ÊXAGR INF£RI£UR DES PÉDONCULES
2® Vous connaissez tous. Messieurs, ces deux colonnes pi rattaclient la protubérance aux hémisphères cérébraux et qu'on appelle les pédoncules du cerveau. Je suppose qu'une coupe ait été pratiquée perpendiculairement à la direction des fibres qui s'accusent si nettement à la face inférieure de ces colonnes, un peu au-dessus de la protubérance, soit, par exemple, au niveau de l'origine des nerfs moteurs oculaires communs. Reconnaissons d'abord les particularités qu'offre à considérer, chez le nouveau-né, une coupe de ce genre.
Le pédoncule est divisé par les auteurs en deux parties (1) : 1° l'étage inférieur qu'on appelle encore le pied (pes, crusta) ; 2** l'étage supérieur ou tegmenium, autrement dit la calotte {Haiîbe des Allemands). Au-dessus de ces parties, se voit sur la coupe en question la section verticale des tubercules quadrijumeaux antérieurs. Enfin, vers la partie médiane, vous voyez la lumière de l'aqueduc de Sylvius autour duquel se développe un amas de substance grise, représentant les cornes spinales antérieures ; là, sont disposés des groupes cellulaires où prennent racine les nerfs moteurs oculaires communs. En avant de ce point, on distingue les prolongements des faisceaux antérieurs spinaux (partie fondamentale des faisceaux antéro-latéraux) ; ce
(l) Dans cette figure et surtout dans la précédente, on peut remarquer que la région du faisceau pyramidal n'occupe que la quatrième partie environ de l'étage inférieur (troisième quart en procédant de dedans en dehors). Telle est du moins l'étendue assignée à ce faisceau par M. Flechsig. Je dois dire ^'un certain nombre d'examens de la région pédonculaire chez le nouveauné me laissent à supposer que cette région est plus étendue que M. Flechsig ne fait entendre. Pour ce qui est des dégénérations secondaires dans le £uaceaa pyramidal intra-pédonculaire, je suis en mesure d'affirmer qu'elles correspondent à des dimensions sensiblement plus grandes que ne le font supposer les recherches de Flechsig. Un bon nombre d'observations anatoniques, recueillies dans ces derniers temps dans mon service de la Salpêtrière, ne permettent pas de conserver le moindre doute à cet égard. U résulte de ces observations que le faisceau pyramidal occupe au moins les deua ÇM»ti mojfens de l'étage inférieur. '
200 DIVISION DU PÉDONCULK EN TROIS RéaiONS.
sont des fibres qui s'entremêlent avec celles des processus cerebelli ad testes. Ces processus se montrent sur la coupe sous la forme de noyaux rouges (Rothe Kerne, V. Stilling). Ces diverses parties, qui constituent à proprement parler le tegmentum, sont déjà développées chez le nouveau-Dé, et vous 'savez qu'en remontant vers l'en-
céphale, nous les verrions aboutir à la couche optique, où elles se perdent. Elles ne prennent donc aucune part à la formation de l'expansion pédoncuiaire. Si je me suis arrêté à vous en décrire l'ensemble, c'était afin de mieux déterminer la topographie de la région dans laquelle nous devons nous orienter. Dès maintenant, nous pouvons en faire abstraction.
DIVISION DU PÉDONCULE BN TROIS rSOIONS. ÏOI ,
II nous importe, au contraire, de considérer attentivement l'étage inférieur des pédoncules, le pied des pédoncules. Chez l'adulte, cette partie est nettement séparée du
Bt oerapul une partli
tegmentum par une bande transversale de substance grise qui n'est autre que le locusniger de Sœmmering. Les cellules nerveuses decette région ne sont pas encore pénétrées
20SI ÉXXQB INFÉRIEUR DU PSDONCULB.
de matière pigmentaire à Tépoque de la vie, que nous considérons. Quoi qu'il eu soit, c'est au-dessousr de cette bandelette que se trouve la région du pied ; et c'est là qu'il nous faut rechercher la trace des faisceaux pyramidaux.
