‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 40 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TRICHOPHYTIE.

Nous désignons sous le nom de trichophytie trois affections cutanées : X herpès circiné, le sycosis et X herpès tonsurans, parce que toutes trois sont caractérisées par la ju’ésence d’un seul et même champignon, \q trichophyton. Toutefois, avant d’entreprendre leur description, il est nécessaire d’expliquer pourquoi nous abandonnons la dénomination (ïherpès appliquée habituellement à deux de ces maladies.

On désignait primitivement sous le nom A'herpès (tp^cv, ramper) un groupe de maladies cutanées chroniques, ayant une grande tendance à s’étendre et à récidiver : c’était le sy-

M A L A D I i;s i> A n A S 1 r a m Ks .

iionyme du mot dartre et même dans le langage actuel le vice herpétique ne diffère en rien de la diathèse dartreuse. Willan et Baleman, en publiant leur nomenclature dermatologique, précisèrent un peu plus la définition du mot herpès et donnèrent ce nom à une maladie caractérisée par des vésicules réunies en groupes, et reposant sur des surfaces rouges et saillantes. MM. Gibert et Cazenave parmi les dermatographes modernes ont adopté cette définition ; M. Devergie, au contraire, négligeant le caractère vésiculeux comme élément anatomo-pathologique, a appliqué ce nom à une maladie caractérisée par des plaques de grandeur variable, mais présentant toutes ce caractère commun de s’étendre d’une façon centrifuge et d’avoir une circonférence arrondie, nette, saillante et bien limitée. Après une pareille définition, M. Devergie passe successivement en revue sous le nom d’herpès toutes les maladies qui rentrent dans le cadre de Willan, et on n’est pas peu étonné de le voir décrire cà la suite un jjhlycténoïde dans lequel les vésicules, au

lieu de s’étendre en cercle, s’étendent en traînées.

Si maintenant nous passons en revue les diverses maladies qui ont reçu le nom d’herpès, nous verrons combien il est difficile d’établir un rapprochement entre elles. Rn effet, nous trouvons d’abord V herpès simple qui est le type de la maladie, mais qui n’existe pas et qui n’est qu’une abstraction.

A côté vient se ranger X herpès zona. Nous répéterons que le zona est une maladie spéciale et qui a ses caractères propres, savoir la coexistence d’une éruption et d’une névralgie. La présence de vésicules n’est doue pas sullisante pour en faire un herpès, et il est mieux, pour simplifier la question, de donner à cette maladie le nom seul de zona.

L’herpès phlycténoïde présente également des caractères particuliers et u’alfecte jamais une forme circinée. C’est une

TRICHOPHYTIK.

maladie caractérisée par des vésicules disséminées sur un fond rouge, s’accompagnant de douleurs assez vives et ayant une durée qui ne dépasse pas un ou deux septénaires. Nous avons déjà dit que pour nous cette afiéction ne constituait pas une espèce distincte et que c’était simplement un zona développé sur les membres^ En effet, pour se convaincre de la réalité de cette assertion, il suffit de consulter les observations d’berpès phlycténoïde rapportées par les auteurs qui ont admis cette maladie, et on retrouve dans les faits cités tous les caractères d’un véritable zona qui ne diffère du zona vulgaire que par un siège un peu insolite.

Parmi les autres variétés d’berpès, nous trouvons l’berpès des parties génitales, /jro^em'fl/d’Alibert.Cbez l’homme l’éruption a son siège sur le gland ou sur le prépuce, et est caractérisée par des vésicules qui tantôt se sèchent et tantôt se rompent en donnant lieu à des ulcérations. Chez la femme, la maladie présente les mêmes caractères aux parties génitales externes, aux grandes et aux petites lèvres. Dans les deux sexes cette affection est d’une cure souvent fort difficile et elle présente une tendance extrême à la récidive; aussi nous pensons que, dans la plupart des cas, elle reconnaît une origine dartreuse, que ce n’est qu’un eczéma et que la seule différence du siège donne à cet eczéma les caractères particuliers qu’il présente. Il n’est pas rare d’ailleurs de rencontrer cet herpès progénial chez des individus qui présentent, qui ont présenté ou qui présenteront plus tard des éruptions eczémateuses : ainsi nous avons vu dernièrement un jeune homme que nous avions traité précédemment pour un eczéma de l’ombilic et qui vint quelque temps après réclamer nos soins pour un herpès préputial.

