CHAPITRE III
PORRICO DECALVANS OU PELADE.
Willan décrivit sous le nom àçporrigo decalvaiis une espèce de teigne dans laquelle il prétendit avoir observé des pustules au début; ces pustules qui, au dire du dermalograpbe anglais, n’ont jamais qu’une existence éphémère, n’ont pas été rencontrées depuis par d’autres observateurs. M. Cazenave a tracé le tableau de cette affection sous le nom de vitiligo, et l’a ainsi confondue avec une maladie très dilférente ou plutôt avec une dilVoimité de la peau , dans laquelle les poils sont décolorés, mais nullement altérés. Audouin, M. Gruby, ont rencontré dans cette affection un parasite végétal qui a reçu le nom de microsporon Audouini; M. Bazin a confirmé, par ses recherches, l’existence de ce cryptogame, et a désigné la maladie qu’il produit sous le nom de teigne pelade.
Nous pouvons donc définir la teigne pelade ou porrigo decalvans comme une maladie parasitaire, afièctant le système pileux sur tous les points de l’économie où il se rencontre, donnant lieu à des altérations spéciales dont une des plus importantes est la chute des cheveux, <jui sont remplacés par un duvet cotonneux et caractérisés par la présence d’un cryptogame particulier, décrit sous le nom de microsporon Audouini.
La marche du porrigo decalvans permet d’y étudier trois degrés :
Dans le premier, les poils deviennent ternes, secs, moins
maLadii'S i*AiusiT\i.:i:s.
luisants; ils sont d’une coloration moins prononcée, et leur extraction est plus facile. Très souvent alors la peau des parties malades se décolore, devient le siège d’un léger gonllement et présente à sa surface une matière blanche ou grisâtre, qui n’est autre chose qu’une poussière champignonneuse.
Dans le deuxième degré de la maladie, les poils tombent dans une plus ou moins grande étendue. Le cuir chevelu olfre alors une altération particulière; il est gonflé, comme œdématié, mais cette hypertrophie n’est pas un véritable œdème, car elle ne conserve pas l’empreinte du doigt; presque toujours en même temps la peau est décolorée, toutefois, cette décoloration n’est pas constante. M. Bazin admet deux espèces de pelade : la pelade achromateu&e ^ quand le cuir chevelu a perdu sa coloration ; la pelade décalvaille, quand il l’a conservée ; c’est du reste un phénomène peu important. Là où les poils sont tombés, il est facile d’observer un duvet très fin sur lequel on aperçoit, à contrejour, une poussière blanche champignot)neuse.
Dans le troisième degré, les poils ont complètement disparu et on ne trouve plus de traces de duvet ; le gonflement n’existe plus et la décoloration devient persistante; il se produit alors une atrophie du cuir chevelu et une alopécie irrémédiables.
Aux symptômes précédents, on peut ajouter, que dans le premier et le deuxième degré, il se manifeste ordinairement un prurit peu intense el une démangeaison facile à supporter.
La pelade existe habituellement sous forme de disques arrondis, entourés de parties saines, sur lesquelles les cheveux ne tardent pas à disparaître par suite de la tendance envahissante du parasite. Le cuir chevelu n’est pas exclusivemont son siège, elle peut envahir toutes les parties recouvertes de poils, el on l’a même vue, dans certains cas, pro-
POURIGO DEOALVANS OU PELADE.
duire une alopécie générale; ainsi, il y a quelques années, nous avons eu l’occasion d’observer un enfant atteint de cette affection, et qui ne présentait pas un seul poil sur tout le corps. On comprend que, dans ces conditions, le porrigo decalvans soit une maladie grave, et que, s’il ne porte pas directement atteinte à la vie, il produise du moins une difformité très fâcheuse.
Lorsque l’affection s’étend à la totalité de l’enveloppe cutanée, on voit fréquemment survenir des phénomènes généraux assez graves : ainsi les enfants perdent leur gaîté, maigrissent, s’arrêtent dans leur développement. Dans ces conditions, il est difficile de déterminer (|uelle est la cause qui trouble si profondément l’organisme; en effet, est- ce l’extension démesurée du parasite qui envahit une surface trop grande et absorbe une quantité trop considérable de sucs nutritifs au détriment de l’individu? Ou bien l’altération de la nutrition est-elle primitive et favorise-t-elle seulement le développement du cryptogame? Jusqu’ici, ces questions n’ont pas reçu de solution satisfaisante.
