‹ Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau: faites a la faculté de Médecine de (volume 2)Chapitre 83 sur 113 · EXCITABILITE DU FAISCEAU PYRAMIDAL · texte numérisé non relu

EXCITABILITE DU FAISCEAU PYRAMIDAL

Car nous sayons que la section des nerfs centrifuges est suivie d'atrophie musculaire, tandis que l'interruption des fibres antéro-latérales n'entraîne pas le même résultat. C'est que les racines antérieures ne sont pas un simple prolongement des tubes nerveux de ces faisceaux ; elles en sont séparées par les cellules ganglionnaires qui sont leurs véritables centres trophiques. Il n'y a donc pas identité, et l'on ne doit s'attendre qu'à des analogies.

Les faisceaux antéro-latéraux sont-ils excitables comme le sont les nerfs? En d'autres termes, l'irritation de leurs fibres nerveuses par des agents mécaniques, chimiques ou électriques, est-elle suivie — comme c'est le cas lorsqu'il s'agit des nerfs — de contractures musculaires ? Il est parfaitement établi aujourd'hui, Messieurs, par les recherches de M. Vulpian et par celles plus récentes de MM. Fick et Engelken, que les faisceaux antéro-latéraux sont par eux-mêmes excitables comme le sont les nerfs. Mais les effets de cette excitation sont beaucoup moins accentués quant à la généralisation et à l'intensité des contractions. Il est remarquable aussi que l'excitation physiologique de la volonté l'emporte ici de beaucoup sur l'excitation artificielle. Les cellules des cornes antérieures sont sans doute un obstacle qui entrave la propagation des excitations jusqu'aux racines antérieures.

Mais il était surtout intéressant de rechercher si les cordons pyramidaux sont plies ou moins excitables que les faisceaux antérieurs. Or, l'expérimentation dans ces recherches rencontre des difficultés très sérieuses. Les auteurs s'accordent à reconnaître que, chez le chien, c'est dans les faisceaux antérieurs que l'excitabilité est le plus prononcée, n est possible, en effet, qu'il en soit ainsi chez le chien, où, d'après les observations de M. Schieffbrdecker, les faisceaux de Tûrck appartenant au système des fisdscaeux pyramidaux et composés par conséquent de fibres longues, auraient à cet égard une importance considérable.

EXPâRIENGES DE SGHIFF ET DE VULPIAN. 281

Cependant, en est-il de même chez l'homme, où, au ccmtraire, les faisceaux de Tùrck ont peu d'importance, les faisceau^ antérieurs proprement dits étant composés de fibres commissurales courtes, c'est-à-dire formant un faisceau dont le trajet est interrompu à chaque instant par des cellules ganglionnaires ? On peut douter qu'il en soit ainsi. D'ailleurs nous connaissons l'excitabilité du prolongement du faisceau pyramidal dans le manteau de l'écorce cérébrale, et nous savons qu'il constitue là une languette nerveuse sous-jacente aux circonvolutions rolandiques, douée d'une excitabilité très manifeste ; on peut donc admettre que, chez l'homme, cette môme excitabilité doit exister dans toute l'étendue du prolongement de ces faisceaux dans la moelle épinière.

2<*A. On convient assez généralement aujourd'hui, en physiologie expérimentale, que la transmission des excitations motrices volontaires se fait exclusivement par la voie des faisceaux blancs antéro-latéraux. C'est du moins ce que les expériences de M. Vulpian, contraires sur ce point à celles de M. Schiff, semblent avoir établi d'une façon péremptoire. Chez la grenouille (et a fortiori chez les mammifères), la section des faisceaux latéraux à la région dorsale — les faisceaux postérieurs et la substance grise étant épargnés — abolit les mouvements volontaires dans le train de derrière, d'une manière définitive, c'est-à-dire, non seulement le jour de l'expérience, mais encore les jours suivants . Au contraire, la section des faisceaux postérieurs et de la substance grise laisse persister les mouvements volontaires dans les pattes postérieures.

B. Le résultat des hémisections spinales est aussi très important à considérer. Les expériences de Schiff, répétées par M. Vulpian et d'autres observateurs, ont modifié à cet égard les anciens enseignements qui remontent à Galîen.

2S2 HéMXSECTIQNS SPHIALKS.

On croyait à la transmission absolument directe. On sait aigourd'hoi (il s'agit des animaux), qu'elle est en partie directe et en partie croisée. Quand tous coupez la moitié latérale de la moelle cbez un cochon d'Inde, par exemple, la paralysie est d'abord très accentuée du côté correspondant; il existe aussi un peu de parésie de l'autre côté. Mais bientôt, si l'animal survit, la paralysie diminue du côté de Thé» misection, quoique persistant toujours à un certain degré. Cela tient à l'existence de commissures qm unissent les faisceaux antéro-latéraux d'un côté aux faisceaux correspondants de l'autre côté. Mais^ si vous pratiquez une seconde hémisection du côté d'abord respecté, la paraplégie devient complète dans les deux membres.

