‹ Lecons sur les localisations dans les maladies du cerveauChapitre 64 sur 200 · HÉMIANESTHÉSIE ET AMBLYOPIE CROISÉES · texte numérisé non relu

HÉMIANESTHÉSIE ET AMBLYOPIE CROISÉES

que cette proposition est pour le moins beaucoup trop absolue et que les arguments sur lesquels elle repose devront subir une révision complète.

Aujourd’hui, je voudrais rechercher avec vous si l’anâtomie normale peut faire comprendre pourquoi le trouble sensoriel dont il s’agit, c’est-à-dire l’amblyopie croisée, est un accompagnement fréquent, pour ainsi dire habituel, de l’hémianesthésie sensitive résultant d’une lésion de la capsule interne.

Cette hémianesthésie de la sensibilité commune, vous ne l’avez pas oublié, a pu trouver sa raison d’être dans l’existence d’un faisceau de fibres centripètes directes, c’est-àdire ne s’arrêtant pas dans les noyaux gris des masses centrales et qui, à l’issue de la capsule interne, formerait la partie la plus postérieure dupiedde la couronne rayonnante.

Existe-t-il quelque connexité, quelque rapport plus ou moins immédiat entre ce faisceau sensitif et les faisceaux sensoriels destinés à mettre en communication l’appareil de la vision avec l’écorce grise du cerveau ? Pour aborder cette question il nous faut, au préalable, étudier l’origine des parties profondes ou cérébrales des nerfs optiques. Nous allons toucher là un sujet difficile, obscur encore sur plus d’un point. Je ne puis cependant me dispenser de vous en indiquer les principaux côtés, ne serait-ce que pour si- • gnaler la voie dans laquelle devront, à l’avenir, être dirigées les recherches, et où l’anatomie pathologique est appelée, très-vraisemblablement à jouer un rôle prépondérant..

D’après le plan général, les nerfs encéphaliques doivent rencontrer, avant de pénétrer dans le cerveau lui-même, un ou plusieurs amas de substance grise, qu’on est convenu d’appeler les noyaux d'origine, et ce sont des expansions, nées dans ces noyaux, qui, d’une façon indirecte, mettraient ces nerfs en rapport avec l’écorce grise des hémisphères cérébraux.

A priori, rien ne porte à croire que les nerfs optiques

Charcot. 0

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échappent à cette loi. De fait, ils n’y échappent point, mais les dispositions sont ici très-compliquées et mal connues d’ailleurs dans certains détails.

Je m’arrêterai tout d’abord un instant sur quelques dispositions relatives à la constitution d’une partie de la couronne rayonnante de Reil (1).

(l) Les divers faisceaux pédonculaires ou autres qui forment la couronne rayonnante {fibres convergentes {Lmjs), Système de projection de 1'^'’ ordre, (Meynert)] composent pour une bonne part la masse centrale blanche appelée centre ovale, que l’écorce grise des hémisphères enveloppe et renferme, sui-

Fig, 30. — Empruntée à M. Meynert (S/î’icÆer’i Eandbuch, T, II, p. 703. — Fig. 233.)

Coupe antéro-postérieure du cerveau du cercocebus cinomolgus .

F, Extrémité frontale. O, extrémité occipitale. H, la corne d’Ammon. RR, la substance grise corticale. SH, Sulcus hippocampi. LL, 3» segment du noyau lenticulaire. GT, l’avant-mur. — C s, la queue du corps strié. — P, le pulvinar. — G, le corps genouillé externe.

pv, Fibres propres unissant deux circonvolutions. — arc, fasciculus arcuatus. -— une, fasciculus uncinatus. — Ig, fasciculus longitudinalis inferior.— Ca, commissure antérieure. — inf, corne postérieure des ventricules latéraux.

vant la comparaison de Foville, à la manière d’une bourse. Ils ne représen-

COURONKE RAYONNANTE DE REIL

Dans le schéma que je vous présente et que j’emprunte à M. Huguenin (toc. ciY., pl. 69, page 93), l’ablation des parties supérieures des hémisphères, y compris le corps calleux, a mis à nu les cavités ventriculaires. Vous remarquerez particulièrement l’étage inférieur ou corne postérieure du ventricule (/’) qui joue ici, dans la topographie, un rôle important {Fig. 33).