Il ne faut pas croire toutefois que tous les herpès des parties génilales soient des variétés d’eczéma; ainsi on voit

MALAniES PAlUBliAllîKS.

fréquemment survenir aux parties génitales de la femme, à l’époque de la menstruation, un groupe de sept ou huit vésicules dont la durée ne dépasse pas cinq ou six jours. Cette éruption d’herpès vulvaire est toujours éphémère et présente les mêmes caractères que celles qui surviennent cà la môme époque sur les lèvres ou sur les joues et qui dépendent de l’état menstruel.

L'herpès labialis ne siège pas seulement à la lèvre comme son nom semble l’indiquer, mais on le rencontre encore à la paupière, à la joue, sur le pavillon de l’oreille, sur la muqueuse buccale et même sur les amygdales, ainsi que 31 . Gubler en a cité des exemples. Cette éruption est toujours précédée d’un mouvement fébrile ou d’un trouble physiologique : on la voit ordinairement apparaître à la suite d’une fièvre éphémère qu’elle juge très souvent comme un phénomène critique, elle est liée à de la dysménorrhée ou survient dans le cours d’une pneumonie, mais jamais elle n’existe seule, et constamment elle est symptomatique d’une autre affection fébrile.

Les maladies parasitaires, telles que l’herpès circiné et l’herpès tonsurans, doivent-elles conserverie nom d’herpès? Pour l’école de Willan , l’élément anatomo-pathologique de l’herpès est la vésicule, mais dans l’herpès circiné les vésicules sont excessivement rares, elles n’apparaissent qu’exceptionnellemenl et il faudrait les supposer dans la plupart des cas ; elles n’existent pas davantage dans l’herpès tonsurans.

Il résulte clairement de toutes les considérations précédentes que le mot herpès s’applique dans la science à des affections qui n’ont aucun rapport entre elles, et qu’on doit cesser de désigner sous ce nom un genre par ticulier.

Les maladies qui reçoivent communément les noms d’herpès tonsurans et d’herpès circiné sont, ainsi que le sycosis,

TUICHOI'IIYTIK.

Caracléi'isées par la présence d’un seul elmême champignon, le trichophylon, nous croyons donc qu’elles n’exigent qu’une seule et même description que nous ferons sous le nom de Irichoplivtie. Ainsi nous décrirons une trichophytie aVanee, une trichophytie sycosique et une trichophytie tonsurante. Toutefois, avant d’étudier leur histoire, nous chercherons dans le passé si nous ne trouvons pas un vestige de ces affections.

Les anciens connaissaient mal les affections parasitaires qu’on désigne encore aujourd’hui par le nom d’herpès. Sous le nom de mentayra 7nenli, de sycosis, les auteurs romains nous ont laissé la description d’une affection qu’on observait surtout chez les chevaliers qui portaient leur barbe et qui était caractérisée par des pustules, des tubercules, des ulcérations et 1a chute des poils, tous symptômes qui donnaient un aspect repoussant à ceux qui en étaient atteints. Cette affection était contagieuse par le baiser, mode de salutation alors en usage. Mais Pline et les autres auteurs ont fait de èette affection un tableau tellement affreux qu’on a peine à reconnaître dans ces larges ulcérations notre sycosis actuel, et la maladie qu’ils ont décrite était très probablement d’une nature toute différente.

Il faut arriver aux temps modernes pour trouver des descriptions satisfaisantes. Ainsi Willan et Dateman furent les premiers qui décrivirent l’herpès circiné, et le sycosis fut rangé par eux dans les maladies tuberculeuses. Biett rangea plus tard cette dernière affection dans les maladies pustuleuses, et ses idées furent entièrement adoptées par MM. Gibert, Cazenave et Schedel. M. Gruhy est le premier qui ait découvert dans le sycosis, un parasite cryptogamique auquel il donna le nom de microsporon mmlagvophytes. M. Bazin et M. Uobin ne tardèrent pas à démontrer que f'e champignon

HARDY. \ I

MALADIES PARASITAIUES.

n’élait pas une espèce parlicul.ère, mais que c’était un trichopliyton plus ou moins altéré. Ce nom de trichopliyton avait été donné pour la première fois au parasite de la teigne tondante en 48Zi6, par le Suédois Malmsten.

