits l’ophtlialmie d’Égypte chez les Anglais et chez les Français. Ne fautil pas ici reprendre ces nuances de tempérament qui rapprochent ou qui éloignent les diverses nations suivant le plus ou le moins de ressemblance des climats, et qui en rendent les individus respectifs d’autant plus susceptibles de prendre la maladie du pays où ils arrivent, et d’en être plus gravement affectés, que le tempérament est plus opposé au climat, comme la chose a déjà été examinée au chapitre de la prédisposition (§§. i5o et suiv.)? Et ne doit-on’pas, par conséquent, compter pour beaucoup ici cette constitution des Anglais, si étrangère à celle des Egyptiens? Mais il faut encore avoir égard à la différence du régime et des positions. Les Anglais, comme tous les peuples du Nord, sont avides de boissons spiri tueuses, dont ils supportent trois fois autant que les Français : ces derniers ont été loin de pouvoir s’en procurer à volonté, tandis que les premiers, pourvus de tout par leur flotte, et par les Ottomans, dont ils étaient les auxiliaires, ont bien pu en abuser dans un climat où tout porte à chercher à relever les forces. Or, il nest rien d’équivalent
aux liqueurs alcooliques, et aux narcotiques en général, pour affaiblir lés yeux. Les ivrognes ont toujours ces organes rouges; et Ton se tromperait fort de prendre cette couleur pour un signe d’inflammation : ce n’est ici qu’une pure injection, qu’une erreur' de lieu, dans des vaisseaux atoniés; et ce qui est digne de remarque, c’est qu’on n’en guérit pas en se mettant à l’eau.
On ne peut révoquer en doute que la faiblesse ou la délicatesse des yeux, ce qui est synonyme, nesoitune cause prédisposante meme aux inflammations franches de ces organes, et qu’il n’y ait des races d’hommes qui ont presque constamment mal aux yeux. Il en est de même pour les races de chevaux, et ceux de Wissembourg, dont j’ai parlé plus haut, sont de cette nature; il en est même parmi eux chez lesquels il est parfaitement constaté que la cécité est constamment héréditaire : cependant les agriculteurs ne s’en défont pas, parce qu’ils servent également aux travaux de la campagne et aux moulins à huile, et qu’ils sont d’une valeur à laquelle chacun peut aspirer.
Quant à l’épidémie décrite par MM. Grcefe et TValther (§. 344)? ne la regardent pas comme ayant été contagieuse , et ils se fondent, ainsi que M. KutchkoŸskj ^ dans cette assertion sur les faits suivans :
« 1.'’ Cette ophthalmie ne sévit que sur les militaires, et surtout sur ceux casernés, tandis que les habitans de Varsovie et la plupart des officiers en furent préservés. Bien plus, ceux de
ces liabitans qui logeaient des soldats atteints de la maladie, ne la contractèrent, point. ^
« 2.^^ De tous les médecins, chirurgiens et pharmaciens , employés et infirmiers du grand hôpital de Varsovie , pas un ne contracta la maladie.
« O.*" On vit une fois ce mal empirer dans une nuit pendant laquelle le temps avait subitement changé.
4*^ L’air pur et sec , les logemens spacieux , les cliangemens de lieux, ont été les moyens curatifs les plus puissans.
„ On ne peut donc, disent- ils, considérer cette maladie comme ayant été contagieuse : il est, au contraire, indubitable qu’elle était due, aux variations atmosphériques; 2.^ à un air impur et saturé de miasmes; l’humidité des habitations; 4-^ ^ réunion d’un grand nombre d’individus dans un très-petit espace; ô.'’ au temps froid et humide, et 6.° à la négligence des soins de propreté. Il n’est cependant pas impossible qu’elle ait eu cette propriété, si on lui fait l’application de ce que nous venons de remarquer sur les ophthalmies d’Egypte , de Flandre et de Mayence.
§. 349. Lorsqu’on considère que l’œil est, l’on peut dire , le principal de nos organes extérieurs ; qu’il est fourni , plus que tout autre , d’un grand nombre de nerfs presque tous propres, d’autres communs à d’autres parties et surtout communiquant avec le grand sympathique; quand l’on a égard aux correspon-
dances de la vue avec les principaux viscères et le corps en entier, au voisinage du cerveau, aux vaisseaux nombreux <jui partent presque tous de ce viscère pour aller nourrir l’œil et y opérer les sécrétions les plus étonnantes; lorsque l’on se rappelle ra composition de cet organe si délicat, tant dans sa structure propre que dans celle de ses accessoires, on ne saurait plus être surpris qu’il puisse fréquemment, indépendamment de ses maladies particulières ^ participer aux effets des causes générales qui agissent sur tout l’organisme.
