I. — Pour les premières le bandage se compose
1* De la portion appUquée sur la hernie même. C'est la pdoie^ partie plus on moins renflée, formant une des extrémités de l'instrument, recouverte à Texte* rieur de peau de chamois ou de caoutchouc, ce qui constitue sa garniture. La pelote est remplie à Tinté-
330 HERNIES EN PARTJCULIER. -
rieur d'une substance tout à la fois souple et un peu résistante, telle que la bourre de laine, la bourre de soie ou un mélange de l'une et de l'autre, quelquefois du caoutchouc avec de l'huile de lin. Ces moyens de remplissage entourent de tous côtés une plaque métallique, terminaison élargie du ressort et qu'où appeUfi \ée%kas(m. On a aussi composé la pelote avec du \m, mais cette substance est trop dure et n'a paa été gépé^ ralement adoptée.
Quelle doit être la forme de la pelote et w&sk dimensions ? Les unes sont ovalaires ou légèrement arrondies, comme on peut le voir à la page 3ââ (fig. h) d'aube triangulaires, comme dans la planche ci-des$ous ; qud«
FIg. 1,
quefois le triangle e»t recourbé vera 9a partie iQfériQur« et offre la forme d'un bec de corbin (voye» page h%{). Le choix de la forme dépend de la variété et du volume de la hernie. Lorsque celle-ci est encore dan$ le trajet inguinal et n'est pas descendue dans le scrotuiai la pelote ovalaire est la plus convenable ; 90a plw grand diamètre doit être oblique et parallèle à ladir90tion du trajet inguinal» sur toute la longueur duquvl
HERNIES INGUINALES RÉDUCTIBLES. m
elle doit être appliquée, afiq que Torifice supérieur qoit comprimé par Tinstrument. Lorsque la hernie e«t dei* Yeoue ^crotale, il faut qu'elle porte sur l'anneau ingui^ oal ej^terne habituellement élargi, et en môme temp3 sur le çaual ordinairement raccourci, et devenu direct, qnand \^ tumeur existe depuis un certain temps. Pour ces cas là la pelote triangulaire ou celle dite à bec de OQFbia représentée ci-dessous, mérite la préférence,
Fig' 9
V La seconde partie du bandage est celle qui cornmuDÎque à la pelote la force de pression nécessaire. Cette partie a beaucoup varié dans sa composition, et ces variétés servent aujourd'hui de base à la classiâcatien des bandagas en bandages à pression molle, ban<* dages à pression élastique et bandages à pression rigide.
Pression molle. — Avant le xvif siècle on n'employait pour exercer la pression que des courroies ne renfermant rien de métallique ni d'élastique dans leur épaisseur, et qui le plus souvent n'exerçaient qu'une pression insuflSsante. M. Malgaigne a appelé bandages à pression
molle ceux qui étaient ainsi constitués. Ces bandages que préconisent encore aujourd'hui certains fabricants, ont pour avantage de ne pas exercer une pression trèsforte ni très-douloureuse, ce qui les rend préférables chez les malades trop sensibles pour supporter une grande pression. Mais ils ont l'inconvénient^ dans la plupart des cas, de ne pas serrer assez pour maintenir la hernie.
Pression élastique. — Lequin et Bl^ny ont reconnu que l'indication de comprimer dansla mesure nécessaire sans faire souffrir, serait mieux atteinte avec un ressort métallique élastique, et ils ont imaginé le bandage à pression élastique, si fréquemment eoiployé encore à notre époque.
Les bandages élastiques comprennent aujourd'hui deux variétés principales, suivant que la pression a pour agent principal une lame métallique ou un tissu de caoutchouc.
A. Pression élastique mélallique. — Ici se présentent deux sous- variétés importantes.
a. La lame métallique, terminée par l'écusson de la pelote, est mince, recourbée suivant les faces et suivant les bords (Blegny). Elle est tordue et courbée en même temps, de façon que Textrémité antérieure est plus basse que l'extrémité postérieure. C'est là le ban^ dage français. La pression s'exerce d'avant en arrière et un peu de bas en haut.
