‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 6 sur 46 · DES AFFECTIONS DARTREUSES EN GÉNÉRAL. J · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS DARTREUSES EN GÉNÉRAL. J

les efforts de l’école anglaise et de ses représentants en France, Biett, MM. Gibert, Cazenave et Devergie, cette proscription ne put être définitive; d’abord Alibcrt tenta, sans beaucoup de succès, il est vrai, de le réhabiliter dans le langage scientifique, d’un autre côté, ce mot dartre est toujours resté dans le public avec sa signification de maladies invétérées et constitutionnelles de la peau. C’est là qu’il nous a fallu le reprendre, pour lui restituer son rang et sa place dans la nosologie cutanée. Mais la réhabilitation de cette expression ne peut être légitime qu’à la condition de lui donner un sens nettement déterminé.

Comprenant cette nécessité, nous appellerons dartres des affections de la peau à lésions élémentaires différentes, non contagieuses , se transmettant souvent par voie d hérédité, se reproduisant d’une manière presque constante, présentant pour symptôme principal des démangeaisons toujours disposées à envahir de nouvelles régions, à marche habituellement chronique, et dont la guérison a lieu sans cicatrices, bien qu’elles s’accompagnent souvent d’ulcérations.

D’après l’ensemble de ces caractères : hérédité, récidive, tendance facile à s’étendre à la surface du corps, etc.,' on arrive logiquement à penser que les dartres ne sont point dues seulement à un état local, mais bien à une disposition générale de l’économie que les anciens appelaient vice dartreucc, quelquefois même viri.is dartreux. Cette dernière dénomination était assurément impropre, puisque les produits de la manifestation dartreuse n’ont pas le caractère essentiel des virus, savoir : la transmissibilité par l’moculation. Aussi l’expression virus dartreux servit-elle longtemps de base aux attaques contre la classification

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d’Alibert. Pour nous, rejetant le mot virus, nous croyons devoir adopter l’existence de la diathèse dartreuse, dont personne aujourd’hui ne saurait nous contester la réalité, et nous croyons que le mot dartres s’applique à une famille très naturelle d’affections cutanées.

Souvent la diathèse dartreuse est complètement latente; mais dans un grand nombre de cas, pour un observateur attentif, même en dehors des moments d’éruption, elle se produit par (îes caractères particuliers , par des accidents spéciaux qui n’ont pas encore suffisamment attiré l’attention, et que je vais chercher à faire connaître.

Symptômes. — Les personnes dartreuses, bien qu’ayant en apparence tous les attributs de la bonne santé, sont cependant dans un état particulier qui n’est pas la santé parfaite. Leur enveloppe cutanée est babituellement sèche, et la transpiration ne s’y produit que difficilement et d’une manière passagère. Souvent aussi la peau est le siège de démangeaisons vives, même en l’absence d’éruption. Ces démangeaisons se montrent plus particulièrement à l’anus où elles peuvent acquérir une grande intensité. L’appétit est généralement très développé, et c’est un fait parfaitement connu que les dartreux consomment une quantité d’aliments bien plus considérable que d’autres malades placés dans des conditions analogues, c’està-dire exempts de fièvre. Une autre particularité importante, c’est la susceptibilité extrême de la peau, et la facilité avec laquelle elle éprouve l’influence des causes les plus légères et les plus fugaces. Tantôt c’est une excitation générale : excès alcooliques, veille, usage du café, de certains aliments (charcuterie, homard, écrevisses, mou-

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les, etc.); tantôt c’est une excitant local : frictions irritantes, application d’un emphttre, etc., qui donnent lieu à une éruption souvent éphémère, et non de nature dar- ^ treuse, mais qui révèle une prédisposition particulière de l’économie et l’existence d’un vice latent qui n’a hesoin (|ue d’une occasion favorable pour se manifester. Cette susceptibilité excessive de la peau doit rendre les malades circonspects dans le choix et l’usage de leurs aliments, et le médecin prudent et réservé dans l’emploi de certains moyens locaux dans les cas de maladie.

L’apparition de ces diiïérents phénomènes est presque toujours l’indice d’une manifestation plus ou moins prochaine de la diathèse dartreuse. Enfin celle-ci éclate. Elle est alors caractérisée par diverses sortes d’éruptions cutanées ; vésicules, papules, squames ; mais ces lésions élémentaires ne sont presque jamais isolées, de manière à former des éruptions à caractères anatomiques constants ; le plus souvent elles sont associées et unies, soit momentanément, soit pendant tout le temps de la maladie. C’est pourquoi nous n’attribuons point à ces manifestations primitives toute l’importance que leur accordaient Willan, Bateman, Biet et ses élèves.

Une fois développées, les dartres restent rarement circonscrites à un seul point du corps; elles ont une grande tendance à se montrer sur plusieurs régions à la fois ou à envahir une grande partie de l’enveloppe cutanée, soit que la maladie gagne de proche en proche, soit qu’elle apparaisse simultanément ou succe.ssivement sur des points plus ou moins éloignés les uns des autres.

Un autre caractère plus important de ces maladies, c’est la symétrie avec laquelle elles se développent fré-

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qiiemment, c’est-à-dirc que souvent elles affectent deux parties correspondantes de chaque côté du tronc ou des membres.

Le troisième caractère est l’existencé de démangeaisons ; celles-ci acquièrent parfois une intensité qui les rend atroces et insupportables, et en fait un véritable supplice pour les malheureux malades, surtout la nuit où elles occasionnent des insomnies cruelles et énervantes. Ordinairement elles diminuent le malin, mais elles s’exaspèrent le soir; d’autres fois ce sont des cuissons fort douloureuses, même des élancements.

Ces différentes sortes d’éruptions sont généralement accompagnées d’ulcérations, quelquefois assez étendues en surface, mais peu profondes, et qui se guérissent toujours sans cicatrices. Dans certains cas, ces ulcérations laissent après elles des taches rougeâtres ou violacées qui ne sont du reste qu’une altération passagère : elles persistent quelque temps, puis bientôt elles s’effacent complètement, et la peau reparaît aussi saine qu’auparavant. C’est ce qu’on observe souvent au visage des jeunes enfants, dans ces cas d’impétigo qui forment un masque de croûtes épaisses dont les parents s’effrayent comme devant amener des cicatrices difformes, et qui pourtant guérissent sans laisser aucune trace. Ajoutons cependant que dans (luelques cas, principalement aux extrémités inférieures, les maladies dartreuses peuvent, en disparaissant, laisser des taches bleuâtres ou noires qni persistent indéfiniment.

Ce n’est pas d’ailleurs seulement â la surface de la peau que les affections dartreuses se montrent et s’étendent ; on les voit encore gagner les membranes 'muqueuses qui

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se continuent directement avec le tégument externe, et qui tapissent les cavités ouvertes a 1 extérieui. Ainsi, les dartres du visage gagnent tantôt la muqueuse oculaire ou elles déterminent une inflammation spéciale, tantôt la muqueuse buccale où elles produisent une espèce de stomatite dartreuse, tantôt encore le conduit auditif externe qui se sèche, s’indure, et de là un léger degré de surdité.

Les dartres des parties inférieures du corps envahissent souvent l’anus, dans les deux sexes, la vessie et le vagin chez la femme j il en résulte des leucorrhées très intenses, très rebelles, qui doivent être également regardées comme de nature dartreuse. Enfin on a encore vu associées aux dartres quelques autres affections internes '. des phénomènes de toux, une laryngite et une pharyngite granuleuse, observées par plusieurs médecins parmi lesquels je placerai MM. Boulan, Fontan et Gueneau de Mussy . une bronchite chronique avec sécrétion abondante de la muqueiise bronchique ; on a même quelquefois observé une espèce d’alternative entre la bronchite et les dartres, entre la gastralgie ou la gastro -entérite et les mêmes affections.

