‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 11 sur 46 · DES SYPHILIDES CONSIDÉRÉES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES SYPHILIDES CONSIDÉRÉES EN GÉNÉRAL

Les syphilides ne semblent pas avoir toujours existé. Il est vrai que les historiens, les poètes et les médecins, (|ui ont écrit sous la splendeur de Rome et d’Athènes,

15A SYPHILIDES.

nous ont laissé des descriptions de maladies dans lesquelles les partisans de l’antiquité de la syphilis ont cru reconnaître une ressemblance et une analogie assez marquées avec la syphilis, pour leur assigner la même origine et la même nature; quelques médecins même font remonter la naissance de ces affections jusqu’aux temps bibliques. Mais nous ne faisons pas diflîculté de dire que ces assertions sont dénuées de preuves positives, et il faut véritablement arriver à l’époque de l’invasion de la syphilis en France, en Italie et en Espagne au xv* siècle, pour trouver les premières notions exactes sur les syphilides. Les auteurs de cette époque qui ont écrit les premiers sur la syphilis, qu’ils appelaient mal français ou mal napolitain et qu’ils croyaient importée du nouveau monde, nous en ont laissé les peintures les plus sombres et les plus effrayantes et, d’après leurs'lugubres récits, il paraîtrait que dans les dernières années du xv siècle et dans le commencement du siècle suivant, ces manifestations cutanées se seraient produites avec une intensité que nous ne leur connaissons plus de nos jours que dans des cas exceptionnels.

Plusieurs de ces descriptions dues aux Massa, Fallope, Frascator, etc., sont d’une fidélité qui permet de les reconnaître encore aujourd’hui; les histoires individuelles de plusieurs formes sont tracées de main de maître et doivent être consultées; mais à cette époque aucun travail d’ensemble ne fut entrepris sur ce point de la syphilis, et ces maladies cutanées furent indiquées sans ordre et sans méthode.

Cette étude générale et méthodique fut même négligée par Willan et Bateman qui, trop préoccupés de la

SYPHILIDES.

lésion élémentaire, n’ont pas étudié les maladies d’après leur nature et n’ont laissé des affections syphilitiques de la peau qu’une description confuse et incomplète.

Au commencement de l’an X, un chirurgien interne des hôpitaux de Paris, Trappe, publie le premier une dissertation pleine^ d’intérêt sur les excroissances et les pustules vénériennes. Il les divise en sept espèces : les sessiles, les pédonculées, etc. Cette classification, basée sur les caractères les plus saillants et, pour ainsi dire, les plus extérieurs que présentent les diverses syphilides, a déjà le mérite de ne pas trop multiplier les espèces et de les embrasser à peu près toutes.

Environ à la même époque, en 1803, parut la dissertation inaugurale de Lagneau, alors chirurgien de l’hôpital des vénériens de Paris et élève de Cullerier l’Ancien; cette thèse, destinée particulièrement à faire connaître les diverses méthodes de traitement suivies à l’hôpital des vénériens, contient une classification des affections syphilitiques de la peau qui diffère très peu de celle de Trappe.

Un peu plus tard, en 1820, Cullerier l’Ancien publia dans le Dictionnaire des sciences médicales le résultat de ses recherches sur les éruptions syphilitiques, auxquelles il donne le nom générique de pustules vénériennes, et qu’il divisa en onze, espèces. Toutes ces descriptions étaient bien incomplètes et ne faisaient, si je puis m’exprimer ainsi, que préparer le terrain. Nous en dirons autant des travaux d’Alibert qui jeta peu de lumière sur ce sujet, mais qui eut le grand mérite de réunir toutes les éruptions vénériennes sous la dénomination commune de syphilides, qui a toujours été conservée depuis.

Le véritable progrès dans la description et dans la con-

SVr'lIll.lDKS.

naissance des syphilides est certainement dù à Biett, collègue d’Alibert à l’iiôpital Saint-Louis, et qui, tout en étudiant ces aflections dans leurs formes élémentaires, d’après le système de Willan, en forma un groupe naturel et en donna une bonne description méthodique. Parmi les auteurs que nous venons de citer, c’est lui qui le premier indiqua les vrais caractères généraux des syphilides, et divisa ces affections en espèces d’après les diverses lésions élémentaires qu’elles présentent. Nous ne saurions trop louer ces travaux de Biett sur la syphilis cutanée ; ils révèlent dans leur auteur un esprit d’analyse et de méthode qui lui a permis d’élever tout de suite l’iiistoire des syphilides presque au point où elle est encore aujourd’hui ; car on n’a fait qu’ajouter peu de chose à l’édifice dù à cet habile observateur, et nous dirons même que les quelques additions qui ont pu y être faites depuis doivent lui être rapportées, car elles sont dues en grande partie à ses élèves qui ont observé et écrit sous son inspiration ; parmi ceux-ci nous citerons surtout MM. Cazenave , Martins, Legendre, Bassereau. Tous ces travaux de l’école de Biett, réunis aux recherches des syphilographes modernes, ont beaucoup éclairé l’histoire des syphilides et ont fait que ces maladies sont aujourd’hui au nombre de celles qui sont le mieux connues, relativement au diagnostic et au traitement.

Après ce court exposé historique nous allons tracer les caractères généraux des syphilides, caractères qui donnent à toutes ces affections, quels que soient leur forme et leur siège, un air de ressemblance et de parenté qui leur a fait une famille à part parfaitement distincte des autres éruptions cutanées.

SYPIlILlnES.

Ces caractères comimms des syphilides doivent être recherchés dans la coloration, dans la forme des éruptions, dans tous leurs phénomènes locaux, dans leur siège et enfin dans les phénomènes concomitants et généraux qui les accompagnent.

1“ Coloration des syphilides. — Le premier caractère commun à toutes les syphilides, c’est la coloration, coloration toute particulière et spéciale; malgré les différentes comparaisons qii’on a faites, on n’a pas encore de mot qui puisse en donner une idée parfaitement exacte, et on ne peut véritablement pas la qualifier d’nne manière plus expressive qu’en disant coloration syphilitique . C’est une couleur rouge-foncé, qui ne ressemble pas à la teinte vineuse des scrofulides et encore moins au rouge vif de l’inflammation franche et légitime; Fallope comparait très judicieusement celle nuance à la couleur du maigre de jambon, et Swediaur la désignait sous le nom de couleur cuivrée, dernière qualification xiiii a prévalu sur la première, quoique peut-être elle soit moins juste, aussi la teinte cuivrée d’une éruption lui imprime-t-elle en quehjue sorte le cachet syphilitique.

Cette coloration n’existe pas toujours pendant tout le cours d’une syphilide avec sa nuance spéciale, c’est ce qui avait fait mettre sa valeur en doute par (jnelques syphilographes. La rongeur est d’abord assez franche et elle se rapproche graduellement de la couleur spécifique, à mesure que l’éruption se développe; puis elle décroît d’une manière également insensible, jusqu’à sa disparition complète.

2" Forme. — Le second caractère est la forme circulaire des éruptions ; en etïet, le plus souvent elles sont

SYPHILIDËS.

disposées en groupes arrondis, décrivant tantôt des cercles complets, tantôt des segments de cercle, d’autres fois •des huit de chiffres ou des ovales. Ce mode de configuration est assez commun dans les syphilides, quelle que soit leur forme élémentaire : squameuse, papuleuse, pustuleuse, tuberculeuse ; mais il n’est pas exclusif à ces sortes d’éruptions, et ne constitue pas un caractère constant. Outre le psoriasis et la lèpre vulgaire qui affectent souvent cette disposition, n’observe-t-on pas souvent des eczémas, des lichens, des lupus qui se dessinent sur la peau encercles ou en groupes régulièrement arrondis? Cependant, jointe à un autre caractère tel que la coloration, la forme arrondie est un des meilleurs éléments de diagnostic pour reconnaître la nature syphilitique d’une éruption. Du reste, il ne faut pas oublier que tous ces caractères généraux, même les plus constants et les plus spéciaux, ont peu de valeur véritable; considérés isolément, ils n’ont d’importance que par leur association avec d’autres signes.

3° Absence de douleur et de démangeaison . — Après la coloration sui cjeneris et la’ forme spéciale, nous placerons au troisième rang l’absence de douleur et de démangeaison. Cette absence de démangeaison est la règle et son existence l’exception, c’est donc un des signes les plus constants, Aussi, chaque fois qu’un malade atteint d’une éruption reconnue syphilitique accusera des douleurs et du prurit, examinez-le bien attentivement et presque toujours vous trouverez, associée à l’éruption vénérienne, une éruption dartreuse ou prurigineuse, à laquelle on devrarapporter la cause des démangeaisons.

/j” Polymorphie. - Un quatrième caractère des syphi-

SŸÎ>HILli)ËS.

Jides, c’est la polymorphie, c’esl-.à-clirc l’évolution simultanée de plusieurs formes élémentaires d’éruption sur un même sujet. Dans les éruptions ordinaires de la peau les exanthèmes se mêlent rarement aux vésicules, les pustules aux squames; rien de plus commun, au contraire, que de rencontrer dans les syphilides un mélange de taches exanthématiques, de papules, de vésicules, de pustules, et de voir en même temps la plupart des orifices naturels être garnis de plaques muqueuses.

5° Phénomènes secondaires. — L’évolution de la maladie donne naissance à quelques phénomènes consécutifs appelés secondaires et qui viennent encore éclairer le diagnostic, tels sont certains produits de l’éruption vénérienne : les squames, les croûtes, puis les ulcérations et les cicatrices.

Les squames sont blanchâtres, en général plus minces, plus sèches et plus adhérentes que dans les affections squameuses simples. Elles sont surtout moins larges et sont circonscrites par un liséré blanchâtre, auquel Biett et ses élèves attachent une grande valeur. Ce liséré résulte du décollement de l’épiderme autour du point malade; souvent son bord libre est découpé en dentelures fines et ^délicates.

A la suile de ces squames, mais plus ordinairement après la rupture de pustules syphilitiques, on voit se former des croûtes dures, épaisses, verdâtres, quelquefois noires et comme sillonnées, également plus adhérentes que dans les autres affections cutanées; quelques-unes sont hérissées d’éminences mamelonnées, d’autres ont une apparence de coquillage ou d’écailles d’huîtres. Or-

SYPHILIDES.

dinairenient ces croûtes sont comme les squames, enlourées d’un petit liseré blanchiUre semblable à celui dont nous avons déjà parlé.

Certaines sypbilides, surtout les sypbilides pustuleuses et tuberculeuses, se terminent par ulcération. La forme et la disposition de ces pertes de substance sont aussi très caractéristiques. En général, elles sont arrondies, comme si elles eussent été faites avec un emporte-pièce, les bords sont abrupts et taillés à pic, le fond est grisâtre et on le croirait couvert d’une fausse membrane; la peau qui entoure l’ulcère aune teinte brun-cuivré.

Les cicatrices, qu’elles succèdent ou non à une ulcération, peuvent, dans certains cas, révéler la nature de la maladie. En effet, elles ont une physionomie assez originale, mais jamais elles n’ont un cachet plus spécial que dans les premiers temps de leur formation. Elles sont d’abord violettes, puis bientôt elles prennent une couleur cuivrée qui s’y trouve souvent plus prononcée que dans les éruptions auxquelles ces cicatrices succèdent. En vieillissant cette couleur brune disparaît, pour faire place à la teinte blanche commune à tous les tissus inodulaires. Dans ces cas la forme peut encore, en l’absence de tout autre phénomène, révéler la nature des cicatrices. En effet, dans les sypbilides tuberculeuses, quand les tubercules sont disposés en cercles circonscrivant des espaces de peau saine, chacun d’eux est remplacé i)ar des cicatrices annulaires déprimées à leur centre. Enfin, quand les pustules ou les tubercules sont disposés en groupes conlluents, on trouve sur la lisière des cicatrices, et quelquefois dans un certain rayon autour d’elles, quelque vastes qu’elles soient, des empreintes dei)rimées, réticu-

SYPIIILIDES.

