TABES DORSAL SPASMODIQUE
laire qui, des membres inférieurs où elle reste fréquemment confinée, tend parfois à gagner les membres supérieurs.
M. Erb a émis l’idée que ces cas se rapportaient à une forme pathologique spéciale qu’il a proposé de caractériser du nom de paraplégie spasmodique. Il a considéré même comme très vraisemblable que l’afîection dont il s’agit se rattache à une sclérose primitive des cordons latéraux. J’ai partagé et je partage encore l’opinion de M. Erb en ce qui concerne le caractère particulier de bon nombre de ces cas qui affectent dans la clinique cette forme de la paralysie spasmodique; et j’ai proposé de les rassembler dans un groupe nosographique particulier sous le nom de tahes dorsal spasmodique (1). Ainsi, le tabes dorsal spasmodique serait une maladie particulière, et la paraplégie spasmodique représenterait un syndrome commun à plusieurs maladies, au tabes spasmodique entre autres.
Mais je suis le premier à reconnaître que le tabes dorsal spasmodique, en tant qu’espèce nosographique distincte, ne saurait avoir d’existence réelle et définitive tant que l’anatomie pathologique n’aura pas parlé en faveur de son autonomie. S’il s’agit là effectivement d’une affection à part, l’autopsie révélera une lésion également spéciale, peut-être la sclérose primitive des faisceaux pyramidaux soupçonnée parM. Erb. Si, au contraire, les nécropsies démontrent qu’il s’agit tantôt d’une myélite par compression, tantôt d’une myélite transverse syphilitique ou autre, il est clair que l’autonomie clinique n’est qu’une apparence.
La question n’est donc pas encore décidée. Je ferai remarquer seulement que les premiers résultats de l’épreuve anatomo-pathologique ne sont pas favorables à la doctrine de l’unité morbide du tabes dorsal spasmodique. En effet, quelques cas que j’avais rattachés à ce groupe noso-
(l) Voir à ce sujet la thèse de M. Bélous. — 'Eluh sur le taies sjuisniodiqne.
TABES DORSAL SPASMODIQUE. 3o3
graphique ont dû, après l’autopsie, en être détachés et ramenés à une affection depuis longtemps connue comme pouvant donner lieu aux symptômes de la paraplégie spasmodique. Je veux parler de la sclérose en plaques; mais c’est là un point qui mérite d’être étudié avec certains détails et que le temps ne nous permet 'pas d’aborder au jourd’hui.
Charcot
SEIZIÈME LEÇON
Myélites transverses et tabes dorsal spasmodique.
Sommaire. — Myélites transverses et témisections de la moelle épinière.
— Paralysie des deux membres inférieurs dans le cas de lésion spinale unilatérale. — Hypothèse anatomique qui donne la clef de ce phénomène.
— Opinions de Kôlliker, Gerlach, Krause, Schiff, Vulpian, Schiefferdecker.
Contracture permanente et démarche spasmodique dans la myélite transverse. — Description d'Ollivier (d'Angers). — Cette description s’applique à la paraplégie tétauoïde de Séguin (démarche spasmodique
d’Erb).
Formes lentes de la myélite transverse.
Tabes dorsal spasmodique. — Théorie de Erb. — Localisation spinale.
— L’anatomie pathologique n’a encore fourni aucune preuve. — Diagnostic avec la sclérose en plaques.
Tabes dorsal chez l’adulte et chez l’enfant. — Paralysie spasmodique infantile. — Etiologie, pathogénie, autonomie nosographique du tabes dorsal. — Opinions et observations contradictoires.
Messieurs,
Je me propose de poursuivre et de terminer aujourd’hui la revue des affections spinales organiques dans lesquelles la contracture permanente des membres paralysés est un symptôme habituel, appartenant au tableau classique de la maladie. Mon but est, vous ne l’ignorez pas, de vous faire reconnaître que l’existence régulière, constante ou à peu près d’une lésion soit primitive, soit consécutive des faisceaux pyramidaux est un trait commun à toutes les mala-
MYÉLITES TRANSVERSES PARTIELLES.
dies dont il s’agit. Dans le cours de cet exposé qui, au premier abord, semble viser principalement une question de pure théorie, nous avons rencontré déjà et nous rencontrerons encore des données d’une certaine portée pratique, et dont vous trouverez maintes fois l’application dans la clinique des maladies cérébro-spinales.
1“ Notre attention s’est portée tout particulièrement sur la myélite transverse, et nous avons considéré les cas dans lesquels' la lésion occupe sur un point toute l’épaisseur du cordon spinal. Je dois vous dire quelques mots relativement à ceux dans lesquels la lésion transverse s*est localisée sur une partie seulement de l’épaisseur de la moelle épinière, de manière à reproduire en quelque sorte la lésion désignée en pathologie expérimentale sous le nom de section liémilaiérale. Ce genre de localisation spinale en foyer se rencontre, ainsique je l’ai fait remarquer, assez souvent dans la pratique. Il n’est point rare que les altérations delà myélite par compression, traumatique, spontanée, ou syphilitique, soient des lésions en foyer hémilatérales.
Dans cette catégorie de faits, je vous rappellerai deux exemples choisis entre beaucoup d’autres pour les besoins de la démonstration : 1“ le cas d’une lésion traumatique consistant par exemple en un coup de couteau ayant détruit en travers une moitié de la moelle épinière ; 2“ le cas très commun de la myélite spontanée syphilitique. Ici la lésion porte à la fois sur une des colonnes de substance grise, sur les faisceaux postérieurs et sur les faisceaux antérolatéraux; mais le point essentiel que je tiens à relever, c’est la lésion consécutive du cordon latéral, lésion descendante.