Chez quelques malades on n’a pu triompher de certains phénomènes graves, tels qu’une toux opiniâtre, qu’en rappelant l’éruption cutanée, à l’aide de bains sulfureux. Maintenant ces bronchites, ces gastrites et ces entérites dartreuses sont-elles aussi fréquentes que le pensaient autrefois certains auteurs qui, dans la crainte de maladies internes, avaient érigé en principe qu’on ne devait pas tenter la guérison des dartres? Nous ne le croyons pas ; l’opinion que nous venons de citer est l’exagération d’un fait vrai , ([u’il ne faut accepter que

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dans les limites exceptionnelles où nous l’avons circonscrit.

Il est rare que les dartres s’accompagnent de pliénomènes généraux; il faut en excepter cependant le moment du début, dans le cas où elles revêtent momentanément la forme aiguë , elles se montrent alors avec un peu de malaise général, de la courbature et de la fièvre ; cela ne s’observe guère que dans l’eczéma et plus particulièrement dans X eczema rubrum.

Marche. — La marche des affections dartreuses est essentiellement chronique. Cependant ce n’est pas à dire que, dans certains cas exceptionnels, elles ne puissent prendre une forme aiguë. Cet état aigu s’observe particulièrement dans quelques variétés d’eczéma et d’impétigo qui ne durent que six semaines ou deux mois, limites extrêmes assignées aux maladies aiguës. Mais, nous le répétons, dans la majorité des cas, la maladie se prolonge avec une intensité variable, pendant des mois et des années. Rien de plus commun que de voir des malades tourmentés pendant toute leur vie avec quelques intervalles plus ou moins longs de rémission.

Nous sommes naturellement amené à parler des récidives qui sont un des caractères fondamentaux du groupe d’affections dont nous nous occupons. La récidive est en quelque sorte une circonstance fatale de la diathèse dartreuse, et l’on peut affirmer, sans crainte d’être démenti par les faits, que la guérison d’une éruption dartreuse, après une seule attaque, est une très rare exception. Aussi, lorsque vous observerez la maladie chez une personne d’un certain âge, vous pouvez avancer d’une manière à peu près certaine que l’é^'uplion actuelle a déjà été pré-

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cédée d’une ou de plusieurs autres semblables. Du reste, de toutes les manifestations darlreuses, la plus tenace, celle qui se reproduit avec le plus d’opiniâtreté, c’est assurément le psoriasis. Chaque fois donc que vous aurez fait disparaître une éruption dartreuse, soyez bien persuadés que vous n’aurez triomphé que de la manifestation locale,

mais nullement de la diathèse.

L’époque et le mode de succession des récidives sont extrêmement différents, ils sont subordonnés à des conditions de tempérament, d’âge, de régime, de genre de vie et d’habitude qui varient avec les individus; quelquefois les récidives se montrent au bout de quelques semaines ou de quelques mois, d’autres fois au bout de plusieurs années, dans certains cas après quinze ou vingt ans.

Terminaisons. — Après les détails dans lesquels nous venons d’entrer, il nous reste peu de choses à dire sur les terminaisons. La guérison est très rare, avons-nous dit, cependant il en existe des exemples, soit que la maladie ait cédé à un traitement convenable et longtemps prolongé, soit qu’elle ait disparu spontanément, par suite d’une modification profonde de l’économie survenue sous l’influence de conditions hygiéniques favorables, qui ont, pour ainsi dire, usé la diathèse dartreuse. — Mais, même dans ces cas exceptionnels, il faut être très circonspect et très réservé, si l’on veut éviter une illusion fâcheuse, car le plus souvent la diathèse est latente, elle sommeille et il suffit d’une cause accidentelle d’une certaine énergie pour la faire paraître à l’extérieur.

Diagnostic. — Dans le diagnostic des affections dartreuses, il ne faut pas se borner à l’examen des caractères extérieurs que l’on appelle lésions élémentaires, il faut

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d’abord considérer l’ensemlde extérieur de la maladie, son étendue, son mode de développement et l’existence de démangeaisons, mais il faut surtout interroger l’état général du malade et remonter aux antécédents du côté des ascendants et même des descendants, afin de constater l’existence de la diathèse. Celle-ci une fois reconnue, on détermine les différentes formes de la manifestation, et c’est alors que les lésions locales prennent leur importance réelle et que l’on apprécie, à leur juste valeur, la sécrétion séreuse de l’eczéma, la rudesse spéciale du lichen, les squames larges et épaisses du psoriasis, les squames fines et furfuracées du pityriasis. Quant au diagnostic précis des variétés, il est souvent fort difficile, comme nous le dirons plus tard, et du reste de fort peu d’importance pour le traitement. Répétons-le, au point de vue pratique, l’essentiel est de reconnaître le nom de famille des maladies cutanées.

Pronostic. — Les dartres par elles-mêmes ne sont pas graves, en ce sens qu’ elles ne compromettent pas sérieusement la vie, du moins dans l’immense majorité des cas. Ce sont plutôt des maladies gênantes que dangereuses. Cependant chez les vieillards elles ont une certaine gTcivité, à cause de la faiblesse qu’elles occasionnent, soit par les insomnies, soit par l’abondance des sécrétions, comme il arrive dans l’eczéma; cette débilité chez ces malades a d'autant plus d’inconvénient qu’elle s’ajoute à celle de l’àge, et vient encore diminuer leur force de résistance aux influences morbides.

Ici se présente une question longtemps débattue et diversement résolue parles auteurs. Est-il dangereux do guérir les dartres? La réponse l’i cette question suppose préala-

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hlement résolue cette autre : Peut-il y avoir répercussion des dartres, c’est-à-dire une alTection interne peut-elle se développer par le seul fait de la disparition d’une éruption dartreuse? On a beaucoup parlé autrefois de la répercussion des dartres. Consultez l’étiologie de. chaque maladie en particulier, dans un ouvrage de date un peu ancienne, et vous y verrez à peu près invariablement y figurer cette répercussion d’une manière banale. Mais nous, nous croyons que -dans l’appréciation de ces prétendues métastases, l’imaginai ion et le besoin de théorie ont eu plus de part que l’observation des faits. En effet, que dans le cours d’une affection dartreuse une maladie viscérale un peu grave se développe, la manifestation cutanée cède la place à l’affection interne et disparaît, et puis, quand celle-ci est guérie, la dartre reparaît à son tour. On a pris tout simplement l’effet pour la cause. Maintenant nous répondrons donc à la première question en disant que, d'une manière générale, il n’est pas dangereux de guérir les dartres. Nous ferons seulement, en faveur de quelques cas exceptionnels, une réserve qui a une grande importance pratique.

Chez certains dartreux atteints d’asthme et de catarrhe pulmonaire, on remarque que les accès de suffocation sont plus rares et plus légers tant que l’éruption est en pleine efflorescence, et que les étouffements reviennent au contraire plus fréquents et plus graves, quand l’affection extérieure est guérie ou seulement diminuée d’une manière nolablc ; dans ces circonstances le médecin devra toujours respecter l’affection cutanée, au moins dans certaines limites, 11 en est de môme de quelques gastralgies , ainsi que nous l’avons déjà dit. A part ces

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cas lie complications, nous croyons qu’on peut entreprendre le plus souvent sans danger la cure des affections dartreuses.