Ifil

lées et arrondies, rappelant la disposition des tubercules ou des pustules qui bordaient ces groupes et les entouraient comme des satellites.

Siège. — Les sypbilides peuvent se montrer sur toutes les parties du corps, cependant certaines formes affectionnent, d’une manière toute spéciale, certaines régions. Ainsi üii rencontre la sypbilide papuleuse surtout à la partie postérieure du cou et antérieure de la poitrine; les plaques muqueuses ont une prédilection toute particulière pour les environs des orifices naturels, pour les muqueuses et pour les régions de la peau où cette membrane est le plus fine elle plus délicate; le psoriasis syphilitique se rencontre principalement aux mains et à la plante des pieds.

Phénomènes concomitants. — On désigne, sous le nom de phénomènes concomitants, d’autres accidents syphilitiques dont les manifestations ont lieu sur d’autres tissus que le tégument externe et en même temps que celles de la peau. Sous ce rapport nous devons tout de suite admettre dans les sypbilides une division que nous allons retrouver tout à l’heure. Nous distinguerons deux ordres de sypbilides, relativement à l’épo(|ue de leur apparition : les sypbilides précoces et les sypbilides tardives. Les ulcérations à la gorge avec altération de la voix, les plaques muqueuses aux commissures des lèvres, à la vulve, aux ailes du nez, à l’anus, au scrotum; des douleurs névralgiques dans la tête; des douleurs rhumatoïdes dans les membres et dans les articulations (genoux , épaules, coudes), s’exaspérant le soir dans le lit; la chute des cheveux et des sourcils, l’engorgement des ganglions latéraux et postérieurs du cou, sont autant de symptômes

ilABDY, M I

SYPIIILIDES.

un

qui coïncident [avec les syphilides précoces et qui sont propres à déceler leur nature, lorsque les caractères de l’éruption ne sont pas nettement dessinés.

' Pour les sypliilides tardives, les exostoses, les tumeurs g(jmmeuses, les engorgements partiels de la tunique albuginée sont les phénomènes concomitants les plus constants et les plus propres à éclairer le diagnostic.

Phé?iopiènes (jénéraux. - L’apparition des phénomènes locaux est quelquefois précédée de synqUômes généraux : il y a un léger mouvement féhrile, un peu de malaise, de l’inappétence ; mais, lorsque l’éruption est accomplie, ces symptômes disparaissent et il n’est pas rare de voir des syphilides très intenses coïncider avec toutes les apparences d’une bonne constitution et d’une excellente santé. Cependant, lorsque la maladie fait des pro.grès et qu’elle est arrivée à l’état de cachexie, alors se développent des phénomènes généraux graves qui sont le cortège habituel de toutes les cachexies cancéreuse, tuberculeuse, etc. :• amaigrissement, faiblesse progressive, sueurs nocturnes, diarrhée colliquative, marasme, et enfin, comnie dernier trait de ce lugubre tableau, la mort. On comprend que ces circonstances rendent le pronostic beaucoup plus sérieux et le traitement plus dillicile, à cause du mauvais état du tube digestif.

Marche. — La chronicité est certainement le caractère le plus général des syphilides, mais elle ne leur a})partient pas d’une manière exclusive, car elle se rencontre également dans une foule d’autres éruptions' cutanées. Cependant ce qui distingue, en général, les syphilides des afl'eclions vulgaii'es de la peau c’est que, en se perpétuant, elles se modifient, se métaniorphosent en quelque

SYPHILIDES.

sorte et passent d’une forme à une autre. Quelques syphilides font exception à cette marche lente de la plupart d’entre elles, ce sont celles qui viennent peu de temps après la disparition des accidents primitifs ; elles ont une évolution rapide et pour ainsi dire fugace, souvent même elles passent inaperçues du malade et du médecin, ce qui s’explique facilement par l’absence de tout symptôme local, douleur ou démangeaison.

Diagno&tic. — Le diagnostic des syphilides s’établit à l’aide des caractères que nous venons de tracer : couleur, configuration, absence de douleur et de démangeaisons, forme spéciale des ulcérations et des cicatrices, siège de l’éruption, marche, antécédents et phénomènes spéciaux concomitants.

Tous ces caractères dont nous avons fait les attributs des syphilides, nous l’avons déjà dit, ne sont ni constants ni exclusifs; par conséquent, si l’on excepte les cas peu nombreux, dans lesquels l’intensité de la couleur cuivrée ou bien une forme spéciale, comme celle de la plaque muqueuse , révéle immédiatement la nature syphilitique d’une éruption, on ne saurait baser ce diagnostic sur un seul caractère isolé. C’est le concours et l’association de ces caractères qui font leur valeur, de sorte que cette valeur est d’autant plus grande, je le répète, qu’ils se trouvent réunis en plus grand nombre, dans un cas déterminé.

Mais il est une vérité dont vous ne sauriez trop vous con- ' vaincre, c’est qu’il est indispensable d’avoir fait une étude approfondie des syphilides et des éruptions communes de la peau, pour bien saisir les diflérences de formes et d’aspects qui existent entre ces deux ordres d’affections. L’ha-

SYPIIILIDES.

bitude de les voir, de les comparer, finit par révéler à l’observateur des caractères différentiels dont la parole ni la plume ne sauraient rendre exactement toutes les nuances. Néanmoins il y a des cas de pratique fort difficiles et fort embarrassants où la sagacité du médecin le plus habile peut être en défaut, c’est alors qu’un aveu sincère du malade pourrait déterminer la nature de l’éruption ; mais le plus souvent, au lieu de cet aveu, vous n’obtenez que des négations formelles ; gardez-vous bien cependant de vous arrêter à ces affirmations négatives, surtout lorsque vous aurez quelque raison de soupçonner votre malade intéressé à tromper. Dans ces cas douteux, le traitement est une véritable pierre de touche qui vient démontrer de quelle nature est une affection de la peau.

Pronostic. — Le pronostic est ordinairement favorable, lorsque le malade est soumis à un traitement convenable et fidèlement exécuté. En général, plus l’affection est récente, plus le traitement est efficace et la guérison rapide. Une des plus mauvaises conditions c’est la longue durée de la maladie et J’ existence d’une cacliexie. Dans ces cas il est souvent impossible de continuer le traitement, parce que les malades ne peuvent le supporter, à cause de la diarrhée qu’il occasionne. Somme toute, les manifestations cutanées syphilitiques sont, en nénéral, moins graves (pie les éruptions dartreuses de la peau dont la récidive est le caractère principal.

Étiologie. — Les syphilides se développent sous l’intluence du virus syphilitiipie introduit dans 1 économie, ordinairement à la suite d’un contact infectant et plus particulièrement à la suite du coït. Ou doit les considérer comme des phénomènes consécutifs de la syphilis.

SÏPHILIDES.

Quoi qu’en dise M. Cazenave, jamais elles ne constituent un symptôme primitif.

Quels sont les phénomènes primitifs qui précèdent les syphilides? Cette question n’est pas encore complètement élucidée, au moins pour quelques médecins. Les uns, et c’est le plus grand nornbic, pensent avec M. Hicord que toute syphilide suppose la préexistence d’un chancre et d’un chancre induré sans bubon. Pour M. Legendre cette règle est trop absolue, et ce médecin distingué cite dans sa thèse inaugurale des observations en apparence 1res concluantes et en opposition avec elle; nous-même avons observé des faits que nous avons crus pendant quelque temps conformes à l’opinion de M. Legendre; mais, en examinant plus attentivement plusieurs malades qui nous assuraient n’avoir jamais eu aucun accident primitif, nous avons presque toujours trouvé des traces de chancres qui avaient été méconnus du malade, et souvent du médecin. De sorte qu’aujourd’hui nous nous rattachons complètement et sans arrièrepensée à la doctrine de l’illustre chirurgien de l’hôpital du Midi.

M. Legendre dit que sur soixante-trois cas de syphilis observés par lui, il y avait eu quatorze fois une simple blennorrhagie comme phénomène antérieur. Mais d’abord il faut se tenir en garde contre ces anomalies apparentes, dans lesquelles des syphilides se seraient développées sans chancre primitif; vous n’ignorez pas en effet combien il est difficile quelquefois d’obtenir la vérité de certains malades, soit par calcul de leur part, soit par ignorance, soit par la rapidité et la fugacité de ces acci- . dents. Du reste, dans certains cas très rares et tout à fait

SYPHILIDES.

exceptionnels, où il n’y a véritablement pas eu de chancre extérieur, M. Ricord pense qu’il y a toujours eu un chancre larvé siégeant dans le canal de l’iirèthre. Nous ajouterons encore que depuis trois ans que -l’évidence des faits nous a amené à adopter la doctrine de la nécessité du chancre, comme point de départ des accidents syphilitiques, nous n’avons pas trouvé un seul fait véritablement exceptionnel. Nous avons bien constaté quelques malades, et plus particuliérement des femmes, atteints de syphilides très évidentes et qui disaient n’avoir eu aucune ulcération primitive, mais ces mêmes malades n’accusaient également aucune blennorrhagie, et leurs assertions étaient tellement dénuées de vraisemblance que nous ne devions pas nous y arrêter. Le chancre nous semblerait donc la cause la plus ordinaire de la syphilis, et nous dirions même la cause unique, si quelques faits très probants ne nous avaient fait croire à la contagion des plaques muqueuses et à la possibilité d’infection générale à la suite de cette contagion.

A quelle époque et combien de temps après les accidents primitifs se montrent les syphilides? Nous rappellerons ici la division que nous avons déjà établie des syphilides : en syphilides précoces ou secondaires et syphilides tardives ou tertiaires. Les premières comprennent les exanthèmes, les pustules, les papules, les squa^ mes. Les tubercules et les ulcérations profondes appartiennent aux accidents tertiaires. Gomme intermédiaires et lien d’union entre ces deux ordres de phénomènes, nous avons les syphilides pigmentaires et les syphilides pustulo-crustacées. Sans doute l’apparition d’une syphilide n’a pas lieu constamment à distance fixe et invariable •

SYPHILIDES.

de la contagion, comme cela a lien pour la variole èt pour le vaccin, après l’introduction de leur virus dans l’économie ; néanmoins il est certaines limites de temps en deçcà et au delà desquelles on ne voit pas ordinairement se développer la plupart des éruptions vénériennes. Les syphilides précoces naissent rarement moins de six Semaines après l’apparition du phénomène primitif; il est assez fréquent de les voir survenir plus tard (quatre ou cinq mois). Les accidents tardifs apparaissent généralement un an, deux ans, dix ou quinze ans après les accidents primitifs. Quand il y a un plus grand retard, où même lorsque les phénomènes secondaires ne se sont pas montrés avant l’apparition dés accidents tertiaires, c’ésl pl'esquc toujours grâce à un traitement mercuriel hien conduit.

Comme cause des syphilides nous indiquerons encore un autre mode d’infection, c’est l’hérédité. La syphilis liéréditaire se moiltre ordinairement chez les enfants sous forme de syphilides; celles-ci se développent souvent quelques semaines ou hien seulement quelques mois, rpielqucs années après la naissance; rarement elle se montre après la puberté. Nous avons vu cependant dans nos salles et à nos consultations quelques syphilides développées chez de jeunes stijets qui nous affirmaient avec ühe bonne foi très acceptable n’avoir jamais éu auciin rapport sexuel, et chez lesquels nous n’avoiis pu constater aucune trace d’accident primitif.

Une remarque importante, c’ést qüe l’existetiee d’unë syphilide chez un enfant suppose l’existence d’accidents primitifs chez la mère pendant la grossesse.