En 18i0, M. Cazenave, appelé dans un collège de Paris, fut frappé de l’existence, sur un grand nombre d’élèves, d’une affection du cuir chevelu dans laquelle les poils altérés par places arrondies, de manière à simuler des tonsures, étaient brisés à leur base et enroulés d’une gaine épidermique. Embarrassé d’abord pour classer cette maladie dans le cadre de Willan, il lui donna le nom <\'herpes tonsuram, le jour où il aperçut quelques vésicules, ill. Cazenave n’est cependant pas le premier qui ait parlé de cette affection : ainsi 3Iahon jeune l’avait observée au dispensaire externe de l’hôpital Saint-Louis et l’avait décrite, en 1825, sous le nom de teigne tondante; Aliberl de son côté l’avait mentionnée sous le nom porrigine tondante.

Les affections que nous désignons sous le nom de tricbophytie, l’herpès circiné, le sycosis et l’herpès tonsurant, avaient toujours été considérées comme distinctes et indépendantes les unes des autres, quand, il y a quelques années, M. Bazin et moi nous fûmes frappés de la ressemblance de l’herpès circiné et de l’herpès tonsurant. Nous observâmes des plaques d’herpès, siégeant partie sur le cuir chevelu, partie sur la peau du cou, un côté avait les caractères de l'herpès tonsurant, tandis que l’autre avait tous ceux de l’herpès circiné. Il était tout naturel d’en conclure que ces deux affections étaient ducs au môme parasite, et que la différence d’aspect qu’elles présentaient tenait simplement au siège. M. Bazin prouva plus tard, .à l’aide du microscope, que non-seulement ces doux parasites étaient identiques entre eux, mais (pi’ils offraient les mômes caractères que

TUK HOPIlYTIli.

lÜ3

celui tiécril par M. Gruby dans le porrigo decalvans, afieclion qui n’étail pas autre cliose pour ce micrograplic, que l’herpès tonsurant. Enfin, plus récemment, la découverte de M. Bazin a été confirmée par un médecin de Berlin, M. Baerensprung, qui a trouvé le même champignon dans l’herpès inguinal.

Il restait à démontrer l’identité du sycosis avec les autres espèces d’herpès, et c’est à M. Bazin qu’appartient l’honneur de celte découverte. Consiilcrant que le sycosis était souvent précédé ou accompagné d'herpès circiné, que l’examen microscopique y démontrait Iréquemment l’existence de mycélium et de spores qui olîraient tous les caractères du trichophylon, il en conclut à l’identité de ces deux alfections. Nous avons soumis cette opinion à un contrôle sévère; mais, après avoir renouvelé les expériences microscopiques et avoir rencontré des hommes atteints de sycosis, qui nous présentaient leurs l'emmes et leurs enfants avec de l’herpès circiné, nous avons dù admettre que l’herpès circiné et le sycosis étaient une seule et même maladie, produite parla présence d’un seul et même champignon , le trichophylon. La structure différente des tissus sur lesquels croît ce parasite et quelquefois l’idiosyncrasie du sujet peuvent servir à nous expliquer, dans tous les cas , les aspects si variés de cette affection.

A l’hôpital Saint-Louis, fli. Bazin et moi nous sommes les seuls qui admettions l’identité des trois alTeclions dues à la présence du tricophylon, MM. Gihert. Gazenave et üevergie admettent seulement l’idenlilé de I herpès tonsurant et de l’herpès circiné. Bour M. Gazenave, le sycosis est le résultat d’une action mécanique, et reconnaît le plus souvent pour cause l’irritaiion [.roduite par le rasoir sur le follicule pileux ; aussi le seul traitement qu’il conseille se home à des applica-

M A LA 1)1 ES P A n A S II’ A I R I.S .

lions émollientes, et même un des grands arguments invoqués par ceux qui refusent au sycosis une origine parasitaire, e’est (pie les émollients produisent des guérisons et que l’épilation n’est pas nécessaire. Nous répondrons que ré|)ilation donne toujours des résultats plus prompts, et que, dans les cas où la guérison a été obtenue sans son secours, elle était due à la marche naturelle de la maladie. En efiét , cette terminaison favorable s’observe (juelquefois dans le sycosis; à la suite de l’inllamination et de la suppuration du bulbe pileux, le poil malade est éliminé, et celte espèce d’épilation spontanée entraîne ordinairement la guérison.