On a détaché le noyau caudô dont les contours se trouvent représentés par une ligne pointillée; on a enlevé également son appareil rayonnant, c’est-à-dire le plan des fibres rayonnantes cortico-striées. {Fig.51, FK).De la sorte se trouve à découvert le plan des faisceaux rayonnants cortico-optiques. (FT, Fig. 51; Jih, il, kk, Fig. 52). Il est possible de distinguer alors dans ces derniers faisceaux, trois groupes de fibres : l°Les unes antérieures 5^), sont dites racine antérieure de la couche optique (Vordere Stiel) ; elles se dirigent vers les régions frontales; 2“ d’autres sont moyennes ou latérales (ü, Fig. 32. Expansions latérales); 3“ d’autres enfin, postérieures, sont désignées d’après Gratiolet qui, le prê-

tent pas la totalité de cette masse. Celle-ci contient, en outre, des faisceaux tout-à-fait étrangers aux précédents, mais qui s’entremêlent avec ceux-ci. Les derniers faisceaux constituent ce que M. Meynert appelle le système d’association. On peut ramener, d’une façon très-générale, à deux ordres les faisceaux qui composent ce système. — Les uns consistent en commissures qui unissent l’une à l'autre des parties homologues des* hémisphères cérébraux. Tels sont, par exemple, les corps calleux, la commissure antérieure. Les autres sont composés de fibres à direction générale antéro-postérieure qui mettent en relation les points divers d’un même hémisphère.

La figure ci-contre {Fig. 30), empruntée à M. Meynert {loc. cit., fîg. 233) et représentant la coupe antérieure du cerveau d’un singe (cencoceius cinomolgus) montre bien la direction des principaux faisceaux de ce système d’association antéro-postérieure. On voit : en pv, les faisceaux de fibres propres, fibrm propriæ, bien décrites par Gratiolet, qui mettent en rapport les circonvolutions voisines; en arc, le fasciculus arcuatus dont les fibres au-dessus du corps calleux s’étendent du lobe occipital au lobe frontal ; — en Ig, le faisceau longitudinal inférieur qui unit le lobe occipital à l’extrémité du lobe sphéno'idal, enfin, en une, le fasciculus uncinatus dont la direction est presque verticale et qui établit une relation entre le lobe frontal et le sphénoïdal.

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mier (1), lésa bien étudiées, sous le nom d’expansions céré

Fxg, 31, — NC, noyau caudé. — CO, couche optique. — N L, noyau lenticulaire avec ses trois segments. — AM, avant mur. — CE, capsule externe. — CI, capsule mterue. — P P, pied du pédoncule. — C A, corne d*Ammon. — 1 N, insula de Reil. — F L, fibres du pédoncule destinées au noyau lenticulaire. — FC, fibres pédonculaires destinées au noyau caudé. — ’F S, fibres du noyau leniiculaire qui se jettent dans le lobe sphénoïdal. — F N, fibres du noyau lenticulaire qui vont à la péiiphérie. — F K, fibres du noyau caudé qui vont à la périphérie. — F T, fibres de la couche optique qui vont à la périphérie. — F D, fibres directes. (Schéma d'après M. Huguenin.)

(l) Voir Gratiolet, — Ami. comparée, T, II, p. 181 et suiv. — Luys, loccit., p. 173.

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braies optiques ou des nerfs optiques [h, h, Fig. 32). (Sehstralilungen). Les faisceaux du dernier groupe, qui sont l’objet particulier de notre étude, ne sont séparés delà cavité

Fiff. 3S.—. Radiations de la couche optique. — (Schéma emprunté à l’ouvrage de M.