A part ces causes que nous venons d’attribuer aux sy-

ICS

SYPIIILIDES.

philides, il y a encore un autre ordre de circonstances qui constituent la classe des causes occasionnelles. La maladie constitutionnelle existe, niais elle est à l’état latent, et elle peut rester longtemps, même toujours, sans se maniléster, s’il ne survient pas une circonstance accidentelle qui la fait éclater. Ces causes occasionnelles sont ; les excès, les fatigues, les émotions morales vives. Ainsi nous avons vu, il y a quelques années, un marin affecté d’une syphilide tuberculeuse et d’ulcérations à la langue, après un naufrage dans lequel sa vie avait été en péril pendant plusieurs heures ; il avait eu un chancre trente ans auparavant. Nous devons mentionner encore l’influence des saisons ; les syphilides sont plus communes en été qu’en hiver. Suivant M. Legendre, le mois de juin serait le mois pendant lequel on en observerait en plus grand nombre.

Ici se présente une question bien importante, celle de la contagion des syphilides. Les syphilides sont-elles contagieuses? M. Ricord répond d’une manière absolue par la négative. Nous pensons que l’opinion de M. Ricord est vraie d’une manière générale. Cependant il existe dans la science plusieurs faits irrécusables et qui sont en opposition avec cette loi. Vidal (de Cassis) et M. Cazenave ne croient pas les syphilides exemples de contagion, ils ont cité des observations et ils ont fait plusieurs expériences qui sembleraient prouver cette propriété contagieuse. Pour nous, ainsi ({ue nous le dirons plus lard, nous croyons à la faculté contagieuse de quebiues espèces de syphilides végétantes, des jjlaques muqueuses.

SVPHILIDES.

II. — DES DIFFÉRENTES VARIÉTÉS DE SYPHILlDFiS EN PARTICULIER.

Après avoir e-xposé les caractères généraux des sypliilides, leur marche, leur diagnostic et leur étiologie, nous allons aborder l’étude des ditrérentes variétés de ces alTeclions. Dans la pratique, il est vrai, la chose la plus importante et la plus utile pour le traitement n’est pas de reconnaitre si on a affaire à telle ou telle espèce de syphilide, mais si l’affection qu’on a à traiter est une syphilide ou une affection d’une autre nature. Du reste, il faut le dire, les caractères qui servent à différencier ces formes diverses ne sont souvent que des nuances plus tranchées dans les livres qu’au lit du malade. On pourrait donc, à la rigueur, faire bon marché de toutes ces distinctions, mais dans certaines limites cependant, car il y a toujours avantage, autant que cela est possible, au point de vue de la science et même quelquefois au point de vue du traitement, qui peut être modifié dans quelques cas, à préciser l’espèce de la manifestation syphilitique.

Ces remarques une fois faites, nous dirons qu’on a proposé un grand nombre d’espèces de syphilides. Pour nous, en nous plaçant pour ces divisions secondaires sur le terrain des lésions anatomiques élémentaires admises par tout le monde, nous admettrons neuf variétés ou plutôt neuf espèces de syphilides qui sont :

1° Les syphilides pigmentaires ;

2” Les syphilides exanthématiques ;

3” Les syphilides vésiculaires;

SYPIHLIDES.

4° Les syphilides pustuleuses ;

5° Les syphilides papuleuses ;

6" Les syphilides huileuses;

7° Les syphilides sc|uaracuscs ;

8“ Les syphilides végétantes ;

9" Les syphilides tuberculeuses.

1“ Syphilide pigmentaire ou maculeuse. — Cette forme de syphilide était généralement méconnue, lorsqu’il y a quelques années nous avons le premier appelé l’aitenlion sur les altérations de coloration du tégument externe dans la syphilis. Jusqu’alors cette lésion n’avait été indiquée que d’une manière tout à fait vague. Depuis cette époque, un interne distingué des hôpitaux, M. Pillon, dont nous devons mentionner l’excellente thèse, s’est occupé avec succès de cette qüéstioii et a complété son histoire. La seule différence qui existe entre les idées que M. Pillon a émises dans son travail et celles que nous professons, c’est qu’il admet deux formes secondaires de syphilides pigmentaires et que nous, nous n’en reconnaissons qu’une èéule. Nous croyons sa distinction d’autant plus inutile qu’elle ne reposé que sur une simple différence dans la disposition et le groupement des macules.

Cette variété de syphilide est caractérisée par des tachés d’un gris très-marqué, à teinte de café au lait et nullement semblable à la teinte grise du pityriasis. Ces taches ne font pas de saillie au-dessus de la peau, ne présentent aucune desquamation et ne s’accompagnent d’aucune chaleur, d’aucune démangeaison. Elles sont larges comme une pièce de cinquante centimes et quelquefois d’un franc, elles ont une forme à peut près arrondie, à bords inégaux.

SYPHILIDES.

déchiquetés, elles sont placées les unes à côté des autres et peuvent couvrir un espace assez étendu. Généralement elles restent isolées ; quelquefois cependant elles se touchent et se confondent par quelques points de leur contour, surtout au cou, et figurent des marbrures liées les unes aux autres, circonscrivant des espaces de peau saine qu’elles enlacent comme dans un réseau et dont elles relèvent la blancheur, de manière à faire croire que ces taches blanches sont le siège du mal. Sur leurs limites extérieures, ces marbrures se fondent graduellement, en perdant leur teinte, avec la coloration normale de la peau. Du reste, la couleur grise des tacbes s’affaiblit progressivement, à mesure que la maladie s’avance vers la guérison.

Ces macules siègent spécialement au cou, dont la peau est si blanche et si fine chez la femme; elles entourent quelquefois la totalité du cou et lui forment un collier complet; chez d’autres malades, elles ne se voient que sur les parties latérales du col. On en rencontre encore sur la poitrine, en avant. Nous avons actuellement dans nos salles une malade dont la lèvre supérieure en est couverte ; on dirait, à distance, une moustache fine et peu foncée. M. Pillon ert a vu sur les jambes. Jusqu’ici nous avons rencontré cette forme de syphilide- exclusivement chez des femmes. M. Pillon l’a observée chez des hommes à tempérament lymphatique, par conséquent à. peau fine et délicate, se rapprochant beaucoup de celle de la femme.

La syphilide pigmentaire se montre tout à fait à la fin des phénomènes secondaires, c’est donc un phénomène tardif, et que nous Considérons Comme intermédiaire aux'

SYPHILIDES.

accidents secondaires et aux accidents tertiaires. Elle est très tenace et résiste très-longtemps à la médication. Du reste, aucun traitement particulier ne peut lui être opposé : elle s’effacera très lentement sous l’influence du traitement général et sa persistance pourrait servir à mesurer l’intensité de la diathèse latente.

Il suffit d’avoir observé une fois cette forme de syphilide pour ne plus l’oublier. Elle a des caractères tellement tranchés qu’il serait difficile de la confondre avec une autre affection. Elle se distingue d u pityriasis par l’absence de squames et de démangeaisons ; son siège, le peu d’étendue des taches, l’entre-croisement avec les taches blanches qui figurent l’état normal de la peau, doivent la faire distinguer des éphélides qui existent rarement au cou, et qui sont souvent plus larges.

Comme une autre espèce de syphilide pigmentaire, nous devons encore citer ici la teinte grise de la peau, qui est observée chez les malades atteints de cachexie syphilitique. Cette coloration dépend évidemment d’une modification survenue dans le pigment. Nous ne nous arrêterons pas d’ailleurs à*cette teinte, qui n’a d’importance que comme symptôme de l’altération profonde apportée à l’économie par une ancienne syphilis.

2° Syphilide exanthématique. — La seconde variété de syphilide est la syphilide exanthématique ou la roséole syphilitique, c’est un des symptômes les plus fréquents et les plus précoces par lesquels se manifeste la syphilis constitutionnelle. Onpeutdire.que cet exanthème ne manque presque jamais, quoi qu’en dise M. Cazenave, et si on n en retrouve pas toujours les traces, c’est que, ne réveillant

SYPIIILIDES.

aucune sensation désagréable, cette éruption peut naître et parcourir toutes ses périodes, sans que le malade et le médecin s'en soient aperçus) souvent, en effet, il faut une circonstance fortuite pour là constater ; le malade s’en apercevra par hasard en sortant d’un bain, ou bien parce que son attention sera attirée par une autre éruption plus visible et plus palpable ; d’autres fois le médecin la lui fera remarquer pour la première fois, longtemps après son début, lorsqu’il sera consulté pour une autre manifestation syphilitique, pour un mal de gorge, patexemple.

Quoi qu’il en soit, cet exanthème est caractérisé par des taches de la largeur d’une lentille, d’une pièce de cinquante centimes ou d’un franc, irrégulièrement arrondies, quelquefois frangées et déchiquetées sur leurs bords, sans saillie ou à peine saillantes au-dessus de la peau. Ces macules peuvent présenter des différences de couleur et de configuration tellement tranchées qu’on serait tenté de les prendre pour'autant d’éruptions diverses; de là, sans doute, cette variété de dénominations sous lesquelles les ont désignées les auteurs qui ont voulu en donner une idée e.xacte. Cependant la coloration est presque toujours identique au fond, à l’intensité près, et les variations individuelles qu’elle peut offrir tiennent aux différences que la peau peut présenter, suivant les sujets et suivant les régions du corps. Quant à l’intensité, elle ofi're différentes nuances, suivant l’àge et le degré d’évolution des macules : la teinte fondamentale est légèrement carminée, d’autant mieux accusée que la peau a plus d’éclat et de blancheur; mais elle peut présenter toutes les nuances du rose et du rouge; elle rappelle en général la couleur désignée sous

syphilides.

le nom de lose de Chine. Elles ont (juekjuefois une coU“ leur bruu-cuivré Irès-nianifesle. Ce sont les taches du ventre qui ont le plus de vivacité, et celles des membres sont d’autant moins vives qu’elles sont plus éloignées du tronc. Quand l’éruption est arrivée à une certaine époque de SOI! développement, cette teinte brune ou rose diminue graduellement jusqu’à sa disparition complète. A cette période de décroissance, comme au début, ces taches sont si peu apparentes ([u’il est difïici'e de les apercevoir, même pour des yeux exercés, et souvent on n’y réussit qu’en les regardant obliquement et à contre-jour, et en tnénageant certaines incidences de lumière.

Généralement elles sont en grand nombre, tantôt isolées et complètement séparées les unes des autres, disposition qui imite assez bien celle des taches de la rougeolej non pas quand cette maladie est en pleine évolution, mais quand elle est à son déclin, quand les taches commencent à s’effacer ; c’est ce qui a fait donner à l’afTection qui nous occupe le nom de roséole syphilitique. Tantôt les macules sont conlluentes et disposées en groupes formant de larges marbrures sur les parties latérales de la base de la poitrine ou figurant des cercles, des croissants, des lo- .sanges. Entrecoupées par la coloration normale de la peau, elles présentent un aspect marbré caractéristique.

La pression du doigt fait disparaître momentanément ces taches, quand elles sont encore récentes; mais plus tard elles ne disparaissent pas. Quelquefois elles se recouvrent d’une légère de.squamation qui cesse bientôt pour ne pas se renouveler.

La syphilide exantbémati(jue se développe spécialement au tronc, à la base de la poitrine, au ventre et surtout

SVPIIILIDES. 175

aux flancs, quelquefois à la face interne des membres, très rarement à la figure e.t cou.

L’éruption se fait tantôt rapidement en vingt-quatrq ou soixante heures, tantôt d’une maqière lente et progressive, en plusieurs semaines, mais dans les deux cas c’est presque toujours vers la base de la poitrine et sur les parties latérales du ventre qu’on peut constater les premières traces. Quand l’invasion est brusque, elle a lieu ordinairement à la suite d’un excès quelconque, à la suite de fatigues, après une émotion vive ou bien après un bain. Le second mode d’invasion est de beaucoup le plus fréquent, et il est rare, dans ce cas-là, que la maladie s’étende à tout le corps ; le plus souvent elle est limitée à une des régions qu’elle affectionne particulièrement.

Comme dans toutes les syphilides, il n’y a ni chaleur, ni douleur, ni démangeaisons, en un mot, aucun phénomène de réaction locale.