Il est un autre argument qu’invoquent encore ceux qui rejettent le parasitisme de la mentagre, c’est la difficulté qu’on éprouve à trouver sous le champ du microscope les végétations cryplogamiques ; nous ferons observer à ce sujet que, dans le sycosis, la maladie est arrivée à sa fin, et que si l’examen d’un nombre assez considérable de poils est nécessaire pour trouver les spores du tricbopbylon, cela tient à ce qu’elles ont été détruites, entraînées par la suppuration ; cela nous explique encore pourquoi le parasite ne se retrouve pas toujours avec les mêmes caractères, et pourquoi ses organes reproducteurs sont souvent altérés, déformés. Ces difficultés dans la rccbercbe du parasite se trouvent, du reste, dans d’autres affections parasitaires, ainsi, il est souvent fort difficile de retrouver un acarus dans des gales anciennes dont l’aspect primitif a été défiguré par une foule d’affections concomitantes. Les arguments qu’on oppose au parasitisme du sycosis n’ont donc aucune valeur, et nous [lersistons, avec >1. Hazin, à considérer le tricliopliyton comme la cause des trois maladies que nous allons passer en revue.

La Irichopliylie circinée est facile à reconnaître; elle e^t caractérisée par une ou plusiimrs taches rougrs, isolées, légè-

THICHOl'HYTlIi.

renient saillantes, surmontées de petites squames blanches, et qui, à mesura qu’elles s’étendent, se guérissent à leur centre; elles se présentent alors sous l'orme de cercles ordinairement arrondis, quelquefois irréguliers, de dimensions excessivement variables, mais qui toujours s’accroissent du centre à la périphérie. Outre ces taches rouges et ces squames, qui sont constantes, le disque érythémateux est quelquefois couvert de petites vésicules transparentes ou purulentes. Suivant les Willanistes , ces vésicules ne feraient jamais défaut, seulement, dans bien des cas, elles n’auraient qu’une existence é[)hémère et seraient promptement remplacées par des squames; nous devons dire que, dans la plupart des cas, l’observation vient contredire cette assertion, et que les squames apparaissent d’emblée sur la tache rouge, sans qu’il soit possible, à aucune époque, de constater un développement de vésieules.

La triebophytie circinée s’aaconqiagne ordinairement d’un sentiment de cuisson ou d’une démangeaison légère ; jamais elle ne détermine de phénomènes généraux, et elle se borne toujours à des symptômes locaux. On la rencontre ordinairement cà la figure, mais elle peut avoir son siège partout ailleurs, sur le tronc et principalement à la région inguinale, en môme temps qu’au visage ; il n’est pas rare d’en observer sur le dos de la main par suite de la contagion qui s’opère quand les malades se grattent.

La triebophytie tonsurante occupe le cuir chevelu, et c’est là, on peut le dire, son siège presque exclusif, car il est plus rare de l’observer à la barbe; elle se manifeste par des plaques ordinairement rondes, ressemblant tout à fait à une tonsure et sur lesquelles les cheveux sont ternes, secs et brisés à un demi-centimètre environ de leur base; en môme temps, la partie malade est gonflée, l’épiderme s’enlève sous

maladiks parasitaires.

forme de squames, et la peau présente une coloration bleuâtre et un aspect rugueux, manifesle surtout quand on a intempestivement rasé la phupie tousurantc. Ajoutez à cela qu’il y a ordinairement des démangeaisons, qu’il y a des cercles uniques ou des [daques dispersées, qu’on rencontre des vésicules ou des pustules en certains cas ; enfin qu’il peut y avoir des croûtes impétigiueuses , et vous aurez les diflérents aspects de l’iierpès tonsurant.