Dans le principe, la lame n'embrassait à peu près que la moitié correspondante du corps; plus tard Camper lui fit décrire une courbure plusgrande, mais cette modification a été abandonnée.
HERNIES INGUINALES RÉDUCTIBLES. 333
Dans beaucoup de ces bandages la lame est réunie à la plaque, au niveau du bord supérieur de celle-ci.
iMjr. 3.
M. Malgaigne a bien fait ressortir la déperdition de force qui en résulte, et il a donné très-formellement le conseil d'articuler la lame au niveau de la partie moyenne de la plaque.
Dans le modèle ci-dessous, la lame et la pelote sont réunies par une articulation légèrement mobile, au
Fig. 4.
moyeu de laquelle M. tUiarrière a voulu associer Fun des avantages du bandage anglais à ceux du bandage fran-
çais.
334 HERNIES EN PARTiClJLlEft.
b. La lame métallique présente une simple couH)ure suivant les faces sans spirale, de Façon que son étiré mité antérieure soit sur le même plan que son extrémité postérieure. L'invention de ce bandage est dû à Salmoûi II fut importé en France par Wickaflfl| et est connu èhéî nous sous le nom de bandage anglaHi ou de bandage Wickam.
Le ressort du bandage est formé d'acier mieux trempé et plus fort que celui du bandage français : avec lui on
Fig. 5.
peut exercer une pression plus considérable. En outie la pelote est mobile sur la partie antérieure du ressort, de telle sorte que dans les mouvements du corps le ressort peut lui-même se déplacer sans que la pelote remue, et sans que pour cela la pression soit diminuée. Le ïiBssort, dont la branche antérieure est plus longue que la postérieure, est %& 'outre appliqué sur le côté du corps du malade opposé k la hernie, contrairement à ce qui se fait lorsqu'on emploie le bandage fran* çais.
Considérés d'une manière génémle, ïei bândàgfes à ressort métallique élastique sont capables de maintenir la hernie, lorsqu'elle n'est ni très-grosse^ ni descendue
HERNIES INGÙIPfALES RÉDUCTIBLES. 335
très^bas, eti eierrànt une pression sùflBsante et supportable. Mais lorsque, lâ hernie étant volumineuse et leS aniaeaux très-latges, les viscères descendent avec ufte gfafade facilité, ces itistruments ne pourraient les main* léhir (Ju'en exerçant une pression très-forte et douloureuse, que peu de malades sont aptes à supporter. En outre, lorsque le bandage commence à s'user et à perdre un peu de sa force de pression, la hernie s'échappe facilement sôus la pelote.
B. Pression élastique avec le caoutchouc. — Il y a une variété de bandage élastique dans laquelle l'élasticité est due à un tissu de caoutchouc. Ces bandages consistent en une Sorte de ceinture très-haute, complètement circulaire, embrassant, à la manière d'un caleçon, tout
FIg. 6.
le bassin. Elle est formée de tissu de caoutchouc, itiélaùgê à du tissu de chattvre et de soie, et exerce une pression tiôlable Sur une grande étendue. Au caleçon se trouvé surajouté un cohduit en caoutchouc répontikùi à utië peloté de tnème Substance^ qu'on a soin de
336 HERNIES EN PAUTICULIËR.
remplir d'air. Ce bandage, inventé par M. Bourjeaurd est aujourd'hui très-employé en Angleterre.
L'inconvénient de ce bandage, outre son prix un peu élevé, est de n'exercer qu'une pression assez modérée. Aussi n'est-il applicable qu'aux hernies peu volumineuses, et chez les individus qui ne sont pas obligés à de grands efforts. Son avantage essentiel, c'est d'exercer une pression douce et qui, répartie sur une grande surface, n'affaiblit pas la résistance des tissus, tandis que, sous l'influence prolongée de la pression des pelotes ordinaires, les aponévroses s'amincissent, la paroi abdominale, devenue moins résistante, laisse plus facilement sortir les hernies, et les rend à la longue plus difficiles à contenir.