Dans quelques cas l’exanthème syphilitique s’accompagne au moment de l’éruption des symptômes généraux ([ui forment le cortège habituel des fièvres éruptives : excitation fébrile, inappétence, nausées, vomissements, fatigue, courbature ; mais ces phénomènes sont généralement peu prononcés et fugaces et la santé ne tarde pas à se rétablir.

Nous avons dit que la roséole syphilitique était un des, premiers phénomènes de l’infection générale par le virus syphilitique ; il est rare qu’elle se déclare avant la troisième semaine et après le troisième mois, depuis l’apparition du phénomène primitif.

Les phénomènes concomitants de cette syphilide sont nombreux. D’abord elle peut coïncider avec toutes les au-

17(5 SYPHILIDES.

1res éruptions spécifiques précoces : syphilides papuleuse, papulo - pustuleuse , pustuleuse et vésiculeuse, plaques muqueuses, angine spécifique, et, comme conséquence de ces coïncidences, il y a le plus souvent engorgement des ganglions cervicaux et chute des cheveux. Nous devons surtout mentionner les douleurs rhumatoïdes dans la continuité ou dans la contiguïté des membres, s’exaspérant le soir et la nuit, et la névralgie temporale ordinairement double, si fréquente et si pénible pour les malades, et qui dès le premier abord est si souvent confondue avec une névralgie ordinaire. Ces douleurs rbumatoïdes et la névralgie bitemporale précédent souvent la roséole syphilitique et se continuent après son apparition ; elles sont presque toujours l’indice d’une infection profonde et elles présagent le développement ultérieur d’accidents plus graves que l’éruption actuelle.

Le diagnostic est presque toujours facile, parce qu’il est rare, en raison de la précocité de cet accident, qu’on ne puisse pas constater sur le malade la coexistence ou des traces irrécusables du symptôme primitif. Cependant cet élément de diagnostic peut manquer, et à la première vue on peut croire à une rougeole ; toutefois on reconnaîtra cette dernière éruption à l’ensemble des phénomènes généraux bien autrement intenses, à l’état catarrhal des muqueuses oculaire, pituitaire et bronchique. Quant aux diverses espèces d’érythèmes, on les distinguera de la roséole syphilitique aux saillies qu’ils forment au-dessus de la peau, et aux sentiments de cuisson et de douleur (|ui les accompagnent.

M. Ca/.enave a décrit à tort, sous le nom à' érythème syphilitique, une variété d’exanthème caractérisé par des

SYPlIILltoES.

taches d’un rouge intense formant une saillie assez marquée au-dessus de la peau et s’accompagnant de démangeaisons vives ; autant de symptômes tout à lait étrangers à l’éruption que nous venons de décrire. En vous faisant remarquer que cet exanthème se rencontre chez les individus atteints de blennorrhagie et traités par le copalm, vous vous convaincrez facilement que cette éruption n’est autre chose que le résultat de l’action du copalm et non du virus syphilitique. C’est donc un exanthème copahique que M. Gazenave a eu grand tort de rattacher à l’affection syphilitique.

Marche. Durée. — La marche de cette affection est ordinairement aiguë, elle parcourt quelquefois son évolution en quinze ou vingt jours; d’autres fois elle persiste pendant deux ou trois mois.

•Elle se termine généralement par résolution progressive. Il est rare qu’elle disparaisse par délitescence , c’est-à-dire brusquement. Cette dernière terminaison est alors due à l’apparition rapide d’une autre éruption, ou bien d’une émotion morale. Le traitement favorise singulièrement la résolution de cette maladie.

Pronostic. — Comme manifestation cutanée, c’est une éruption bénigne qui n’altère nullement le tissu de la peau; comme manifestation syphilitique, elle est plus grave ; en effet, elle est l’indice d’une disposition en vertu de laquelle le malade reste toujours exposé à la reproduction de symptômes syphilitiques plus ou moins sérieux. Cependant c’est encore, de toutes les manifestations cutanées dé la syphilis, celle dont le pronostic est le moins fâcheux.

HARDY

178 SYPniLIDES.

3“ Syphilides vésiculeuses. — Cette troisième variété de syplîilide n’est pas commune. Elle est caractérisée par une éruption de vésicules qui peuvent atîecter presque autant de formes qu’on en distingue dans les affections vésiculeuses de la peau qui ne sont pas syphilitiques. Ces vésicules offrent cette particularité spéciale, qu’elles ont une grande persistance et ne se rompent qu’au bout de plusieurs jours.

La syphilide vésiculeuse se présente sous trois aspects différents ; a, syphilide vésicideuse eczémateuse; b, syphilide vésiculeuse varioliforme ; c, syphilide vésiculeuse herpéti forme.

a. Syphilide vésiculeuse eczémateuse . — Elle est caractérisée par de petites vésicules, tantôt disséminées, tantôt réunies en groupes, et aussi rapprochées les unes des autres que dans l’eczéma. Elles sont entourées d’une auréole de couleur cuivrée spécifique ; ces auréoles se confondant par leurs bords, forment par leur réunion de larges plaques d’un rouge sombre ou brun sur lesquelles s’élèvent les vésicules. Le liquide contenu dans les vésicules peut rester transparent; il peut être résorbé ou s’échapper de la vésicule sans fournir autre chose que des débris épidermiiiues. D’autres fois, le liquide se trouble, jaunit, les vésicules se rompent, mais beaucoup plus tard que dans l’eczéma; il se forme alors des croûtes qui, en se détachant, ne laissent plus que de petites plaques brunes plus ou moins étendues. Plusieurs i)oussées successives de vésicules et de croûtes peuvent prolonger la maladie plus ou moins longtemps. Mais après la chute des dernières squames, la tache brune, qui est le deiaiier vestige de l’affection, disparait à son tour.

SYPHILIDES.

b. Syphilide vésiculeitse varioli forme. — Dans celte forme, plus commune que la précédente, les vésicules sont plus disséminées et plus grosses ; elles ont quelquefois le volume d’une lentille, et semblent être plutôt des bulles que des vésicules; elles sont tantôt acuminées, ^ tantôt globuleuses et quelquefois ombiliquées; elles contiennent une sérosité qui se trouble rapidement. Autour de ces vésicules existe une auréole cuivrée bien marquée et légèrement saillante ; c’est ordinairement au milieu de cette saillie qu’on distingue la vésicule. Au bout de quelques jours, ces vésicules se rompent et sont remplacées par des croûtes assez épaisses et assez adhérentes, qui ont une coloration et un aspect vert-noirâtre éminemment syphilitique. Ces croûtes tombent et laissent à leur place une petite éminence qui s’affaisse et finit par disparaître elle-même après un certain temps. Alors il ne reste plus de l’affection qu’une tache cuivrée, déprimée à son centre, qui ne tarde pas à s’effacer elle-même.

c. Syphilide vésiculcuse herpéti forme. — La syphilide, à forme d’herpès, se présente, tantôt sous l’aspect de l’herpès phlycténoïde, tantôt sous l’aspect de l’herpès circiné. Dans le premier cas, elle est caractérisée par des vésicules globuleuses à base cuivrée et disposées en groupes irréguliers; dans le second les vésicules moins volumineuses sont disposées les unes à côté des autres suivant un certain ordre, de manière à décrire des cercles entiers ou des segments de cercle. Ces vésicules sont également entourées d’une auréole cuivrée caractéristique, dont la teinte devient de plus en plus brune. Elles se rompent au bout de sept ou huit jours, et sont remplacées par de petites squames très fines recouvrant des taches d’une

SYPIIILIDES.

coloralion égalernenl brune. Dans certains cas, la peau des malades présente une véritable teinte zébrée. Quand les squames ont disparu, restent encore les macules spécifiques qui attestent (juelque temps l’existence plus ou moins éloignée d’une affection sypbilitique.

Cette variété de syphilide n’a pas de siège de prédilection bien déterminé. On l’a rencontrée à la face, sur le tronc et sur les membres.

Les syphilides vésiculeuses sont toujours précoces : elles se développent généralement dans l’espace d’un à quatre mois, à partir de l’époque de la contagion.

Comme la roséole syphilitique, ces éruptions se trouvent souvent associées avec d’autres formes de syphilides. Les phénomènes concomitants sont ceux que nous avons déjà énumérés.

Marche. - Quelle que soit la forme des vésicules, leur marche est essentiellement clrronique et la maladie dure généralement plusieurs mois; elle est ordinairement entretenue par des poussées successives.

Pronostic. — C’est une affection locale légère; mais, comme tout accident constitutionnel, c’est un symptôme grave, parce qu’il accuse une lâcheuse infection de l’économie.

Diagnostic. — 11 sera toujours facile de reconnaître cette affection à l’auréole cuivrée qui entoure les vésicules, à la saillie papuleuse qui leur sert de base, aux [)etites cicatrices cuivrées et poinlillées qu’elles laissent souvent après elles, etc.

Ip Syphilide pustuleuse. — Nous arrivons à une variété •très importante de syphilide, nous voulons parler de la

SYPÜILIUES.

sypliiliclc piistuleiiso, caractérisée par réruption de pustules.

Celle forme de syphilide présente trois variétés secondaires, qui sont : 1" la syphilide pustuleuse acniforme; 2“ l’eclhyma syphilitique ; 3" la syphilide puslulo-crustacée.

1“ S'yphilide pustuleuse acniforme. — Celle variété de syphilide, à laquelle M. Cazenavè a donne le nom qu’elle porto, se présente avec des caractères assez tranchés. Les pustules qui la constituent offrent deux parties distinctes : une base d’un rouge assez vif d’abord, et qui brunit plus tard et ne suppure pas, et un sommet qui seul forme la pustule proprement dite et renferme un liquide purulent qui se solidifie en petites croûtes jaunâtres ou brunes. Chaque pustule est de plus entourée d’une auréole rouge brun très marquée. L’acné syphilitique n’a pas, comme l’acné vulgaire, un siège d’élection, tantôt il est disséminé à toute la surface du corps, tantôt il occupe seulement quelques régions, le tronc, la face, les membres supérieurs. 11 est rarement confluent; quelquefois les pustules sont disposées par groupes. L’éruption peut être subaiguë ou chronique, mais, quel (jue soit leur mode d’invasion, les pustules d’acné syphiliti(iue sont généralement petites et se développent assez entement. Elles peuvent rester quinze jours ou trois semaines dans un état tout à fait stationnaire ; alors elles se rompent et le liquide purulent qu’elles contiennent se concrète en petites croûtes inégales, sèches, grises, jaunâtres ou brunes, et qui sont également assez longtemps à se détacher. Lorsqu’elles tombent,, elles laissent à découvert, tantôt une petite saillie en forme de papule, tantôt une surface un peu dé-

SÏPHILIDES.

primée, mais toujours une tache d’une couleur cuivrée • très prononcée; dans quelques cas, c’est une petite ulcération superficielle suivie d’une légère cicatrice également déprimée, qui se couvre souvent de débris épidermiques et qui finit par disparaître complètement.

Il n’est pas rare devoir plusieurs éruptions se succéder et la maladie se prolonger ainsi pendant plusieurs mois, surtout lorsque aucun traitement antisyphilitique ne vient enrayer sa marche.

Celte éruption ressemble beaucoup à facné vulgaire ; Ta pustule a une base qui ne suppure pas et une auréole d’un rouge foncé. Pour distinguer ces deux affections, il faut considérer d’abord le siège ; l’acné se développe spécialement à la ligure, à la poitrine et au dos, tandis que la syphilide acniforme n’a pas de siège de prédilection, et, si elle en a.vait un, ce seraient plutôt les membres supérieurs. Mais les éléments de diagnostic les plus importants sont les phénomènes antécédents et concomitants. Enfin, après la chute des croûtes, la forme déprimée et réticulée de la cicatrice et la teinte cuivrée viendront encore aider le diagnostic.

