‹ Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau: faites a la faculté de Médecine de (volume 2)Chapitre 65 sur 113 · DEVELOPPEMENT DU FAISCEAU PYRAMIDAL · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT DU FAISCEAU PYRAMIDAL

voir que toutes les lésions cérébrales, même les plus graves, ne se traduisent par aucun symptôme spécial ; à profHrement parler, elles restent latentes et ne peuvent être diagnostiquées. Ainsi s'exprime M. le professeur Parrot à l'occasion des lésions cérébrales qu'il subordonne à rathrq[ksie, stéatose ai foyer ou diffuse, ramollissement blanc ou rouge du cerveau, hémorrhagie intra-^encéphalique ou méningée, etc.

Vous le voyez, Messieurs, à cet âgé, le cerveau n'existe pas encore ; au triple point de vue anatomique, fonctionnel et pathologique, c'est un organe indifférent.

Les considérations qui précèdent auront servi, tout au moins, à accuser un contraste. En effet, il est bien entendu que la moelle épinière est, chez l'enfant qui vient de naître, beaucoup plus avancée dans son développement que ne l'est le cerveau proprement dit ; si bien qu'à certains égards elle se rapproche de l'état adulte. On peut en dire autant du bulbe racbidien. Toutefois, — et c'est là le point qu'il s'agit maintenant de faire ressortir, — l'organisation de ces deux parties du névraxe est encore bien imparfaite. Pour vous en convaincre, jetez les yeux sur les figures que je vous ai déjà présentées et rappelez-vous les méthodes mises en usage pour faire ressortir immédiatement les différences qui existent entre les parties développées et celles qui ne le sont pas. L'acide osmique, vous ai-je dit, est fixé, dans les éléments nerveux développés, par la myéline. Or, vous voyez sur cette coupe de moelle épinière que quatre faisceaux bien nettement délimités sont respectés par le réactif, ce qui équivaut à dire que ces faisceaux ne sont pas

DÉY£LOPPSMSNT DU FAISCEAU PYRAMIDAL. 191

ex^oare développés. Ce sont : 1* les deux faisceaux dits jpf/ranMam; directs; 2° les deox faisceaux pyramidavui; croisés» Et précisément ces faisceaux correspondent aux régions occupées par la lésion, dans une des formes les plus intéressantes des affections systématiques que nous nous proposons d'étudier en détail. C'est assez vous dire l'intérêt qui s'attache pour nous à l'étude anatomique de ces faisceaux.

Dâ n'appartiennent pas exclusivement à la moelle épinière, on peut en suivre anatomiquement le parcours et en reconnaître les principales dispositions dans le bulbe rachidien, dans les pédoncules cérébraux et jusque dans la profondeur des hémisphères. Dans cette description, nous serons guidés par les travaux commencés à Paris par M. Pierrot et surtout par ceux de M. Flechsig. Enfin nous mettrons à profit une étude de M. Parrot, fondée sur une centaine d'observations et dont les résultats doivent être présentés demain à la Société de Biologie.

1® Voyons donc, Messieurs, quel trajet parcourent ces quatre faisceaux pjramidaux, et commençons, si vous le voulez bien, par les faisceaux croisés [Fig. 48 et 49).

Immédiatement au-dessous de l'entrecroisement bulbaire ils occupent une situation qu'ils ne quitteront plus, attendu qu'on peut les suivre dans la partie inférieure de la moelle épinière jusqu'à la deuxième ou troisième paire sacrée. Sur cette grande étendue, ils occupent la moitié postérieure du cordon latéral où ils sont représentés par un faisceau compact de forme triangulaire, touchant en arrière à la substance gélatineuse, tandis que, en dedans, un petit espace sépare le sommet de ce triangle du processus réticulaire. Quant à la base du triangle, dirigée en dehors, elle est séparée de la pie-mère par une zone de substance nerveuse lui formant une sorte de manteau et constituée par les faisceaux cérébelleux directs. Mais cette disposition n'occupe

19t FAISCEAUX PTRA.MIDÀUX AMTéRIBURS.

que la moitié supérieure du cordon médullaire ; au-dessous de la région dorsale, les faisceaux cérébelleux s'épuisent, et, dans la région lombaire, où il n'en reste plus trace, les faisceaux pyramidaux croisés touchent à la pie-mère. Sur les coupes transversales, le diamètre de ces faisceaux triangulaires diminue régulièrement de haut en bas, comme si les fibres qui les composent s'épuisaient elles-mêmes chemin-faisant ; mais c'est surtout au niveau du renflement cervical et du renflement lombaire que cette diminution de diamètre est le plus appréciable.

