ARTÈRES TERMINALES
— nous allons dire ce que-M. Cohnlieim entend par ce mot
— elles se rapprochent considérablement de ce type:
Sous le nom à'artères terminales ou finales {Endarle-
rien),M. Cohnheim(l) catégoriseingénieusement les artères ou les artérioles qui, dans leur trajet, depuis leur origine jusqu’aux capillaires, ne fournissent ou ne reçoivent aucun rameau anastomotique. Un exemple d’artères terminales, commode pour l’étude, est fourni par la langue de la grenouille qui est transparente et sur laquelle il est aisé de suivre, de visu, tous les elFets d’une oblitération sous le microscope. Vous voyez sur ces dessins schématiques les conséquences diverses d’une oblitération d’une artère terminale. Ils se produisent d’une manière fatale. Si nous considérons, par opposition, une artère à anastomoses, le cours du sang se rétablit en général avec facilité, au-dessous du point lésé, par les anastomoses. Mais, celles-ci peuvent être oblitérées à leur tour, et il s’ensuit qu’une artère qui, dans les conditions normales, n’est point une artère lermmale, le devient accidentellement.
La circulation de l'encéphale fournit un grand nombre d’exemples d’artères terminales. Ainsi, sans compter les ramiflcations qui existent dans la pie-mère, nous pouvons signaler les artères nourricières. Nous verrons encore que le système des artères des ganglions centraux est construit tout entier et rigoui’eusement sur ce modèle. Le même type se retrouve dans tous les autres systèmes circulatoires où se produisent soit pathologiquement, soit expérimentalement, ces lésions par oblitération vasculaire que l’on a coutume de désigner sous le nom d'infarctus . Tels sont la rate, le rein, le poumon et la rétine. Tous les viscères, et cette remarque appartient à M. Cohnheim, où les infarctus ne se produisent pas dans la règle, ne sont pas soumis à ce mode de distribution artérielle.
(l) Viitersuchungen ueber die enibolischen Processe. Berlin, 1872.
BRANCHES PRINCIPALES DE l’aRTÈRE SYLYIENNE. ü7
Je clos cette digression qui, je crois, n’aura pas été inopportune et j’en reviens à l’autonomie relative des territoires vasculaires du cerveau. Cette autonomie n’est pas l’apanage exclusif des grands territoires ; elle se retrouve encore dans les départements secondaires en lesquels les premiers se divisent et qui correspondent aux ramifications artérielles de deuxième ou de troisième ordre. Entre ces régions de second ordre, de môme qu’entre les grands territoires, les communications sont possibles, mais le plus souvent très-difficiles. Il résulte de cette disposition que l’obiitération d'une de ces brandies secondaires pourra avoir et aura souvent pour conséquence de déterminer la mortification d’une région très-limitée de l’écorce. C’est là un point capital pour l’étude des localisations cérébraies. Il pourra se faire que la lésion, ainsi limitée, corresponde justement à une des circonvolutions ou à un groupe de circonvolutions, douées de propriétés spéciales et se traduise pendant la vie par des phénomènes spéciaux.
Cette localisation étroite des lésions de l’écorce, produite par l’oblitération de branches artérieiles de deuxième ou de troisième ordre, sera surtout intéressante à étudier, vous le comprenez aisément, dans le domaine de la sylvienne. C’est dans cette grande région, en effet, que l’expérimentation tend à placer les fameux centres moteurs et c’est là aussi que ia ciinique, avec le secours de l’anatomie pathologique, a piacé ie siège de la faculté du langage articulé.
Il nous importe, par conséquent, de bien connaître chacune des principales artères émanées de la sylvienne et d’examiner de plus près leur mode de distribution dans les circonvolutions fondamentales de la région.
L’artère sylvienne se partage en quatre branches principaies ou tout au moins donne naissance à quatre branches principales. La distribution de ces branches a été soigneusement étudiée par M. Duret et par M. Heubner. (Voyez Fig. 9 et 12)^
f)8 BRANCHES PRINCIPALES DE L’ARTÈRE STLVIENNE.
La première est désignée par M. Diiret sous le nom de
Fiçi. 12. • — 2’errltoires vasculaires de la face supérieure du cerveau. — F, lobe frontal. — P, lobe pariétal. — O, lobe occipital. — S, fin de la branche horizontale de la scissure de Sylvius. — Ci, siilon central. — A, circonvolution centrale antérieure. — B, circonvolution centrale postérieure. — F i, F^, F 3, circonvolutions frontales supérieure, moyenne et inférieure. — f i, fa, sillons frontaux supérieur et inférieur. — f3, sillon frontal vertical (sulcus præcentralis) . — P i, lobule temporal supérieur. — P a, lobule temporal inférieur ou P a, Gyrus supra-marginalis. — P’a, Gyrus angularis. — ip, Sulcus interparietalis. — cm, suicus calloso-marginalis. — po, po, fissura pariéto-occipitalis. — 1 1, sillon temporal supérieur. — O i, première circonvolution occipitale. — o, sulcus occipitalis transversus.
