‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 17 sur 46 · AUGMENTATIONS DE COLORATION · texte numérisé non relu

AUGMENTATIONS DE COLORATION

Nœvi pigmentaires. — Sous le nom de nœvi pigmentaires nous groupons des taches d’une couleur variable, tantôt brunâtre ou café au lait, tantôt tout à fait noire. Elles sont ordinairement congénitales; il est certain néanmoins que quelques-unes peuvent apparaître tout d’un coup à un âge quelconque. Elles peuvent être de niveau avec la surface de la peau ou légèrement proéminentes, avoir des cq^itours réguliers ou affecter une forme tout à fait irrégulière ; on les a comparées à des grains de café, à un morceau de couenne de lard, etc. La présence de poils, pour n’être pas constante, se présente cependant assez fréquemment; et si dans certains cas on a pu donner <à ces taches, qui chez les femmes font ressortir la blancheur de la peau, le nom de grains de beauté., elles n’en constituent pas moins dans certains cas mie dilformité désagréable. Quelquefois ces taches sont uniques ou en petit nombre; d’autres fois on les a vues répandues à profusion sur la surface du corp.s, en lui donnant dans certains points l’aspect de la peau d’un animal. Alihert cite à ce sujet l’histoire d’un Italien qui, séduit par le

DIFFOUMITÉS DE L*APPAnEIE IMGMENTAIUF..

visage et les grâces d’une jeune femme, la demanda en mariage, l’épousa, et se Irouva singulièrement effrayé en reconnaissant, le soir de son mariage, que sa nouvelle épouse présentait sur la presque totalité de l’enveloppe cutanée ordinairement recouverte par les vôtemenls, de larges taches noires et velues qui faisaient ressembler son corps à celui d’un chien barbet ; cette fâcheuse difformité donna lieu immédiatement à une séparation légale.

La thérapeutique n’a point à intervenir dans ces cas ; au visage peut-être, si la difformité était trop désagréable, il -serait permis d’essayer de la faire disparaître par les caustiques; en n’agissant pas trop profondément et en dirigeant avec soin la cicatrisation, on pourrait obtenir un résultat satisfaisant.

Lentigo. — Le lentigo est caractérisé par de petites taches jaunâtres, arrondies, tantôt isolées, tantôt réunies ; elles ne font aucune saillie sur la peau, et ne sont accompagnées ni de prurit, ni de desquamation. Quelquefois congénitales, mais beaucoup plus souvent développées après la naissance, elles se montrent chez les individus d’un tempérament lymphatique, à peau très blanche. On dirait presque, en les examinant, que le pigment a abandonné les parties voisines pour venir s’accumuler là où elles existent, tant la peau semble décolorée auprès d’elles. Leur siège de prédilection est au visage, à la partie dorsale des mains, aux avant-bras, au cou, et principalement aux parties exposées au contact de l’air.

Elles sont plus nombreuses en été qu’en hiver, et l’inlluence de l’insolation sur leur couleur semble très évidente. Le seul moyen de les prévenir et de les diminuer, c’est de soustraire au contact de l’air les parties atteintes, et, lorsqu’il s’agit de femmes qui tiennent à leur beauté, on doit leur conseiller de ne jamais sortir l’été, surtout au soleil,

h MACULES ET DIFPOUMITÊS DE LA PEAU.

sans SC garanür le visage avec un voile, el les bras et les mains avec des manches fermées et des gants. Quand ces taches existent, vous chercheriez inutilement à les faire disparaître, ni lotions ni pommades ne sauraient y parvenir.

Ephélides. — Les éphélides diffèrent du lentigo en ce que les taches sont plus étendues et moins généralisées : elles sont plus ou moins régulières, de couleur brune. Elles apparaissent dans différentes conditions : on les trouve chez les travailleurs qui ont la poitrine et le cou découverts; chez les femmes au momentdela menstruation, etsurtoutpendantlagrossesse: on leur donne vulgairement alors le nom de masque, lorsqu’elles existent sur le front, sur les joues, sur le menton. Elles diffèrent du versicolor en ce qu’elles ne s’accompagnent

ni de desquamation, ni de démangeaison. Elles disparaissent souvent d’une manière spontanée, lorsque la cause qui leur a donné naissance n’existe plus; c’est ce qui a lieu surtout après l’accouchement. Lorsqu’elles persistent, un traitement particulier qui aurait pour résultat d’enflammer légèrement la peau est souvent suivi de succès. Favoriser la résorption du pigment, telle est l’indication thérapeutique, et pour la remplir, j’ai recours à des lotions faites deux fois par jour avec la solution suivante :

Eau distillée

Sublimé

Sulfate de zinc

Acétate de plomb

Alcool, q. s. pour dissoudre le sublimé.