Pression rigide, — Enfin nous trouvons une troisième variété, c'est le bandage à pression rigide récemment imaginé par M. Dupré. Voici comment M. Dupré décrit son appareil : « Notre système de bandages rigides, dit l'auleur, peut se réaliser au moyen de constructions variées. Celui que je décris ici consiste en une tige ri-
Fig. 7.
gide, cylindrique ou aplatie, et présentant, par exemple, dans le cas de hernie inguinale double, trois arcades, l'une médiane, à concavité inférieure, et les deux autres latérales, à concavité supérieure. Ses extrémités, au lieu
HERNIES INGUINALES RÉDUCTIBLES. 337
de conserver rhorizontalilé du corps de Tare, sont recourbées verticalement par en bas. L'arc n'est pas latéral, mais transversal antérieur ; il va d'une hanche à l'autre.
« Aux branches verticales sont fixées les deux moitiés d'une ceinture postérieure qui se boucle à la façon d'une patte de pantalon. On la serre ou la desserre à volonté; ainsi la pression ne dépend pas d'un retrait élastique dont la tension ne peut jamais être rigoureusement déterminée, qui convient aujourd'hui et ne convient plus demain : elle est en rapport avec la nécessité actuelle, le chirurgien et le malade peuvent la modérer à leur gré. Deux pelotes sont assujetties derrière les arcades latérales, à Taide de lames feuêtrées, rivées aux deux côtés de ces arcades. Une vis passant à travers la fenêtre, s'engage dans un écrou rivé lui-même à Técusson ou platine, support de la pelote. Cette vis fixe la pelote sur la lame fenêtrée. On peut incliner cette pelote en la faisant pivoter autour de la vis sur son axe antéro-postérieur, et la fixer, par un tour de vis, à tel point de l'étendue de la fenêtre que Ton jugera à propos de le faire. La pelote pourra être ainsi facilement remplacée par une autre que Ton jugera plus convenable.
» Deux lanières en cuir, partant de chaque côté du bord inférieur de la demi -ceinture postérieure, seront fixées à un bouton que présente la branche verticale au lias de sa face externe, et permettront de faire basculer les pelotes à volonté. Le contre-appui se fait aux lombes, sur une large surface, et non pas dans un lieu circonscrit comme dans les bandages à ressort. Les han-
GOSSELIH. 22
chessont ménagées, la pression en avant n'a lieu que sur les pelotes, et il n'y a pas de déperdition de force.
Fig. 8.
» Pour la hernie d'un seul côté, c'est le même système, seulement il n'y a en avant qu'une seule arcade métallique au lieu de deux, comme dans la figure cidessous.
» Cette variété a pour avantage de ne pas perdre de sa force et de sa résistance à la suite des efforts; en
Fig. 9.
outre, la pelote ne peut changer de place sous l'iDfluence de la détorsion de la lame, comme cela a lieu dans les bandages à pression élastique métallique. »
A laquelle de ces variétés de bandages devons-nous donner la préférence? Lequel de ces instruments main-
HERlNIËS inguinales réductibles. 339
tient le mieux la hernie et fait le moins souffrir les malades?
Il y a un certain nombre de hernies inguinales qui peuvent être maintenues par tous les bandages, ce sont surtout les intra-inguinales et les inguinopubiennes, c'est-à-dire celles qui ne sont pas encore descendues dans le scrotum. Pour celles-là, le choix est indifférent, et doit élre subordonné à la sensibilité particulière du sujet et à sa position sociale. On peut toujours commencer par un bandage français convenablement adapté aux formes et aux dimensions du bassin. Si la pression est mal supportée, ou si la hernie ne se trouve pas bien contenue, on essaye le bandage anglais, et s'il ne suffit pas encore, le bandage Bourjeaurd.