2* Pour les faisceaux pyramidaux antérieurs ou directs désignés aussi sous le nom de cordons de Tùrck, ils siègent à la face interne des cordons antérieurs et présentent là une formé ellipsoïde, à grand axe antéro-postérieur.En général, on peut les suivre jusqu'au milieu de la moelle dorsale; mais cette disposition souffre de nombreuses exceptions : tantôt ils ne dépassent pas la région cervicale : tantôt, au contraire, ils descendent jusqu'à la région lombaire.

Ces quatre faisceaux sont composés de fibres à direction parallèle, et lorsqu'ils sont développés ils renferment des tubes nerveux de toutes dimensions. Comment se comportent-ils à leurs extrémités? Puisque leur diamètre diminue à mesure qu'ils descendent plus bas dans la moelle, on est en droit de conclure que les fibres nerveuses qui les composent s'arrêtent successivement en chemin. Les cornes antérieures de substance grise paraissent naturellement désignées comme étant le point vers lequel ces fibres convergent. Mais, pénètrent-elles dans les racines antérieures? Non, car les racines antérieures et les cellules nerveuses, sont déjà très développées alors que les faisceaux pyramidaux ne le sont pas encore; elles ne passent pas non plus, du moins pour la plupart, dans les commissures ^ui ont également atteint leur développement ; donc elles s'arrêtent

FAISCEAUX PTRAMIOAUX CROISÉS. 193

dans la substance grise antérieure où elles entrent probablement en rapport avec les grandes cellules motrices.

Maintenant, Messieurs, nous devons essayer de poursuivre les faisceaux pyramidaux dans la moelle allongée.

En premier lieu, il est bien facile de voir que les faisceaux pyramidaux spinaux ne sont autre chose qu'une émanation, un prolongement des faisceaux pyramidaux bulbaires.

Soit une coupe transversale du bulbe pratiquée à la partie moyenne des olives. On reconnaît immédiatement le siège et les rapports des pyramides, et l'on constate que certaines parties du bulbe sont déjà parvenues à un développement avancé : tels sont les noyaux de l'hypoglosse avec les filets intra-bulbaires des nerfs hypoglosses, et tout le champ des faisceaux antéro-latéraux.

Or, chacune de ces pyramides donne naissance à deux des faisceaux spinaux, un direct, un croisé. Le faisceau direct descend dans l'intérieui: du cordon antérieur correspondant; l'autre, ou faisceau croisé, s'entrecroise avec le faisceau correspondant qui se détache de l'autre pyramide, et va gagner la partie postérieure du faisceau antéro-latéral où il occupe les rapports de situation que nous avons indiqués plus haut.

C'est ainsi que s'opère la semi-décussation désignée généralement sous le nom d'entrecroisement des pyramides, et dont toutes les particularités sont décrites longuement dans les traités classiques.

Mais ce que l'on connaît moins dans ce fait de l'entrecroisement des pyramides, c'est qu'il est sujet à de très

Cbarcot. ^3

VARIEES d'entrecroisement.

nombreuses variétés, à en juger du moins par les observations de M. Flechsigqui portent sur une soixantaine de tas. Les variétés en question, d'après M. Flechsig, peuvent d'ailleurs être ramenées à 3 types :

1" type. C'est le plus vulgaire ("75 0/0), Il consiste dans

— b, tjpa de McaiMMlaa tauls. Le &ïtceau pyramidal direct Itit délai

la aemi-décussation symétrique, chaque pyramide fournissant un faisceau direct et un faisceau croisé. Dans la ^grande majorité des cas, le faisceau direct est beaucoup moins important que le faisceau croisé. Il est représenté par 3,9 O/O des fibres de la pyramide, tandis que le faisceau croisé renferme 97 ou 91 0/0 de ces fibres. Mais, il existe dans ce type une variété très intéressante que M. Flechsig a mentionnée et que M. Pierret avait également observée.D suffît de renverser les proportions que je viens de vous signaler ; le faisceau direct est représenté par 90 0/0 du chi&e total des fibres tandis que le faisceau croisé ne contient seulement que 10 0/0 de ces fibres. Le nombre des fibres entrecroisées est donc en pareil cas si insignifiant qu'il peut n'en être pas tenu compte.

VARIÉTÉS d'entrecroisement. 195

Vous comprenez, Messieurs, tout l'intérêt des cas de ce genre, au point de vue des paralysies cérébrales directes. On entend par là, ainsi que vous le savez, les paralysies qui, contrairement à la règle, se produisent du même côté que la lésion.