Il est assez fréquent d’observer des plaqûes tonsurantes chez un enfant, quand sa mère, qui le soigne, présente aux mains des cercles de Iricbopliylie circinée. Enfin, dans certains cas, sur le môme sujet, à l’endroit où cessent les clieveux, on rencontre un disque de tricbopbytie, qui présente l’aspect circiné dans une moi.ié et l’aspect tonsurant dans l’autre.

La tricbopbytie sycosiqiie se présente à la barbe et sur les parties génitales recouvertes de poils, avec des altérations spéciales. Généralement elle débute par de' la rougeur et par une petite desquamation fine, puis bientôt le poil s’altère, devient terne, sec, cassant, se recouvre d’un petit duvet blanchâtre qui n’est autre chose qu’une poussière champiguonneuse , et, dans certains cas môme, ce duvet recouvre tout le poil et lui forme une gaine complète.

A ces altérations initiales succèdent bientôt des phénomènes plus graves : les parties malades s’enfiamment, augmentent de volume, et on voit survenir alors, tantôt dés tubercules rouges, arrondis, volumineux, tantôt des pustules isolées ou réunies, se recouvrant de croûtes qui agglutinent les poils et font ressembler l’anéclion à de Vimpetigo granulata. Plus tard, ces croûtes tombent et laissent à nu des ulcérat'ons fongueuses, saillantes, ressemblant assez à des plaques muqueuses et donnant à la figure du malade un aspect vraiment repoussant.

Tuiciiorin’TiK.

Lés altérations, cln reste, ne se bornent pas cà la peau 5 elles envahissent le tissu cellulaire sous-cutané et on voit survenir des phlegmons, des abcès et un engorgement des ganglions sous-maxillaires qui peut être suivi dé suppuration. En même temps les poils sont profondemenl altérés , ils perdent leur adhérence avec les follicules pileux, deviennent faciles à arracher et souvent même tombent spontanément.

Tel est le sycosis avec ses différents aspects, mais il est rare qu’il les présente tous réunis sur le môme sujet. Quelquefois il n’existe que des pustules ou des tubercules, d autres fois on ne rencontre qu’une couche farineuse, sans altération de la peau ou du tissu cellulaire, et dans ce dernier cas ordinairement les poils ont conservé leurs adhérences.

Dans certains cas le sycosis est isolé, mais dans d’autres il s’accompagne de trichophytie circinée, et souvent mêrnë , quand celte dernière atVection fait défaut, les malades vous mettent sur la voie du début en parlant des cercles rougés qui ont précédé la mentagre. Cette succession et parfois môme cette coexistence des deux affections sont donc un motif de plus pour nous faire admettre leur ideiitité.

Parmi les affections qui appartiennent encore à la trichophytie, nous pourrions ranger celle que les auteurs ont décrite sous le nom à'herpès iris, mais cette espèce n’est qu’une variété d’herpès circiné dans laquelle on trouve deux ou trois cei’cles concentriques de couleur un peu différente. C’est, du reste, une variété fort rare et qui, dans une prati(jue de dix à vingt ans à l’hôpital Saint- Louis, peut nejamais se présenter à l’observation.

L’examen microscopique des poils affectés de trichophytie montre qu’ils sont le siège d’altérations spéciales, dues à la présence du parasite cryptogamique; et ce sont surtout

MALADIES DARASITAIllES.

les poils de l’herpès tonsiiranl qui présenlerit le type de ces altérations.

Si l’on arrache un cheveu sur une plaque de teigne tondante et qu’on le place sous le champ du microscope, on est frappé tout d’abord de l’altération qu’offre sa racine; en effet, au lieu d’avoir cet aspect arrondi qu’elle présente à l’état naturel et qui la fait ressembler à une plante bulbeuse, elle est aplatie, tronquée, quelquefois môme détruite. F.,e cheveu est coudé et présente en certains points des nodosités , des renflements olivaires qu’on ne rencontre pas quand il est sain : en ces endroits il semble éclaté, crevé, et loin de distinguer les deux substances, on n’aperçoit plus qu’un amas de spores. On se rappelle qu’un des caractères de l'herpès tonsurant est de présenter des poils brisés à quelques millimètres du cuir chevelu : or, au point où a lieu celte brisure, la coupe n’est pas nette et régulière, le cheveu paraît comme épié, son extrémité ressemble à un pinceau, et ses fibres longitudinales sont écartées par des spores. Les organes reproducteurs du parasite ne se rencontrent pas uniquement dans le poil, on les trouve encore dans les squames et dans la poussière qui s’attache aux poils.