Etiologie. — Les dartres sont de tous les âges, oii les observe chez les enfants comme chez les vieillards; seulement chez ces derniers, ta maladie actuelle a presque toujours été précédée d’attaques antérieures, et remonte le plus souvent à un certain nombre d’années. Il est très rare, en effet, ainsi que nous l’avons déjà dit, de voir un eczéma chez un vieillard qui n’ait eu déjà plusieurs éruptions, et chez lequel la première apparition de la maladie ne remonte à l’adolescence ou à l’enfance. Relativement au sexe, les deux sexes y sont à peu près également prédisposés.

Tous les tempéraments peuvent offrir la diathèse dartreuse, mais les différentes formes de la maladie semblent affecter certains tempéraments spéciaux. Ainsi l’eczéma se montre de préférence chez les sujets lymphatiques, le lichen chez les sujets nerveux, le pityriasis se rencontre plus souvent chez les personnes bilieuses, tandis que le psoriasis semble avoir une prédilection pour le tempérament sanguin.

Les saisons ne jouent pas un rôle aussi important que celui que certaines personnes ont voulu leur faire jouer. Cependant on peut constater que les éruptions ont lieu le plus souvent aux deux grands changements de sai.son, au printemps et au commencement de l’iiiver.

Les causes occasionnelles seules ne suffisent pas pour produire la maladie, mais elles en hâtent l’explosion quand la diathèse existe. Au premier rang de ces causes occasionnelles, nous placerons les] excès de fable, l’abus des

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alcooliques, un travail forcé, les veilles prolongées, les insomnies, les émotions morales vives, les chagrins ; certaines applications locales (pommades irritantes, frictions, etc.); certaines maladies de la peau accidentelles, la gale par exemple, peuvent réveiller la diathèse. Parmi les causes occasionnelles nous devons encore ranger quelques professions : celles de distillateur, de graveur sur acier, de boulanger, de forgeron, d’épicier, de fabricant de produits chimiques, de cuisinier, etc.

Traitement. — Nous n’avons pas ici à entrer dans les détails d’une thérapeutique qui trouvera naturellement sa place à propos de chaque espèce de maladies dartreuses considérées en particulier, nous devons nous borner à quelques aperçus généraux pour compléter l’histoire générale de la famille des dartres.

Disons d’abord que, dans le début de la maladie, alors que dominent les phénomènes inflammatoires locaux, quelle que soit la forme de l’éruption, c’est aux moyens antiphlogistiques locaux et généraux qu’on doit s’adresser ; c’est là un traitement préparatoire dont l’énergie et la durée doivent être proportionnées à l’intensité des symptômes phlegmasiques proprement dits, et qui assurent le succès de. la thérapeutique spéciale qu’il faut aborder, lorsque le traitement antiphlogistique seul, composé de tisanes rafraîchissantes, de bains émollients, de la même nature, n’a pas suffi à faire disparaître toute trace d’éruption.

Quant au traitement spécial, il comprend deux ordres de moyens thérapeutiques : des remèdes locaux, pommades ou lotions, médicaments qui agissent ordinairement comme des substitutifs, dont le rôle est secondaire

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et dont l’indicalion précise est souvent difficile à saisir, et des moyens généraux, moyens beaucoup plus importants et qui constituent la véritable thérapeutique des affections dartreuses. Nous trouvons alors les purgatifs, le soufre, l’arsenic, la teinture de cantharides, l’iode, etc.

Au premier abord, plusieurs médicaments employés habituellement avec succès, semblent assez différents les uns des autres, et cependant ils peuvent être considérés, relativement à leur effet thérapeutique, comme appartenant à des médications peu nombreuses : si nous voulons nous rendre compte du mode d’action de ces médicaments, nous trouvons en effet qu’ils appartiennent, soit à la médication dérivative, soit à la médication substitutive, soit à la médication reconstituante.

Au premier rang des médicaments dérivatifs, nous rencontrons les purgatifs dont l’usage est si commun et si utile dans le traitement des maladies dartreuses, surtout de celles qui s’accompagnent d’une sécrétion séro-plastique ou séro-purulente. Mais ils sont loin d’offrir la même efficacité lorsqu’il s’agit des maladies à forme sèche. Nous placerons encore dans la même catégorie les diurétiques, peu employés, mais dont j’ai cependant obtenu de bons résultats, dans quelques maladies sécrc- ' tantes, présentant encore des phénomènes inflammatoires assez prononcés.

Les sudorifiques de toute sorte, le soufre, les jiréparations arsenicales, la teinture de cantharides, sont d’un usage habituel dans le traitement des maladies dartreuses ; nous y joindrons le baume de copahu, que j’ai employé également avec succès dans quelques cas rebelles.

Sans entrer dans les détails de l’application de ces

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dilTcrents médicamenls, ce que nous ferons plus tard, ainsi que nous l’avons déjà dit, nous voulons seulement ici faire remarquer que nous pouvons attribuer les heureux effets de ces remèdes à leur action particulière et en quelque sorte élective sur la peau ; je n’ai pas besoin de démontrer cette action pour les sudorifiques, ni pour le soufre, ni pour le copahu qui se trouve désigné naturellement au traitement des affections cutanées chroniques, à cause de l’érythème que détermine souvent son administration. Quant à la teinture de cantharides, son action topique sur la peau peut facilement faire admettre qu’elle s’adresse au même organe, quand elle est administrée à l’intérieur, ainsi que le prouvent d’ailleurs la rougeur et l’animation qui s’emparent des parties cutanées affectées, chez les malades qui prennent des cantharides.

L’action directe de l’arsenic sur la peau me paraît également évidente, non-seulement par les effets thérapeutiques, mais encore par les taches grises qu’il n’est pas rare de rencontrer chez les malades qui ont pris pendant un temps assez long des préparations arsenicales, et qu’on serait tenté d’attribuer au dépôt et à la présence réelle de l’arsenic dans le tissu même de la peau. Nous considérons donc ces médicamenls comme des modificateurs xle celte membrane, et nous expliquons leurs effets par une action substitutive qui, amenant dans le tissu cutané une modalité nouvelle, fait disparaître l’altération intérieure.

D’autres médicaments, les amers, l’huile de foie de morue, le fer, quelques préparations iod urées, sont encore employés et ont réussi chez plusieurs malades atteints d’allections darlreuses; nous pouvons expliquer leur uli-

DES AFFECTIONS DAKTllEUSES

litc par l’eiïet qu’ils produisent sur la constitution et sur l’ensemble de l’économie : ils sont principalement indiqués dans les cas où les dartres sont entées sur un tempérament lymphatique et une constitution détériorée ; ils agissent évidemment par leur action reconstituante.

Mais en parlant des modificateurs de la constitution, n’omettons pas ici d’insister sur l’importance de l’hygiéne et de la diététique : les malades devront éviter toute fatigue, tout excès, ils devront surtout se soumettre à un régime alimentaire sévère, en s’abstenant des assaisonnements, des ragoûts épicés, des aliments fortement azotés, et en particulier de gibier et de porc, des poissons de mer et principalement des coquillages; le café, le vin pur, les liqueurs alcooliques, le thé lui-même, seront également proscrits.

Cette hygiène spéciale joue un rôle très important dans la thérapeutique des affections dartreuses, aussi bien pour amener la guérison que pour prévenir les récidives ; elle aide l’action des médicaments ; souvent, à elle seule, elle peut amener la guérison d’affections anciennes et rebelles ; et on ne doit pas s’en étonner si l’on réfléchit qu’un régime sévère et suffisammenl prolongé, duquel on enlève tout excitant, amène nécessairement à la longue dans les solides et dans les liquides de l’économie une modification aussi profonde que l’usage des médicaments dits altérants. C’est à cette puissance de l’hygiène qu’il faut attribuer le succès de plusieurs méthodes thérapeutiques, vicieuses en apparence, et entre autres, de celle dans laquelle les médicaments sont donnés à des doses impossibles.

Dans le traitement général des maladies dartreuses, nous

EiN ÜE.VEllAL.