Artères. — 1“ La ligne (...) circonscrit la distribution de la cérébrale antérieure; 2“ La ligne (. — . — .), du côté gauche de la figure, limite la distribution de l’artère sylvienne. — I. Artère frontale externe et inférieure. — IL Artère pariétale antérieure. — III. Artère pariétale postérieure. — IV. Artère ,jariéto-sphénoïdale ; 3“ La ligne (. — . — . — .) du côté droit de la figure limite la distribution de la cérébrale postérieure. (Cette figure et les figures 16 et 17 sont empruntées au travail de M. Duret, inséré dans les Archives de physiologie, 1874).
frontale externe et inférieure. C’est, à proprement parler.
BRANCHES PRINCIPALES DE l’aRTÈRE SYLVIENNE. 69
l’artère de la troisième circonvolution frontale (circonvolution de Broca). Plusieurs fois j’ai vu, pour mon compte, l’oblitération de ce seul tronc artériel produire un ramollissement limité au seul territoire de la troisième circonvolution et, plus explicitement, à sa partie postérieure. Voici, à l’appui, un fait concluant. Il concerne une femme, nommée Farn..., observée à la Salpétrière dans mon service. Elle avait été frappée d’aphasie. Il n’avait existé aucune trace de paralysie soit du mouvement, soit de la sensibilité. L’aphasie, dans ce cas, était le symptôme unique et l’atrophie de la troisième circonvolution a été aussi la seule lésion correspondante, révélée par l’autopsie. [Fig. 13 et 14). C’est là. Messieurs, incontestablement un bel exemple de localisation cérébrale (1).
La deuxième branche de la sylvienne est Vartèrepariélale a.ntérieure de Duret; j’aimerais mieux l’appeler artère de la circonvolidion frontale ascendante. [Fig. 9, 2 et Fig. 12, II).
La troisième e%\.V artère pariétale postérieure (\vi\ serait mieux nommée, suivant nous, artère de la circonvolution pariétale ascendante. [Fig. 9, 3 et Fig. 12, III).
La quatrième branche se rend au pli courbe et à la première circonvolution sphénoïdale. [Fig. 9, 4, 5 et Plg. 12, IV).
Les deux circonvolutions auxquelles se rendent la seconde et la troisième branche de la sylvienne seraient, d’après les expériences deFerrier sur le singe, le siège des centres moteurs des membres.Vous voyez, d’après la distribution artérielle, que ces deux circonvolutions pourront être lésées isolément.
J’ignore si la destruction complète de cesdeux circonvolutions centrales a été jamais réalisée ; mais voici un fait
(1) Nous avons publié l'observaliou complète de celte malade daus les 20 et 21 du Progrès médical (1S74). B.
— 3, troisième circonvolution du côté droit, ayant ses dimensinos Fiff. 13. — 3, circonvolution de Broca du côté gauche atrophiée dans sa partie
normales, postérieure,
circonvolution frontale transverse. — R, R, sillon de Rolande . — P, B, circonvolution pariétale transverse, — S, S, scissure de Sylvius. — I, insula.
BRANCHES l’KINCirALES DE L’ARïÉRE SYI, VIENNE.
dans lequel la destruction a porté sur la totalité delà circonvolution pariétale ascendante, qui, chez le singe, est le siège., selon Ferrier, du centre des mouvements du membre supérieur et, pour une partie, du membre inférieur. Dans ce cas, la circonvolution en question est remplacée par une plaque jaune déprimée. La circonvolution frontale ascendante est respectée en partie, mais manifestement atrophiée. Or, bien que la couche optique et le corps strié fussent dans ce cas tout à fait indemnes — cette intégrité est mentionnée d’une façon très-explicite dans l’observation — il existait une hémiplégie complète, permanente, dans les membres supérieur et inférieur du coté opposé. {Fig. 1S.)
l’insula. Les masses centrales étaient indemnes.
C’est là, Messieurs, un résultat qui contraste singulièrement avec ce qui a été consigné dans deux autres observations relatives à des lésions étendues occupant d’autres parties de l’écorce grise du cerveau. C’est ainsi que, dans un cas de destructiop limitée au lobe carré (plaque jaune), il n’existait aucun indice de paralysie correspondante. — Dans un autre fait, il s’agit encore d’une plaque jaune la-