De toutes les affections parasitaires, la trichopbytieest celle dans laquelle on trouve le plus despores; elles sont pour ainsi dire innombrables, très régulières et souvent elles existent seules. Dans certains cas cependant on observe simultanément des tubes vides ou remplis de spores, et dans d’autres des ramifications de mycélium existant sous forme de lignes sinueuses et s’enroulant quelquefois autour des poils à la manière d’une plante grimpante.

Dans l’herpès circiné les poils sont moins altérés, se brisent moins aisément et conséquemment sont plus faciles à arracher. Les spores y sont plus petites, plus rares, plus irrégu-

TIUCIIOI’IIYTIK.

lières ; quelquefois même ou ne les trouve que dans les squames épidermiques. Plus souvent aussi elles s accompagnent de ramifications de mycélium.

Dans le sycosis, l’altération des poils est poussée au dernier degré. Ainsi on n’y trouve plus ni racine, ni capsule, mais il est rare d’y apercevoir des spores et des tubes de mycélium; quelquefois cependant on y rencontre des granulations petites et irrégulières qui paraissent être des débris de spores et que M. Gruby a décrites comme étant les organes reproducteurs d’un cbampignon particulier, le microsporon mentagrophyles; nous répéterons que MM. Robin et Bazin ont démontré que ce n’était qu’un Iricbopbyton altéré, nous adoptons leur opinion, et c’est pour cette raison que nous avons décrit, sous le même nom, ces trois affections.

Une fois établie, la tricbopbytie a une tendance très grande à persister indéfiniment. Elle gagne de proche en proche les parties voisines ou les points du corps les plus éloignés qui ont été exposés à la contagion. Ainsi il n’est pas rare de rencontrerdel’lierpès circiné sur le dos des mains chez des sujets qui portent à la figure de la tricbopbytie sycosiqueou circinée, et nous avons déjà signalé l’existence fréquente de plaques d’herpès, chez les mères qui soignaient leurs enfants atteints d’une teigne tonsurante.

Abandonnée aux seules ressources de la nature, la tricliopbytie se termine quelquefois spontanément , c’est même ce qui arrive le plus ordinairement quand elle se présente à l’état d’herpès circiné chez la femme ou chez l’enfant; cette terminaison est beaucoup plus rare quand la maladie a revêtu la forme sycosique ou tonsurante. Cependant chez certains sujets, faute sans doute de trouver un terrain favorable à son développement, le parasite s’étiole et cesse de se reproduire ; dans le plus grand nombre d ’s ca>, il ne dis[>arait (pi’après

MALADIES PARASITAIRES

avoir clélruit le follicule pileux, et avoir [irotluit une alopécie incurable. Souvent, il est vrai, ce résultat, quelque défavorable qu’il soit, n’est obtenu qu’au bout d’un temps très long, et chez certainsindividus ta maladie persiste pendant dix, quinze ans, et même davantage.

11 est intéressant d’étudier les rapports qui peuvent exister entre les dilîérentes variétés de tricbopbytie. 31 Bazin professe que ces trois affections ne sont que des degrés divers du développement du parasite : ainsi, pour lui, l’herpcs circiné est le premier degré de la maladie 5 l’herpès tonsurant en est le second et le sycosis en est le troisième. Il nous est impossible d’accepter sur ce point l’opinion de -notre collègue. Très souvent, en effet, on voit le sycosis se développer cinq ou six jours après l’apparition d’une simple tache rouge, et quelquefois même on le voit survenir d’emblée sans avoir été précédé ni d’her[)ès circiné, ni d'herpès tonsurant; dans d’autres cas on observe de l’herpès circiné qui siège des mois entiers à la barbe sans entraîner d’éruption sycosique : les différences d’âge du parasite ne peuvent donc pas servir à nous expliquer les différents aspects que présente la maladie.