Il m’est souvent arrivé de conseiller avec succès les douches sulfureuses, et particulièrement les eaux minérales de Luchon et de Baréges administrées en douches locales sur les parties affectées. Les éphélides sont constituées uniquement par une accumulation anormale de pigment dans un point

12 J grammes.

50 centigrammes.

2 grammes.

DIFFORMITÉS DE l’aI’DAREIL PIGMENTAIRE, circonscrit ; c’est à tort que M. Bazin a appliqué l’expression à'éphélides aux maladies parasitaires qui sont susceptibles d’affecter le visage des femmes pendant la grossesse: ces dernières affections, qui rentrent dans le chloasma, dans les pityriasis vei'sicolor el nigra, sont manifestement squameuses et n’ont aucun rapport avec les épbélides.

Nigritie. — La nigritie est caractérisée par une coloration noirâtre de la peau, locale ou générale, dépendant également d’une augmentation locale ou généralisée de la couchepigmentaire. Lorsqu’elle est répandue sur tout le corps, cette affection donne à l’enveloppe cutanée l’aspect non pas de la peau du nègre, mais de celle du mulâtre ou du quarteron. Nous mettrons de côté les nigrities générales congénitales, qu’on a souvent essayé de faire considérer comme le résultat d’une frayeur, d’un regard pendant la grossesse; elles doivent être regardées comme physiologiques et comme attestant les rapports (souvent adultères) de la mère avec un homme de couleur. Les enfants ainsi colorés sont tout simplement des mulâtres, des quarterons ou des sang-mêlé. Mais, à une. époque variable de l’existence, et le plus souvent à l’âge adulte, la peau peut revêtir sur sa totalité ou sur la plus grande partie de son étendue une coloration brune désignée récemment sous le nom de maladie bronzée ou de maladie d' Addison, du nom d’un médecin anglais qui le premier a bien décrit cette affection et a indiqué ses rapports avec les lésions des capsules surrénales. Cette maladie débute peu à peu et coïncide avec une altération de la nutrition : on observe de l’amaigrissement, la perte des forces, des troubles dans les fonctions digestives, et la mort survient soit par le seul fait de cette affection, soit le plus souvent sous l’influence d une diathèse tuberculeuse, cancéreuse ou autre concomitante. Suivant Addison, la cause organique de cette coloration

MACULliS KT DII'I'ÜUMITICS Dli LA l'EAU.

coiisisteniil dans des lésions varices des capsules surrénales devenues soit plus volumineuses, soit plus denses, soit tuberculeuses ou cancéreuses, etc. M. Trousseau a appuyécette opinion de ses observations personnelles; moi-même j’ai eu occasion de rencontrer récemment, chez un hom'xie qui avait succombé à une tuberculisation pulmonaire avec coloration bronzée très marquée de la peau, les capsules surrénales plus volumineuses, manifestement plus denses et plus dures, et contenant une infiltration grise et quelques petites tumeurs arrondies paraissant de nature tuberculeuse. J’ajouterai néanmoins que ce rapport entre la coloration bronzée et l’altération des capsules surrénales n’est pas encore accepté par tout le monde : on a cité des faits de lésions des capsules sans coloration, et des faits de coloration avec intégrité des capsules. M. le docteur Gubler, qui s’est livré à, des recherches sur ce point, n’est arrivé qu’à des conclusions négatives. Il affirme que les capsules surrénales présentent dans leur état normal une grande variété relativement à leur volume, à leur consistance, à leur organisation même, et il pense qu’on doit rattacher à ces variétés normales la plupart des lésions admises pour expliquer la coloration. Dans l’état actuel de la science, la question est donc encore indécise et demande de nouvelles recherches.

La nigritie généralisée ne s’accompagne pas nécessairement de troubles généraux aussi graves. Elle peut survenir au milieu de la santé la plus parfaite, et se perpétuer sans qu’il y ait aucun dérangement notable dans les fonctions. Vous remarquerez dans celte difiormité, quelle que soit sa gravité, un fait curieux : c’est que les plaies laissent après elles une cicatrice blanche, qui conserve souvent indéfiniment sa coloration ; dans les cas de cicatrices ])cu profondes, à la suite d’un vésicatoire volant, par exemple, il arrive quelquefois

DIFFÜKMITÉS Dli l’aI’I’AIIIÎIL IMGMENTAllUi. !

aussi que la coloraüoii blaiicliàli’e devienne peu à peu niuins tranchée, et qu’elle se rapproche de la coloration générale.