(levons encore mentionner les eaux niinc'rales, et en particulier les eaux sull'urcuscs, salines ou alcalines, dont l’action rentre dans les catégories thérapeutiques que nous avons établies. Tantôt, en eflét, elles guérissent en modifiant la constitution, d’autres fois en ramenant la maladie chronique à Télat aigu et en jouant le rôle d’agents substitutifs; d’autres encore sont dérivatives, en irritant les sécrétions intestinales, uiânaires ou cutanées. Mais, sans entrer davantage dans la théorie, sachons que les eaux minérales bien appliquées' constituent une ressource thérapeutique précieuse, et qui vient souvent guérir des affections rebelles jusqu’alors aux autres médications.

Après avoir examiné les différents moyens que nous avons à notre disposition pour combattre les dartres, nous devons, en terminant ce chapitre de généralisation, nous poser cette question : La thérapeutique que nous venons d’indiquer s’adresse-t-elle à la diathèse dartreuse, ou a-t-elle seulement pour effet de combattre la manifestation localisée sur la peau? La réponse est difficile à faire, puisque le plus ordinairement la diathèse ne manifeste son existence que par des éruptions. Si celles-ci disparaissent, on doit être bien tenté d’admettre que cela lient a la neutralisation de la diathèse. Toutefois, nous serions plus porté à croire que les effets extérieurs seuls de la maladie générale sont attaqués par les moyens thérapeutiques employés, et que la diathèse persiste. Nous appuyons notre manière de voir sur la persistance avec l.iquelle re[)araissent certaines éruptions daiTreuses, qu on ne réussit a laire disparaître momentanément que

HAtim.

DES AEFECTlOiNS DMlTHEUSKS.

3Zi

pour les voir se monlrcr de nouveiui, (piclqucs mois ou (fuelques années plus tard.

En face de ces récidives rebelles, presque fatales, nous avons une grande tendance à rapprocher la diathèse dartreuse de la diathèse syphilitique. Dans cette dernière maladie, les accidents locaux sont combattus avec succès par un traitement rationnel; mais, une fois introduite dans l’économie,* la diathèse y prend droit de domicile et peut manifester sa présence par des affections variables qui surviennent de temps en temps; il en est de même de la diathèse dartreuse qui paraît j)ersistcr indéfiniment.

ni

DE

L’ECZÉMA

Nous avons montré que les fliiïérenles maladies groupées sous le litre commun de dartres sont rapprochées par des affinités naturelles, par des liens de parenté véritable et non par l’arbitraire. Nous allons maintenant foire l’histoire de chacune de ces affections. '

L eczema, dont nous allons nous occuper en premier lieu, est la maladie la plus commune parmi les affections cutanées. Le mot eczema vient du mot grec brûle,

et porte par conséquent avec lui l’idée de feu et de chaleur. Alibert, qui aimait les mots étranges et pittoresques, désignait l’eczéma sous le nom de dartre squameuse humide {herpes squamosus madidans), expression qui avait l’avantage de donner une juste- idée de l’aspect écailleux de la partie malade et de la sécrétion humide qui baigne ordinairement sa surface. Dans le public, cette maladie est connue sous le nom de dartre vive. Le mot eczéma est maintenant généralement adopté parmi les médecins ; Willan, Bateman et Biett rangèrent cette éruption-parmi les affections vésiculeuses, et Alibert dans la classe des dermatoses dartreuses.

Il est difficile de donner une définition précise et rigouieuse de 1 eczéma, d’abord à cause de l’impossibilité

3(5 DKS AITKCTIUNS D.MiTHKlJSliS.

iu lncllc (lo lixci' son siôgo anatoini(|uc, et eiisnile à cause (les variétés infinies d’aspect (pi’il peut ofTi'ir non-seulement chez les divers individus, mais encore dans les dillérentes phases de son évolution chez le même sujet. — Cependant nous le définirons : une airection caractérisée au début par le développement de vésicules et vésicopustules petites et agminées, ou par des éraillures épidermiiiues donnant lieu à une sécrétion séreuse ou séropurulente plus ou moins abondante, susceptible de se concréter en croûtes et se terminant enfin par une desquamation écailleuse de l’épiderme. Cette définition est longue sans doute, mais elle a au moins le mérite de donner une idée assez juste et assez complète des diflérents phénomènes qui caractérisent l’affection.

Après cette définition, nous allons entrer dans la description générale de la maladie, puis nous traiterons de ses principales variétés.

Pour mettre plus d’ordre et de clarté dans cette étude, nous admettrons trois degrés dans le développement do l’eczéma.

PniijiiEU DEGRÉ. ^ Le premier phénomène que l’on observe est une rougeur plus ou moins étendue, sur la- (pielle ne tardent pas à se montrer, tantôt des vésicules, tantôt des vésico-pustules, d’autres fois de simples fentes de l’épiderme.

Les vésicules apparaissent sous la forme de très petites saillies acuminées, faisant nn très léger relief au-dessus delà peau, agglomérées en groupes très serrés, et trans- ])arentes, comme si elles renfermaient de l’eau. Ces vésicules ont ordinairement une durée très courte, souvent éphémère; il est rare que leur existence dépasse trente-six ou

quaranle-linil licuiTS, al l’on n’a pas t.onjnnrs la bonne fortune de pouvoir la conslater. Qiiebjuefois ces vésicules soni tellement rapprochées qu’elles se confondent ensemble et que, parla réunion de plusieurs vésicules entre elles, elles forment de larges bulles (lui simulent celles du pempbigus; dans quebjues cas rares d’eczéma aigu et surtout lorsque la maladie siège dans les parties où l’épiderme a une grande résistance, comme aux pieds et aux mains, la vésicule peut disparaître, s’alfaisser sans se rompre, la sérosité qu’elle contenait étant résorbée ; mais dans la grande majorité des cas, les vésicules se rompent, soit par le contact des ongles, soit spontanément. Elles sont remplacées par de petites ulcérations, ordinairement superficielles, et laissent écouler un liquide séreux, transparent, mais plastique et gluant, qui tache et empèse le linge. En vertu môme de cette propriété plastique, cette .sécrétion se desscebe sur la surface où elle a pris naissance, et se concrète sous forme de croûtes jaunètres ou grisâtres, croûtes ordinairement assez minces et assez molles.

(Quelquefois, au lieu de vésicules, vous trouvez sur la surface rouge des pustules ou des vésico-pustules qui ne s.,mt autre Chose que des vésicules dans lesquelles, par suite d’une intensité plus grande de l’infiammation, le ))usa pris la place de la sérosité. On a donné à cette forme le nom spécial ^impétigo, et l’on en a fait à tort, suivant nous, comme nous cliercherons à le démontrer plus tard, un genre à part. Les pustules sont ^QX^psydraciées^ c’està-dire agminées; elles se rompent au bout de trente-six à quarante-huit heures ; elles sont donc, comme les vésicules, un phénomène de courte durée et difficile à consta-

DES AFFECTIONS DARTREUSES.

ter. Le liquide purulent ou séro-purulent qui s’en écoule forme aussi des croûtes, mais plus épaisses, inégales, rocheuses et d’une coloration jaune ou verdâtre plus foncée.

Dans quelques-cas rares, enfin, vous n’avez sur la surface rouge, ni vésicules, ni pustules, mais des éraillures, des fentes de l’épiderme qui forment des lignes sinueuses, se croisant dans tous les sens. Ces fentes donnent issue à de la sérosité plastique qui présente les mêmes caractères que celle des vésicules, et qui peut se concréter en croûtes. Les vésicules et les pustules ne peuvent donc pas être regardées comme formant toujours le caractère essentiel de l’eczéma.

