ÉTAT IRRITATIF PERMANENT DES CENTRES SPINAUX
cette théorie, dont je suis le premier à reconnaître toutes les imperfections. Si j’y insiste, c’est que je la crois vraiment supérieure à toutes celles qui, antérieurement, ont été proposées pour résoudre la question en litige ; c’est surtout parce qu’elle me semble faciliter l’interprétation de faits que le médecin est destiné à rencontrer journellement dans la pratique des maladies cérébro-spinales.
1® J’ai rappelé tout d’abord les relations anatomiques, vraisemblablement très directes, qui paraissent exister entre les extrémités terminales des fibres nerveuses du faisceau pyramidal et les cellules motrices des cornes antérieures, dans toute la hauteur de la moelle épinière ; et j’ai proposé d’admettre que la lésion irritative, dont ces tubes nerveux en voie de destruction sont le siège, retentit sur l’élément ganglionnaire. Ainsi communiquée aux cellules motrices, cette lésion serait purement dynamique, ne s’accompagnant d’aucune altération matérielle appréciable par nos moyens d’investigation, comparable, si vous le voulez, à la modification que produit «dans ces mêmes éléments l’intoxication strychnique, mais avec cette dilférence toutefois que la lésion du strychnisme est un phénomène essentiellement transitoire, tandis que celle dont j’ai supposé l’existence est éminemment durable, aussi durable que l’est la contracture permanente elle-même.
Cet état irritatif une fois admis, il y a lieu de reconnaître qu’il ne reste pas localisé dans l’élément ganglionnaire moteur. Il s’étendrait par diffusion aux autres éléments ganglionnaires de la région, avec lesquels il affecte d’ailleurs des connexions anatomiques plus ou moins directes,
ARCS DIASTALTIQUES DISTINCTS. 343
par rintermédiaire de ce qu’on appelle, depuis les travaux de Gerlach, le réiiculum,. nerveux. C’est ainsi que les cellules æsthésodiques qu’on suppose être l’aboutissant principal des tubes nerveux centripètes seraient touchées à leur tour d’une façon analogue. Or, les cellules motrices ou kinésodiques et les cellules sensitives ou æsthésodiques constituent la partie centrale des divers s ystèmes diastaltiques, par la voie desquels s’effectuent les actes réflexes spinaux; et, en conséquence de la lésion supposée, les propriétés des diverses parties de ce système doivent être exaltées. S’il en est ainsi, les moindres excitations venant de la périphérie, en retentissant sur les parties centrales des arcs diastal tiques, doivent se traduire par des phénomènes réflexes plus énergiques qu’à l’ordinaire. Ainsi les excitations permanentes émanant, à l’état normal, des muscles ou de leurs aponévroses, par la voie des nerfs musculaires centripètes, déterminent le phénomène d’activité réflexe incessante connu sous le nom de tonus et dont l’expression physiologique est une contraction légère et permanente des muscles. Dans l’état pathologique, ces mêmes excitations se traduiraient par une contraction également permanente, mais très intense, représentant en quelque sorte le tonus musculaire poussé à sa suprême puissance : et telle serait en somme la cause de la contracture permanente des hémiplégiques.
2° Je vous rappellerai après cela comment, me fondant sur des considérations d’ordre clinique, j’ai été amené à vous faire remarquer que les divers modes d’activité réflexe spinale que sépare l’analyse pathologique, paraissent être représentés dans la substance grise de la moelle épinière par autant de systèmes diastaltiques distincts. L’observation démontre, en effet, que si les divers modes d’activité réflexe peuvent être affectés quelquefois simultanément et au même degré, ils peuvent être aussi lésés séparément.