C'est donc nécessairement par les cordons antérolatéraux, et par eux seulement, que passent les incitations motrices volontaires. Il n'y pas ici, comme pour la sensibilité, conduction indifférente par tels ou tels éléments de la moelle épinière.

Ainsi, tandis que la transmission des impressions sensittves est encore possible quand la moelle a subi, à différents niveaux, deux hémisections en sens inverse, il y a dans le môme cas paraplégie complète absolue de la motilité.

HL

Mais sont-ce bien les faisceaux antéro-latéraux en bloc qui transmettent ainsi les? ordres de la: volonté ; ou sont-ce plus particulièrement tes. faiaeeaiKX pyrajuàlaiix? L'expérimentation a presque: toujours reeuJé disvant cett» analyse : a Une viTiaectioni coupâaïkt isobéiasMat, et eoniflè*

EXPâBIBNCSS DB: waiU:)SGHILLOFV. 283

tement les faisceaux antérieurs ou les faisceaux latéraux, dit M. Vulpian, n'est pour ainsi dire pas réalisable (1). »

Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner la configuration d'une coupe transversale de la moelle épinière. Et, cependant, Messieurs» dans ces derniers temps» M. WoroschiloflT, mettant à profit les instruments perfectionnés qui sont d'un emploi journalier dans le laboratoire de Ludwig, a pu pratiquer sur la moelle épinière du lapin des sections très variées, quant au siège et à l'étendue des parties intéressées, et il est arrivé ainsi à produire des combinaisons qui hii ont permis: de dégager le rôle des faisceaux pyramidaux dans la transmission des incitations volontaire^ ; il a confirmé par ce moyen les résultats obtenus antérieurement sur le môme sujet par Miescher, Nawrocki et Dittmar.

Il s'agit, dans les expériences de Woroschiloff, de reconnaître l'influence des divers faisceaux spinaux sur l'exécution de quelques mouvements volontaires d'une analyse facile (saut, course, marche, etc.). L'étendue et la configuration des lésions sont étudiées par M. Woroschiloff avec le plus grand soin, sur des coupes durcies et reproduites photographiquement dans le travail en question.

Permettez-moi d'exposer quelques-uns des résultats auxquels ces recherches ont conduit. Ils nous intéressent tout particulièrement, puisqu'il s'agit surtout, vous le voyez, de dégager la fonction spéciale du faisceau pyramidal :

1^ La section des faisceaux postérieurs ne modifie en rien les mouvements volontaires. {Fig. 76) (3).

2° Il est très remarquable que toute la moitié antérieure

(1) Diet. eneyd. des se. méâ. kiU Mo$Uâ.

(2) Berkhi d. Ges^llscA. d. Wm»»sch,. tu. I^ip^ig^ 1874.

(3) Sur ces schémas, la partie foncée représente l'éteudue de la section médullaire.

i BXPiRIBNCBS DB WOROSCHILOFF.

! la moelle puisse être sectionnée, sans gu'il s'en smt

Fig. M.

aucune modiflcation dans l'exécutioa des mouvements volontaires. On voit par 1& que la moitié postérieure suffit à cette transmission. II n'y a donc pas de fibres longues, Airectement cérébrales, dans les fiùsceaox antérieurs. {Fiff. 77.)

3° La substance grise peut être coupée dans tonte son étendue, les faisceaux antéro-latéraux subsistant, sans qu'il se produise aucune modification dans les monvements volontaires. {Ftg. 78.)

4" Si, au contraire, la substance grise est intacte et que les faisceaux antéro-Iatéraux soient coupés des deux côtes,

Fig.n,

les membres postérieurs sont complètement paralysés. Ceci veut dire que la substance grise ne suffit pas à la transmission des incitations volontaires. {Fig. 79.)

5» Dans le cas de section des faisceaux latéraux et postérieurs, l'animal ne se sert que de ses membres antérieurs. Le train de derrière est complètement paralysé. {Ftg. SO.)

BXPâSIBITCBS DE WOBOSCHtLOFF . 2B!>

6** Enfin, si la section est totale, un seul faisceau latéral étant respecté, le membre inférieur du côté sectionné est complètement paralysé. Au contraire, du côté où le Cais-

mg.W. Pig.Si.

ceau latéral est épai^é, le membre obéit encore à la volonté; ai on l'étend, l'animal le retire. {Fig. 81.) C'est donc bien par les faisceaax pyramidaux que se fait la transmission des incitations volontaires.