Deuxième degré. — Dans ce second degré plus de vésicules ni de pustules : elles sont remplacées par des ulcérations et des croûtes. Les ulcérations sont toujours superficielles et tantôt isolées et arrondies, tantôt réunies et confondues par leurs bords, de manière à présenter une large surface ulcérée ; elles donnent lieu à la sécrétion d’un liquide gluant, plastique, qui tache et empèse les linges et les rend roides. Cette sécrétion morbide est transparente et séreuse ou bien opaque et purulente, suivant que la maladie a commencé par des vésicules ou des pustules et se concrète presque immédiatement en croûtes grises, jaunes, verdâtres. Celles-ci sont quelquefois minces, aplaties et tout à fait semblables à des squames, c’est lorsqu’elles résultent d’un mélange d’épiderme et de sérosité concrétée ; d’autres fois elles sont épaisses, inégales et rocheuses ; cette disposition est d’autant plus prononcée que la sécrétion se rapproche davantage de l’état purulent.

ECZÉMA. 30

Les croûtes consliluenL donc le cfU'ficlére essentiel (le l’eczéma au second degré. Au bouf d’un certain temps, elles tombent, soit spontanément, soit par effet des cataplasmes et des bains, et alors on trouve à leur place, une surface d’un rouge nuancé et pointillé, et couverte encore de petites ulcérations arrondies. De ces petits points et de ces ulcérations on Voit manifestement sourdre, comme clés gouttes de sueur, un nouveau liejuide transparent et plasticjue qui, comme le précédent, ne larde pas à se transformer en nouvelles croûtes dont le volume augmente par l’addition incessante de la sécrétion, et qui suivent la même évolution et les mêmes phases que les premières.

Troisième degré [état squameux). — Dans le troisième degré, toutes les croûtes ont disparu, et la surface qu’elles recouvraient a pris une teinte, tantôt d’un rouge assez vif, tantôt d’un brun foncé. Sur ces points il existe une desquamation épidermique très fine et furfuracée, qui fait ressembler l’eczéma à un pityriasis, tellement que le diagnostic est impossible à la simple inspection. D’autres fois, les squames sont plus épaisses et sont imbriquées les unes sur les autres ; la peau est très sèche, et l’eczéma prend l’aspect du psoriasis.

Dans ce degré, caractérisé par l’état squameux de l’épiderme, lorsque les squames ont été enlevées par des bains ou des cataplasmes, la peau malade présente souvent un aspect singulier : elle est sèche, polie, luisante comme si elle avait été recouverte d’un vernis, et souvent aussi elle présente des plis longitudinaux très superficiels. Cet état annonce que l’épiderme est encore profondément altéré, et, en effet, il ne tarde pas à se détacher

DES AFFECTIONS DAIITIIEUSES.

SOUS forme de lamelles furfuracées, et la guérison ne peut être annoncée que lorsque cette teinte luisante cl cet aspect vernissé ont complètement disparu.

Nous venons d’exposer les trois degrés de l’eczéma, mais nous devons ajouter que ces trois états ne sont pas exclusifs les uns des autres, et que très souvent on trouve en même temps chez le même malade, les trois degrés distribués sur différentes parties du corps : quelquefois même ils sont mélangés dans les mêmes points.

A côté de ces phénomènes apparents de l’eczéma, on observe encore d’autres symptômes, appréciables surtout' pour le malade et non moins constants que les premiers. Ces phénomènes sont : 1° une chaleur plus ou moins vive dans les parties malades, que le médecin lui-même peut quelquefois percevoir par le toucher. Cette chaleur persiste ordinairement pendant toute la durée de la maladie, mais à des degrés d’intensité variables. Souvent au troisième degré de l’éruption elle est presque nulle; quelquefois, au contraire, elle est le dernier phénomène à disparaître.

2“ Les démangeaisons constituent un autre phénomène aussi constant et peut-être plus tenace que le précédent. Elles sont vives et parfois intolérables: elles s’exaspèrent habituellement le soir et la nuit , et déterminent souvent des insomnies pénibles qui débilitent singulièrement les malades. Dans quelques cas rares, la disparition des démangeaisons a lieu avant les autres phénomènes locaux ; c’est une circonstance d’un favorable augure qui peut faire espéi'er au malade d’étre à l’abri d’une prochaine récidive.

3“ Pour en finir avec les phénomènes locaux, nous de-

ECZK.MA.

/il

VOUS menlionner encore le gonnement qui se renconlre particulièrement à la face, aux paupières et clans tous les points où la peau est doublée d’un tissu cellulaire très lâche. Ce gonflement est plus marqué dans Veczema ruhrum et il indique une légère extension de la maladie au tissu cellulaire sous-cutané, avec épanchement de sérosité dans ses mailles. Chez quelques malades, l’inflammation du tissu cellulaire sous-cutané se prononce davantage, et il survient de petits abcès.

Phénomènes généraux. — Outre les phénomènes locaux que nous venons de mentionner, il existe quelquefois, au . début de l’eczéma, un certain ensemble de phénomènes généraux qui ressemblent aux symptômes précurseurs des fièvres éruptives; on observe de la courbature, du malaise, de l’inappétence, de la soif, une augmentation de la chaleur générale et l’accélération du pouls; la langue est saburrale. Mais le plus souvent ces phénomènes manquent ; quand ils existent, ils sont de courte durée, et la santé ne tarde pas à se rétablir ; il est bien rare qu’on puisse les observer au second et, à plus forte raison, au troisième degré de la maladie, et il est très commun, au contraire, de voir des eczémas très intenses coïncider avec un état général parfait.

Biett insistait sur l’existence de phénomènes d’inflammation gastro-intestinale qu’il disait avoir souvent observés avec des eczémas anciens : nous n’avons pas constaté cette coïncidence aussi souvent que font enseigni' Biett et ses élèves, (]ui me paraissent avoir été influencés malgré eux, par la doctrine de Broussais qui régnait alors, et qui voulait voir des gastro-entérites partout. Nous devons dire, cependant, qu’on observe quelquefois des

DES AFFECTIONS DAUTREFSES.

■(liarrhces chroniques chez des vieillards atteints depuis longtemps d’éruptions eczémateuses ; dans quelques cas, ces deux affections ont paru alterner.

iMarche , durée. — Nous avons dit que l’eczéma présentait dans son évolution trois degrés. C’est en effet, ce qui a lieu pour chaque éruption en particulier, mais nous avons ajouté qu’il n’était pas rare de voir chez le même individu, et dans des points différents, plusieurs éruptions successives, et alors vous trouvez sur le même sujet la maladie à tous les âges et avec toutes ses formes. Souvent, quand la maladie est arrivée à son troisième degré, il survient une recrudescence qui la ramène au deuxième ou au premier degré. Cette marche rétrograde peut se répéter plusieurs fois, et prolonger l’affection d’une manière indéfinie.

Nous vous ferons encore remarquer que fréquemment, lorsqu’on croit la maladie arrivée à son dernier terme, on voit apparaître sur la surface lisse, luisante et vernissée qui caractérise le troisième degré, ces fentes sinueuses et irrégulières que nous vous avons signalées et qui indiquent que la guérison de la maladie est plus éloignée qu’on pourrait le supposer.

Enfin, une chose digne d’être notée, c’est la symétrie de l’éruption ; il est rare, en effet, de voir l’eczéma affecter un membre, sans que le membre correspondant du côté opposé ne soit pareillement affecté; et cela existe, non-seulement pour les membres pris dans leur ensemble, mais encore pour les diflércntes parties des membres et du tronc.