La nigritie est souvent locale et circonscrite à certaines régions : chez les femmes enceintes et à la suite de l’accouchement, on voit habituellement une coloration brune foncée affecter l’auréole et la partie médiane des seins, la ligne blanche devenir tout à fait noire, et quelquefois môme la coloration s’étendre à tout le ventre, surtout dans la région sous-ombilicale. Si l’on rapproche ces faits de coloration de la fréquence des éphélides chez les femmes enceintes, on arrive à cette conclusion, (jue la grossesse amene une sécrétion plus considérable du pigment.

Certaines personnes présentent en quelques régions une coloration noirâtre qui paraît habituelle : quelques hommes ont le pénis et les environs des parties génitales colorés en noir; quelques femmes brunes présentent également une coloration très foncée des organes génitaux externes. On voit encore une coloration brune compliquer souvent le lichen elle prurigo. A la suite d’eczéma aux membres inférieurs, il n’est pas rare de voir, à la place occupée antérieurement par l’éruption, des tacbes brunes indélébiles. Il en est de même de quelques cicatrices superficielles, qui sont très brunes aux jambes au lieu de présenter la coloration blanche habituelle.

Nous ne connaissons pas de traitement à opposer à la nigritie locale ou générale.

2° DÉCOLOKATIONS.

Nous venons d’étudier les taches dues à l’accumulation du pigment. Il est une autre classe d’affections où le pigment n’existe pas, soit à toute la surface de la peau , c’est m’smc, soit dans certaines parties seulement, c’est le vüiligo.

• Albinisme. — Dans l’albinisme, le pigment manque dans

O MACULES ET DlFFOIiMITÉS DE LA PEAU.

la peau, dans les poils et dans les yeux. Partout une blancheur mate, uniforme : on a donné le nom ^'albinos aux individus qui présentent cette difformité. Vous la rencontrerez dans toute une famille ou dans un seul de ses membres. Parfois un albinos engendrera un individu chez lequel le pigment se trouvera en quantité normale, puis à la génération suivante naîtra un albinos. Rien de fixe à cet égard.* Sans entrer dans les détails sur la constitution physique et sur les dispositions morales des albinos, je dois appeler votre attention sur le mouvement du globe de l’œil chez ces individus : l’absence du pigment ne leur permettant pas de fixer les objets, il en résulte une véritable chorée, des mouvements de va-et-vient continuels, qui donnent à la physionomie une expression toute particulière.

Vitiligo. — Lorsque la décoloration de la peau n’est que partielle, elle prend le nom de vitiligo. Vous la trouverez par plaques plus ou moins étendues, assez régulières; et s’il existe des poils dans les régions qu’elles occupent, ces poils seront blancs. C’est à cette absence du pigment que sont dues ces houppes de cheveux blancs qu’on observe assez souvent au milieu d’une chevelure de coloration foncée. Le vitiligo se rencontre assez fréquemment chez les nègres 5 et comme chez eux la difformité est très apparente, il en résulte un aspect panaché très singulier, lorsqu’il existe plusieurs taches semblables. Dans les colonies, on désigne les individus qui présentent cette coloration bizarre sous le nom de nègres-pies. Nous devons ajouter que dans le vitiligo on voit les taches blanches être bordées par un cercle assez large de matière pigmentaire en excès, qui donne à la peau en ces endroits une couleur très foncée faisant encore ressortir la partie décolorée. Aussi nous pouvons dire que dans le vitiligo il n’y a pas, à proprement |)arler, une diminution du

DIFFORMITÉS DE l’aPI’AUEIL VASCULAIRE, pigment, mais bien une mauvaise distribution de ce principe, qui abandonne certains points pour se porter en excès vers d’autres.

Le vitiligo est habituellement congénital. Nous avons cependant recueilli des observations dans lesquelles la difformité était positivement survenue soit dans l’enfance, soit même à l’âge adulte.

Toute médication est inutile dans le vitiligo comme dans l’albinisme; il faut donc s’en abstenir. .Tusqu’à présent on n’a encore trouvé aucun moyen de faire sécréter du pigment dans les points qui en manquent.

Page 1