‹ Lecons sur les localisations dans les maladies du cerveauChapitre 80 sur 200 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Des localisations spinales.

(A^natomie et physiologie du faisceau pyramidal.)

Charcot .

PREMIÈRE LEÇON

Introduction. — Topographie de la moelle épinière. — Affections systématiques.

Sommaire. — Introduction. — Progrès de l’anatomie pathologique du système nerveux. — Beaucoup de maladies nerveuses sont cependant inaccessibles à l’anatomie pathologique.

Historique rapide de l’ataxie locomotrice et de la sclérose en plaques longtemps considérées comme des névroses. — L’étude des lésions, avec le concours de l’expérimentation, peut fournir les bases d’une interprétation physiologique des phénomènes morbides.

Constitution de la moelle épinière. — Lésions systématiques ; — Faisceau pyramidal (faisceau direct et faisceau croisé). — Faisceaux de Goll et de Burdach. — Cette décomposition des diverses parties de la moelle s’annonce dès la période de développement de l’organe. — Recherches de Pierret, de Flechsig.

A.ffections élémentaires. — Localisations bulbaires et médullaires.

Messieurs,

Conformément au programme que je me suis tracé, je dois traiter, dans le cours de cette année, de l’anatomie pathologique du système nerveux.

Déjà, à plusieurs reprises, dans cet enseignement, qui date aujourd’hui de sept années, j’ai eu l’occasion d’entrer dans quelques développements sur divers points relatifs à ce grand chapitre. Ainsi, il y a sept ans, à propos des inflammations considérées en général, j’ai présenté une esquisse anatomo-pathologique Aes, scléroses spinales. ’Usxi-

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née d’après, traitant des dégénérations et des atrophies, je me suis appliqué à montrer le rôle éminent, et alors peu connu, que jouent les altérations de certaines parties des centres nerveux sur le développement de divers troubles trophiques et en particulier des atrophies musculaires. Enfin, il y a quatre ans, j’essayais, dans une série de leçons, de faire connaître la méthode anatomo-clinique qui permettra d’établir sur des bases solides la doctrine des localisations cérébrales chez l’homme. Mais, en somme, Messieurs, ces divers sujets n’ont été abordés toujours que d’une façon incidente, à titre d’éléments pouvant contribuer à la solution de questions plus générales. D’ailleurs, malgré l’intérêt qui s’y attache, ce ne sont, à tout prendre, que des épisodes dans l’histoire anatomo-pathologique du système nerveux. Il m’a semblé qu’il serait utile d’envisager actuellement en eux-mêmes les faits qui composent cette histoire et de les considérer dans leur ensemble.

Les temps paraissent, du reste, favorables pour entreprendre cette étude. D’innombrables matériaux, relatifs à ces questions, ont été laborieusement recueillis dans le cours des dernières années. Ils étaient restés disséminés dans divers recueils. On a senti, à un moment donné, un peu dans tous les pays, le besoin de les coordonner, afin de les faire entrer dans l’enseignement classique. C’est ainsi qu’ont paru récemment, tant à l’étranger qu’en France, plusieurs grandes monographies et même plusieurs traités dogmatiques concernant spécialement la pathologie du système nerveux. Dans ces ouvrages, les documents nouveaux tiennent toujours à côté des documents de date plus ancienne une place honorable, ou même souvent ils y occupent le premier rang.

Il vous suffira. Messieurs, de parcourir ces livres pour y reconnaître la marque d’un progrès sérieux, et pour constater qu’une grande part dans l’accomplissement de ce progrès appartient à la recherche anatomo-pathologique, rendue

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plus pénétrante par l’emploi des moyens perfectionnés de l’histologie moderne.

C’est là, Messieurs, le point qui nous touche particulièrement, en raison du caractère spécial de notre enseignement. Je voudrais aujourd’hui m’y arrêter un instant. Il ne s’agira pas, dans l’exposé qui va vous être présenté, d’un historique en règle, mais seulement d’une introduction, d’un sommaire où seront signalés à grands traits quelques-uns des principaux résultats obtenus. Chemin faisant, nous parviendrons peut-être à dégager l’idée dominante qui semble avoir inspiré ces travaux.