. La plupart des oplithalmies endémiques. et épidémiques qui nous sont connues , sont si éloignées des inflammations franches , que les émissions sanguines et le régime strictement antiphlogistique y ont rarement réussi , même dans le commencement de la maladie. C’est ce que l’on a observé dans l’ophllialmie d’Égypte , et ce dont on a pu se convaincre à Paris dans une ophthalmie épidémique qu’on a eu à traiter dans les hôpitaux de cette capitale en l’année 1819, pendant près de deux mois, et dans laquelle les saignées locales, les exutoires, le petitlait émétisé, ont eu très-peu de succès (Journal général de médecine, tom. y3, pag. 099 ). Cette épidémie fournit aussi plusieurs malades à l’iiôpital militaire du Val-de-Grâce, où, suivant le rapport que m’en a fait un témoin oculaire, les sangsues furent pour le coup sans eiiicacité, et il fallut avoir recours à des fumigations aromatiques, et à une médication tonique et stimu-
lante ; ce qui seul aurait du suffire pour faire voir l’insuffisance d’une théorie exclusive. Toutefois, sans être une inflammation ordinaire, l’effet de la cause pathogénique n’en est pas moins de produire une excrétion abondante de larmes et du mucus, ainsi que diverses altérations qu’il est essentiel de prévenir par les moyens propres à s’opposer à la disposition irritante. Nous ne devons pas moins admettre, comme un fait prouvé par l’observation, tant dans cette maladie que dans toutes les autres sujettes à devenir épidémiques, qu’il se fait à la longue un changement dans la nature intime des humeurs, laquelle acquiert un caractère animal d’une propriété plus active et d’une virulence bien plus grande que dans l’origine même des maladies primitives j fait qu’on trouvera répété dans l’histoire de tous les maux produits d’origine par l’infection.
§. 55o. L’ophthalmie endémique et épidé^ mique donne lieu à un pronostic différent, sui-’ vant ses degrés, suivant sa nature, la disposition des sujets, et le genre de soins donnés à la maladie. « En Egypte , dit M. Louis Franck^ la plupart des personnes guérissent spontanément en quittant ce pays, ce qu’on a même vu arriver chez plusieurs militaires qui passèrent du Caire au port de Cossyre (port de la mer Rouge', dans une contrée très -sèche et très -sablonneuse). Plus l’individu atteint d’ophthalmie est valétudinaire ou d’une complexion délicate, plus la maladie se guérit facilement, et vice versa, ”
L’auteur a vu survenir Fopîitîialinie dans plusieurs convalescences de fièvres miliaires, nerveuses, à la suite de la peste, du scorbut, etc., et elle en était d’autant plus fâclieuse.
En général, le danger de perdre la vue est en raison' de la violence de la maladie ou du mauvais traitement employé : nous en avons déjà exposé précédemment les suites fâcheuses, savoir, des taies plus ou moins grandes et opaques sur la cornée transparente, des cliémosis, des exulcérations, des stapliylomes, l’amaurose, des renversemens de paupières et autres affections secondaires, le plus souvent incurables* Si, au contraire , le mal n’est pas extrêmement vif, si sa marche n’est pas empirée par un mau- "vais traitement, il se termine assez souvent dans le courant de huit à quinze jours, terme au-delà duquel l’issue est plus incertaine. La violence de la douleur n’annonce pas toujours un plus grand danger, et l’on observe assez souvent le contraire. L’on est fondé à opronostiquer une déclinaison de la maladie, lorsque la sensation d’obstruction dans la cavité nasale commence à céder, et qu’il-en découle une matière puriforme comme dans le coryza : l’on peut concevoir les mêmes espérances, lorsqu’il paraît de la diarrhée et même une dyssenterie, d’autant plus que l’ophthalmie aura été la suite de la suppression dé ces flux.
M. Demours fait mention d’une épidémie qui régna à Paris dans les mois de Janvier et de Février 1806, qu’il nomme avec raisop tm ca-