I Huguenin, p. 93, fig. 69.)

a, couche optique. — ô, corps strié. — c, voûte à 3 piliers. ~ d, tubercules quadriju- , meaux. — /■, corne postérieure du ventricule latéral. — ÿ, corne d’Ammon.— A, A, racine an- [ térieure du thalamus. — i,i, radiations latérales. — k,/c, radiations optiques de Gratiolet.

de la corne postérieure que par l’épendyme et le tapis {tapétum), expansion particulière du splénium du corps calleux.

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C’est dans cette région même, mais sur un plan plus profond, que se répandent les expansions cérébrales du faisceau de fibres centripètes dont la lésion détermine l’hémianesthésie sensitive de cause cérébrale. Il existe donc une relation de voisinage, de contiguïté entre ces faisceaux et les expansions optiques et cette relation serait bien propre à expliquer anatomiquement la coexistence fréquente de l’hémianesthésie et de l’amblyopie croisée s’il était bien établi que les faisceaux qui portent ce nom d’expansions optiques sont réellement un prolongement plus ou moins direct des nerfs optiques.

Pour examiner ce dernier point, il convient de prendre un détour et d’étudier ce qu’on sait relativement à ces noyaux de substance grise, où les nerfs optiques prennent leur première origine à la base de l’encéphale, en quelque sorte en dehors du cerveau proprement dit.

Quelques renseignements préliminaires, concernant l’ar chitecture extérieure des parties que nous devons considérer, me paraissent devoir trouver place ici.

Si, après avoir détaché de l’encéphale l’isthme tout entier, y laissant attenantes les couches optiques, on examine la préparation ainsi obtenue par sa face postérieure, on y remarque ce qui suit : 1° En avant, se voient de chaque côté les couches optiques que sépare le troisième ventricule ; 2° en arrière, les tubercules quadrijumeaux tant antérieurs que postérieurs; 3° en dehors, les bras conjonctifs antérieurs en relation par leur extrémité interne avec les tubercules quadrijumeaux antérieurs, et les bras conjonctifs postérieurs en relation avec les tubercules postérieurs. On voit encore dans la même région, lorsqu’on soulève l’extrémité pos-

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térieure des couches optiques ou en dedans le corps

genouillé interne, en dehors une masse grise un peu plus volumineuse qui est le corps genouillé externe.

En arrière et au-dessus de ces parties se voient la ganse de Reil, les processus cerehelli ad testes, les pédoncules cérébraux, les corps restiformes, les pédoncules cérébelleux moyens.

Les corps genouillés internes et externes sont notoirement les deux premiers noyaux de substance grise avec lesquels les nerfs' optiques entrent en rapport dans leur trajet vers l’encéphale. On sait comment ces nerfs, en arrière du chiasma, prennent le nom de tractus optiques ou handeleites optiques et comment celles-ci, dans la partie qui correspond aux deux tiers postérieurs, sont divisées en deux tractus qu’on peut considérer comme des racines dont l’une est interne et l’autre externe.

'L'externe est, à la fois, la plus volumineuse et la plus importante. Elle fournit elle-même plusieurs fais- ‘ ceaux qui se mettent en rapport avec divers noyaux gris. 1° On peut distinguer d’abord un faisceau qui s’ari rête dans les corps genouillés externes. Ces derniers ; consistent en des amas assez volumineux de substance ! grise, renfermant des cellules ganglionnaires étoilées ou Il fusiformes, d’assez grande dimension, qui se trouvent bien Il représentées dans l’ouvrage de Henle (fig. 177, p. 2491.

'j 2“ Un second faisceau, situé en dedans du précédent, pénètre ; dans l’étage inférieur du thalamus, environ 12 millimètres lien avant de l’extrémité du pulvinar. Sur une coupe transversale telle que celle qui est figurée dans le travail de Meynert (fig. 249, II R), le faisceau en question est situé entre le corps genouillé externe et le pied du pédoncule. L’existence de ce faisceau, affirmée par Gratiolet, est aussi : très-explicitement reconnue par Meynert, Henle et Hugue- ■inin. 3“ Un troisième faisceau qui, d’après Gratiolet, serait 1 le plus apparent et le mieux connu des racines du nerf

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