La section de l'étage inférieur pédonculaire peut être divisée en trois segments, de dimensions à peu près égales (segments interne, externe et moyen). Dans les deux premiers, les tubes nerveux ne sont pas encore recouverts de leur enveloppe médullaire et apparaissent sur les coupes comme des espaces clairs. Il n'en est pas de même du segment moyen. Celui-ci se présente sous la forme d'un espace de forme rtiomboïde et opaque, parce qu'en ce point les fibres nerveuses ont acquis leur développement complet. Or, c'est précisément cet espace de substance opaque qui, d'après M. Flechsig, représente les prolongements reconstitués des faisceaux pyramidaux. (Voyez la légende relative à la figure précédente).
Ainsi, vous le voyez, tandis que dans la moelle et le bulbe du nouveau-né les faisceaux pyramidaux se distinguaient des parties voisines en raison même de l'état rudimentaire auquel ils devaient leur coloration claire, c'est le contraire qui a lieu dans les pédoncules.
Les fibres nerveuses qui composent les faisceaux pyramidaux de l'étage inférieur sont déjà recouvertes de myéline ; elles portent, par conséquent , la marque d'un développement avancé, et c'est cette circonstance qui les fait contraster avec les parties avoisinantes.
Voilà, Messieurs, un fait incontestablement remarquable, puisqu'il semble indiquer que le développement des faisceaux pyramidaux procède du cerveau proprement dit. M. Flechsig n'a pas manqué de le relever. Il a même été conduit par ses observations à émettre l'hypothèse que c'est dans la substance grise de Técorce ou, autrement dit, dans les cellules ganglionnaires qui s'y trouvent, que les fi* bres nerveuses des futures pyramides prennent leur ori-
GAPSULB INTERNE. 203
gine ; là» eUes commenceraient à apparaître sous forme de bom'geons. Ceux-ci, se développant progressivement, descendraient peu à peu dans les pédoncules, et après avoir traversé la protulsërance et le bulbe, arriveraient dans la moelle éfûméare, dont ils atteindraient en dernier lieu rextrëmitô inférieure. Je laisse, bien entendu, à M. Fledisig la responsabilité de son hypothèse, et je vais désormais me bmner à exposer les données sur lesquelles elle s'appuie, n'ayant pas encore eu Toccasion de contrôler de visu cette dernière partie de ses recherches.
3* Suivant M. Flechsig, vous Tavez prévu, le faisceau pyramidal peut être suivi au-delà du pied dans la profondeur de l'hémisphère. On peut tout d'abord reconnaître sa présence au milieu des masses ganglionnaires opto-striées, dans la région qu'on appelle la capsule interne et qui, en somme, pour une assez bonne partie au moins, n'est autre que l'expansion des faisceaux qui forment l'étage inférieur des pédoncules. A l'égard de la capsule interne, quelques indications topographiques ne seront pas superflues.
Si l'on pratique la section horizontale de l'un des hémisphères cérébraux, suivant une ligne parallèle à la fissure Uiiérale postérieure (de Henle) et un peu au-dessus de cette fissure, le segment inférieur de l'hémisphère que nous avims sous les yeux nous offre surtout à considérer les particularités suivantes.
En arrière et en dedans, au voisinage de la ligne médiane, est la couche optique ; en avant de la couche optique, la tête du noyau caudé : en dehors, le noyau lenticulaire dont les bords internes forment par leur réunion, comme une sorte de coin qui s'avance dans l'angle formé par le noyau caudé et la couche optique. Mais les masses ganglionnaires internes (couche optique et corps strié)> sont séparées de la masse externe (noyau lenticulaire) par un gTOB traitas. Uanc coudé qui n'est autre que la capsule in-
204 ZONE ROLANDIQUE.
terne, c'est-à-dire pour une certaine partie, l'expansion pédonculaire.
Vous reconnaissez, Messieurs, d'après la disposition topographique de ce tractus, que deux parties bien distinctes le composent : 19 une partie antérieure comprise entre la face interne et antérieure du noyau lenticulaire et la tête du noyau caudé ; 2* une partie postérieure, intermédiaire à la face externe de la couche optique et aubordpostéro-interne du noyau lenticulaire. Ces deux parties se réunissent sous la forme d'un angle obtus que l'on pourrait appeler, ayec M. Flechsig, le « genou de la capsule interne ».
Eh ! bien, Messieurs, c'est dans la partie postérieure de la capsule qu'il faut, d'après M. Flechsig, chercher l'origine du trajet intra-hémisphérique du faisceau pyramidal.
