DÉGÉNÉRATIONS DE CAUSE PÉRIPHÉRIQUE
une tumeur sarcomateuse ou myxomateuse qui englobe et comprime les faisceaux nerveux. Il n’est pas douteux, Messieurs, que la lésion spinale, dans les observations auxquelles je fais allusion, relève non pas de la lésion des racines antérieures, mais de cælle des racines postérieures. La dégénération consécutive est caractérisée alors ainsi qu’il suit: 1“ elle, occupe exclusivement les faisceaux postérieurs; 2'^ dans la région lombaire, le faisceau postérieur est envahi totalement dans son étendue transverse; 3» mais au-dessus de cette région, le faisceau de Goll est seul affecté, et il l’est totalement dans son étendue en hauteur, c’est-à-dire jusqu’au plancher du quatrième ventricule. C’est, vous le voyez, quant à la topographie, une assez exacte reproduction des lésions de l’ataxie vulgaire.
Maintenant, voici comment les choses doivent se passer, du moins théoriquement et d’après les principes que nous avons précédemment formulés. Conformément à la loi de Waller, les racines postérieures dégénèrent par en haut, audessus de la lésion, du côté de la moelle, et la dégénération de ces libres peut être suivie dans leur trajet intra-spinal, c’est-à-dire dans l’épaisseur des faisceaux de Burdach. La lésion qui, à un moment donné, revêt le caractère inflammatoire se communique aux fibres commissurales courtes du faisceau, et, de proche en proche, elle gagne dans la région lombaire le faisceau de Goll, qui, suivant la règle, dégénère par en haut dans toute son étendue. Si les choses se passent ainsi que le veut la théorie, on devrait donc, dans un cas récent de^ dégénération secondaire de ce genre, reconnaître à l’autopsie une lésion limitée aux faisceaux de Burdach et n’intéressant pas encore les faisceaux de Goll. L’avenir apprendra s’il en est réellement ainsi.
NEUVIEME LEÇON
Des dégénérations secondaires spinales ou cérébrales au point de vue des lois de Waller. — Expériences de SchiefFerdecker, Franck et Pitres.
Sommaire. — La raison des dégénérations secondaires spinales est du même ordre que celle des altérations wallériennes. — Lois de Waller.
Dégéuérations descendantes et ascendantes. — Les faisceaux qui dégénèrent par en bas sont comparables aux nerfs centrifuges des racines antérieures. — Les faisceaux qui dégénèrent par eu haut sont assimilables aux racines postérieures.
Expériences de Westphal, Vulpian, Schiefferdecker. — Epoque du début des dégénérations. — Les dégéuérations expérimentales ressemblent de tous points aux dégénéralions pathologiques chez l’homme. — Le faisceau pyramidal n’est pas compacte chez le chien. — Diffusion des fibres dégénérées dans le cordon antéro-latéral.
Expériences de Franck et Pitres. — Dégénération dans la capsule interne à la suite de l'ablation dugyrus sigmoïde.
Exception spéciale à la sclérose en plaques. — Desideratum histologique.
Messieurs,
L’étude des dégéuérations secondaires, à laquelle nous voulons aujourd’hui mettre la dernière main, n’a guère été jusqu’ici qu’à peu près exclusivement descriptive. Presque toujours, en effet, nous avons constaté et décrit ; mais, en général, nous n’avons rien expliqué. Si nous savons, par exemple, que la dégénération de certains faisceaux de la moelle se fait constamment dans le sens ascendant, tandis que la dégénération d’autres faisceaux se fait invariable-
THÉOBIE DE WALLER.
ment en sens inverse, nous ignorons absolument pourquoi il en est ainsi et sur quel principe la loi est fondée. Devonsnous nous contenter de ces notions en quelque sorte purement empiriques ? Ou bien, au contraire, pouvons-nous tenter l’édification d’une théorie pathogénique des dégénérations secondaires? C’est là ce que nous venons actuellement rechercher avec vous.
Tous les auteurs s’accordent aujourd’hui. Messieurs, à reconnaître avec M. Bouchard, que le paradigme des dégénérations secondaires spinales doit être cherché dans le domaine des nerfs périphériques. Il s’agit de la série de faits découverts, de 1849 à 1858, par le physiologiste anglais Waller et sur lesquels repose ce qu’on appelle la Loi wallérienne. Je serai bref sur ce sujet, qui appartient cependant aussi bien à la pathologie qu’à la physiologie, parce que j’aurai l’occasion d’y revenir prochainement. D’ailleurs, vous trouverez dans les leçons de Cl. Bernard sur la, physiologie du système nerveux tout ce qui concerne cette question, sur laquelle je me contenterai de rappeler un instant vos souvenirs (1).
La théorie de Waller est fondée sur ce fait général que, lorsqu’on coupe un nerf, de manière à le séparer de son centre, ce nerf s’altère, chez les animaux supérieurs, suivant une direction déterminée. Ainsi, coupez un nerf spinal mixte au dessous du confluent des deux racines: constamment c’est le bout périphérique qui dégénère, et il dégénère dans toute son étendue ; et la dégénération porte aussi bien sur les flbres centripètes que sur les flbres centrifuges -qui le composent.
(l) Cl. Bernard. — Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. I, p. 237.