En premier lieu, il importe de reconnaître, parce que l’illusion en pareille matière est la pire des choses, que, malgré tous les efforts, il existe encore à l’heure qu’il est un nombre considérable d’états pathologiques ayant évidemment pour siège le système nerveux, qui ne laissent sur le cadavre aucune trace matérielle appréciable, ou ne s’y révèlent tout au plus que par des lésions minimes, sans caractère déterminé, incapables en tous cas de rendre compte des principaux faits du drame morbide. Tels sont, par exemple, le tétanos et la rage. L’antique groupe des névroses, bien qu’il ait été sérieusement entamé sur plusieurs points, est là, toujours présent, à peu près inaccessible à l’anatomopathologiste. L’épilepsie vraie, la paralysie agitante, l’hystérie même la plus invétérée, la chorée enfin, s’offrent encore à nous comme autant de sphynx qui défient l’anatomie la plus pénétrante. Aussi sommes-nous forcés de confesser, dès l’origine, que, dans le domaine neuro-patho-

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logique, l’anatomie pathologique n’a d’application directe que dans un certain nombre d’états morbides.

Mais, prenons les choses comme elles sont dans la réalité, et attachons-nous seulement aux formes pathologiques dans lesquelles l’existence constante d’une lésion matérielle a été bien et dûment constatée. Le champ, ainsi limité, sera encore assez vaste.

On dit souvent que les progrès de l’anatomie pathologique et ceux de la pathologie vont de pair. Cela est vrai sans doute en général, mais cela est vrai surtout en ce qui concerne les maladies du système nerveux. Quelques exemples suffiraient pour montrer que la découverte d’une lésion constante, dans les maladies de ce genre, est un résultat d’une portée décisive.

La description qu’a donnée Duchenne (de Boulogne) des symptômes de l’affection qu’il a appelée l’ataxie locomotrice, est incontestablement l’une des plus vivantes, des plus saisissantes qui se puissent voir; c’est un véritable chef-d’œuvre. Cependant, combien d’hésitations ont régné dans l’esprit des praticiens jusqu’au jour où la lésion décrite autrefois par Cruveilhier fut, par les recherches de MM. Bourdon et Luys, rapportée au type clinique. Mais quelques auteurs pensaient encore que l’affection, à son origine, pouvait être une névrose. Toute illusion se dissipa lorsqu’on eut reconnu que la lésion spinale est déjà parfaitement constituée et facilement reconnaissable dès les premières phases du mal, alors qu’il ne se révèle encore cliniquement que par quelques symptômes fugaces, à peine appréciables. L’examen ophthalmoscopique qui, dans l’es-

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pèce, répond en quelque sorte à une investigation anatomique faite sur le vivant, en faisant reconnaître l’existence de l’induration grise du nerf optique, bien des années souvent, avant le développement des autres symptômes tabétiques dépose absolument dans le môme sens. La lésion est donc là, toujours présente à un degré quelconque. Elle ne fait pas défaut dans les formes frustes, anormales, si variées, si différentes du type normal. Sa présence constante a permis de rattacher avec assurance ces formes, dont le nombre semble augmenter chaque jour, au type régulier, seul visé dans la description classique de Duchenne (de Boulogne).

Le développement de nos connaissances, relativement à la maladie connue sous le nom ^induration multiloculaire des centres nerveux, de sclérose enplaques, prêterait à des considérations du même ordre. La maladie n’a été bien connue dans son type classique que lorsqu’elle a été rattachée à la lésion cérébro-spinale. Le type régulier est rare ; les formes anormales sont fréquentes, au contraire, et nombreuses. Elles n’ont pu être rattachées au type dont elles s’éloignent cliniquement que parce que l’anatomie pathologique a servi de fil conducteur.

Dans les exemples que je viens de faire passer sous vos yeux, l’intervention de l’anatomie pathologique, — et c’est là ce que j’ai voulu faire ressortir, — offre, en quelque sorte, un caractère purement pratique. Il s’agit surtout, vous l’avez remarqué, de fournir à la nosologie, pour la détermination des composés morbides, des caractères plus accentués, plus fixes, plus matériels, si l’on peut ainsi dire, que ne le sont les symptômes eux-mêmes ; aucune idée spéculative n’intervient, et l’on ne s’occupe guère de saisir la nature des rapports qui unissent les lésions aux symptômes extérieurs.

Sans méconnaître. Messieurs, l’importance des résultats obtenus dans cette voie, il est certain qu’aujourd’hui l’étude

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