Dans la marche de l’eczéma, nous noterons encore la tendance à s’étendre, ce qui, du reste, est un des caractères

ECZÉMA

des maladies darlreuses : la maladie commence souvent par un point circonscrit, puis s’étend indéfiniment, soit en augmentant de surface dans la même région, soit en se développant sur des parties plus ou moins éloignées, séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine. Souvent même, la maladie s’étend aux muqueuses voisines, et il n’est pas rare de voir des ophthalmies, des stomatites, des vaginites et des redites qui ne sont autre clinse que des eczémas étendus aux membranes muqueuses do l’œil, de la bouche, du vagin, de l’anus, etc. Relalivement à l’étendue de la maladie, nous ajouterons qu’il est très rare que l’éruption soit générale, dans l’acception littérale du mot : dans les eczémas les plus vastes, il y a ordinairement quelques points de la peau qui se présentent à l’état sain ; c’est là un fait qui peut être intéressant au point de vue du diagnostic : nous y reviendrons.

La durée de l’eczéma est habituellement cbroniquç. Dans quelques exemples, on observe une marche aiguë, et la maladie peut alors ne durer que deux, trois nu quatre semaines. Souvent, chez les vieillards , l’éruption qui nous occupe ne disparaît jamais complètement. Chez les adultes, elle peut guérir, et les récidives peuvent être éloignées ; mais celles-ci sont en quelque sorte fatales, et l’individu qui a été une fois atteint d’im eczéma restera toujours sous l’influence de la' diathèse et sous l’imminence d’une manifestation locale, prête à se réveiller à la moindre occasion.

Tenninaisoîis. — Quand l’eczéma guérit, il ne laisse après lui aucune cicatrice ; la place qu’il occupait conserve d’abord pendant quelque temps, une couleur rouge, puis elle prend une teinte violacée qui augmente mo-

DES M’FECTIONS DAIlTllEUSES.

menlnnémenl, sons l’inniience du froid. Pou à peu celle leinlo diminue et finil par disparaître complélement, el la peau reprend sa couleur nalurelle. Quelquefois cependant, à la suite d’un eczéma qui a duré longtemps, on voit survenir dans les parties anciennement affectées une exagération de la sécrétion du pigment. 11 en i-ésulte des taches brunes qu’on n’observe guère qu’aux extrémilés inférieures. Dans des cas plus rares, la peau conserve un aspect mamelonné et rugueux, qui, d’ailleurs, s’efface insensiblement.

Dans certains cas, la guérison s’accompagne d’accidents particuliers qu’il est important de connaître ; chez les sujets atteints d’astbme ou de catarrhe, on voit souvent les phénomènes propres à ces maladies s’aggravei-, ou se réveiller au moment de la disparition ou seulement de l’amélioration de la maladie cutanée. Chez certaines femmes, c’est une leucorrhée qui se montre ou reparaît aussitôt que la dartre est guérie; ailleurs on a vu la disparition de la maladie coïncider avec le développement d’une angine, avec granulations et sécheresse très grande de la gorge. On a cité encore des exemples de gastralgie ou autres névroses alternant avec des éruptions eczémateuses. En pareille circonstance, il est souvent utile de différer la guérison complète de l’éruption ou d’appliquer un exutoire (vésicatoire ou cautère) qui devra rester en permanence.

En sa qualité de dartre, l’eczéma a une grande tendance aux récidives ; mais rintervalle qui les sépare varie suivant les sujets, et surtout suivant les conditions extérieures au milieu desquelles ils vivent. 11 y a des malades qui ont une récidive tous les ans ou tous les deux ans,

KCZEMA .

(liii,'lt|Licrnis iiicmc [tlusiciirs luis p;ir an. En gcnéi'al, ces érn|)lions i)ériücli(iucs ne (Inrenl pas lunglcnips, et clisiuiraissenl très rapiileniont.

Siège anatomique de l'eczéma. — Pour compléter l’iiistüirc de l’eczéma, il nous reste à parler de son siège anatomicine.

Tons les médecins (jiii se sont occupés des maladies de la peau, et particuliérement ceux (jui ont basé leur classilicalion sur l’anatomie patliologicpie, ont chei'clié la cause de la diversité d’aspect (|ue présentent ces diflérentes maladies, dans la diversité de leur siège anatomi(jue. L’eczéma, la maladie cutanée (ju’on rencontre le plus souvent, a été naturellement comprise dans ces recherches. Biett, se Tondant sur la rougeur ({iii caractérise cette alTection, en plaça le siège dans la coupe superlicielle du derme dite membrane vasculaire d’Eichorn.

Plus lard, M. Cazenave modifia proTondément l’opinion (1e son maître ; frappé surtout de la sécrétion plus ou moins abondante d’un liquide séreux, clairet transparent, ce médecin distingué en conclut que la maladie avait pour siège les glandes sudoripares. D’après cette manière de voir, la sécrétion séreuse ne serait autre chose que la sécrétion de la sueur exagérée, et les ulcérations (|u’on aperçoit (juelquelbis sur la surface rouge ne seraient que les orifices des conduits sudoriféres, devenus plus apparents jiar le fait de leur altération.

La théorie de M. Cazenave n’est, il faut bien le dire, qu’une pure hypothèse ingénieuse, mais que n’appuient m l’examen microscopique ni les analyses chimiques, l'.ii ellel, la sécrétion séreuse ou séro-purulente de l’eczema, qui tache et empèse les linges, ne ressemble

/|6 DKS Al'FECTIONS DAUTUEUSES.

nullemenl à la sueur; et les ulcérations ne peuvent pas être considérées comme étant les ouvertures microscopiques par lesquelles la sueur vient sourdre à la surface de la peau. 11 est facile aussi, en suivant l’évolution des phénomènes anatomo-pathologiques de l’eczéma, de voir ces petites ulcérations succéder à la rupture de petites vésicules initiales. Et d’ailleurs, comment expliquer dans cette hypothèse l’état squameux de la peau, phénomène qui joue assurément un rôle aussi important que les ulcérations et la sécrétion séreuse? N’est-il pas évident qu’il y a là une sécrétion vicieuse de l’épiderme qui le rend impropre à vivre de sa vie ordinaire, et fait qu’il se détache en écailles plus ou moins larges ?

Pour nous, si nous avions à nous prononcer sur cette question, nous croirions bien plus logique de placer le siège de la maladie dans la couche de la peau chargée de la sécrétion épidermique, et dont l’existence longtemps contestée doit être et est généralement admise aujourd’hui. Aussi, nous n’hésitons pas à regarder ce siège comme le plus probable. Mais remarquez bien que nous ne donnons pas cette opinion comme parfaitement démontrée, et c’est une simple hypothèse qui nous satisfait et nous semble plus près de la vérité.

Nous venons de vous tracer le tableau de l’eczéma pris ' dans son ensemble, mais la description que nous avons donnée cesserait d’être vraie, si nous n’admettions des variétés de forme qui présentent des particularités dont les traits distinctifs doivent être mis sous vos yeux.

V AlUÉTÉS D’ECZÉMA

Les variétés d’cczéina se partagent en trois groupes bien tranchés. ^

Au premier, groupe appartiennent les variétés suivant l’aspect de l’éruption ; au second, celles suivant la configuration; et enfin, au troisième, les variétés qui dépendent du siège.

A. — Vahiétés suivant l’aspect.

Nous en reconnaissons t[uatre qui sont : 1" \eczema simplex; T V eczema rubrum; 3" Y eczéma fendillé; l\° V eczéma impétigo.

Ces différentes formes d’eczéma diffèrent tellement les unes des autres, qu’au premier abord on est tenté d’en faire autant de maladies distinctes, et que l’une d’elles, entre autres, l’impétigo, est considérée par tous les auteurs comme un genre à part.