2" Kcthyma syphilitique . — La seconde forme de la syphilide pustuleuse est l’ectbyma syphilitique ; plus grave que la précédente, elle est aussi plus commune. Elle est caractérisée par des pustules assez larges entourées d’une auréole d’un rouge sombre ; elles ne présentent pas la base dure qu’on retrouve dans l’acné; assez promptement ces pustules se concrètent en croûtes brun-noirà- Ires; elles se développent comme les pustules d’ectbyma ■ simple, mais elles ont une durée beaucoup plus longue. Les pustules d’ecthyina syphilitique sont ordinairement

SYPHILIDES.

isolées et disséminées; le cuir chevelu et les membres sont les régions où elles se développent le plus fréquemment. C6tte îilîection siège «lu cuir chevelu, elle

s’accompagne presque toujours d’alopécie ; elle se montre alors sous la forme de petites croûtes brunes arrondies, qui s’attachent aux cheveux qu’elles entraînent toujours dans leur chute.

Les pustules débutent quelquefois par une tache rouge circonscrite, au centre de laquelle s’élève une vésicule ; bientôt la sérosité de cette vésicule se trouble et se transforme en pus, de sorte qu’on a une pustule d’eclhyma dont le début a été une vésicule. Le plus souvent, la pustule se développe d’emblée autour d’un ou de plusieurs follicules pileux. Cette pustule se rompt bientôt et se recouvre de croûtes brunâtres ou d’un jaune verdâtre, inégales et rocheuses. Sous ces croûtes, généralement peu épaisses, on trouve une ulcération ordinairement superficielle et circonscrite par une auréole cuivrée. Ces ulcérations ne tardent pas à se cicatriser, en laissant des stigmates légers, mais quelquefois durables. Les cicatrices conservent encore longtemps la couleur spécifique.

11 n’est pas rare de voir plusieurs poussées de pustules d’ectbyma survenir successivement avant la guérison complète de la maladie. Cette éruption, comme la précédente, doit être comptée au nombre des accidents secondaires de la syphilis. Son diagnostic est généralement facile ; il doit être établi d’après les caractères généraux des syphilides.

3“ Syphilide pustulo-cnislacée . — Cette troisième variété de la syphilide pustuleuse, désignée communément sous le nom de mpia syphiliiûpie, est bien plus grave que

SYPUILIDKS.

les deux variétés précédentes: elle est caractérisée par des pustules plus volumineuses, rapprochées et groupées les unes à côté des autres. Parleur agglomération, elles forment dns plaques plus ou moins larges dont la forme n’a rien de spécial. Quand ces pustules se rompent, le liquide purulent qu’elles contiennent se concrète en croûtes épaisses, adhérentes, dont l’épaisseur est augmentée incessamment par une nouvelle sécrétion. Dans certains cas, les croûtes épaisses semblent formées de plusieurs couches superposées. Elles sont généralement dures, verdâtres, brunes ou noires, rocheuses, inégales, hérissées de saillies, qui les ont fait conqiarer aux cocfuillages qu’on rencontre sur les bords de la mer ; sur quelques-unes, ces saillies sont mousses et les font ressembler à des écailles d’hultres; à la percussion elles donnent souvent un son de pot fêlé. Tantôt elles débordent Tulcération qu’elles recouvrent ; tantôt, au contraire, elles sont débordées par celle-ci ; quelquefois elles sont comme enchâssées dans ces pertes de substance. Quant aux ulcérations elles apparaissent, à la chute de ces concrétions, arrondies, larges, profondes, avec des bords taillés à pic et anfractueux, et un fond grisâtre : en un mot, elles ont tous les caractères des ulcères syphilitiques. Les cicatrices qui leur succèdent sont indélébiles, d’abord violacées, ensuite d’un rouge cuivré, puis blanches, et enfin tout à fait mates. Elles ont souvent un aspect réticulé et gaufré.

11 n’est pas rare de voir plusieurs générations de pustules et de croûtes se succéder et envahir progressivement toute une région, ou même la plus grande partie du corps, et donner lieu à ces stigmates caractéristi(iues (pii défiguj-ent, quelquefois d’une manière hideuse, les malheureux

SYPHILIDES.

qui en sont alteinls. Celle dernière forme, qui se guérit à un endroit pour reparaître sur une partie voisine, constitue uuc variété de la sypliilide dite serpigiueuse, dont la lésion élémentaire est liinlôt une pustule, tantôt un tubercule.

Les deux premières formes de sypliilide pustuleuse sont des phénomènes secondaires quelquefois un peu tardifs. Aussi sont-elles accompagnées par les accidents dits secondaires ; plaques muqueuses, ganglions post-cervicaux engorgés, ulcérations à la gorge, etc.

La sypliilide pustulo-crustacée, au contraire, est bien franchement un accident tertiaire, et, par conséquent, elle se trouve associée aux phénomènes concomitants qui se rattachent aux manifestations tardives de la syphilis : exostoses, tumeurs gommeuses, engorgements partiels de la tunique albuginée, etc.

Maintenant il vous sera facile de prévoir, pour ainsi dire, l’époque approximative à laquelle apparaîtra la syphilide 'pustulo-crustacée. Elle devra nécessairement se montrer assez longtemps après la disparition des phénomènes primitifs. 11 est rare, en effet, qu’on la voie naître dans les premiers mois qui suivent cette disparition ; généralement elle ne se montre qu’au bout de quelques années, (luelquefois après quinze, vingt, trente ans ; elle coïncide souvent avec la forme tuberculeuse.

Pronostic. — Pour ce qui est de la sypliilide pustulocrustacée il est toujours assez grave, soit comme lésion locale à cause des ravages que celte affection peut produire, soit comme affection générale ; elle dénote, en ellel, une infection profonde et invétérée, dont il est diflicile de faire disparaître compléteuicnt les effets; l’exis-

SYPHILIDES.

tence de la cachexie sypliililique vient aggraver le pronostic.

Diagnostic. — Généralement le diagnostic est très facile, à cause de la physionomie particulière et des caractères spéciaux et très tranchés- de la maladie et des phénomènes concomitants, cependant il peut y avoir et il y a souvent doute ; à une certaine période de la syphilide pusLulo-crustacéc, la scrofule lui ressemble, en effet, beaucoup dans ses caractères extérieurs : c’est alors qu’il est très utile d’interroger les phénomènes antécé« dents et concomitants.

5° Syphilide papuleuse. — La syphilide papuleuse est la forme la plus commune qu’on observe et un des pjiénomènes secondaires les plus précoces ; elle coïncide très souvent avec la roséole syphilitique, et il n’est pas rare de la voir associée à d’autres formes encore, à la forme vésiculeuse par exemple; nous avons déjà dit que celte polymorphie était un caractère habituel des syphilides. La syphilide papuleuse est caractérisée par une éruption de papules qui se présentent sous l’aspect de petites saillies arrondies et aplaties, n’ayant aucune tendance à s’ulcérer et différant des tubercules sypbiliti(jues par leur volume plus petit et par l’absence d’ulcération.

Nous décrirons deux variétés de syphilide papuleuse assez distinctes par leur forme extérieure et |)arleur siège : 1° la syphilide papuleuse lenticulaire ; 2° la syphilide papuleuse plate.

1° Syphilide papuleuse Icnticxdaire. — Elle est caractérisée par de petites taches faisant au-dessus de la peau des saillies du volume et de la forme d’une lentille, et

SYPIIILIDES.

présentant un aspect luisant. La couleur varie suivant la période à laquelle on examine l’éruption. Au début elle est d’un rose rouge, quelquefois à peine rosée ; puis, au bout de quinze à vingt jours, elle ne tarde pas à devenir plus foncée jusqu’à la nuance cuivrée caractéristique. Cette teinte generis persiste quelquefois assez longtemps après la disparition des papules et devient même tout à fait brune. Dans les premiers temps la couleur disparaît sous la pression du doi^t; mais, dès que la papule est devenue sombre ou cuivrée, la pression ne la décolore pas complètement. A une certaine période de leur évolution, ces papules se couvrent de squames légères, fines et délicates, et sont entourées à leur base d’un liséré blanc dont nous avons déjà parlé, et qui résulte d’un décollement de l’épiderme ; chaque papule peut être le siège de plusieurs desquamations successives.

L’éruption se fait tantôt rapidement, tantôt d’une manière lente et insensible. Dans le premier cas, tout le, corps est couvert de papules en deux ou trois jours. Mais ce mode d’invasion est très rare ; ordinairement le début de l’éruption est beaucoup moins précipité. Quel que soit son mode d’apparition, l’éruption papuleuse ne sb fait pas sur tout le corps à la fois : les papules naissent par pous- ' sées successives, et souvent vous trouverez dans un point des papules naissantes, à côté des papules comi)létement développées, et plus loin vous en apercevrez d’autres qui touchent à leur déclin. Ce travail pathologique peut durer ainsi plusieurs mois.

En général, au bout d’un mois ou six semaines d’existence, les papules s’alTaisscnt, on ne voit plus que des taches cuivrées (jui plus tard prennent une teinte brune ;

SYI’IIIMÜES.

plus tard encore, il n’esl pas rare de conslatei-, à la place de la papule, une légère dépression avec une très mince cicatrice. Enfin la coloration l3rune disparaît elle-même, et il ne reste plus que la petite cicatrice déprimée, qui, à son tour, ne tarde pas à s’effacer.

La syphilide papuleuse lenticulaire se montre sur le tronc, surtout dans le dos et aux flancs. Mais la région cju’elle affectionne le plus, c’est la région postérieure du cou, la nuque. On l’observe souvent aussi à la figure et sur les membres.

Ajoutons qu’en raison même de sa nature, cette éruption ne présente ni douleur, ni cbaleur, ni démangeaison. Si, au début, il y a quelques légers pbénomènes généraux, ils ne tardent pas à disparaître. Comme pour la roséole, on voit fréquemment la sypbilide papuleuse être précédée par des douleurs névralgiques dans la tête.

Les phénomènes concomitants sont divers accidents secondaires : plaques muqueuses, engorgement indolent des ganglions post-cervicaux, alopécie, érythème et ulcérations de l’isthme du gosier, etc.

La marche de cette affection est essentiellement chronique, surtout quand aucun traitement ne vient l’enrayer; souvent les papules restent dans un état stationnaire pendant plusieurs mois ; (juelquefois la maladie se trouve prolongée par de nouvelles éruptions qui remplacent celles qui ont déjà disparu.

Diagnostic. — Rien de plus facile à reconnaître que cette affection. La forme et la couleur cuivrée des papules, l’absence de démangeaison , caractérisent tellement la maladie qu’avec un peu d’habitude, à la première vue on peut distinguer les papules syphilitiques, soit des autres

SYPIIILIDES.

syphilides, soit des affections cutanées ordinaires. Il ne peut y avpir embarras qu’au début ou vers le déclin de l’éruption.

La forme de sypbilide qui s’en rapproche le plus est la syphilidc tuberculeuse, mais cette variété est un accident éminemment tertiaire, et elle s’accompagne ordinairement d’ulcération.

Les éruptions vulgaires qui peuvent simuler la sypbilide papuleuse sont ; le licben,le prurigo, Xacne indurata et l’érythème papuleux. Mais le lichen et le prurigo se reconnaîtront très bien à l’absence décoloration sui generis de la syphilis, à la démangeaison vive qui forme leur caractère fondamental, et surtout à l’absence de phénomènes syphilitiques concomitants. Les mêmes remarques sont applicables aux deux autres affections ; de plus, dans l’érytbème papuleux, les saillies sont plus considérables, la teinte vineuse que présente la peau est plus diffuse et plus étendue. Dansl’acne indui'ata, il faut noter la marche chronique et uniforme de l’éruption, et la permanence avec laquelle elle reste fixée à la partie supérieure du tronc.

pronostic e?,\. celui des affections exanthématiques et vésiculeuses de nature spécifique : la sypliilide papuleuse est une forme peu grave et qui résiste ordinairement peu à un traitement rationnel.