La guérison de la teigne pelade survient spontanément quand les follicules pileux ont été détruits et il en résulte une alopécie incurable : tel est du reste le seul espoir dans le troisième degré de l’affeclion. Cb.,z certains sujets, la maladie ne dépasse pas le di uxième degré; les poils reprennent peu à peu leur force et leur aspect, le parasite disparaît entièrement et les cheveux rej)oussent avec leur coloration primitive; toutefois ce résultat est bien plus prompt et presque certain, alors que les poils follets peuvent être épilés et que l’application des agents parasiticides peut être faite d’une manière continue.
Les altérations cryptogamiques que l’on observe au microscope sont à peu près les mêmes dans cette affection que Hardy.
dans les autres maladies parasitaires; on y trouve dos spores plus petites et moins nombreuses que dans la trichopbytie, tandis que les ramifications de mycélium y sont en plus grande abondance. Le poil est également altéré; sa tige présente des renflements formés par des amas de spores, et sa racine, au lieu d’être bulbeuse, devient allongée et fusiforme; enfin, on reconnaît que cette matière blanche cbampignonneuse, qui couvre les plaques du porrigo decalvans et qui entoure les poils de duvet, est formée presque exclusivement par des spores.
Le diagnostic de la pelade est en général assez facile, Car elle présente deux caractères pathognomoniques : la chute des poils et l’existence du duvet; fréquemment en outre on trouve de la décoloration , du gonflement et une absence complète d’éruptions concomitantes. Rarement la confusion sera possible avec l’herpès tonsurant et le favus; en effet, dans la première de ces affections, les poils sont cassés, la peau est colorée en brun et couverte de squames ; dans le favus, il y a des croûtes, des godets, et les poils ne sont pas tous tombés.
Le porrigo decalvans pourrait-il être confondu avec le vitiligo? C’est une confusion qui a été faite par M. Cazenave ; nous ferons observer d’abord que la pelade i>eul exister sans décoloration, et qu’ensuite, dans le vitiligo, si les cheveux ont perdu leur coloration, ils ont conservé leur longueur et leur épaisseur ordinaires; dans cette dernière affection, du reste, le cuir chevelu n’est le siège d’aucun gonflement.
Le pronostic de la teigne pelade olfrc une certaine gravité, car elle peut entraîner la destruction des follicules pileux, et l’alopécie est toujours une chose sérieuse. Dans quelques cas cependant, comme nous l’avons déjà dit, elle se terniitie favorablement sans l’emploi d’aucun moyen tbérapenlique ; ces
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cas, il esl vrai, ne sont pas les plus liéqiicnts ; mais il est également assez rare devoir la maladie s’étendre à la totalité du système pileux , c’est surtout alors qu’on observe ces altérations dans la nutrition, qui apportent du trouble dans la santé de l’individu.
La pelade est une maladie essentiellement contagieuse qui, cdillhle toutes les autres anéctions parasitaires, se transmet par un contact médiat ou immédiat, et nous devons insister d’autant plus sur cette contagion qu’il est encore aujourd’hui bien des médecins qui refusent de l’admettre; ainsi, dernièrement, nous avons pu observer un malade qui, sur la foi de son médecin, avait gardé à son service un doiriestique atteint de teigne pelade au deuxième et au troisième degré, et qui, depuis, avait été affecté d’un porrigo decalvans de la barbe. Nous n’avons rien à dire des causes prédisposantes :.l’àge, le sexe, le tempérament ne paraissent exercer aucune influence ; peut-être cependant la maladie est-elle plus fréquente chez les enfants.
Le traitement de la teigne pelade repose sur les mômes indications que celui du favus et de la tricbopbytie : il faut recourir à l’épilation et aux agents parasiticides ; au premier èt au deuxième degré de l’alfection, on peut compter sur la guérison de la maladie, et les cheveux repoussent aussi beaux qué précédemment; souvent alors l’épilation esl fort diflicile, les poils de duvet se rompant sous la pince avec une facilité extrême. Dans tous les cas, il ne faut pas se borner à épiler les parties dénudées, il faut extirper aussi les cheveux environnants qui, atteints par la maladie, n’ont généralement qu’une assez faible adhésion. (Si la maladie était arrhée au troisième degré , tout traitement serait inutile, les clieveux ne pouvant pas repousser alors que les follicules pileux sont complètement détruits.
MALADIES DAUASlTAmES.