1“ Eczema simplex. — VY eczema simplex survient surtout au moment des premières chaleurs et chez les jeunes sujets. Ordinairement, la maladie débute par l’apparition de plaques rouges, légèrement saillantes, et sur ces pla-

YAiiii/n-s d’kczkma.

(jues se (lévelü|Jiic'iil tle peliles vésicules; ces Yésiciiles sc rompent rarement, elles s’allaissent el, au bout de (jucl- (pies jours, tle petites squames les remjilacent, disparaissent elles-mêmes en très peu de temps, et la maladie est [•rompleinent guérie. D’autres lois, raHêction parcourt ses périodes plus lentement, le liquide contenu dans les vésicules se concrète en Ibrmant des croûtes. Celles ci tombent et laissent à leur place une petite ulcération qui peut se recouvrir encore d’une croûte, laquelle se détacbe à son tour, et alors tout rentre dans l’ordre, et la peau reprend son aspect normal.

Ouelquelbis, au lieu de vésicules, ce sont des vésicopustules, dont le produit de sécrétion se convertit également en croûtes qui recouvrent pendant queUpie temps de j)elites ulcérations, et dont la marche et la terminaison ne diffèrent en rien des précédentes.

Dans ces différents cas, la maladie reste ordinairement une affection purement locale, caractérisée par l’éruption ([ue nous venons d’indiquer, par un sentiment de chaleur et souvent par des démangeaisons; rarement il survient un peu de malaise général et quelques symptômes d’embarras gastrique.

J)iagnostic. — On peut confondre Vcczema simplex avec l’érytlième vésiculeux ; ces deux affections se ressemblent parfailemenl par leur aspect, mais l’érytlièmc se développe ordinairement après l’application de substances r'icres, de plus il n’a pas tendance à se propager el à gagner d’autres parties du corps. Ces derniers caractères appartiennent, au contraire, à l’eczéma.

Pronostic. — V eczema, simplex est une maladie légère, à inarcbe habituellement aiguë; il parcourt ses périodes

ECZÉMA lUmRUM.

Il9

en sept ou huit jours. Dans quelques cas il se transforme en eczéma chronique, soit qu’il s’étende, soit qu’il se perpétue à la même place, par des éruptions successives. Quelquefois enfin, il se montre pour ainsi dire comme maladie intercurrente, dans un eczéma chronique.

2“ Eczema rubrum. — Cette variété est mal décrite dans les auteurs; plusieurs la confondent avec l’eczéma ordinaire, en se basant sur l’intensité de la couleur rouge, qui existe dans les deux cas. L’eczema rubrum est une éruption à marche ordinairement aiguë, très souvent précédée de phénomènes généraux ; malaise général, courbature, lassitude, inappétence, etc. Du reste, qu’il y ait des prodromes ou non, le premier phénomène local est une démangeaison très vive qui se fait sentir dans différentes parties, mais particulièrement à la figure, dans les plis articulaires, aux poignets, aux aisselles, dans les aines. Bientôt après apparaissent simultanément dans les mêmes régions des plaques d’un rouge vif, arrondies, saillantes et de dimensions variables ; sur ces plaques se développent ' des vésicules assez volumineuses, quelquefois agglomérées, le plus souvent isolées les unes des autres.

Ces vésicules ont peu de tendance à se rompre : la plupart s’affaissent par résorption du liquide et sont remplacées par des squames petites, furfuracées; quelques-unes cependant se rompent et le liquide qu’elles contenaient, surtout au visage, se concrète, sous forme de croûtes légères qui recouvrent des ulcérations très superficielles. Ces croûtes ne tardent pas à se détacher elles-mêmes pour ne plus se reproduire, mais elles sont remplacées par des squames.

HARDY

50 VAmÉTÉS d’eczéma.

A ces deux pliénoinènos locaux, rougeur et vésicules, il faut ajouter le gonflement de la pai'tio malade. Ce gonflement est parfois considérable, et, lorsque l’afTeclion siège h la face, elle peut très bien simuler un érysipèle de cette région.

Phétiomènes généraux. — Les phénomènes généraux qui existent au début cessent ordinairement au moment de l’éruption. Quelquefois cependant ils continuent, et même, dans certains cas, l’apparition des phénomènes locaux leur donne une nouvelle intensité : il y a de la fièvre, des phénomènes de congestion cérébrale, du délire et de l’agitation qui rappellent les fièvres éruptives.

Diagnostic. — h' eczema rubrum présente une grande ressemblance avec l’érysipèle ; cependant le diagnostic de ces deux affections offre rarement des difficultés : d’abord l’eczéma envahit simultanément plusieurs régions, quelquefois il est borné à la face, mais il occupe alors toute la figure et le gonflement se confond insensiblement avec les parties saines. Dans l’érysipèle, au contraire, la maladie débute d’abord par un point limité de la face, ordinairement le nez, puis de là, il rayonne sur le reste de la figure ; la limite entre la partie saine et la partie malade est accusée par un bourrelet très net et très tranché. Enfin, dans Teczéma nous avons un grand nombre de petites vésicules disséminées sur toute la partie rouge ; dans l’érysipèle ce sont de grosses bulles moins nombreuses, et moins uniformément répandues.

L’état fébrile du début, l’acuité de la marche, l’étendue souvent considérable de la manifestation cutanée, rapprochent cet eczéma des fièvres éruptives. Cependant il suffira d’un simple examen pom- établir la dilférence des érup-

ECZÉMA FENDILLÉ. 5l

lions; ajoutons que l’eczéma récidive avec une grande facilité tous les ans ou tous les mois, et qu’il tend souvent à s’établir comme une maladie habituelle à certaines personnes.

Lorsque cette affection siège aux mains, les démangeaisons et l’éruption des vésicules l’ont fait confondre quelquefois avec la gale, surtout à l’époque où l’on croyait que la gale était une affection vésiculeuse; mais vous savez que les vésicules de la gale sont moins nombreuses que celles de l’eczéma, de plus, dans la gale, il y a un phénomène essentiel : le sillon de l’acarus et l’acarus lui-même.

Marche, durée. — La marche de cette affection est essentiellement aiguë, il est rare qu’elle dure plus de quinze jours ou trois semaines. Cependant, elle peut se prolonger davantage par la succession de plusieurs éruptions, et par son passage dans certaines parties à l’état chronique. 11 n’est même pas très rare de voir l’éruption disparaître, à l’exception d’un point très limité, à la face, aux mains , aux parties génitales où la maladie s’établit avec sa forme chronique ordinaire.

Pronostic. — 11 n’est presque jamais inquiétant; néanmoins, dans des cas exceptionnels, il peut survenir, du côté de la poitrine et du cerveau, des phénomènes assez intenses et assez graves pour amener la mort, comme nous l’avons vu sur un malade qui a succombé dans nos salles, il y a quelques années.

3“ Eczéma fendillé. — Cette variété vient donner un démenti à la classification anatomique des maladies de la peau. Dans cette forme, en effet, il n’y a ni vésicules, ni vésico-pustules; l’épiderme se sèche, se fendille, se creuse

VARIÉTÉS d’eczéma.

d’une multitucle de peliles fissures longues el étroites, qui se coupent et se croisent en circonscrivant des espaces iiTég'uliers. Le fond de ces fissures est rouge, et il s’en écoule souvent un liquide séreux, transparent, qui tache et empèse les linges, et qui est tout à fait semblable à celui que sécrètent les ulcérations qui succèdent aux vésicules dans les autres variétés d’eczéma.