2“ Syphilidc papuleuse plate. — Cette variété secondaire de sypbilide papuleuse ne diffère de la précédente (lue par la modification de forme et de configuration que présentent les papules. Elle est caractérisée par des saillies plus volumineuses, plus larges et moins acuminées que les papules lenticulaires. Elles peuvent avoir les dinien-

loo

SYtlIlLlttËS.

sions d’une pièce de cinquante centimes. Au bout de quelques semaines elles perdent leur luisant et se résolvent en suivant les mêmes phases et les mêmes transformations que les précédenles. Ces papules se couvrent souvent desquames assez épaisses sur la face et dans la barbe. Le front est le siège de prédilection de cette éruption, qui se montre encore quelquefois sur le dos et à la partie antérieure de la poitrine.

A part les légères différences que nous venons de signaler, les autres caractères sont absolument les mêmes que dans la première variété.

d" Syphilide bulleuse. — La syphilide bulleuse, décrite encore sous le nom de pemphigus syphilitique {pemphigtts neo-naiorian), s’observe exclusivement chez les enfants nouveau-nés. Les pieds et les mains sont le principal siège de la maladie. Quelquefois elle existé au moment de la naissance, le plus souvent elle se manifeste quelques heures ou quelques jours après : ce sont d’abord des taches d’un rouge violet ; puis, sur ces taches, apparaissent des bülles pouvant atteindre le volume d’un gros pois ou d’une noisette, et contenant un liquide jaumUre d’une couleur tout à fait citrine. Au bout de quelques jours ces bulles se rompent et donnent lieu à des idcérations superlicielles qui se couvrent elles-mêmes de croûtes.

A coté de ces phénomènes locaux, il existe des symptômes généraux. D’abord la maladie se développe généralement chez des enfants qui, en apparence, présentent tous les attributs de la bonne santé ; mais, quelques jours après l’apparition de la maladie, il survient de ramaigrissemenl, des vomissements, de la diarrhée et un dépérissement

SYPHILIDES.

considérable, phénomènes qui ne tardent pas à être suivis de la mort. Quelquefois, avant le terme fatal, plusieurs éruptions se succèdent et prolongent ainsi la maladie. Dans des cas rares les bulles s’affaissent, il se forme des croûtes qui se sèchent et tombent ; au-dessous de ces croûtes on trouve une cicatrice et le petit malade est guéri.

Nousdevonsau docteur Krauss une excellente thèse sur cette espèce de pempbigus; mais l’auteur a eu le tort de ne pas la rattacher à la syphilis. MM. Paul Dubois etCazenave sont les premiers qui aient songé à en faire une des manifestations de la syphilis constitutionnelle. M. Dubois a toujours trouvé les parents imprégnés du virus syphilitique au moment de la conception. Nous devons dire, toutefois, que cette opinion n’est paspartagée par tous les médecins, et que la question ne nous parait pas complètement jugée. Nous avons eu à observer récemment un cas peu favorable à l’opinion soutenue par M. Paul Dubois, c’est celui d’un pempbigus syphilitique parfaitement tranché chez un enfant nouveau-né ; la guérison eut heu et il nous fut 'impossible de trouver la moindre trace d’antécédents syphilitiques chez les parents. M. llicord a proposé une autre explication : on sait que lepemplugus survient souvent chez des sujets qui ont souffert de quelque façon que ce soit, par la misère, une mauvaise nourriture, des chagrins, etc.; en appliquant ces considérations étiologiques au pempbigus des enfants, M. Ricord fait remonter la cause de cette affection à la faiblesse de la mère, et considérant l’utérus d’une femme malade et affaiblie comme une habitation insiüubrc pour l’enfant, il pense que le pempbigus est le résultat de ces mauvaises conditions hygiéniques. Mais, si celte explication ingénieuse élaitfondée, on devrait

SÏPHILIDES.

retrouver le pempliigus chez des enfants petits et chétifs ; il n’en est rien ; au contraire les enfants viennent au monde forts, vigoureux, ayant toutes les apparences de la bonne santé et ne demandant (ju’à vivre. L’affaiblissement et ramaigrissement n’arrivent ({u’après la maladie.

Nous ajouterons qu’on n’observe jamais la forme bulleuse chez l’adulte dans la syphilis, et que c’est là encore un argument contre la nature syphilitique du pempliigus des nouveau-nés.

7“ SvpHiLiDE SQUAMEUSE. - Lcs affectioiis syphilitiques squameuses sont assez communes. On les rencontre surtout à la jiaume des mains et à la plante des pieds, sur le tronc et sur les membres ; il faut toutefois faire attention que, dans les affections syphilitiques, on trouve quelquefois des squames qui appartiennent à d’autres lésions élémentaires, et qui ne sont que la dernière période de diverses éruptions antérieures.

Les syphilides squameuses sont caractérisées par l’existence de sciuames reposant sur une surface à coloration brun-cuivré, qui déborde un peu au delà, de manière à former à la plaque squameuse une auréole cuivrée. Ces squames sont assez adhérentes et présentent, comme caractère général, mais non pas constant, l’existence à leur pourtour d’un liséré blanchâtre, sur lequel Bictt insistait beaucoup.

La sypbilide squameuse affecte trois formes différentes constituant trois variétés, (|ui sont ; w,la syphilidc civchias ou lèpre syphilitique; b, le psoriasis syphilitique ; c, la syphilide cornée.

a. Syphilide circinée.— Le principal caractère do cette

SYPIIIUDES.

adeclioii csl sa disposition circulaire. L’éruption forme des cercles ou des segment s de cercle, du diamètre d’une pièce d’un franc environ et qui sont constitués par de légères saillies d’un rougehiam sur lesciuelles on voit des squames tines, blanches, minces et non iml)ri(piécs, conliguration qui suffitpourla différencier delà lèpre vulgaire ordinaii'e. Ces cercles ou segments de cercle persistent pendant un certain temps, puis la saillie diminue, les squames s’elfacent, et il reste une tache dont la coloration augmente d’intensité, et prend de plus en plus la teinte cuivrée si>éciale. Cette tache, à son tour, diminue et s’efface bientôt complètement; quelquefois, avant sa disparition, il y a plusieurs desquamations successives dans lesquelles les squames sont de plus on plus Unes.

Le cou et les membres sont le siège d’élection de cette variété de syphilide squameuse ; on l’observe aussi aux lèvres et au menton.

La lèpre vulgaire, sypbiliti(pie est ordinairement un l)hénomène secondaire, qui s’accompagne le plus souvent d une allection de la même série ; plaques muqueuses, ganglions post-cervicaux, etc.

h. Psoriasis syphilitique. - A côté de celte lèpre vulgaire syplulilique, nous placerons le psoriasissyphililique, caracterisi^ par des saillies ordinairement arrondies ou

ovalaires, d’autres fois par dos cercles ou des segments de cercle irréguliers. Ces saillies, d’un rouge brun cuivré, sont couvertes do squames ipii ne sont ni imbriquées ni épaisses comme dans le psoriasis ordinaire, mais beaucoup plus minces. Les plaques n’ont pas généralement une

grande etendue, et elles sont séparées les unes des autres par des intervalles sains.

HARMV,

SŸPniLIDES.

Au l)out d’un certain temps, les saillies brunes s’affaissent, les squames tombent, puis il reste, comme toujours, de simples taches qui disparaissent elles-mêmes un peu plus tard.

Le psoriasis est souvent associé avec d’autres formes de sy])liilis secondaireset particulièrement avec laforme papuleuse ; il semble même, dans certains cas, que la forme squameuse soit consécutive aux papules qui s’effacent peu à peu pour faire place aux squames. 11 se présente ordinairement à une époque peu éloignée de la contagion.

Diafjnoslic. — Le psoriasis syphilitique se reconnaît principalement par la couleur cuivrée de& jibiques, par leur peu d’étendue, par le peu d’épaisseur des squames et par la coïncidence de quelque autre phénomène syphilitique bien évident.

H est vrai que dans le psoriasis commun vous trouvez souvent des taches avéc une rougeur cuivrée et des squames disposées de la même manière, mais on doit se rappeler alors (jue le psoriasis vulgaire siège spécialement aux genoux et aux coudes, ce (pii n’a pas heu dans la syphilis; et c’est surtout dans ces cas douteux qu’on voit apparaître l’importance des phénomènes concomitants qu’on rencontre généralement associés au psoriasis spécifique.

Le psoi'iasis peut encore se présenter avee un autre cachet tout particulier qu’il emprunte à son siège spécial, aux mains et aux pieds. 11 n’est pas rare, en effet , de voir la syphilide squameuse revêtir la forme du psoriasis palmaria et p/antaria. La |)résence isolée du psoriasis dans ces régions est toujours une très forte présonqition en faveur de sa nature syphilitique. Dans celte affection, la paume des mains et la plante des pieds soid sillonnées par des ger-

SYPHILIDES.

çures, par des fentes et par de véritables rhagades qui s’étendent quelquefois jusqu’aux bords de ces régions, jusqu’au poignet et jusqu’au- dessus des malléoles. Il existe également le plus souvent autour des squames un liséré rouge brun tout particulier ; l’éruption affecte quelquefois la forme circulaire ou demi circulaire. Enfin les squames sont plus minces et plus fines que dans le psoriasis ordinaire.

c. Syphilide cornée. — Cette forme s’observe ordinairement aussi à la paume de la main et .à la plante des pieds. Elle est caractérisée par de petites plaques arrondies, à peine saillantes et entourées d’une auréole d’un brun cuivré très marqué. L’épiderme est racorni, dur; et rend à la percussion de l’ongle un son mat et sec : si l’on cherche à enlever cet épiderme, on s’aperçoit facilement qu’il est transformé en une véritable production cornée, enfoncée profondément dans l’épaisseur du derme ; cette production cornée a beaucoup de ressemblance avec l’altération épidermique désignée sous le nom de cor. Elle a des caractères tellement tranchés qu’il suffit de l’avoir vue une seule fois pour ne plus l’oublier et pour ne jamais la confondre avec une autre affection de la peau. On rencontre quelquefois à la paume des mains et à la plante des pieds des taches brunes et violacées, également de nature syphilitique, et qui pourraient seules embarrasser un médecin peu attentif ou peu exercé au diagnostic des maladies de peau ; mais elles n’oni, de commun avec la variété de syphilide dont nous nous occupons que la coloration et le siège.

La forme de syphilide cornée n’est pas très rare ; c’est un phénomène secondaire qui se développe peu de temps

SYMllLlDES.

après la clisparilion de l’accident primitif; il est ordinairement associé avec la sfipldlidc papuleuse et je pense même que cette forme décrite par tous les auteurs comme une maladie squameuse, n’est qu’une éruption papuleuse qui doit son aspect particulier à l’épaisseur de l’épiderme des régions où se développent les papules. Dans ces diverses formes Squameuses, comme dans toutes les syphilides, il n’y a ni douleurs ni démangeaisons.

8“ Syphii.ide végétante. — Il y a deux espèces de syphilide végétante : a, les plaques muqueuses, b, les excroissances syphilitiques .

a. Plaques muqueuses . — La plus commune, la plus importante de ces deux variétés est certainement la plaque muqueuse décrite encore sous le nom de syphilide papuleuse humide, de tubercules plats, etc. La plaque muqueuse est caractérisée par des saillies arrondies ou ovalaires, d’une consistance molle rappelant celle des membranes muqueuses , caractère qui lui a valu son nom. Tantôt entourées d’une auréole rouge, tantôt sans auréole, les plaques muqueuses débutent par un léger boursouflement avec rougeur de la partie qui doit en être le siège ; bientôt l’épiderme s’enlève et laisse en disparaissant une surface tantôt rouge et saignante, tantôt recouverle d’un enduit grisAiro, pultacé, résultant d’une sécrétion plastique inuco-purulente. Elles exhalent habituellement une odeur fade et fétide extrêmement désagréable. Sur les muqueuses, les papules humides font souvent une saillie à peine appréciable, d’autres fois la base sur lafjuelle elles reposent est indurée, ses bords deviennent très saillants, se renversent, et alors elles pas-

.SVinilLlDES.

sent h l’état de véritables condylomes. Eiitin, au lieu d’èlre saillantes, les plaques muqueuses sont quelquefois déprimées à leur centre, sans boursoullemetiL de leui’s bords. Leur surface peut présenter dans des cas rares des fissures, des érosions et même de petites ulcérations.