On réussit tantôt du premier coup, tantôt seulement après des tâtonnements, à trouver le bandage qui convient le mieux. Mais pour qu'il remplisse convenablement et d'une manière durable le but qu'on se propose, d'autres conditions, qui ont été exposées à la page i9, sont nécessaires. 11 faut que le malade sache réduire sa hernie avant de placer la pelote, qu'il ait la précaution de remettre celle-ci en place lorsqu'elle se dérange, qu'il puisse ne pas faire habituellement d'efforts considérables, qu'il puisse, enfin, changer la variété de bandage si cela est nécessaire, qu'il en ait même un ou deux de rechange. Toutes ces conditions ne sont réalisables que pour les malades riches et éclairés. Les gens pauvres ne peuvent pas faire les essais successifs que je viens d'indiquer, llsprennent toujours le bandage français parce qu'il est le moins dispendieux. La hernie est bien
340 HERNIES EN PARTfCULIER.
maintenue tout d'abord lorsqu'elle offre les conditions que je suppose en ce moment. Mais au bout d'un certain temps, le ressort qui n'est pas bien trempé se détend, la pression n'est plus suffisante, elle est d'ailleurs vaincue par les efforts incessants que nécessitent les travaux manuels; la pelote remonte et n'est pas replacée aussi souvent qu'il le faudrait. Bref, le bandage devrait être renouvelé au bout de quelques mois ; mais l'argent fait défaut, la hernie augmente et finit par devenir scrotale. C'est ainsi que nous voyons les choses se passer chez la plupart des sujets qui viennent dans les hôpitaux.
Les hernies inguinales sont plus difficiles à contenir, chez tous les sujets, lorsqu'elles sont descendues dans le scrotum, parce que les trajets sont élargis, et tous les tissus de la région affaiblis. Le bandage français avec une pelote à bec de corbin et un ressort puissant, le bandage de même espèce avec pelote prolongée sous forme de courroie qui sert de sous-cuisse, peuvent remplir l'indication. Mais on la remplit encore mieux avec le bandage anglais, celui dont le ressort mobile sur la pelote et placé du côté opposé à la hernie, permet à cette pelote de rester immobile dans les mouvements du corps. Malheureusement, ce bandage est, par son prix, peu accessible aux petites bourses; nos administrations hospitalières ne peuvent pas l'offrir ou ne l'offrent qu'exceptionnellement aux ouvriers auxquels elles donnent gratuitement des bandages. C'est pourquoi nous voyons tant de sujets porter des bandages qui ne maintiennent qu'imparfaitement la hernie, et sous la pelote desquels on trouve presque toujours une partie encore
HERNIES INGUINALES RÉDUCTIBLES. 344
réductible de la tumeur. Il semble que cette présence de la pelote sur une hernie en partie sortie, devrait être l'occasion de gêne et de souffrance. Mais j'ai observé souvent le contraire ; j'ai vu bien des malades tenir à leur bandage, ne pouvoir pas s'en séparer, et se trouver fort mal à Taise lorsqu'ils ne le mettaient pas. Ce bien-être procuré par un bandage qui ne maintient pas est-il réel, et s'explique-t-il tout simplement par la sortie d'une portion de viscères plus petite que cela aurait lieu s'il n'y avait aucun moyen de contention, ou n'estil qu'apparent et, en quelque sorte, le résultat de l'habitude ? Je ne saurais donner de solution à cette question.