Cette variété existe quelquefois comme espèce distincte et isolée, sans mélange de vésicules ; mais, d’autres fois aussi, elle se trouve associée à l’eczéma ordinaire vésiculeux; on l’observe, à la fin de cette dernière affection, surtout aux membres inférieurs, aux aisselles, ou bien encore dans les endroits où la peau présente un grand nombre de plis, comme au pourtour des orifices naturels, et plus particulièrement aux lèvres et à la marge de l’anus. Dans cette dernière région, l’eczéma détermine des démangeaisons atroces et des douleurs assez vives au moment des garderobes. 11 se présente là sous la forme de gerçures qu’il faut bien se garder de confondre avec la fissure chirurgicale, distinction très importante au point de vue tbérapeuticpie.

L’eczéma fendillé a une marche essentiellement chronique. Lorsqu’il arrive comme complication vers le déclin de X eczema simplex, il prolonge celui-ci d’une manière indéfinie par ses récidives sans nombre ; l’épiderme a repris, en apjiarence, son aspect normal, et l’on croit que la maladie touche à sa terminaison, lorsque celle-ci se trouve tout d’un coup ajournée à une époque indéterminée, par une poussée d’eczéma fendillé survenue souvent sans cause connue, quelquefois à la suite d’ua écart de régime. Plus tard, enfin, les fentes deviennent

ECZÉMA IMPÉTIGO.

moins profondes et moins larges, l’épiderme reprend peu tà peu son aspect ordinaire, la rougeur disparaît et la guérison est obtenue. Cette forme d’eczéma est tellement caractérisée par ses gerçures qu’il est impossible de la confondre avec une autre alfection ; elle se rapproche un peu du lichen, mais dans cette dernière maladie, il y a un épaississement etune rudesse de la peau qu’on ne rencontre pas dans l’affection qui nous occupe. A part sa durée qui est souvent très longue, l’eczéma fendillé n’est pas grave.

h° Eczéma impétigo. — La plupart des auteurs ont décrit l’impétigo comme une maladie à part, et môme, en raison de l’existence de l’élément pustuleux, quelques-uns l’ont rangée dans une autre classe’ que l’eczéma, parmi les maladies pustuleuses.

Nous croyons cette distinction tout là fait contraire à une bonne philosophie, et, pour nous, l’eczéma et l’impétigo ne sont que deux formes différentes de la même maladie. En effet, à toutes les phases de leur évolution, ces deux affeclions présentent la ressemblance la plus frappante, ainsi qu’on peut le voir parla description suivante.

L’impétigo débute ordinairement par de petites pustules agglomérées (psydraciées) dans des espaces plus ou moins étendus. Ces pustules ont la même forme que les vésicules de l’eczéma; elles ont, comme elles, une durée éphémère (2ù ou /i8 heures au plus); alors elles se rompent et une ulcération arrondie leur succède; il s’en écoule un liquide plus épais et plus élastique que celui de l’eczéma ordinaire. Ce liquide se concrète en croûtes épaisses, inégales, rocheuses , mamelonnées et semblables à de petites masses de miel, d’où le nom de mélitagre [inelitagra

VARIÉTÉS d’kCZÉMA.

fîavescens) donné par Alibert à celle maladie. Quelquefois les croûtes onl une coloration brune ijui tient à la présence d’une certaine quantité de sang mélangé avec le produit de sécrétion. Leur épaisseur est souvent augmentée et devient considérable par la concrétion de nouvelle sérosité, dont la sécrétion peut être longtemps prolongée.

, Quand les croûtes viennent à tomber par l’action des bains ou des cataplasmes , on trouve au-dessous- d’elles une surface rouge, ponctuée et semée de petites ulcérations arrondies, semblables à celles que nous avons décrites plus haut, dans l’exposition des caractères généraux de l’eczéma.

La marche ultérieure ne présente non plus aucune différence : la sécrétion* diminue, aux croûtes succèdent des squames de plus en plus minces, qui deviennent blanchâtres et furfuracées. Ces furfures cessent ellesmêmes de se produire, et les surfaces rouges qu’elles recouvraient prennent une teinte violaêée qui finit par s’effacer tout à fait. La peau reprend son aspect normal, sans laisser aucune cicatrice, et alors la maladie est complètement guérie.

Pour- achever le tableau de cette éruption, nous devons mentionner encore, comme phénomènes locaux, des démangeaisons très vives, la sensation de cuisson et de chaleur qu’accusent les malades, et certains symptômes généraux tels que : malaise, courbature, lièvre, soif vive, inappétence, qui se montrent quelquefois au début et qui caractérisent également l’apparition de l’eczéma ordinaire.

Ainsi, vous le voyez d’après cette description, l’eczéma et l’impétigo présentent le même début, les mêmes sym-

ECZÉMA IMPÉTIGO. «O

ptômes, la même marche el le même mode de terminaison. Ajoutez qu’ils se développent, sous riniluence des mômes causes, et qu’ils réclament le même traitement, et vous pourrez logiquement conclure que ces deux afl'ections sont identiques ; il n’y a là qu’une différence d’intensité dans le degré de l’inflammation, qui est plys grande dans l’impétigo que dans l’eczéma ordinaire, et cette inflammation plus intense fait développer des pustules au lieu de vésicules.

Remarquons encore que l’eczéma et l’impétigo existent souvent simultanément. Cette ressemblance entre ces deux affections est tellement vraie et tellement naturelle, que l’école anglaise et ses représentants ont été obligés, pour marquer la transition de l’une à l’aufre, de créer en quelque sorte une forme intermédiaire, à laquelle ils ont donné le nom (V eczema irnpetiginodes, parce qu’its Irotivaient là réunis les deux éléments qui, pour eux, caractérisent ces deux affections : la vésicule et la pustule.

Une dernière objection à la manière de voir qne nous combattons, c’est que l’eczéma et l’impétigo se confoirdent insensiblement, et qu’il est impossible de décider où fmit l’un et où commence l’autre. Il est donc bien plus simple de ne pas s’arrêter à ces difficultés spécieuses, et de considérer ces deux affections comme de simples variétés, comme des états différents d’une seule et même affection.

La marche de l’impétigo est quelquefois plus rapide que celle de l’eczéma ; l’éruption disparaît souvent en quinze jours ou trois semaines, cpielquefois cependant elle revêt la forme cbronicpie comme l’eczéma, et, dans ce dernier cas, après la chute des croûtes, la maladie prend l’aspect ordinaire de l’eczéma,

VARIÉTÉS d’eczéma.

Le diagnoslic de l’impétigo est généralement très facile : cette maladie se distingue des autres affections pustuleuses et, en particulier de l’ecthyma, par la petitesse et l’agglomération des pustules, par l’épaisseur et la couleur jaune ou brune des croûtes ; l’absence d’ulcérations profondes et de cicatrices sépare cette maladie des affections pustuleuses syphilitiques et scrofuleuses. — Relativement au pronostic, nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit en parlant de l’eczéma en général.

B. — Variétés d’eczéma suivant la configuration.

Les principales variétés qui appartiennent à ce groupe sont : 1° V eczema figuratum [impétigo figurata des auteurs). Cette variété est caractérisée par des plaques bien limitées, bien accusées, disposées ordinairement d’une manière symétrique et affectant tantôt la forme d’eczéma ordinaire, plus souvent la forme d’impétigo.

2° Eczéma nummxdaire. Cette seconde variété, bien décrite par M. Devergie, se présente également sous forme de plaques parfaitement limitées, mais arrondies et ressemblant assez bien à une pièce de monnaie. Ces plaques sont au nombre de sept, huit ou dix. Quand l’eczéma revêt une de ces formes, il est plus difficile à guérir que lorsque l’éruption est sans limite bien tranchée.

3° Par opposition aux deux variétés précédentes, nous signalerons Yimpeligo sparsa et V eczema diffusam, irrégulièrement disséminés sur ^différentes parties du corps, et ne présentant aucune limite précise.

ECZÉMA PILARIS.

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