Contrairement à ce qu’on observe dans les autres sypbilides, celles-ci s’accompagnent de démangeaisons ardentes et de douleurs parfois vives, surtout lorsqu’elles siègent à l’anus, à la vulve ou dans les espaces interdigilaux. Les plaques muqueuses peuvent même devenir le point de départ d’une inflammation et donner lieu à des abcès; c’est ce qu’on observe quelquefois sur les grandes lèvres.

La plaque miuiueuse est peut-être la plus commune de toutes les éruptions syphilitiques ; elle est souvent le premier symptôme de la syphilis constitutionnelle ; elle vient s’associer à la plupart des syphilides précoces.

Cette affection est plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Les régions où elle se développe le plus fréquemment sont ; chez la femme, la vulve, les grandes et les petites lèvres; chez l’homme, le prépuce, le scrotum, et dans les deux sexes, l’anus, le pourtour de la bouche, les commissures et la face interne des lèvres, les amygdales, le pharynx, les piliers du voile du palais et la langue; on l’observe encore à la face interne des cuisses, aux ailes du nez, aux aisselles, à l’ombilie, en un mot sur toutes les muqueuses qui sont au eontact de l’air et sur les parties de la peau qui, par leur état de chaleur et d’humidité habituelles, se trouvent dans des conditions analogues à celles des muqueuses. Notons aussi que le frottement est une cnudilion favorable pour leur déve-

SYPIIILinES.

loppernent. On a encore vu des plaques muqueuses se développer sur d’autres points du corps : sur le cuir chevelu et sur le front, par exemple.

Le plus souvent, la plaque muqueuse apparaît sur une partie de peau ou muqueuse primilivement saine. Dans des cas plus'rares, elle vient en quelque sorte se greffer sur un chancre encore ulcéré ou sur un chancre cicatrisé.

b. Excroissances syphilitiques. — A côté des plaques muqueuses, nous placerons les excroissances syphilitiques: verrues,. choux- fleur s., condylomes, etc. L’aspect et la forme de ces excroissances sont très variables. Tantôt elles conservent la couleur du tissu sur lequel elles sont implantées, tantôt elles sont d’un rouge vif, framboisé. Souvent elles forment de petites tumeurs de la grosseur d’un grain de chènevis ; tantôt elles ont le volume d’une noix, et plus; elles sont sessiles ou pédiculées; d’autres fois, elles forment une masse qui ressemble à une crête de coq ou à un choufleur'; et ce sont ces variétés de forme et d’aspect qui leur ont valu les différents noms sous lesquels on les a désignées. Tout en admettant la nature syphilitique de ces excroissances dans la majorité des cas, il ne faut pas oublier que bien souvent on observe à l’anus et à la vulve des excroissances parfaitement semblables à celles que nous venons de décrire, sans qu’il soit possible de constater la moindre trace de syphilis, soit dans l’état actuel, soit dans les antécédents des sujets qui les présentent.

. 9" Sypiiilide tuberculeuse. — On désigne sous le nom de tubercules syphilitiques de la peau des tumeurs arrondies, d’une consistance assez ferme, du volume d’un pois

SYPlllLlDES.

et, quelquefois d’une noisette, avec coloration d’un ro.uge cuivré caractéristique, et existant sans douleur ni prurit.

La syphilide tuberculeuse n’est pas la plus fréquente des syphilides ; c’est une des plus rares et en même temps des plus graves.

C’est une syphilide tardive qui appartient à l’ordre des phénomènes tertiaires. Il est rare qu’elle ap|)araisse comme premier accident constitutionnel : elle se montre ordinairement après des symptômes syphilitiques de dilTérentes formes; il n’est pas rare de la voir se développer chez des sujets qui ont eu des accidents syphilitiques, (juinze, vingt et trente ans auparavant et ([ui, pendant ce long intei’valle, ont eu tous les allrihuls de la honne santé. Elle peut occuper toutes les parties du corps, mais elle se développe particulièrement à la face, à la partie postérieure du tronc, à la région scapulaire et à la face dorsale des membres supérieurs et inférieurs.

Les tubercules syphilitiques siègent dans les couches profondes du derme ou dans le tissu cellulaire sous-cutanç. Ils débutent par un engorgement des cônes celluleux de la face interne de la i)eau ou du tissu cellulaire qui double cette membrane. Suivant leur disposition et leur mode de terminaison, les tubercules syphilitiques présentent, d’après les auteurs ((ui les ont décrits, quatre variétés distinctes ; a, la syphilide tuberculeuse en groupes, b, la syphilide tuberculeuse disséminée, c, la syphiiide tuberculeuse perforante, d, la syphilide tubercideuse serpigmeuse. — Nous allons décrire tous ces dilTérenls aspects, en faisant toutefois une réserve pour la syphilide tuberculeuse disséminée, qui nous parait véritablement n’être qu’une syphilide papuleuse exagérée.

SVl’llILIUES.

a. Syphilide tuberculeuse en groupes. — C’esI la variété la plus commune ; dans celte l'orme les tubercules se i)résentent sous des aspects très divers. Les uns, petits, durs au loucher, ne font qu’un léger relief au-dessus de la peau ; mais leur base paraît en occuper toute l’épaisseur; la pbqiart sont plus gros, ils atteignent le volume d’un pois, d’une noisette ou d’une petite noix. Leur disposition est quelquefois très irrégulière, mais, le plus ordinairement, ils se rapprochent plus ou moins de la forme circulaire et forment par leur rapprochement et leur disposition des cercles ou des segments de cercle. L’aire du cercle ordinairement débarrassée de tubercules est toujours d’une couleur plus foncée que la peau saine; très souvent même elle est occupée par une cicatrice légère, d’un rouge sombre, cuivré, couverte ou non de squames. Voici comment se forment ces cercles : un ou plusieurs tubercules apparaissent d’abord sur un point circonscrit; au bout d’un certain temps ils s’affaissent et se résolvent le plus souvent avec cicatrice. Pendant que ces tubercules se flétrissent, d’autres naissent autour d’eux et le cercle se trouve ainsi formé, avec les caractères que nous venons d’indiquer. Plusieurs générations de tubercules peuvent se succéder de celle manière en opérant une extension centrifuge. 11 peut se faire que la maladie guérisse sur un ou plusieurs points de la circonférence, tandis qu’elle (•onlinue son évolution sur d’autres points; la disposition circulaire se trouve ainsi interrompue et l’on voit alors des segments de cercles au lieu de cercles coni[)lets. Les tubercules qui composent un anneau sont parfois très distincts les uns des autres, mais souvent aussi ils se confondent par leurs bords et, en se réunissant,

SYPlllLIDES. 201

ils forment un bourrelet continu dans toute son étendue.

A leur début, ces tubercules sont d’uiie couleur rouge assez vive; plus lard, on voit apparaître la couleur cuivrée spéciale aux éruptions sypbililiques. En même temps, la surface des tubercules est tendue, lisse, luisante. L’épiderme fin et transparent qui les recouvre, laisse irancber leur couleur cuivrée sur celle de la peau voisine.

La marche de cette affection est essentiellement chronique. Les tubercules se développent lentement sans chaleur ni douleur, sinon dans certains cas exceptionnels, à la suite de fatigue, d’excès de boisson.

La durée des tubercules est toujours fort longue. 11 arrive souvent qu’un ou plusieurs groupes de ces petites tumeurs disparaissent dans un point, tandis qu’un autre se montre dans une autre région, et par cette succession d’éruptions la maladie peut être prolongée pendant longtemps.

Le plus souvent cette maladie se termine par résolution ; les tumeurs s’affaissent, leur surface devient squameuse et leur place n’est bientôt plus accusée, d’abord, que par une tache de couleur spécifique; puis à cette tache succède, en dernier lieu, une cicatrice déprimée, indélébile. Cette cicatrice prouve que la peau, sans être ulcérée, a cependant été profondément altérée dans sa texture. D’autres fois, le centre des tubercules se ramollit : il survient des ulcérations arrondies , recouvertes de croûtes d’un vert noir. Plus tard la cicatrisation survient également avec une cicatrice déprimée, violacée d’abord, qui blanchit plus tard.

La syphilide tuberculeuse en groupe se présente sur-

SYPIIILIDES.

tout, au visage, aux lèvres, au luentou, autour des ailes du nez. C’est un phénomène syphilitique tardif qui est observé ordinairement plusieurs années après rinfcction.

Le diagnostic de cette forme est ordinairement facile, le siège de l’éruption, la couleur cuivrée, la disposition arrondie, l’absence de phénomènes locaux, sont les caractères principaux à l’aide desquels on peut la reconnaître.

h. Syphilide tubercnleiisc disséminée. — On a donné le nom de syphilide tuberculeuse disséminée là une éruption caractérisée par le développement de tubercules arrondis, du volume d’un pois, luisants, d’un rouge sombre et disséminés sur diverses régions, principalement sur la figure, sur le tronc et sur les membres supérieurs. Ces tubercules, dont quelques-uns sont disposés de manière à figurer des cercles plus ou moins réguliers, se recouvrent, au bout d’un certain temps, d’une fine squame blanche et mince; ils ne sont pas susceptibles de s’ulcérer ; ils disparaissent, en laissant une petite tache brune déprimée, puis une légère cicatrice qui ne persiste pas ordinairement. Cette éruption ne s’accompagne ni de douleur, ni de démangeaisons. C’est un phénomène secondaire qui survient plusieurs mois seulement après le phénomène primitif; on la rencontre associée avec d’autres éruptions précoces et particulièrement avec la sypbilide papuleuse. Pour nous, la syphilide tuberculeuse disséminée n’est, à vrai dire, qu’une syphilide papuleuse exagérée : l’association fréquente de cette dernière forme, l’époque d’apparition des tubercules, l’absence d’ulcération et de cicatrices profondes et durables, sont autant de raisons pour séparer les tubercules disséminés des

SYPIIILIDES.

autres formes tuberculeuses et pour les rapprocher des éruptions papuleuses.

c. Syphilide tubercnleuse perforante. — Nous arrivons à une variété de syphilide tuberculeuse beaucoup plus grave c]ue les deux précédentes. Ordinairement, elle débute par l’apparition sur différents points^ du corps, mais plus particulièrement sur la face et sur les membres, de tubercules du volume d’une noisette, d’une noix et même d’un œuf de poule, dont la coloration présente toutes les nuances déjà indiquées dans les deux premières variétés : rouge vif, rouge sombre, cuivré, etc. Ces tubercules, en nombre variable, quelquefois tout à fait isolés, d’autres fois réunis deux, trois ou quatre ensemble; dans ce dernier cas, ils sont tantôt irrégulièrement disséminés, tantôt disposés circulairement. Jamais ils ne couvrent toute la surface du corps à la fois, et lorsqu’on trouve des malades dont tout le corps est, pour ainsi dire, couvert de cicatrices syphilitiipiesf qui semblent se rapporter à cette variété de syphilide, on doit supposer ipi’il y a eu plusieurs éruptions successives.