Quand un bandage est appliqué pour la première fois, il faut recommander au malade de l'ôter au bout de quelques heures, et de ne le garder toute la journée qu'après s'y être habitué peu à peu. Si la peau supportait mal la pression, il faudrait conseiller l'interposition d'une couche de coton cardé, recouverte de poudre de riz ou d'amidon. Il serait toujours nécessaire que le malade fût surveillé par le chirurgien pendant les dix ou quinze premiers jours de l'application d'un bandage, tant pour lui faire prendre les précautions dont je viens de parler en dernier Heu, que pour Thabituer à réduire convenablement la hernie, et pour constater si la contention est bien obtenue. Malheureusement, bien peu de sujets peuvent et veulent s'astreindre à cette surveillance. Elle ne serait acceptée que si le chirurgien pouvait fabriquer ou procurer l'instrument. Mais combien ce vœu, émis déjà par de puissantes autorités,
342 IIKUNIES EN PAUTïCULlER.
et nolamment par M. Malgaigne, est difficile à réaliser !
Nous rencontrons cFailleurs, de temps à autre, des personnes chez lesquelles la sensibilité névralgiforraede la région inguinale est telle, qu'aucune pression ne peut être supportée. Je vois, depuis plus de vingt ans, un homme riche atteint d'une hernie inguino-pubienne droite, pour laquelle il a essayé, et tient en réserve toutes les variétés de bandages, sans avoir pu en supporter un seul. Il maintient, tant bien que mal, sa hernie avec la main incessamment placée dans la poche de son pantalon. Je connais un ecclésiastique à peine âgé de trente ans, auquel sa position de fortune n'a pas permis de faire un aussi grand nombre d'essais, mais qui néanmoins n'a pu, jusqu'à présent, supporter ni le bandage français, ni le bandage Wickam que je lui avais conseillé de porter. Ces sujets-là sont d'autant plus à plaindre que cette même disposition névralgique qui s'oppose à la contention, rend la hernie, lorsqu'elle est sortie, très-douloureuse.
Lorsqu'un bandage est bien toléré, il vaut mieux, en général, conseiller de l'ôter pendant la nuit. On ne prescrit de|le garder que dans les cas où l'on croit devoir tenter, à l'aide d'une compression permanente, la cure radicale.
II. Pour les autres hernies, celles qui sans être encore déclarées incoercibles, sont cependant tellement volumineuses, passent par des anneaux tellement élargis que les bandages ordinaires précédemment indiqués sont reconnus insuffisants, on peut essayer certains
UEKMES nCGLlXALES RËDUCTIBI^. 313
bandages eiceptionnels par la force de leur pression et la manière dont celle-ci est exercée-
Tantôt c'est une tige élastique sumjoutéc au ressort et qui, partant de ce dernier, vient s'appuyer sur la partie moyenne de la pelote (bandage à levier).
Tantôt la pelote est articulée avec le ix^ssort au moyen d'un engrenage en forme de cric, dont les crans maintiennent la pelote dans la position et avec le degré do pression nécessaire pour que la hernie ait autant do chances que possible d'être maintenue (bandage à cric).
D'autres fois encore, la pelote peut ôtro refoulée et appuyée au moyen d'un mécanisme et d'une clef analogues à ceux dont on se sert pour la plaque des ceintures hypogastriques (bandage à clef).
Dans la plupart de ces bandages, il est bon que la pelote soit à bec de corbin et prolongée par une courroie qui sert de sous-cuisse. Le bandage à clef et h pelote prolongée me paraît être celui qui satisfait le mieux aux indications.
Lorsque la pression suffisante ne peut pas ôtro tolérée, ou lorsque, supportée, elle n'empftcho pas les viscères de sortir encore, la hernie est de celles cju'il faut considérer comme incoercibles et qu'on n'a plu» qu'à soutenir avec un suspensoir approprié.
TRAITEME5T CURATIF, OU a'RE RAM(iA/,K.
A diverses époques, on .< est préoccupé de guérir radicalement les hernies. On a imaginé deux ordre» de moyens : les uns, non opératoires, agissent fmr la coin-
pression permanente, les autres consistent à pratiquer certaines opérations.