L'existence de ces paralysies est incontestable, mais à coup sûr moins fréquente qu'on n'a bien voulu le prétendre dans ces derniers temps. Le nombre de 200 que l'on met en avant pour le besoin de certaines théories pourrait être considérablement réduit par la critique. Néanmoins quelques observations bien recueillies ne laissent prise à aucun doute : telles sont celles de Brown-Séquard, de Callender, de M. Jackson, Reynaud et quelques autres encore.

Généralement, pour expliquer ces faits, on invoque la théorie de Longet qui suppose qu'en pareille circonstance l'entrecroisement fait défaut ; mais ce n'était là de la part de Longet qu'une pure hypothèse. En effet les anatomistes ont toujours considéré l'entrecroisement des pyramides comme une disposition absolument constante. C'est ainsi que M. Serres affirmait avoir examiné 1100 sujets sans rencontrer une seule exception à la règle. Eh bien. Messieurs, cette opinion nous parait beaucoup trop absolue et les recherches de M. Flechsig le démontrent. Dans bien des cas, si l'entrecroisement ne fait pas absolument défaut, il peut, comme je vous l'ai dit, n'être représenté que par un nombre de fibres si restreint que l'on peut le considérer comme tout à fait négligeable ; et alors le faisceau direct l'emporte de beaucoup sur le faisceau croisé, circonstance suffisante pour expliquer la paralysie directe .

2« type. Celui-ci a été observé 11 fois sur 100. C'est la décussation totale; autrement dit les faisceaux directs manquent complètement.

3« type. Plus fréquent que le précédent puisqu'il se pré-

195 VARIÉTÉS d'entrecroisement.

sente dans la proportion de 40 0/0, il mériterait la désignation de type asymétrique. En pareil cas, il n'existe que trois faisceaux : une seule des pyramides se divise en deux faisceaux, l'un direct l'autre croisé; la seconde pyramide, au contraire, s'entrecroise dans sa totalité.

Enfin, Messieurs, il me reste à vous signaler le remarquable rapport de compensation qui existe entre les deux faisceaux issus d'une môme pyramide selon les cas auxquels je viens de faire allusion. Plus l'un est volumineux, plus l'autre est grêle, — et inversement.

A cette asymétrie dans la décussation correspondent, cela va de soi, des asymétries dans la moelle, et il importe de les connaître, parce qu'on pourrait au premier abord les rapporter dans certains cas à un état pathologique.

TROISIÈME LEÇON

Da faisceau pyramidal dans les pédoncules cérébraux, la capsule interne et le centre ovale.

Sommaire. — Trajet du faisceau pyramidal au-dessus de la région bulbaire. — Trajet dans la protubérance. — Trajet pédonculaire. — Etendue du faisceau pyramidal dans Tétage inférieur ; opinion de M. Flechsig. — Développement relativement précoce du faisceau pyramidal dans le pédoncule.

Division de la capsule interne en trois régions sur les coupes borizontales. — Segment antérieur, segment postérieur, genou de la capsule.— Localisation du faisceau pyramidal dans le segment postérieur de la capsule interne.

Du faisceau pyramidal dans le centre ovale. — Observations cbromologiques de Parrot. — Formation de Tanse rolandique. — De toutes les régions du manteau de Thémisphère, ce sont les régions dites motrices qui se développent les premières.

Messieurs,

Dans la dernière leçon, me fondant principalement sur les recherches de M. Flechsig, contrôlées par nos propres observations, nous avons pu reconnaître la topographie des faisceaux pyramidaux dans les diverses régions de la moelle épinière et indiquer les rapports qu'ils affectent à regard des autres parties constituantes de cet organe complexe entre tous. Puis, remontant au-delà de Tentrecroisement, nous avons retrouvé dans le bulbe ces cordons pyramidaux réunis en deux faisceaux bien distincts que vous avez appris à connaître en anatomie descriptive sous le

ISS ÉTAQE INFÉRIEUR DES PÉDONCULES.

nom de pyramides anléricures. Aujourd'hui, Messieurs, nous devons remonter plus liaut encore et déterminer, autant que possible, le trajet des faisceaux pyramidaux dans les autres parties de l'isthme, c'est-à-dire dans la protubérance et les pédoncules cérébraux, et enfin dans le cerreau proprement dit, où, vous allez le voir, ils paraissent prendre leur origine.

1° Sons la protub(^rance, les éléments nervenx qui, tout

FF El

à l'heure, composaient les pyramides du bulbe, ne se présentent plus sous l'aspect de faisceaux compactes \ ils se dissocient et s'entremêlent avecles libres protubérantielles proprement dites, ou ils contribuent à former un réseau au milieu duquel il est au moins fort difScile de les distiugaer. H n'en est plus de même dans les pédoncules cérébniui, oti nous allons les voir se reconstituer en quelque aorte à l'état de fEùsceaux bien limités.

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