Dès l'époque à laquelle nous le considérons, ce faisceau pourrait être reconnu là, dans le segment postérieur, sous l'aspect d'un espace elliptique, tranchant par son opacité sur les parties voisines ; composé par conséquent de fibreg nerveuses déjà très développées, il n'affecterait aucune relation de continuité avec les masses ganglionnaires adjacentes ; et si, par la pensée, vous partagez cette partie postérieure de la capsule interne en trois régions d'égale étendue, c'est la région moyenne qui occuperait précisément le faisceau pyramidal.
Mais ce n'est pas tout : plus loin encore que la capsule interne, le faisceau pyramidal peut être poursuivi jusque dans l'épaisseur du centre ovale, et même jusqu'à la couche grise corticale.
4° Pour rechercher les fibres pyramidales dans cette de^ nière partie de leur trajet, il nous faut considérer une coupe frontale. Cette coupe, faite un peu en arrière de la scissure de Rolande et parallèlement à sa direction divise, par le milieu,la circonvolution pariétale ascendante (dans le système topographique de M. Pitres, c'est la coupe pariétale
ZONE ROLANDIQUB. .205
proprement dite}. Elle pennet de voir le segment postérieur de la capsule interne dirigé obliquement en haut et en dehors; — le noyau lenticulaire accolé à son bord externe, la couche optique coupée eu travers par le milieu, la bordant du cdtéiatemeetsurmontée parla section de la queue du corps strié. Voilà bien la région oii passe, suivant M. Flechsig, le faisceau pyramidal. Parvenues dans le centre ovale, les fibres de ce faisceau commencent à se dissocier, à s'épai^
Ftg. SS.«-Coapep»riét»ledeni*iiii8plière (PIlM.j . Joooyjo cBUiié.— 10, cooche opiiqu*.— 11, capsule i U, DOTin Icnticnliin. — 13, ci[>iuls e»«rM. — 14, ■
piller en tous sens et il devient Impossiblede les suivre. Cependant, une portion du faisceau reste cohérente, et continue son chemin vers l'estréniité supérieure des circonvolution^ centrales. Donc, en sortant de la région capsulaire, elles se portent en dehors de manière à contourner la paroi du ventricule; puis elles se recourbent légèrement en dedans, et, à partir de ce moment, poursuivent leur trajet vertical vers le but que nous venons de signaler.
Î06 FAITS CHROMOLOGHEQUES.
En i*iomme, Messieurs, cette partie de réœrœ grise dans laquelle vont se perdre les extrémités terminaâes du (mcesm pjrramîdal appartient, vous le voyez, à la ré^on que Ton désigne sous le nom de zone motrice. {Lobule paracentral, extrémité supérieure des circonvolutioas frontale et pariétale ascendantes.)
Tels sont les résultats des recherches de M. Fledtsig en ce qui concerne le trajet intra-encéphalique du faisceau pyramidal. Sur plus d'un point,ces résultats semblent avoir besoin de confirmation et l'auteur lui-môme ne paraît pas leur accorder une confiance absolue. Mais ce qu'il faut en retenir, c'est l'ensemble du trajet que nous avons successivement étudié dans les diverses régions du névraxe. L'hypothèse à laquelle l'auteur en question paraît avoir été conduit d'après la somme des faits par lui observés, est que les fibres pyramidales prendraient naissance dans la substance corticale de la zone motrice; là, commencerait leur développement, et de là elles descendraient, comme nous l'avons dit tout à l'heure, par bourgeonnement, pour former les faisceaux pyramidaux dans la capsule d'abord, puis dans le pédoncule et la protubérance, puis dans le bulbe, et successivement, suivant les progrès de l'âge, dans les parties plus inférieures du névraxe.
5° Mais c'est ici. Messieurs, qu'il convient de faire intervenir les recherches de M. le professeur Parrot, auxquelles je faisais allusion dans la leçon précédente. Ces recherches, communiquées tout récemment à la Société de biolo^e, ne visent pas précisément le sujet traité par M. Flechsig, mais elles y touchent cependant et peuvent contribuer à y faire la lumière. Si, d'une façon générale, elles confirment les résultats annoncés par M. Flechsig, elles tendent toutefois à les modifier sur un point important, je veux parier du trajet intra-encéphalique au sujet duquel Fauteur allemand formulait l'hypothèse dont je viens de vous parler.