I. — Moyen non opératoire^ application d'un bandage bien fait. — 11 y a peu de médecins ou de bandagistes qui ne puissent citer des cas de guérison à la suite de l'application d'un bon bandage pendant trois ou quatre ans, plus ou moins. Les conditions pour le succès sont: 1° que la hernie soit interstitielle ou inguino-pubienne, ou, si elle est inguino-scrotale, qu'elle soit peu volumineuse, et que les anneaux et le canal ne soient pas très-dilatés ; 2° que le bandage s'adapte bien et ne se déplace pas dans les mouvements; cette condition sérail encore mieux remplie si le sujet restait tout à fait au lit ; 3° que le chirurgien ou le fabricant en surveille lui-môme l'emploi pendant les premiers jours surtout, afin de s'assurer s'il n'y a rien de défectueux et si une réparation quelconque n'est pas nécessaire; Iv que le malade ne fasse que les efforts physiologiques, et encore avec beaucoup de précautions; 5° enfin, que le bandage soit gardé jour et nuit.
On a employé un grand nombre de pelotes médicamenteuses que l'on supposait agir à la façon des astringents, et nous voyons reparaître de temps en temps de ces pelotes, qu'on nous présente comme merveilleuses. Il est évident que les médicaments astringents dont elles sont faites ne peuvent jamais faire resserrer le tissu fibreux et fibro-celluleux des anneaux, et que, dans les cas avi elles ont paru réussir, il fallait l'attribuer à la compression permanente bien faite et convenablement surveillée. En effet, ceux qui croient avoir imaginé un
HERNIES INGUINALES RÉDUCTIBLES. 345
bandage curatif ne manquent pas de se mettre, pour faire valoir leur découverte, dans toutes les conditions que j'indiquais tout à l'heure.
II. — Moyens opératoires. — Je laisse de côté la cautérisation pure et simple, et les opérations avec l'instrument tranchant désignés autrefois sous les noms de point doré et de suture royale. Elles sont justement abandonnées depuis les critiques de J. L. Petit, à cause de leur insuccès dans le plus grand nombre des cas, et surtout à cause du sacrifice du testicule, qu'elles entraînaient le plus souvent.
Je dirai quelques mots des opérations qui ont été tentées à notre époque, quoiqu'elles soient destinées aussi à l'oubli, après avoir trompé les espérances que leurs auteurs en avaient conçues. Ces opérations, au nombre de deux, sont : V invagination et Yinjection iodée.
1° Invagination. — L'invagination, imaginée par Gerdy, se compose de deux manœuvres principales : l'une destinée à refouler avec ïe doigt, dans le canal ou l'anneau herniaire, une portion des téguments, l'autre destinée à fixer, dans cette position, l'espèce de doigt de gant ou bouchon formé par la peau, de manière à maintenir dans le canal inguinal cette partie des téguments. Pour fixer la peau refoulée, Gerdy se servait de points de suture ; Wutzer et Rothmund ont employé un instrunient spécial nommé invaginateur. M. Valette, de Lyon, a modifié l'invaginateur, en le creusant d'une fenêtre dont il se sert pour cautériser, avec le caustique de Vienne, la partie antérieure de la peau refoulée.
Je renvoie, pour les détails de médecine opératoire,
aux ouvrages de MM. Nélaton {Path. chirurg., t. IV, p. 216) et Malgaigiie {Médecine opératoire). Ces détails me paraissent aujourd'hui superflus, car ce raode de traitement n'est plus employé et ne devra l'être désormais que dans des cas tout à fait exceptionnels.