Au bout de quelque temps, les tubercules, d’abord pleins et durs, se ramollissent, la peau s’altère et s’amincit, puis se perfore, et on a une ulcération plus ou moins profonde à fond grisâtre et sanieux, à bords taillés à pic. Ces ulcérations se couvrent de ces croûtes dont nous avons déjà parlé, à propos des syphilides pustuleuses, et qui sont d’un noir verdâtre, souvent tout à fait noires, rugueuses et inégales. Elles acquièrent une épaisseur parfois considérable et, nous l’avons déjà dit, recouvrent les ulcérations soit comi)létcment, soit en partie seulement. Ces croûtes peuvent tomber et se renouveler plusieurs

SVPlllLIUKS.

fois, et pendant tout ce temps, les ulcérations sur lesquelles elles reposent, sans s’étendre en superficie, i>agnent en profondeur et rongent tous les tissus qu’elles rencontrent à la manière des scrofulides perforantes. Les cartilages, les os eux-mêmes ne peuvent arrêter Icurmarclie destructive; c’est ainsi qu’on voit les joues et les lèvres perforées, les cartilages du nez détruits, la voûte palatine ulcérée et une large communication établie entre la cavité buccale et les fosses nasales. De là ces difformités horribles et ces incommodités hideuses qui affectent ces mallieureux et en font un objet de dégoût pour eux-mêmes et pour les personnes qui les entourent.

Pour compléter le tableau de cette affreuse maladie, nous ajouterons que, comme dans les autres variétés de syphilis, il n’y a ni douleur, ni cuissons, ni prurit ; on s’étonne véritablement, à bon droit, qu’une maladie si grave puisse se développer sans présenter de réaction locale ou générale. 11 n’est pas rare*cependant, malgré l’absence de la douleur, d’observer une altération plus ou moins grave de la constitution, une cachexie qui appartient à l’époque de la syphilis à laquelle se développent ces tubercules. L’atfection arrivée à ce degré d’intensité peut encore guérir soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement convenablement dirigé. Les ulcérations se détergent, leurs bords s’affaissent, le fond bourgeonne, tend à se rapprocher de la superlîcie et alors la cicatrisation se fait, mais les malades présentent des cicatrices difforrres, déprimées, froncées et indélébiles. Lorsqu’elles sont récentes, elles sont d’une couleur rouge sombre violacée caractéristique, plus tard elles blanchissent et prennent une couleur d’autant plus mate qu’elles sont plus

SYPlllLlDES.

anciennes ; quelques-unes de ces cicatrices sont lisses, unies, mais la plupart sont inégales et sillonnées de brides inodulaires ; il est rare quelles soient de niveau avec la peau, presque toujours elles sont déprimées. La forme, l’étendue et l’aspect de ces cicatrices suffisent généralement pour révéler leur nature.

La syphilide tuberculeuse perforante peut siéger sur toutes les parties du corps, mais elle a une prédilection pour la face et pour le nez.

C’est un phénomène tertiaire qui coïncide rarement avec d’autres éruptions, mais qui s’accompagne souvent d’exostoses, de tumeurs gommeuses et d’un état général cachectique. 11 apparaît rarement avant dix-huit mois ou deux ans après l’infection, on le voit souventse développer de longues années après la disparition des accidents primitifs.

Le diagnostic est généralement facile, quelle que soit l’époque de la maladie. La forme et le volume des tubercules, l’aspect des ulcérations et des croûtes, les phénomènes antécédents et concomitants, la marche de l’affection, le caractère même des cicatrices, seront autant de signes qui serviront au médecin à dévoiler la nature du mal.

pronostic est grave; la syphilide perforante est une maladie longue : elle s’étend en profondeur, on a souvent de la peine à arrêter ses progrès; elle ne guérit qu’au prix de cicatrices très apparentes ; la coexistence de phénomènes de cachexie augmente encore de beaucoup leur })ronostic. Cependant, en l’absence de Faltération de la constitution, un traitement rationnel, longtemps et habi-

SŸl'IÎILlDES.

leraent exécuté, peut triompher du mal et amener la guérison d’ulcérations très profondes.

(1 . SypIiÜule tuberculeuse serpiçjineuse. — Cette quatrième et dernière variété de syphilide tuberculeuse est, comme la précédente, caractérisée par sa tendance extrême à s’étendre. Elle en diffère en ce qu’au lieu de s’étendre en profondeur, elle gagne en superficie. Elle débute d’abord par plusieurs tubercules, tantôt irrégulièrement disposés, tantôt rangés en cercle et souvent, mélangés à des pustules. Ces tubercules se ramollissent promptement, les pustules se rompent, et il en résulte des ulcérations ordinairement assez superficielles qui se couvrent de croûtes noires, inégales et épaisses. Au bout d’un certain temps, ces croûtes se détachent spontanément, et laissent voir une cicatrice violacée un peu inégale; mais, en même temps, il se développe dans le voisinage -d’autres tubercules ou d’autres pustules qui vont s’ulcérer encore, pendant qu’une troisième génération va se montrer plus loin, pour subir les mêmes phases. Tantôt cette extension Vie la maladie a lieu sans présenter d’interruption, et c’est la même plaque qui progresse et gagne en s’élargissant; d’autres fois, c’est dans une région plus ou moins éloignée qu’on voit apparaître une nouvelle éruption qui restera isolée ou bien qui se joindra dans sa marche envahissante à une ou plusieurs autres du voisinage. Le plus ordinairement, ces poussées ont lieu à des épociues assez rapprochées les unes des autres, et se succèdent, pour ainsi dire, de manière qu’on rencontre souvent des malades présentant tous les âges de la maladie : lésions élémentaires, tubercnles ou pustules, ulcérations

SVt>HlLlDËS. 207

et croûtes, cicatrices violacées, puis cicatrices blanches réticulées déjà anciennes.

Autour de l’éruption serpigineuse il existe une auréole cuivrée bien distincte, sa configuration est presque conslainment arrondie ou ovalaire ; il n’y a ni douleur, ni démangeaison ; en un mot, on rencontre tous les caraclèi’es généraux dessypbilides. La santé générale est quelquefois conservée, mais cependant il peut y avoir des

phénomènes de cachexie.

Le propre de cette variété de syphilide tuberculeuse est d’aller en serpentant comme son nom l’indique.

La marche, la durée, le diagnostic et le pronostic ne nous présentent aucune considération*nouvelle. La syphilide serpigineuse appartient aux phénomènes tertiaires. Nous n’avons rien à ajouter sur ce que nous avons dit à ce sujet dans la variété précédente ; la syphilide serpigineiise est cependant moins grave ; elle cède plus vite au traitement et laisse des cicatrices moins profondes. Du reste ces deux formes sont souvent associées.

TRAITEMENT DES SYPIIILIDES.

Le traitement des syphilides est celui de la syphilis en général. Le médecin doit d’abord combattre l’état général ; or, il ne peut y arriver que parles antisyphilitiques. Mais à côté de ce traitement général il y a quelques précautions spéciales qu’on ne doit pas négliger.

Les principaux moyens employés sont les préparations métalliques ; on a préconisé les préparations d’argent et d’or, mais ces moyens sont trop souvent infidèles, aussi sont- ils généralement délaissés maintenant.

SYPIHLIDES.

L’antisyphililique, par excellence, c’esl le mercure ; administrez une préparation mercurielle quelle qu’elle soit ; liqueur de Van-Swieten, pilules de Dupuytren, de Sédillot, etc., et vous serez presque toujours sûrs de réussir. Cependant nous devons dire que, selon nous, la meilleure manière de donner le mercure, c’est île le donner sous forme de proto-iodure d’après la formule suivante ;

l'roto-iodure d’hydrargyre 1 gramme.

Thridace 2 grammes.

F. s. a. 40 pilules.

On donne d’abord une, puis deux, trois, quatre pilules par jour, on ne dépasse presque jamais cette dernière dose. En même temps, on ajoute à la préparation mercurielle les accessoires ordinairement employés dans la syphilis : tisanes de gaïae, de salsepareille, de saponaire ou de houblon.

Les moyens que nous venons d’indiquer sulfisent dans les syphilides exanthématique, vésiculeuse, pustuleuse; mais il y a d’autres syphilides dans lesquelles les préparations mercurielles ne suffiraient pas ; il faut y joindre l’iodure de potassium.

Comme vous le voyez, les syphilides, sous le rapport du traitement mercuriel, se divisent en deux classes : les unes, ce sont les syphilides secondaires, cèdent au traitement mercuriel seul; celles de la seconde classe, qui comprend les manifestations tardives de la syphilis, celles qui appartiennent à un âge avancé de la syphilis, tubercules et pustules d’ancienne date, réclament les préparations mercurielles et indurées.

SYPHILIDES.

Le meilleur moyen d’associer les préparations mercurielles et l’iodure de potassium, c’est d’administrer ces deux remèdes séparément à des heures diflerentes ; l’iodure de potassium est pris avec la tisane, par exemple, dans de la tisane de houblon. On donne 1 ou 2 ou 3 grammes d’iodure de potassium par litre de tisane, et 1 ou 2 pilules de proto-iodure de mercure par jour.

iVous nous sommes quelquefois bien trouvé dans les syphilides tuberculeuses, surtout dans la variété perforante, de l’emploi de la préparation suivante :

Eau distillée 250 grammes.

lodure de potassium 16 —

Bi-iodure de mercure. . 0.5 ou 0,10 centigr.

Une cuillerée à bouche par jour dans une tasse de tisane.

Quelques topiques sont aussi employés : ce sont simplement, dans certains cas, des lotions émollientes ou des cataplasmes pour faire tomber les croûtes ; mais, quand ces croûtes sont dures et recouvrent des ulcérations profondes, il ne faut pasles faire tomber tout de suite, il vaut mieux auparavant modifier l’état général. En agissant ainsi, il arrive souvent que les ulcérafion^guérissent soüs les croûtes, et que celles-ci, n’étant plus retenues, tombent d’elles-mèmes et laissent à leur place des cicatrices déjà formées.

Dans ([uelques cas de syphilide tuberculeuse perforante ou serpigineuse et même aussi d’ulcération d’ecthyraa syphylitique, on emploie avec avantage, pour faciliter et hâter la cicatrisation des plaies ulcérées, une pommade dont voici la formule :

Axonge 30 grammes.

Proto-iodure d’hydrargyre. . . 0,50 centigr.

HAKDY,

SYPinUDES.

Quelquefois aussi, dans les mêmes circonstances, on hâte la cicatrisation par des cautérisations faites avec le nitrate d’argent.

Enfin, dans les syphilides qui sont longues à disparaître et surtout lorsque la constitution générale du sujet paraît altérée, il faut conseiller une saison aux eaux minérales, et choisir de préférence les eaux minérales sulfureuses, telles sont celles de Baréges, de Bagnères-de-Luchon, d’Uriage, etc. Elles sont très efficaces aussi pour consolider la guérison qui n’est pas encore parfaite. Mais, si la maladie est encore apparente, il est nécessaire de continuer ce traitement mercuriel pendant l’administration des eaux. Les eaux minérales sulfureuses sont encore indiquées dans une autre circonstance, c’est lorsqu’on est dans l’indécision sur la nature précise d’une affection cutanée et que les caractères syphilitiques ne sont pas très tranchés. Si la maladie est syphilitique, les eaux auront pour effet de faire apparaître quelque symptôme bien caractéristique, et surtout les eaux sulfureuses, car elles jouissent de cette propriété révélatrice à un très haut degré ; il en est de même des e*aux de Louesche, quoiqu’elles ne contiennent pas de soufre.

Dans le traitement ordinaire, on doit encore ajouter à ce que nous avons déjà dit, les hains simples et sulfureux. Pour les enfants et pour les personnes qui ne peuvent pas supporter le mercure à l’intérieur, on le remplace ordimfireraent par les hains de sublimé. Enfin, on pourra prescrire les pommades au calomel, certaines lotions astringentes dans les plaques muqueuses, les caustiques dans les végétations, l’huile de cade dans certaines formes squameuses et tuberculeuses.

SYPHILIÜES.

Comme accessoire important, nous indiquerons encore le traitement hygiénique qui comprend l’abstention de tout aliment excitant, de vin pur, de café, de liqueurs, l’absence de fatigue et de veilles. C’est quelquefois faute de vouloir se soumettre à ces règles, que les malades attendent longtemps leur guérison, malgré l’administration des médicaments convenables.

Page 1