ACTES RÉFLEXES DES NOUVEAU-NÉS
structure du cerveau en est encore, en quelque sorte, à l'état rudimentaire, tandis que dans le bulbe et la moelle épinière elle se présente déjà avec des caractères qui la rapprochent de l’état adulte.
B. Un coup d’œil jeté sur la physiologie du nouveau-né conduit à des considérations du môme genre. Chez l’enfant nouveau-né, a dit Virchow, reproduisant une vue déjà émise par Billard, la vie du système nerveux est en quelque sorte exclusivement concentrée dans le bulbe et la
Fig. 48. — Région cervicale. — F. p. d., Faisceau pyramidal direct. — F. p c.. Faisceau pyramidal croisé.
moelle épinière. Il est à peu près certain que les déterminations volontaires sont alors absentes et que les actes accomplis, si compliqués qu’ils paraissent, la succion, par exemple, sont purement instinctifs, en un mot, d’ordre réflexe.
Les récentes expériences de Soltmann, confirmées par MM. Rouget et Tarchanoff plaident dans le même sens. Chez les animaux adultes, contrairement aux enseignements de la physiologie d’il y a dix ans, l’excitation électrique des régions dites psychomotrices détermine des
RECHERCHES DE M l’ARROT.
mouvements dans les membres ou les autres parties du coté opposé du corps ; et l'ablation de ces mêmes régions produit un état parétique plus ou moins prononcé dans ces mômes membres, qui tout à l’heure entraient en mouvement sous l’influence des excitations. Eh bien, Messieurs, il résulte des recherches de M. Soltmann, que les parties excitables de l’écorce du cerveau n’existent pas encore chez lespetits des animaux qui naissent aveugles et, comme ceux de l’homme, privés de déterminations volontaires : tels, le lapin, le chien; tandis que, par contraste, ces régions exci-
Fig. 49. — Région lombaire. — F. p. c., Faisceau pyramidal croisé.
tables ou centres moteurs existent déjà, d’après les observations de Tarchanoff, chez les animaux qui naissent les yeux ouverts et doués de mouvements volontaires. En même temps, d’après ces mêmes recherches, le cerveau de ces animaux présente un développement histologique et une constitution chimique qui diffèrent peu des conditions de l’état adulte.
Il n’est peut être pas sans intérêt de faire remarquer, en passant, que ces faits d’ordre anatomique et physiologique ont leur pendant dans la pathologie du nouveau-né. Il est par exemple une chose bien connue de tous les auteurs qui ont particulièrement étudié la pathologie de cet âge, à sa-
voir que toutes les lésions cérébrales, même les plus graves, ne se traduisent par aucun symptôme spécial ; à proprement parler, elles restent latentes et ne peuvent être diagnostiquées. Ainsi s’exprime M. le professeur Parrot à l’occasion des lésions cérébrales qu’il subordonne à l’atlirepsie, stéatose en foyer ou dilfuse, ramollissement blanc ou rouge du cerveau, liémorrliagie intra-encépbalique ou méningée, etc.
Vous le voyez, Messieurs, à cet âge, le cerveau n’existe pas encore; au triple point de vue anatomique, fonctionnel et pathologique, c’est un organe indifférent.
Les considérations qui précèdent auront servi, tout au moins, à accuser un contraste. En effet, il est bien entendu que la moelle épinière est, chez l’enfant qui vient de naître, beaucoup plus avancée dans son développement que ne l’est le cerveau proprement dit ; si bien qu’à certains égards elle se rapproche de l’état adulte. On peut en dire autant du bulbe rachidien. Toutefois, — et c’est là le point qu’il s’agit maintenant de faire ressortir, — l’organisation de ces deux parties du névraxe est encore bien imparfaite. Pour vous en convaincre, jetez les yeux sur les figures que je vous ai déjà présentées et rappelez-vous les méthodes mises en usage pour faire ressortir immédiatement les différences qui existent entre les parties développées et celles qui ne le sont pas. L’acide osmique, vous ai-je dit, est fixé, dans les éléments nerveux développes, par la myéline. Or, vous voyez sur cette coupe de moelle épinière que quatre faisceaux bien nettement délimités sont respectés par le réactif, ce qui équivaut à dire que ces faisceaux ne sont pas
encore développés. Ce sont : 1* les deux faisceaux dits pyramidaux directs; 2° les deux faisceaux pyramidaux croisés. Et précisément ces faisceaux correspondent aux régions occupées par la lésion, dans une des formes les plus intéressantes des affections systématiques que nous nous proposons d’étudier en détail. C’est assez vous dire l’intérêt qui s’attache pour nous à l’étude anatomique de ces faisceaux.
Ils n’appartiennent pas exclusivement à la moelle épinière, on peut en suivre anatomiquement le parcours et en reconnaître les principales dispositions dans le bulbe rachidien, dans les pédoncules cérébraux et jusque dans la profondeur des hémisphères. Dans cette description, nous serons guidés par les travaux commencés à Paris par M. Pierret et surtout par ceux de M. Flechsig. Enfin nous mettrons à profit une étude de M. Parrot, fondée sur une centaine d’observations et dont les résultats doivent être présentés demain à la Société de Biologie.
1° Voyons donc. Messieurs, quel trajet parcourent ces quatre faisceaux pyramidaux, et commençons, si vous le voulez bien, par les faisceaux croisés {Fig. 48 et 49).
Immédiatement au-dessous de l’entrecroisement bulbaire ils occupent une situation qu’ils ne quitteront plus, attendu qu’on peut les suivre dans la partie inférieure de la moelle épinière jusqu’à la deuxième ou troisième paire sacrée. Sur cette grande étendue, ils occupent la moitié postérieure du cordon latéral où ils sont représentés par un faisceau compact de forme triangulaire, touchant en arrière à la substance gélatineuse, tandis que, en dedans, un petit espace sépare le sommet de ce triangle du processus réticulaire. Quant à la base du triangle, dirigée en dehors, elle est séparée de la pie-mère par une zone de substance nerveuse lui formant une sorte de manteau et constituée par les faisceaux cérébelleux directs. Mais cette disposition n’occupe