Que se proposait-on, en effet, en pratiquant l'invagination? On se proposait d'amener des adhérences entre la face interne de la peau refoulée et le tissu cellulaire ambiant, celui qui entoure le cordon spermatique et la face externe du sac herniaire. On espérait avoir, au moyen de ces adhérences, un bouchon cutané assez solide pour fermer le trajet herniaire, et empêcher la descente des viscères dans le sac accolé au bouchon et rétracté à la suite de l'inflammation suppurative provoquée dans le voisinage. L'expérience a démontré que ce résultat n'était pas atteint, ou, s'il l'était, ne persistait que peu de temps. Parmi les sujets opérés, les uns n'ont pas été guéris du tout, les autres ont vu reparaître leur hernie après quelques semaines ou quelques mois ; plusieurs ont eu une péritonite qui a mis leurs jours en danger. Gerdy avoue en avoir perdu quatre sur une centaine d'opérés.
Les quelques cas de succès ont été obtenus sur de jeunes sujets qui avaient des hernies peu volumineuses, faciles à contenir, lesquelles peut-être auraient pu disparaître au moyen de la compression prolongée.
En somme, l'invagination n'offre des chances de succès que chez les sujets qui ont le moins besoin de la cure radicale, et qui pourraient guérir autrement. Il suffit, d'ailleurs, qu'elle expose à la mort dans une
UERiMES INGUINALES RÉDUCTIBLES. 347
certaine proportion, et qu^^elle n'offre que des chances exceptionnelles de guérison, pour qu'il soit plus sage de n'y pas recourir désormais.
2* Injection iodée. — L'injection de teinture d'iode dans le sac herniaire, exécutée il y a quelques années, par MM. Jobert (de I^raballe), Maisonueuve et Ricord, avait pour but de provoquer dans le sac une iuflamma« tion adhésive^ et une oblitération semblable à celle que Ton obtient quelquefois dans le traitement de Thydrocèle. On espérait que, le. sac une fois oblitéré, la hernie ne descendrait plus. Ici encore, l'expérience est venue démontrer que les espérances de la théorie étaient illusoires. D'abord, l'opération présente quelques diflBcultés; malgré les précautions qui ont été conseillées, la canule peut s'arrêter dans le tissu cellulaire, au lieu de pénétrer dans la cavité du sac, et le liquide irritant être poussé dans le tissu cellulaire. J'ai eu cet accident à regretter en 1855, époque à laquelle on parlait beaucoup de cette opération. Mon malade a eu consécutivement une suppuration diffuse et des escarres; il n'a pas succombé ; les cicatrices qui se sont formées ont empoché la hernie de reprendre le volume qu'elle avait auparavant, et l'ont rendue même plus facilement coërcible; mais l'usage habituel d'un bandage a toujours été nécessaire. D'autre part, lorsque l'injection a été bien faite dans le sac herniaire, l'oblitération n'a pas toujours été obtenue, et la hernie s'est reproduite peu de temps après l'opération ; ou bien, l'oblitération a paru se faire, la hernie n'est plus descendue pendant quelques semaines, puis on l'a vue reparaître, soit parce
348 UËRI^lËS £N PARTICUUER.
que la cavité du sac, temporairement oblitérée, s'est rétablie, soit parce qu'une nouvelle portion du péritoine est descendue sous l'influence des eflbrts et a constitué un nouveau sac. J'ai suivi avec intérêt deux hommes que j'avais opérés de cette façon à l'hôpital Cochin, en 1855, et, chez tous deux, j'ai vu la hernie se reproduire au bout de quelque temps. On devait s'attendre à un pareil résultat, car du moment où il est positif que la hernie reparaît presque toujours à la suite de l'opération du débridement, alors que le sac placé à Textérieur a suppuré, comment croire qu'une inflanamation non suppurative soit capable d'amener un autre résultat? Je ne prétends pas dire que l'injection iodée ne réussirait jamais; mais, comme l'invagination, elle ne réussirait qu'exceptionnellement, et, exposant comme elle à la péritonite, elle doit également être laissée de côté.
Assurément, je ne veux pas décourager les chirurgiens; mais il est bon qu'on sache que, parmi les moyens opératoires conseillés jusqu'à ce jour pour la cure radicale des hernies, il n'en est pas qui aient oflFert assez de sécurité et de chances de guérison pour être restés dans la pratique.
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