Si au contraire nous comparons les manilestalions diverses sous lesquelles se produit le cry|)togame avec les différents sièges qu’il occupe, nous obtiendrons peut-être une explication plus satisfaisante. Ainsi l’herpès circiné se rencontre de préférence sur des parties recouvertes de poils follets , on trouve surtout l’herpès tonsurant au cuir chevelu, et la barbe est habituellement le siège du sycosis. Toutefois celte règle n’est pas générale et elle souffre de nombreuses exceptions. Sans parler des cas d’herpès circiné qu’on observe à la barbe et aux parties génitales et que nous avons déjà mentionnés, l’herpès tonsurant cl le sycosis peuvent se rencontrer simul-

THICHOPHYTIE. l7l

lanémenl, chez riiomme et chez la femme, sur toutes les parties recouvertes de poils.

De tous ces laits il résulte que les conditions de reproduction et de germination du trichophyton sont encore loin d’être parfaitement connues. L’àge du parasite et le terrain varié qu’il occupe exercent une influence qu’il n’est pas encore possible de préciser.

Le diagnostic de la trichophytie donne quelquefois lieu à de sérieuses diiïicultés, surtout quand il survient des éruptions concomitantes qui viennent masquer les caractères du parasite. Aussi est-il important de se rappeler que l’herpès circiné et l’herpès tonsuraiit se présentent sous forme de disques arrondis, à disposition centrifuge et ayant toujours une circonscription parfaitement limitée; dans l’herpès tonsurant les poils, brisés à quelques millimètres déjà surface de la peau, sont décolorés et difficiles à extraire; dans le sycosis, au début de la maladie, les poils sont également brisés et entourés d’une gaine blanche, piesque exclusivement parasitaire, et quel que soit le degré de l’affection, il est rare qu’on ne retrouve pas encore quelques poils avec ces caractères; l’épilation est en outre ordinairement facile. Enfin si le doute persistait encore, l’examen microscopique montrerait dans les squames de l’herpès, et dans la gaine blanche qui entoure les poils, tous les caractères du parasite, taudis que les poils eux-mémes présenteraient ces nodosités, ces renflements et ces altérations diverses dues aux ramifications cryptogamiques.

Les affections avec lesquelles on pourrait confofidre la trichophytie sont Vimpétigo, les éruptions syphilitiques et les autres maladies parasitaires.

Le sycosis et l’impétigo ont fréquemment les mêmes sièges ; dans le sycosis les tubercules sont isolés et s’accom-

^"2 MALAÜIKS I>AUAS1TAIIMCS.

jmgneiit de gonllemenl sous-cutané, au-dessous des croûtes on trouve des ulcéralions, quelquefois môme des fongosités et les poils faciles à extraire présentent au microscope des altérations caractéristiques; dans l’impétigo au contraire les croûtes sont larges, étendues, sans gonflement sous-cutané persistant, les poils sont adhérents et ne présentent au microscope aucune altération.

Il est quelquefois difficile d’établir le diagnostic entre une maladie syphilitique et une maladie parasitaire, d’autant plus, que le sycosis se présentera souvent, sous formes de tubercules entourés d’une auréole cuivrée et siégeant surtout aux environs de la bouche. Il faut alors interroger le malade et chercher dans ses antécédents si l’affection n’a pas dtjbuté par un herpès circiné, ou si les gens qu’il approche ne sont pas atteints de cotte dernière maladie; dans le cas d’affections syphilitiques il est bien rare qu’on ne trouve pas sur le corps des éruptions concomitantes oudes cicatrices anciennes. Enfin comme dernière ressource, l’examen microscopi(iue lèvera loûtes les difficultés.

Dans la pratique il est peu utile d’établir le diagnostic entre l’herpès tonsurant et le favus, car dans ces deux cas le traitement est le même. Quand l’achorion apparaît avec le caractère squameux et que les godets caractéristiques ont disparu, il faut attacher une grande importance à l’altération du poil ; dans l’herpès tonsurant il se casse avec une facilité extrême, tandis qu’en général dans le favus l’épilation s’opère sans trop de difficulté.