Mais il est possible que ce rôle des faisceaux pyramidaux . ne soit pas exclusif; il représente sans doute la voie la plus facile, la plus habituelle. Cependant, quand le chemin est coupé, il en est d'autres vraisemblablement que peuvent suivre, au moins dans certains cas, les commandements venus du cerveau. C'est là un point sur lequel nous aurons à revenir.

Pour en finir avec ces prodromes physiologiques, il ne nous reste plus qu'à dire un mot de l'influence exercée par les faisceaux pyramidaux sur l'activité réflexe spinale.

D^à, nos études relatives au développement nous ont Mt reconnaître que les faisceaux pyramidaux doivent être

886 INFLUENCE MODéKATRiCE DJJ OORYBAU.

considérés comme de grandes commissures, établissant des relations fonctionnelles entre ie cerveau et la moelle épinière. Celle-ci vit, en çaelqxie sorte, isolément tant qae ces faisceaux ne sont pas encore développés, et jusqu'à cette "époque les mouvements du nouveau-né sont entièrement d'ordre réflexe. Les mouvements réflexes sont mis au contraire sur le deuxième {dan quand te développement des faisceaux pyramidaux est accompli, et ce sont dès lors les mouvements volontaires qui prédominent.

Llnfluence modératrice du cerveau sur les actes réflexes est d'ailleurs mise dans tout son jour quand on observe ce qui se passe après une section de la moelle. Mais il est facile de montrer que c'est surtout par les faisceaux antérolatéraux que cette influence s'exerce. En effet, la section peut être telle que la sensibilité soit conservée ; de plus, un seul côté de la moelle peut être affecté. Les faisceaux anté- • ro-latéraux sont donc bien les conducteurs des incitations volontaires.

Cependant, la physiologie expérimentale n'a pas encore décidé si c'est par la voie des faisceaux antérieurs ou des faisceaux pyramidaux que cette influence s'exerce. Mais, nous verrons que les faits pathologiques résolvent la question que l'expérience physiologique laisse indécise.

Telles sont les notions préliminaires que j'ai cru devoir vous présenter relativement au fonctionnement des divers faisceaux spinaux, tel qu'il se révèle dans les recherches expérimentales: Nous pouvons maintenant aborder avefc fruit la clinique des dégénérations secondaires.

ONZIEME LEÇON

Séméiologie générale des dég^énérations secondaires

du faisceau pyramidal.

SoMUÂiRB. — Description de la maladie spinale secondaire. <— Attitude du malade au lendemain de l'attaque apoplectique. — Pronostic à for muler dès le début. — Ce pronostic est basé sur le diagnostic anatomique du siège de la lésion.

Détermination exacte du territoire vasculaire aux dépens duquel s'est produite l'hémorrhagie cérébrale. — Le foyer est circonscrit ou il a des chances d'agrandir. — L'intégrité du faisceau pyramidal est la condition sine çua non de la guérison.

Symptômes précurseurs de la contracture secondaire. — Epilepsie spinale, clonus du pied. — Statistique. — Propagation de l'épilepsie spinale au côté sain. — Phénomène de 1« main. — Réflexes tendineux.

Messieurs,

Je me propose d'envisager aujourd'hui les dégénérations secondaires par le côté clinique. Autrement dit, je vais essayer de vous présenter un tableau des désordres fonctionnels qui se rattachent à ces lésions et qui servent, pendant la vie, à en révéler l'existence.

Après cela, mettant à contribution les données de Tordre expérimental que je vous ai brièvement exposées dans la dernière leçon, nous tenterons de parvenir à l'interprétation physiologique de ces symptômes.

288 élUDB STlOrrOHATIQUE.

Vous n'ignorez pas, sans doute, Messieurs, que la question que je vais aborder a été traitée d'une façon très lumineuse par M. le professeur Bouchard, dans ce travail de 1866, que j'ai maintes fois déjà mis à contribution; et la symptomatologie des dégénérations secondaires en est, incontestablement, l'une des parties les plus originales.

A plusieurs reprises, dans cet enseignement, j'ai présenté l'exposé des symptômes liés aux dégénérations secondaires, -et, pour la majeure partie, toujours conformément à celui qu'en a donné M. Bouchard. Il en sera de môme encore cette fois-ci ; cependant, quelques données nouvelles ont été introduites depuis 1866, dans cet intéressant chapitre, et j'aurai à vous les faire connaître. J'aurai aussi à proposer quelques modifications sur ce qui touche à l'interprétation physiologique des phénomènes.

Les divisions à établir dans le sujet pour les besoins de la démonstration sont naturellement toutes tracées. Nous passerons successivement en revue les dégénérations consécutives de cause cérébrale et celles qui reconnaissent pour cause une lésion spinale.

Pour bien comprendre l'intérêt pratique de l'étude que nous allons entreprendre, il convient de considérer l'état d'un malade frappé tout à coup d'hémiplégie, en

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