Le pronostic de la tricliophytie n’offre aucune gravité, car elle peut exister avec les attributs de la santé la plus parfaite. Cependant, abandonnée à elle-même, elle peut, sous la forme de l’berpès tonsurant et du sycosis, déterminer de l’alopécie par suite de ratro[)hic du follicule pileux. Il faut donc,

TllYatOl'MYTlK. 173

si l’on veut éviter celle infirmilé, recourir promptement aux moyens thérapeutiques.

Les causes de la Iricophytie sont prédisposantes et occasionnelles.

L’herpès tonsurant n’existe guère que chez les enfants; pour notre part , nous n’en avons jamais rencontré sur le cuir chevelu chez l’adulte, mais nous en avons vu plusieurs exemples à la barbe. Le sycosis est l’apanage exclusif de l’homme, à part quelques cas exceptionnels cependant où il a été donné d’en rencontrer aux parties génitales de la femme. Quant à l’herpès circiné, on le trouve indifféremment à tous les càges et dans l’un et l’autre sexe. Si maintenant nous examinons l’influence exei;cée par les positions sociales, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons déjà dit en traitant de la teigne faveuse, c’est que le parasite se développe surtout dans la classe ouvrière et chez des sujets qui, par suite de leur profession, ne peuvent prendre tous les soins de propreté désirables ; la peau couverte de sueur et imprégnée de poussière retient facilement les spores du cryptogame et paraît présenter, dans cet état, les circonstances les plus favorables à sa germination.

La seule cause efficiente de la Irichophytie est la contagion; elle s’opère, soit par le transport à travers l’air des organes reproducteurs, soit par le contact direct. C’est ainsi que la maladie se communique souvent par le rasoir, dans un baiser, et que, dans les pensions, le changement de coiffure est, pour les enfants, une source puissante de communication. Du reste, toutes ces maladies sont susceptibles de s’inoculer directement, et M. Delfis a pu déterminer l’éclosion des spores du trichophyton, en les portant sous l’épiderme avec la pointe d’une lancette. Ces causes de contagion multiples nous expliquent parfaitement les épidémies de teigne ton-

MALADIES PAKASITAIHES.

Mtx

(Jante et d’Iierpès circiné riu’on rencontrer parfois dans les pensions et dans les collèges; elles nous donnent raison de l’aflluence de sycosis et d’iierpcs circiné (jifon rencontre en ce moment à l’iiospice de Bicêlre : la maladie a commencé dans le quartier des Vieillards et de là s’est étendue, par le moyen du rasoir, aux divisions des Aliénés.

Le traitement de la trichopliytie est le môme que celui de toutes les affeclions parasitaires. S’il y a des phénomènes inflammatoires trop tranchés, nous avons l’habitude de combattre d’abord la maladie par des applications émollientes : bains de vapeur, lotions ou cataplasmes émollients, quelques dérivatifs sur le tube intestinal. Nous recourons ensuite à l’épilation, mode de traitement que M. Dazin emploie toujours dès le début, après quoi nous faisons pratiquer matin et soir des lotions avec la solution de sublimé, dont nous avons précédemment indiqué la formule.

Dans le sycosis, l’épilation est en général facile; elle présente plus de difficulté dans l’herpès tonsurant, mais, dans ce cas, on épile ce qu’on peut, puis on pratique des lotions au sublimé. Dans l’herpès circiné, il serait souvent impossible d’arracher les poils follets, mais la guérison peut être obtenue sans épilation : il suffit, pour détruire le parasite, de faire des onctions avec une pommade au turbith (axonge 30 gr., turbith 1 à 2 grammes). Nous employons de préférence une pommade sulfuro-alcaline comme dans la gale, à doses plus faibles cependant :

Axonge 30 grammes.

Soufre * à 1,50

Sous-carbonate de potasse 0,25 à 0,50

Nous conseillons l’usage de ces onctions quelque temps encore après la guérison du sycosis ou de l’herpès tonsurant. Souvent, en eflèt, alors qti’on croit le parasite complètement

t>ORniGü DIXALV.UNS OU PELADE.

détruit, il reste des spores qui ne tardent pas à repulluler, et c’est pour s’opposer à leur reproduction qu’il faut continuer assez longtemps les moyens parasiticides.

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